Une bouteille à l’encre, voilà ce vous vous direz peut-être : « dériveur ou quillard ? » Mais voilà, cet hiver je suis tombée avec stupeur sur cette discussion surréaliste sur Internet. Un plaisancier postait la question suivante sur un réseau social : Quel serait le meilleur moyen de le débarrasser des a-coups désagréables de sa dérive contre le puit en navigation ? En réalité sa décision était déjà prise, mais il voulait être rassuré dans son choix. Qu’un seul individu puisse avoir une telle initiative, pourquoi pas me direz-vous, il y a des originaux partout ! Affirmons que si la présence d’une excroissance, qu’elle soit fixe ou mobile, sous la coque de votre bateau, vous dérange, vous opterez tout simplement pour un multicoque. Ou bien passerez au motonautisme. Il vous restera à régler la question du gouvernail, qui dépasse toujours un peu.
Fonctionnement et rôle des appendices sous la coque
Pour les adeptes du monocoque, je poursuis donc par un petit rappel sur la fonction de ces appendices. Le lest vient alourdir le voilier de manière à lui donner une stabilité suffisante pour l’empêcher de se retourner sous la force du vent et des vagues. Son efficacité dépend de la hauteur à laquelle il se trouve. En effet plus le centre de gravité du voilier est abaissé, plus ce dernier est stable. La force qu’exerce le poids du lest alliée à la poussée d’Archimède contrebalance celle du vent sur le gréement, générant ce que l’on appelle le couple de redressement du voilier. Si malgré tout votre monocoque était retourné par une vague, son centre de gravité se retrouverait alors très haut. Or plus ce centre de gravité est haut et plus le voilier est instable : donc il y aurait de fortes chances que la vague suivante redresse votre bateau. Un dériveur retourné se redressera donc moins facilement qu’un quillard.
Cependant le lest ne fait pas tout. Il se dit que les dériveurs marchent moins bien que les quillards au près. Ceci est dû à l’emplacement du lest, placé dans les fonds du voilier, qui offre un couple de redressement inférieur à celui des quillards. Pour compenser ce problème, les architectes augmentent la stabilité des dériveurs en élargissant les carènes et en les dotant de dérives les plus profondes possible. La dérive est relativement légère et modifie assez peu le centre de gravité du voilier. Par contre c’est bien ce plan anti-dérive qui permet au voilier de ne pas déraper quand le vent le pousse par le travers, et encore plus au près. Pour que ce plan anti-dérive, constitué des surfaces de la dérive - ou de la quille - et du gouvernail, soit efficace, il faut que le voilier atteigne une vitesse critique, à partir de laquelle les filets d’eau « accrochent » le long de la dérive. Enfin dans un port au moteur, avec de la brise, en l’absence de plan anti-dérive, vous verrez également votre bateau glisser comme une savonnette sur l’eau. Les deux précédents paragraphes vous permettent de retenir que le quillard possède un plus fort couple de redressement que le dériveur. Il peut donc porter plus de toile au près sans gîte excessive et par là même développer plus de puissance.
L’intérêt pratique du faible tirant d’eau
Partout dans le monde, et plus encore dans les zones à marées, vous trouverez les meilleurs abris, les moins fréquentés, les moins exposés au vent et à la houle, dans des zones de très faible profondeur. Dans le précédent article j’abordais la délicate question de la place de port. Avec un petit tirant d’eau, et surtout si votre voilier peut facilement s’échouer, il devient mille fois plus aisé de dénicher une place de port. Bien sûr, si vous stationnez à l’échouage vous serez aussi tributaire de la marée pour naviguer, on ne peut pas tout avoir. En dehors de votre port d’attache, l’été quand les ports du sud de la Bretagne sont pris d’assaut, avec un faible tirant d’eau vous trouverez toujours un mouillage de libre. Avec un peu de marnage, il vous sera également plus facile et moins coûteux d’effectuer les travaux d’entretien courant sur les œuvres vives, en vous échouant sur une cale ou même une plage. Sans forcément envisager de remonter l’Orénoque, on trouve une quantité hallucinante de Ria et de lagunes le long des côtes la Manche et de l’Atlantique. Bon nombre d’entre elles ne sont pas accessibles aux quillards, ou pas totalement. Si vous entrez à marée haute dans l’archipel des Glénans, il ne vous reste plus qu’à choisir l’îlot devant lequel poser votre voilier. C’est moins connu, mais comme le centre de gravité des dériveurs est plus proche de la surface, ces bateaux ont des mouvements plus doux, et ils roulent moins que les autres voiliers. Déjà sur le plan strict de la performance, nous avons vu qu’au près les dériveurs sont souvent à la traîne. Et après me direz-vous ? Il faut donc vraiment se poser la question de l’usage que vous aurez de ses avantages avant d’acquérir un dériveur.
Entretien et contraintes techniques des puits de dérive
Suivant les « dessous » de votre fidèle monture, biquille, dériveur lesté ou intégral, vous n’aurez pas les mêmes facilités, ni les mêmes exigences pour échouer. Cependant vous devrez absolument savoir ce qui se trouve sous votre bateau avant de le poser. Après, et bien c’est trop tard. Les fonds plats de sable ou de vase, sans rochers auront votre préférence. Mais s’il s’agit de vase, à marée basse, mieux vaut qu’il reste suffisamment d’eau au mouillage pour que vous puissiez vous déplacer en annexe. Parfois des rochers particulièrement glissants se cachent sous une fine couche de sable. Quand la marée remonte, si le vent a changé de direction et pousse par exemple vers le rivage, vous devrez porter rapidement votre ancre vers le large pour éviter de vous retrouver définitivement échoué sur le rivage.
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Les puits de quille et de dérive détestent se remplir de sable, de vase et de coquillages. À force ça abime les mécanismes de relevage, au risque de bloquer le tout. Les rouages, vis sans fin et autres patins de guidage doivent être graissés, vérifiés régulièrement et remplacés si nécessaire. Ceci est vrai pour les dériveurs intégraux et les voiliers à quille sabre relevable. Le carré est alors coupé par le puit qui traverse parfois le bateau depuis le fond jusqu’au pont. Pour neutraliser cet inconvénient les architectes peuvent placer le carré à l’arrière sous le cockpit, ou au contraire l’avancer. Les voiliers à quille ou à dérive pivotante sont avantagés de ce point de vue là. Aurez-vous besoin de vous échouer régulièrement ? À l’inverse, appréciez-vous la possibilité de remonter efficacement au près ? L’assurance de rejoindre rapidement un port contre le coup de vent qui se lève avant que celui-ci ne vire au gros temps ? Le mouton à 5 pattes a deux quilles, ou mieux encore : une quille relevable. Les biquilles existent depuis des décennies, mais affichaient des performances décevantes jusqu’à la naissance des RM. Les quilles relevables équipent les petits voiliers transportables depuis fort longtemps, les réservant à une pratique assez sportive ou spartiate de la voile. En réalité tout le monde s’y met, même certains RM. Si votre portefeuille vous le permet vous trouverez certainement un voilier moderne et performant doté d’une quille relevable.
Panorama des dériveurs : de l’initiation à la haute performance
Le chantier CAEV s’est spécialisé dans la production de dériveurs légendaires comme le célèbre 420 qu’il commercialise depuis 1985. À 63 ans, le 420 n’est donc toujours pas à la retraite, continuant d’offrir à des skippers de tous niveaux sa large plage d’utilisation. S’il séduira forcément les nostalgiques - tous ceux qui ont appris la voile à son bord et qui opteront pour le liston en bois (option) -, il peut aussi séduire une nouvelle génération de marins. Architecte : C. Cela fait 50 ans que le chantier Coques en Stock s’est lancé dans la construction de ce drôle de monotype. Un chantier familial pour un quillard sportif destiné à deux équipiers handicapés, mais aussi aux valides où l’on navigue assis côte à côte et dans le sens de la marche. On aime le fait d’avoir toutes les manœuvres face à soi à portée de main et cette barre tout en finesse. Attention, pour le portant, le Neo 495 envoie un grand gennaker gréé en tête. Architecte : A. Au commencement, le Lite XP est né d’un prototype avec lequel Mathieu Bonnet, le patron du chantier isérois Liteboat, a participé à la Race to Alaska, une course dont la règle se résume à naviguer sans assistance et sans moteur. Maximum… À son retour, il s’associe à Sam Manuard pour pondre un véritable voile-aviron, puis ce dériveur mixte aussi performant à la voile qu’à l’aviron. Plus légère et plus minimaliste, voici une monture idéale pour faire le plein d’aventures à la journée le long des côtes ou sur les plans d’eau intérieurs. Architecte : S. L’histoire de la voile légère ne manque pas d’histoires de bateaux démontables… Alors un racer moderne et démontable qui tient dans le coffre d’une voiture relève-t-il d’une utopie fantasque ? Eh bien pas du tout, car Antoine Simon et son équipe l’ont fait, en France. Divisée en quatre parties, la coque s’assemble grâce à un système astucieux et facile, qui plus est parfaitement intégré dans le fond de coque. Vous obtiendrez alors un joli dériveur avec une carène moderne et performante propulsée par une belle voile à corne. En solo, à deux ou à trois (gabarit enfant), le Reverso est une solution astucieuse avec à la clé de belles sensations. Architecte : C. au look sévèrement agressif, un brin planant. Voici donc un dériveur non ponté aux formes arrière larges et planes, tandis que l’avant affiche une étrave inversée très marquée, formant un vrai petit rostre en coin. Dans la brise, il ne demande qu’à accélérer, puis à déjauger. Dès lors qu’on a assimilé ce petit jeu impliquant la gîte et l’assiette, il y a moyen de s’amuser en tirant profit de la puissance que confère sa large carène. Le mât est implanté très en avant, au point qu’on peut considérer le Héron comme un quasi cat boat - et l’utiliser comme tel, c’est-à-dire sans foc.
Le RS 500 se situe entre le Laser Vago et le 29er, plus radical. Gréé en quelques minutes, ce dériveur double, mais simple trapèze a une stabilité hasardeuse pour le néophyte. Et pourtant, très vite on trouve ses marques, aidé par un accastillage simple et un fond de cockpit bien dégagé qui permet de rentrer/sortir au rappel ou au trapèze et d’enchaîner les virements de bord sans craindre de se blesser. Le circuit de l’écoute se passe de tourelle en fond de cockpit au profit d’une pantoire au-dessus du safran dont l’ancrage est très proprement intégré au moule du pont et elle revient sur une poulie taquet en milieu de bôme. Le Xenon est le plus performant de la gamme Topper, à l’origine concentrée sur les petits dériveurs faciles à naviguer et à transporter. Celui-là se destine plutôt à la performance et la régate en double. Mais il peut aussi s’adapter aux navigations familiales plus tranquilles avec son large et profond cockpit. En effet, avec sa bôme très haute, un pousse-bas dégageant le passage de l’équipier, une position assise ergonomique, une grand-voile arisable et un foc sur enrouleur, il est facile d’accès. Attention, une fois le spi asymétrique envoyé, il devient très puissant.
La carène de ce petit dériveur à foils n’est pas sans rappeler celle du Fireball. C’est heureux, et le dessin du Birdyfish répond avec brio au cahier des charges posé par ses inventeurs - deux ingénieurs de La Rochelle passionnés de match-race et de vitesse -, qui souhaitaient combler le fossé existant avec les foilers de plage type Moth réservés à une élite. À bord il n’y a ni palpeur ni système mécanique de régulation du vol, toujours et encore la facilité de mise en œuvre comme d’utilisation… Sur l’eau, une petite abattée dans la pression avec l’équipage bien contre-gîté suffit pour faire monter le Birdyfish sur ses foils. C’est vraiment bluffant, mais cela nécessite un peu d’habitude et beaucoup d’entraînement. Et le succès commercial est au rendez-vous avec déjà 80 Birdyfish vendus ! Architecte : E. Ce dériveur à foils a vu le jour au sein du chantier guérandais Foily. L’objectif était de produire un monocoque à foils accessible qui puisse voler facilement avec un gros potentiel de progression. Le résultat est un dériveur de 4,20 m de long équipé d’une dérive sabre et de deux foils en V qui allient l’aluminium pour le shaft et le carbone pour les tips. Ils sont repliables pour partir de la plage, calmer le jeu dans la brise ou tout simplement limiter la traînée dans la molle. La stabilité de carène, plutôt rassurante en mode archimédien, est autorisée par une section avant très volumineuse. En solitaire, le vol devrait être accessible dès 7/8 nœuds de vent, 10/12 nœuds en équipage pour des allures allant de 55 à 120° du vent réel. À bord, pas de trapèze, le rappel devrait suffire pour redresser le bateau dans les surventes.
Guide d’apprentissage et bonnes pratiques
Vous vous intéressez au dériveur et vous cherchez un support simple pour naviguer, apprendre ou vous perfectionner ? Ce guide vous aide à comprendre les différents types de dériveurs, à choisir le bon bateau selon votre pratique, et à faire vos premiers bords en sécurité. Avant de chercher le « meilleur » dériveur, il est utile de clarifier ce dont vous avez réellement besoin : navigation loisir, apprentissage, régate, solo ou en famille. Dans cette première partie, vous allez situer le dériveur parmi les autres types de bateaux et reconnaître les grands profils de pratiquants. Le dériveur est un voilier léger sans quille fixe, destiné à des sorties de quelques heures. Il se remorque facilement, se grée rapidement et réagit à la moindre action sur la barre ou les voiles. Contrairement aux catamarans ou aux voiliers habitables, le dériveur privilégie la simplicité. Sa coque non lestée impose de compenser la gîte par le rappel, c’est-à-dire le poids de l’équipage placé du bon côté. La dérive amovible ou relevable permet d’adapter le tirant d’eau selon la profondeur. Vous pouvez ainsi accéder à des plages, des criques peu profondes et ranger votre bateau facilement en fin de saison. Le dériveur convient autant aux débutants motivés qu’aux pratiquants confirmés cherchant des sensations. C’est aussi un très bon compromis pour les familles qui veulent partager une activité nautique ludique et accessible. Les compétiteurs apprécient également le dériveur pour son aspect sportif : parcours courts, départs groupés et tactique omniprésente. Sur un dériveur, chaque erreur se ressent immédiatement, ce qui accélère l’apprentissage. Les manœuvres sont simples, le plan de pont reste lisible, et les allures s’enchaînent rapidement. Le retour d’information est instantané : une écoute trop bordée ralentit le bateau, une trajectoire imprécise vous éloigne de votre objectif. Cette franchise du comportement vous oblige à rester concentré et à corriger en permanence.
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Les structures comme les Glénans, l’UNCL ou la FFVoile proposent des stages dériveur pour tous les niveaux. Ces formations encadrées sécurisent vos débuts et vous transmettent les fondamentaux : nomenclature, nœuds, règles de barre, manœuvres de sécurité. Face à la diversité des modèles (Optimist, Laser, 420, dériveur double, dériveur familial, skiff…), il est facile de se tromper. Dans cette partie, vous allez apprendre à relier chaque type de dériveur à un usage précis : initiation, sport, balade ou régate. On trouve des dériveurs solitaires, des dériveurs doubles, des modèles d’initiation et des bateaux plus sportifs comme les skiffs. Chaque type a un programme clairement défini : apprentissage, régate, balade dynamique ou sensations fortes. Les dériveurs d’initiation comme l’Optimist offrent une grande stabilité et un gréement simple. Les solitaires sportifs exigent davantage de technique et de condition physique. Les doubles polyvalents conviennent aux sorties familiales ou aux binômes réguliers. En solo, vous bénéficiez d’une grande autonomie et d’un apprentissage accéléré, mais tout repose sur vous. En double, vous partagez les manœuvres, la tactique et les émotions, ce qui renforce la dimension conviviale. Le solitaire impose de gérer simultanément la barre, l’écoute de grand-voile et parfois celle du spi. Cette polyvalence développe rapidement votre autonomie, mais peut être fatigante lors de longues sorties ou par vent fort. Le double répartit les tâches : un barreur dirige et gère la grand-voile, un équipier s’occupe du foc, du spi et du rappel. Cette complémentarité enrichit les navigations et permet de partager les efforts physiques.
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