À l’occasion du 9e Vendée Globe, cette épreuve emblématique, déjà trentenaire, du Tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance, les librairies ont vu paraître de nombreux et magnifiques ouvrages. Au sein de cette effervescence littéraire, un titre se démarque particulièrement : le « Dictionnaire amoureux de la voile ». Publié aux éditions Plon/Gründ le 23 octobre, cet ouvrage, écrit par Loïck Peyron avec la collaboration de Jean-Louis le Touzet, offre une plongée unique dans l'univers maritime. Plus qu'un simple dictionnaire sur la voile, il se présente comme un abécédaire sur « sa » voile, celle vécue et façonnée par l'un des navigateurs les plus éminents de notre époque. Loïck Peyron, dont le palmarès figure parmi les plus étoffés de ces quarante dernières années, nous embarque avec une passion contagieuse vers le grand large. À travers ses pages, il se révèle non seulement sportif et compétiteur aguerri, mais aussi un remarquable conteur et un vulgarisateur hors pair des dernières avancées technologiques. Avec amour, il fait découvrir au lecteur le monde de la Voile, un univers qui a constitué et constitue encore toute sa vie. Ce recueil, que l'on dévore avec la même facilité qu'on écoute un podcast, est tellement imprégné de la personnalité de son auteur que l'on entendrait presque Loïck Peyron parler. C'est une lecture à la fois passionnante, érudite et truculente, toujours intéressante, même si, de l'aveu de certains, elle peut parfois se montrer un peu agaçante, tant l'abondance du savoir est grande. Loïck Peyron, dont la réputation a depuis longtemps dépassé les frontières hexagonales, est un ambassadeur accrédité auprès du large, proposant au lecteur son propre appareil de vérité.
Loïck Peyron : Une Légende Vivante et une Encyclopédie Maritime
Loïck Peyron est souvent désigné comme une véritable encyclopédie vivante de la course au large, un titre que son parcours et son savoir justifient amplement. À 61 ans, ou, selon les informations plus récentes, à 65 ans, il cumule plus de quarante années passées à sillonner les océans, les mers et les plans d'eau du globe. Son expérience est d'une richesse inégalée, ayant navigué sur une, deux, ou trois coques, en solitaire, en double ou en équipage, couvrant ainsi toutes les facettes de la navigation de compétition. Cette vaste expérience lui confère une légitimité incontestable pour partager les récits de « sa » voile. Il a été un témoin privilégié de l'évolution de la course au large, de l'époque des pionniers des multicoques à la fin des années 70, aux traversées en solitaire, en passant par les tours du monde en équipages.
La carrière de Peyron est marquée par une versatilité exceptionnelle. Il a couru sur tout ce qui flotte, des unités les plus lentes aux plus véloces, démontrant une adaptabilité et une maîtrise hors du commun. Cette capacité à exceller sur différents types de bateaux et dans diverses configurations lui a permis d'acquérir une compréhension profonde des enjeux techniques et humains de la navigation. Son approche n'a jamais été celle d'un circuit fermé ; au contraire, ses idées, ses victoires et sa réputation ont essaimé bien au-delà des cadres habituels de la voile française. Il est l'un des marins français dont la renommée est véritablement internationale. Respecté tant en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Suède, et en Grande-Bretagne qu'aux États-Unis, sur les côtes Est ou Ouest, Loïck Peyron incarne l'esprit universel de la mer et de la compétition. Ce marin curieux, jamais enfermé dans un seul domaine, a vu ses idées se propager bien au-delà de ses propres navigations, témoignant de son influence considérable sur le monde de la voile.
Le Dictionnaire Amoureux : Un Témoignage Intime de "Sa" Voile
Le « Dictionnaire amoureux de la voile » n'est pas un simple répertoire terminologique, mais plutôt un abécédaire de la voile tel que l'a vécue et l'a façonnée Loïck Peyron. C'est un voyage à travers une époque dorée, loin d'être révolue, qui a été traversée par des personnages hauts en couleur, dont beaucoup ont aujourd'hui disparu. Cet ouvrage rend hommage à ces figures marquantes, ces pionniers des technologies qui sont encore et toujours en phase de développement. En déroulant les fils de sa propre carrière, Loïck Peyron s'est attaché, pendant deux ans, à travers ce dictionnaire, à recoudre des destins oubliés ou passés sous silence, offrant une perspective unique sur l'histoire de ce sport et de ses acteurs.
L'ouvrage est une véritable profession de foi d'un homme voué au large. Il est imprégné de la personnalité de Loïck Peyron, dont on perçoit la voix en le lisant, comme si l'on écoutait un podcast. Ce dictionnaire amoureux est un acte de foi d'un homme envers le large, une transmission de son expérience et de sa vision. Avec ses mots durcis par l'expérience, Loïck Peyron raconte, d'une manière déliée, les permanences d'une vie passée sur l'eau, une existence toujours sous-tendue par l'objectif de la compétition. Ce livre est son instrument de vérité, celui qui lui indique le nord magnétique, une métaphore puissante de la boussole intérieure qui a guidé sa vie. Il confie au lecteur cet instrument de vérité, celui qui lui révèle toujours le nord magnétique, partageant ainsi une part essentielle de son identité de marin.
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Les thèmes abordés dans l'ouvrage sont aussi variés que la vie en mer elle-même. À la lettre A, par exemple, le mot « arrivée » est exploré avec une profondeur particulière. Loïck Peyron y explique que le moment le plus douloureux pour un marin, c'est lorsqu'il doit quitter le bateau. Il compare cette relation à celle d'un cavalier avec son cheval, soulignant que l'on vit un truc important avec son embarcation. Un marin sans bateau, dit-il, ne ressemble pas à grand-chose, et un bateau sans marin non plus. Des liens profonds se tissent, quel que soit le résultat des courses, surtout si elles sont longues comme un tour du monde ou une transatlantique. En solitaire, on forme un binôme indissociable, un couple unique : le bateau-marin. Qui dit arrivée, dit départ, et des adieux toujours pénibles, une réalité que connaissent tous les métiers d'absence, comme celui de pêcheur, de pilote de ligne ou de capitaine au long cours, tel que l'était son propre père qui naviguait à bord de gros pétroliers. Mais, comme le souligne Loïck Peyron, tout l'intérêt des départs réside précisément dans les retours, porteurs de retrouvailles et de nouvelles aventures.
Conteur, Vulgarisateur et Philosophe du Large
Loïck Peyron n'est pas seulement un navigateur d'exception ; il est aussi un conteur talentueux et un vulgarisateur hors pair, capable de contextualiser les dernières avancées technologiques et de les rendre compréhensibles à tous. Cette capacité à expliquer des concepts complexes avec clarté est une marque de fabrique de son approche. Il ouvre au lecteur les portes de l'univers de la voile, son territoire naturel, avec une pédagogie remarquable. Son talent de conteur est une partie intégrante de son besoin de transmettre. Pour Loïck Peyron, il s'agit d'un besoin humain fondamental de partager son vécu et ses connaissances. Il a d'ailleurs confié avoir eu envie de vulgariser, de continuer à partager, lorsque l'idée de ce dictionnaire amoureux lui a été proposée, et il en a été très honoré. Il précise que cet ouvrage est en fait la version illustrée d'un dictionnaire qu'il avait déjà publié.
Interrogé sur les raisons qui le poussent à écrire, Loïck Peyron évoque un besoin profond de partage. Il se souvient avoir commencé à écrire au retour de son premier Vendée Globe, qu'il a terminé à la deuxième place en 1990 derrière Titouan Lamazou. Son souhait était alors de partager avec ses proches ce que vivent les marins au large, lorsqu’ils effectuent un tour du monde en solitaire. Il cite avec malice Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs : « C’est curieux chez les marins, ce besoin de faire des phrases. » Plus sérieusement, il fait référence à la citation d'Aristote : « Il y a trois sortes d’hommes : Les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. » Pour Peyron, les marins sont une catégorie de sportifs à part, car il n’y a pas de stade, pas de gradins, il y a juste l’océan. Et comme on n’a pas de témoin pour valider l'expérience, on écrit. Néanmoins, il ne se considère pas comme un auteur à proprement parler. Il établit une distinction entre les vrais écrivains et les gens qui écrivent, tout comme il y a des pilotes et des conducteurs, chacun ayant sa propre place et sa propre légitimité dans le processus de transmission.
La vie de marin, avec ses risques et ses absences, est également abordée avec franchise. Loïck Peyron et sa femme ont souvent fait en sorte que leurs enfants ne soient pas présents le jour des départs, consciente de la nature particulière et risquée du métier, un aspect non négligeable pour ceux qui restent à terre. La question de la superstition, si présente dans le monde maritime, est également évoquée. On dit souvent qu'être superstitieux porte malheur, mais Loïck Peyron admet qu'en tant qu'êtres humains, on ne peut s'empêcher de mettre un peu d’ésotérisme dans nos vies, d'où l'existence des religions depuis des millénaires. Cependant, sur l’eau, lorsqu'on passe l’équateur, il préfère célébrer Neptune plutôt que n’importe quel autre dieu, avec un sourire en coin, soulignant son attachement à certaines traditions maritimes. Il confie ne pas être superstitieux pour lui-même, se souvenant avec humour avoir baptisé l’un de ses premiers bateaux un vendredi 13 avec une bouteille de lait devant des marins-pêcheurs, qui faillirent l’étrangler, ne trouvant pas ça drôle du tout !
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