Conception et Intégration de la Dérive Pivotante dans les Kayaks en Contreplaqué : Innovations et Pratiques de Construction Navale

La navigation en kayak, qu'elle soit contemplative ou sportive, s'enrichit constamment d'innovations techniques, notamment dans le domaine de la construction et des équipements embarqués. Parmi ces avancées, la conception de kayaks en contreplaqué se distingue par une approche à la fois traditionnelle et moderne, offrant des performances remarquables. Le kayak en bois, tel que la dernière réalisation de SailWood, illustre parfaitement cette tendance. Réalisé en contreplaqué marine, recouvert d’un tissu de verre imprégné à la résine époxy, ce kayak en bois a récemment effectué ses premières navigations. Conçu pour un poids passager de 70 à 100 kg, son comportement en mer est très agréable, mettant en lumière les avantages de ce type de construction face aux méthodes plus industrielles. Inutile de faire la comparaison avec les kayaks produits par les techniques de rotomoulage, tant les spécificités de chaque approche sont distinctes.

Les Fondamentaux de la Construction de Kayaks en Contreplaqué Marin

La construction navale artisanale, et plus particulièrement celle des kayaks en contreplaqué, repose sur des principes éprouvés qui garantissent à la fois robustesse et légèreté. Pour la construction de ces embarcations, les panneaux de contreplaqué marine sont découpés à la forme depuis des gabarits papier, une méthode précise qui assure l'exactitude des pièces. L’assemblage est réalisé à l’aide de joints congés recouverts de tissus de verre imprégnés de résine époxy. L’ensemble est ensuite enduit puis peint dans des ateliers, permettant d'atteindre un poids record pour le kayak. Cette technique, souvent appelée "stitch-and-glue" (couture-collage), est particulièrement appréciée pour sa simplicité relative et sa robustesse finale.

D'autres approches existent, comme la construction bois à clins, envisagée par certains pour un kayak solo. Un projet personnel peut, par exemple, aboutir à un kayak à double étrave, de 2,4 mètres de long pour 0,8 mètre de large, assemblé à clin vissé collé en contreplaqué de 6 mm avec des couples sciés en contreplaqué de 10 mm. Il est intéressant de noter que, si de nombreux kayaks sont vus en plastique, en contreplaqué ou même en toile enduite (tentant de reproduire les kayaks inuits en peau de phoque), la construction à clin reste moins courante pour cette catégorie spécifique d'embarcations. Cependant, un enthousiaste fan de la construction à clin peut se questionner si cela ne constitue pas un facteur de blocage pour les kayaks démontables. A contrario, pas mal de kayaks "pour adultes", de 4 ou 5 mètres, peuvent se réaliser en 2 ou 3 morceaux, assemblables et désassemblables assez facilement au bord de l'eau, offrant une flexibilité précieuse pour le transport et le stockage.

Les matériaux de base pour de telles constructions sont souvent disponibles sous forme de kits. Le kit pour la coque inclut typiquement tout le contreplaqué (souvent marine okoumé) en découpe numérique, les lattes de bois blanc pour les serres et de bois rouge pour les listons, le fil de cuivre pour les sutures, la résine époxy, le tissu de verre, et un guide de montage imprimé. La qualité des matériaux est primordiale, la résine époxy étant préférée pour sa puissance adhésive. Il est fondamental de rappeler que la résine polyester n'est pas une colle, à la différence considérable des époxys. Autrefois, des constructeurs ont, par exemple, stratifié du polyester sur du bois, mais en intercalant des « primaires d'accrochage », faute de quoi la liaison était médiocre. C’est pourquoi l’époxy est devenu le standard pour les constructions bois-époxy, garantissant une liaison solide et durable entre les panneaux de contreplaqué et les tissus de verre. Ces kits peuvent également inclure l'époxy, les consommables, la peinture et l'accastillage nécessaires à la finition du bateau.

L'Importance de la Dérive et de sa Conception Pivotante

L'intégration d'une dérive, et en particulier d'une dérive pivotante, dans la conception d'un kayak en contreplaqué est un sujet d'une importance capitale pour la performance et la maniabilité de l'embarcation, surtout lorsque l'on envisage la navigation à la voile. L'absence de dérive peut parfois être regrettable, et certains pagayeurs s'y sont adaptés, même dans un kayak volumineux. Cependant, la dérive permet de pallier des problèmes de positionnement du kayak par rapport au vent, offrant une meilleure tenue de cap et une efficacité accrue. En travaillant sur les appuis dans l'eau, elle contribue à la stabilité directionnelle. On la rentrera lorsqu’on aura besoin de manœuvrabilité, mais aussi pour accoster ou passer sur des hauts-fonds, illustrant la polyvalence du système pivotant. Comme pour les gouvernails, les types de dérives varient en fonction des besoins et des designs des kayaks.

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Le positionnement de la dérive a un impact direct sur son action. Plus le plan de dérive est éloigné du cockpit, plus il agit. Le réglage du siège en arrière équivaut parfois à baisser la dérive, permettant ainsi de régler l'assiette longitudinale du kayak. Cette interaction entre le pagayeur et les appendices sous-marins est cruciale pour optimiser la trajectoire et la facilité de progression.

La conception et la pose du puits de dérive, dans lequel la dérive pivotante s'articule, requièrent une attention particulière. Dans un premier temps, il est judicieux de demander au fournisseur du puits de dérive ce qu'il préconise comme méthode de pose-collage. Il est important de s'adresser au concepteur du puits, et non simplement au vendeur de la pièce, pour obtenir les informations les plus précises. Le plus simple serait de coller le puits avec une bonne colle époxy, chargée à la silice ou aux micro-ballons pour l'épaissir un peu, et éventuellement d'y ajouter un joint-congé si l'on souhaite renforcer la liaison puits/coque. Cependant, il ne servira pas à grand-chose de noyer l'intégralité du puits avec une stratification, car le puits est bien assez solide sorti d'usine comme cela. La stratification, si elle est jugée nécessaire, sera totalement invisible puisqu'elle est réalisée de l'intérieur.

Quant aux contraintes exercées sur les puits de dérive, elles ne sont généralement pas si importantes que ça. Rarement, dans la vie d'un kayakiste, un puits de dérive a été vu explosé pour cause d'effort excessif porté sur cet équipement, la dérive cassant plus souvent avant le puits lui-même. Cette observation souligne la robustesse inhérente à ces composants, lorsqu'ils sont correctement installés avec des matériaux adéquats comme l'époxy.

Certains kits de conversion, comme celui qui permet de transformer un Cavelier en petit voilier, incluent un support de dérive pivotante latérale et la dérive elle-même, en plus du mât, de la vergue, de la bôme, du gouvernail sommaire, du pied de mât et de la barre d'étambrai. Cela démontre l'importance de la dérive pivotante dans l'optimisation des kayaks pour la navigation à la voile, offrant une solution intégrée pour améliorer la stabilité latérale et la capacité à remonter au vent. Le kit « voile » comprend généralement les pièces pour le gouvernail, la dérive, les espars, et les deux voiles (souvent blanches avec une bande de ris), soulignant l'interdépendance de ces éléments pour une expérience de navigation à voile complète en kayak.

La Navigation à la Voile en Kayak : Une Dimension Supplémentaire

Utiliser le vent représente une opportunité fascinante pour les kayakistes. Il est possible de mettre des voiles sur les kayaks de mer, ce qui permet de faire de plus longues étapes, de moins forcer et d'ajouter une dimension unique à l’activité. Cependant, il faut noter que la voile augmente l’instabilité et peut faire chavirer un kayak. Il est donc impératif d’aborder cette pratique avec prudence et de ne pas hésiter à affaler la voile rapidement, idéalement en un tour de main, quand le vent se renforce. Pour contrer cette instabilité, certains fabricants proposent de rajouter des coques latérales, appelées stabilisateurs ou flotteurs, afin de rendre le kayak complètement stable, même avec une voile.

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Plusieurs formes de gréements sont envisageables pour un kayak :

  • La forme en éventail (type Nautiraid) est facile à mettre en place et à enlever, et s'avère particulièrement efficace pour les vents portants.
  • Un gréement traditionnel avec mât, grand-voile et foc est plus complexe à installer et à manœuvrer, mais offre une efficacité supérieure pour diverses allures.
  • Le tape-cul est une petite voile sur un mât placé derrière le kayakiste, contribuant à la stabilité directionnelle et à la propulsion par vent arrière.
  • Le cerf-volant est une option plus audacieuse : certains utilisent un cerf-volant de traction pour se propulser en kayak, une technique qui requiert une certaine maîtrise et une bonne compréhension des forces éoliennes.

Des exemples concrets de kayaks conçus pour la voile existent, tel le biplace démontable sous voile Feathercraft Klondike, qui est équipé d'origine d'un puits de mât, son gréement étant vendu séparément. Ces options transforment radicalement l'expérience du kayak, le faisant passer d'une embarcation propulsée par la pagaie à un petit voilier agile et silencieux. La capacité d'une dérive pivotante à être relevée ou abaissée rapidement est d'autant plus pertinente dans le contexte de la voile, permettant au kayakiste de s'adapter aux changements de profondeur ou aux besoins de manœuvrabilité sans avoir à descendre de l'embarcation.

Le Gouvernail : Un Allié pour les Longues Distances et les Vents Traversiers

Le gouvernail est un équipement très agréable et confortable, particulièrement pour les longues randonnées, car il permet de s'abstraire des problèmes de lof ou d’abattée. Il est un atout précieux pour maintenir le cap dans des conditions variées, notamment avec un vent de travers. Il réduit nettement le déséquilibre latéral, qu'il soit musculaire, articulaire ou tendineux, qui deviendrait gênant sur une étape de plusieurs heures. Le contrôle du gouvernail se fait généralement avec des pédales, dont la longueur est réglable pour s'ajuster à celle des jambes du pagayeur.

Différents systèmes de gouvernails existent, plus ou moins robustes et pratiques à mettre en place, monter, démonter, et à régler, que ce soit à terre ou en navigation. Les gouvernails varient également dans leur forme, leur surface et leur type d'attache au kayak, mais dans l'ensemble, l'apport au pagayeur est du même ordre. Cependant, malgré leurs avantages, le gouvernail et son attache constituent souvent un point de faiblesse avec lequel il convient d'être soigneux. Il est ainsi important de faire attention à ne pas se percuter les uns les autres au niveau du gouvernail, car cet élément est sujet aux avaries. Les réparations effectuées sur l’objet lui-même et sur son point d’ancrage sur le kayak sont fréquentes, avec une répartition équilibrée entre ces deux types de dommages. Une des nombreuses sessions de réparation peut, par exemple, concerner le puits de gouvernail, qui peut s'avérer défaillant.

Il est aussi important de noter que certains kayaks n’acceptent pas la pose d’un gouvernail. Si le kayak a une pointe arrière à l’origine, il faut qu’à la construction elle soit tronquée pour pouvoir y apposer un gouvernail, ce qui implique des décisions de conception dès les premières étapes du projet. Le choix d'intégrer ou non un gouvernail est donc une question d'équilibre entre la recherche de confort, de performance et les contraintes structurelles du design du kayak.

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La Jupe : L'Interface Essentielle entre le Pagayeur et le Kayak Ponté

La jupe est un élément essentiel du kayak ponté, agissant comme l'interface cruciale entre le pagayeur et son embarcation. Sa fonction première est d'empêcher l’eau de rentrer dans le cockpit, assurant ainsi le confort et la sécurité du kayakiste. Elle se fixe autour de l’hiloire principale, grâce à un cordon élastique qui se place sur le rebord de l’hiloire, et enserre le ventre du kayakiste.

Un aspect de sécurité fondamental de la jupe est la présence d'une poignée sur sa partie avant. Il faut bien veiller à laisser cette poignée déborder car, en cas de retournement du kayak, il faudra tirer dessus pour décrocher la jupe et sortir ainsi du bateau, notamment si l'on ne sait pas esquimauter ou si l'on rate son esquimautage. Faire l’exercice de se retourner et de "déjuper" en toute sécurité peut aider à enlever l’appréhension de cette situation, renforçant la confiance du pagayeur.

Les jupes peuvent être fabriquées en néoprène ou en tissu enduit (tel que le nylon), parfois une combinaison des deux matériaux. Le plateau de la jupe doit être bien tendu pour que l’eau ne s’y accumule pas. Le néoprène est parfait pour cela, tandis qu’une poche d’eau peut se former sur une jupe en tissu moins ajustée. Cependant, un plateau en tissu bien ajusté est souvent plus facile à mettre sur l’hiloire. Une jupe en néoprène est généralement plus chaude et plus étanche que son homologue en tissu, ce qui est un avantage dans des conditions plus froides. Inversement, le tissu est parfois préféré autour de la taille, surtout lorsqu’il fait chaud, pour une meilleure respirabilité. Certaines jupes adoptent donc une solution bi-matériaux : du néoprène pour le plateau et du tissu pour la partie qui entoure le ventre. Cette solution hybride peut représenter un bon compromis, alliant étanchéité et confort.

La méthode de fixation de la jupe est également importante. Une fois assis, on fixe d'abord l'arrière de la jupe à l'arrière de l'hiloire. Puis, on tire la jupe par les côtés en direction de l'avant, en maintenant une certaine tension pour que l'arrière reste bien fixé. On continue jusqu'à l'avant où il faut exercer un petit effort, plus ou moins important selon la taille de la jupe et celle de l'hiloire, pour la fixer solidement. Cette procédure assure que la jupe est bien en place et efficace pour sa fonction d'étanchéité.

L'Auto-Construction de Kayaks en Contreplaqué : Plans et Kits Détaillés

L'auto-construction de kayaks en contreplaqué est une voie prisée par de nombreux passionnés, offrant la satisfaction de naviguer sur une embarcation réalisée de ses propres mains, adaptée à des besoins spécifiques. Après une bonne réflexion, certains décident de faire la conception eux-mêmes pour s’assurer de répondre à tous leurs besoins, considérant la conception comme une bonne occupation qui n’engage en rien. Cependant, beaucoup s'appuient sur des plans existants, éprouvés et documentés.

Des entreprises comme ArwenMarine proposent des plans pour des modèles populaires comme le Millcreek, un kayak stable et rapide, dont certains ont construit des versions équipées d'une petite voile et de flotteurs. Le Woodduck est également un modèle qui tente souvent les constructeurs amateurs, tout comme le Fiddlehead qui lui ressemble un peu malgré un fond plat. Certains cherchent des versions "mini" de ces plans pour respecter des contraintes de longueur, par exemple, pour un kayak de moins de 2,5 mètres. Il est vrai que sans les capacités ni les connaissances pour le fabriquer, il est préférable de s'abstenir plutôt que de construire une horreur.

Les plans sont généralement fournis avec des manuels de construction très détaillés. Par exemple, les plans des kayaks Chesapeake tiennent sur 4 à 6 feuilles (selon le modèle) au format A1. Les panneaux de coque ne sont pas donnés à l'échelle 1, mais doivent être tracés sur le contreplaqué à partir d'une table d'abscisses et d'ordonnées en mesures impériales (pouces). La conversion en millimètres est à faire avant de démarrer le traçage, une opération très simple avec un tableur. Le manuel très détaillé compte 126 pages A4. De même, les plans des Mill Creek tiennent sur 6 feuilles au format A1, et leur manuel très détaillé compte 128 pages A4. Les plans des Pax tiennent sur 6 feuilles (selon modèle) au format A1 et sont accompagnés d'un manuel de 126 pages A4. Pour un SailRig, les plans sont sur 8 feuilles au format A1 et le manuel compte 57 pages A4.

Pour le modèle Waterlust, le manuel consiste en 28 pages de schémas commentés en anglais avec une traduction française en annexe, complété par la version française du manuel de construction du Mill Creek, qui est très détaillé. Cette richesse documentaire est essentielle pour guider l'auto-constructeur à chaque étape.

Un manuel de construction seul peut souvent être acheté, et son prix sera déduit d'un achat de plans ou de kit ultérieur. Cela permet de mieux faire connaissance avec le bateau avant de prendre une décision d'achat finale. Les prix indiqués pour ces plans ou kits sont souvent "franco" pour toutes destinations en France continentale, sauf cas particulier, et sont indicatifs tant qu'ils ne sont pas confirmés sur un bon de commande. Les fournisseurs peuvent également fournir l'époxy, les consommables, la peinture et l'accastillage nécessaires. Il est important de souligner que la communication des plans ou documents par des institutions comme le Musée Maritime de La Rochelle est faite exclusivement à titre d'information documentaire, et toute autre utilisation de ces plans ou documents est prohibée.

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