L’art du shape et de la navigation : Décryptage technique du SUP Race

L’univers du Stand Up Paddle Race est une discipline exigeante où chaque détail de conception influence directement la performance du rameur. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut poser toutes les questions shapes de SUP Race qui nous passent par la tête à un shapeur reconnu et qu’on ne présente plus comme Patrice Remoiville. Des questions les plus poussées, à celles qui peuvent paraître « bêtes », il est essentiel de comprendre pourquoi une planche de SUP Race ressemble aux planches que l’on connaît aujourd’hui, pourquoi il existe des shapes différents et quelles sont leurs spécificités, mais aussi d’analyser des détails cruciaux comme l’aileron ou le bouchain.

Le rocker : L'ossature du design

Le rocker est probablement la partie la plus importante de la planche, c’est l’ossature de son design en quelque sorte. Pour rappel, le rocker est la courbure du dessous de la planche, lorsqu’on la regarde de profil, posée sur des tréteaux. Une planche qui aurait un rocker aussi plat que la porte de mes toilettes ne pourrait pas glisser correctement sur l’eau, elle serait désespérément collée à l’élément. Le rocker est donc nécessaire pour une planche qui glisse, et il sera plus marqué pour des conditions océaniques, afin de profiter des vagues et du clapot pour la prise de vitesse. Le nose rond avec un peu de rocker est destiné à un programme océanique. À l’inverse, le nose pointu, ou étrave en terme marin, qui touche à l’eau à sa base, est destiné à percer le clapot du vent, bien qu’en downwind, il aura tendance à enfourner.

La gestion des volumes et le concept de bouchain

Le plus gros du volume des planches semble souvent se situer dans le nose, mais pourquoi ? Pour l’arrière, j’ai longtemps focalisé sur l’importance du volume arrière afin de créer cet effet « pop » de l’arrière, notamment pour le démarrage au surf de la planche en downwind. J’y accorde beaucoup moins d’importance maintenant, parce que le design des ponts des SUP RACE a beaucoup évolué ces dernières années.

Quant au « bouchain », il s’agit d’un terme d’architecture navale faisant allusion aux coques de bateau construites avec l’assemblage de panneaux plats. L’angle de liaison entre ces panneaux est un bouchain. Concernant l’arrière, le tail pointu (pin-tail) apporte vitesse et une très bonne maniabilité. Sa traînée est très limitée, mais le tail pointu apporte aussi une instabilité latérale très importante. Un excellent exemple reste la ACE de Starboard. Je propose un modèle Downwind nommé ILUR qui possède un « pin-tail », très rapide en downwind mais relativement technique. En surf, la tendance est à avoir un tail très large, tout en limitant la traînée grâce à une forme en V, typique des planches très courtes pour petites vagues, bien que ce design soit plus fragile.

L’aileron : Stabilité et trajectoire

L’aileron est indispensable pour ramer droit. Généralement, pour un SUP RACE de 14’, je place l’arrière de mes boîtiers d’aileron à 35 cm du tableau arrière. Le boîtier d’aileron de longueur 10.75’’ que je pose permet un petit réglage de la position de l’aileron. En clair, plus l’aileron est avancé, plus la board est maniable et tourne facilement. Il semble aussi qu’un aileron un peu plus avancé que ces 35 cm (environ une dizaine de cm en plus) améliore la stabilité latérale.

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Pour le choix de l’aileron, plusieurs paramètres entrent en jeu. Le « rake » correspond à la courbure arrière de l’aileron ; plus il est important, plus la pointe est proche de l’arrière, offrant un meilleur grip pour les virages longs. Un rake plus faible favorise le pivot pour des virages serrés. La base, elle, contrôle la largeur des courbes : une base longue offre plus de contrôle. La profondeur, enfin, influence la traînée : une dérive peu profonde réduit la traînée et augmente la vitesse. Si vous êtes un peu juste en stabilité, baisser la taille des dérives peut s'avérer efficace : sur un faible volume, se servir de l’effet d’hélice pour remonter est bien plus efficace qu'une grande dérive qui, une fois le déséquilibre amorcé, est plus difficile à gérer.

L’innovation de la dérive en SUP

Aller en mer sur un support avec un moteur aussi peu performant que le corps humain sans dérive est une hérésie, tant sur le plan théorique que pratique. Il est parfaitement possible de naviguer sans dérive en SUP, mais cela nécessite une très bonne technique de rame, une excellente condition physique, un shape adapté et un emplacement d’aileron judicieux. Cependant, plus la distance entre les centres de poussée (aileron et rameur) est grande, plus la planche est « molle » et a tendance à partir sous le vent, ce qui est problématique.

C’est pourquoi l’usage d’une dérive s’impose, comme l’avaient déjà conclu Olivier Drut, Pierre de la Monneraie et l’architecte naval Bruce Faar. La dérive sabre, qui coulisse dans un puits incliné, est la solution la plus viable pour un artisan shapeur. Plus vous avancez la dérive devant la position de rame, plus celle-ci peut être petite. Sur la 16.4 de Christian, elle se situe à 90/110 cm devant les pieds. L’avantage est immense : le terrain de jeu s’agrandit, la sécurité est renforcée et on peut naviguer à toutes les allures sauf grand largue et vent arrière dans une mer formée.

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