Chaque été depuis des années, le Défi kayak Desgagnés s'impose comme un événement phare, unissant l'exploit sportif à une cause humanitaire profonde. Cette randonnée exceptionnelle vise à amasser des fonds essentiels pour Jeunes musiciens du monde (JMDM), un organisme dont la mission résonne bien au-delà des rives du fleuve. Loin d'être une simple compétition, le Défi se révèle être la plus grande randonnée en kayak de mer de groupe au monde, invitant des kayakistes passionnés et des néophytes nautiques à une aventure transformatrice sur les eaux majestueuses du fleuve Saint-Laurent.
Genèse d'une Idée Visionnaire et Son Impact Durable
L'initiative du Défi kayak Desgagnés est née de l'esprit novateur de Mathieu Fortier, cofondateur de l’organisme Jeunes musiciens du monde et chef d’orchestre de l’événement. Résolu à trouver une approche significative pour la collecte de fonds, il a rapidement écarté les méthodes conventionnelles. « J’ai vite balayé du revers de la main l’idée du tournoi de golf pour amasser des fonds, dit ce dernier, survolté par le succès du défi. Il fallait quelque chose de significatif - à la hauteur de la mission de JMDM - qui allait enclencher une vague d’intérêt à la fois envers la cause, mais aussi l’événement. » Cette vision audacieuse a indéniablement séduit autant les commanditaires que les mordus de kayak de mer.
Il aura fallu près de 18 mois à Mathieu Fortier pour convaincre le conseil d’administration du bien-fondé de cette entreprise. « Plusieurs doutaient de l’accessibilité, d’autres de la faisabilité, » renchérit celui qui en a vu d’autres. Toutefois, force est d’admettre que l’idée fut une réussite sur toute la ligne. Le succès du Défi est d'ailleurs intrinsèquement lié à la mission de Jeunes musiciens du monde, un organisme qui œuvre auprès des jeunes issus de communautés à risque. Leur objectif est de guider ces jeunes vers l’acquisition de compétences de vie essentielles, une plus grande confiance en soi, et une perspective positive de l’avenir, le tout par l’apprentissage gratuit de la musique. Avant même sa fondation officielle en 2003, ses créateurs, Mathieu Fortier et Agathe Meurisse-Fortier, avaient ouvert leur première école en Inde, permettant déjà à de jeunes esprits d'élargir leurs horizons grâce à l'étude des disciplines culturelles traditionnelles. Mathieu Fortier n’a-t-il pas également implanté des écoles de musique à Kitcisakik (une communauté autochtone située près de Val-d’Or), à Montréal, à Québec, à Sherbrooke et, bien sûr, en Inde ? Aujourd'hui, Jeunes musiciens du monde opère dans huit régions à travers le Québec, continuant d'étendre son influence positive. Depuis sa création en 2014, le Défi a collecté plus de 3 millions de dollars, finançant ainsi plus de 100 000 heures de cours de musique gratuits pour des milliers de jeunes.
Au-delà de l’initiative caritative, l’incursion privilégiée dans la route maritime qui a façonné le pays est un important motivateur pour les participants. Bien entendu, le dépassement de soi que propose l’événement est aussi un incontournable pour les nombreux pagayeurs résolus à donner un coup de pagaie pour l’organisme de bienfaisance.
Une Logistique Monstre au Service de l'Aventure
Le Défi kayak Desgagnés est une véritable prouesse logistique, orchestrée avec une précision d'horloger. En 2014, la société Oxygène a imaginé et créé la logistique et la production de cette randonnée emblématique. Depuis sa création, Oxygène est responsable de tout le volet logistique de l’événement, tant sur terre (incluant l’hébergement et l’alimentation des kayakistes, ainsi que l'animation) que sur l’eau (assurant la sécurité nautique et le transport des kayaks, entre autres). C'est tout un défi relevé par leur équipe, garantissant que chaque détail est pris en charge, permettant aux participants de se concentrer pleinement sur leur aventure.
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La veille du départ, malgré l’heure tardive, de nombreux fébriles s’activent au bassin Bickerdike du port de Montréal, entassant quelque 115 kayaks avec une planification méthodique. Non loin de là, les pagayeurs tentent de grappiller quelques heures de sommeil dans leur abri planté aux abords du canal Lachine. Dès les premières heures, l'effervescence est palpable alors que le port montréalais, habituellement habitué aux cargos, est ce matin rempli d’une flottille pour le moins impressionnante.
L’étonnante logistique de même que la sécurité prédominante autour de l’événement font fi des appréhensions des participants, et même des caprices du fleuve. Encadrés par des zodiacs et des encadreurs expérimentés, le peloton respecte le rythme de chacun, s'assurant que tous progressent en toute sécurité. Une équipe médicale dévouée veille au grain, prête à intervenir pour les inévitables soucis, tels que l’apparition d’ampoules, nées des milliers de coups de pagaie enfilés depuis le départ de la métropole. La constante supervision des équipes avoisinantes sera assurément plus forte que les défis imposés par le fleuve.
La Traversée du Saint-Laurent : Une Épopée de Quatre Jours
Le Défi kayak Desgagnés est un périple de quatre jours couvrant une distance d'environ 250 kilomètres (voire 300 kilomètres, selon les perceptions des participants) sur le fleuve Saint-Laurent, de Montréal à Québec. Chaque jour, les participants passent entre huit et neuf heures sur l’eau, repoussant leurs limites tout en découvrant la beauté insoupçonnée du fleuve. Au-delà du défi physique, c’est une aventure profondément humaine.
Jour 1 : De la Métropole aux Plaines de Sorel
Le départ de Montréal est un spectacle en soi. Au départ, le long convoi multicolore attire les curieux qui s’entassent au quai de l’Horloge, saluant les pagayeurs pour le début de leur longue traversée. Le fleuve leur donne un coup de main dès la pointe de l’île Sainte-Hélène, marquant les premières vagues d'un voyage mémorable. Le premier arrêt se fait à Verchères, un moment bienvenu pour récupérer le sac dans lequel un lunch tout prêt récompense les efforts du matin. Déjà, les amitiés se lient, des liens éphémères qui se transformeront en souvenirs durables. Alejandro Montano Michaud, un kayakiste d’eau vive à ses balbutiements en mer, confie : « Je parcours la 138 entre Québec et Montréal fréquemment, mais c’est la première fois que j’ai droit à ce point de vue ! » Si l’après-midi sera long et chaud, les conversations raccourciront le défilement des paysages, transformant la fatigue en une expérience partagée.
À l’arrivée à Sorel, une troupe d’oiseaux s’envole devant l’embarcation du porte-parole Yann Perreau, qui entonne a capella son tube à ce propos, apportant une touche artistique à la journée. Pas de doute, ce ne sont pas les 76 km parcourus qui l’empêcheront ce soir de fouler les planches ! Même les plus exténués trouveront la force de se brasser le bas du corps, prisonnier de l’embarcation pendant près de onze heures ce jour-là, pour profiter du spectacle et de la convivialité.
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Jour 2 : La Traversée du Lac Saint-Pierre vers Trois-Rivières
Le deuxième jour réserve souvent son lot de défis, mais ce n’est pas ce matin que les inquiétudes météorologiques seront accaparantes. L’absence de vent arme de courage les troupes qui doivent franchir le long lac Saint-Pierre, une étendue d'eau qui avait imposé ses lois aux kayakistes l’année précédente, où les vents mènent en maîtres, pouvant créer d’imposantes vagues. Cette fois, les conditions sont plus clémentes, offrant un répit bienvenu. À la suite du dîner à la marina de Louiseville, le commodore François Rainville motive les troupes avec des mots inspirants : « Vous allez franchir un segment qui ne fut pas complété l’an passé ! » La visibilité étant à son paroxysme (près de 40 kilomètres), le pont Laviolette nous lorgne depuis maintenant 3 heures, donnant l’impression que nous n’arriverons jamais.
De nombreuses baignades, causeries et anecdotes enjolivent la torture que cause l’éternelle vision du lien entre les deux rives. C’est ce qui caractérise le Défi : la camaraderie instantanée qui s’instaure dès le départ, de laquelle découle un redoutable effet d’entraînement. Chaque sirène de porte-conteneurs, chaque cri de riverain, chaque encouragement de l’embarcation voisine contribue à franchir les gargantuesques distances entre les étapes. Le soir, la douche chaude (avec du Elvis en trame sonore !) de même que le succulent souper préparé par le primé restaurant Saint-Amour de Québec revigorent rapidement les trapèzes endoloris. Les folleries de Philippe Brach endiablent les pagayeurs, qui trouvent encore de l’énergie pour ce spectacle sous les étoiles, renforçant le sentiment de communauté et de partage.
Jour 3 : Des Courants de Trois-Rivières à l'Ancrage de Portneuf
Le troisième jour s'amorce avec l'activité incessante des bénévoles qui s’activent dès l’aurore : certains sous la tente au déjeuner, d’autres à la plage de l’île Saint-Quentin, afin d’amener les embarcations près de l’embouchure du Saint-Maurice. Le souci matinal primaire est souvent l’apparition d’ampoules, mais l’équipe médicale veille au grain pour assurer le confort des participants. La météo est une fois de plus au beau fixe, laissant présager une journée agréable sur l'eau. L’effet des courants se fait quelque peu sentir, mais c’est une fois de plus la rassurante présence d’un nombre si imposant de kayakistes qui motive le plus chacun à poursuivre l'effort.
Cependant, la réverbération du soleil cause des soucis à plusieurs : déshydratation, insolation et fatigue amputent le peloton, mais le groupe continue d'avancer. Les dessalages pour se rafraîchir sont fréquents, et les pauses sont ordonnées chaque heure par le commodore, qui multiplie les encouragements et les appels à l’entraide, enjoignant aux meneurs de substituer leur place à ceux qui ferment la cohorte flottante, incarnant ainsi l'esprit de solidarité qui anime l'événement. La plage de Batiscan miroite sous l’effet de la chaleur au dîner, offrant un répit bien mérité. Le retour sur le fleuve s’accompagne d’un vent sud-ouest, modifiant la mer d’huile du matin, dorénavant bousculée par un clapotis. Mais le souffle s’estompe à Sainte-Anne-de-la-Pérade, favorisant le retour de cette « mer qui charri[e] un souffle épais et ardent », comme l’écrivait Camus.
Tous sont impatients de franchir le rapide Richelieu à la hauteur de Deschambault, qui, en plus de donner de l’allure, annoncera l’arrivée imminente de Portneuf, où les participants camperont pour une dernière nuit. Saluant à tribord la pointe Platon, le cortège profite des remous du seul endroit où le débit est accentué par un rétrécissement marqué, ajoutant une dose d'adrénaline à la journée. Les félicitations fusent au loin de la marina. Une fois le pied posé au sol, les douleurs aux phalanges sont rapidement oubliées alors que les high fives fusent au terme de cette journée exigeante. Fierté et accomplissement se lisent sur tous les visages, témoignant de l'effort collectif et individuel.
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Jour 4 : L'Ultime Poussée vers la Capitale
La dernière étape est empreinte d'une atmosphère particulière. Déjà, la nostalgie est palpable au réveil, entremêlée à la satisfaction d’avoir presque bouclé le trajet. La radio VHF grésille les prévisions de la météo marine : outre le risque d’orages, des vents de près de 25 nœuds (soit 45 km/h) pourraient se mettre de la partie, ajoutant un élément d'incertitude. Le ciel ennuagé laisse croire à une accalmie, offrant un mince espoir le temps de parcourir les 56 kilomètres qui séparent les kayakistes de Québec. L’embouteillage à la sortie du brise-lames portneuvien laisse deviner la détermination de tous à terminer la tête haute le défi, quoi qu’en dise la météo.
Rapidement, la houle s’installe à la hauteur de Cap-Santé, et les vagues laissent paraître à leur crête cette écume dont les kayakistes ont appris à se méfier au fil des jours. Mais la synergie du groupe de même que la constante supervision des équipes avoisinantes auront été assurément plus fortes que le fleuve, pourtant qualifié depuis des lustres de cours d’eau difficile à naviguer. À quelques kilomètres de Neuville, la dernière pause-repas avant la consécration est un moment de bilan. Cependant, la réalité reprend vite sa place. Patrice Boulay, un encadreur, annonce, dans un ton laissant percevoir davantage la compassion que l’autorité : « Nous devrons dîner en 15 minutes ; le dernier segment sera tumultueux, et les possibilités de remorquage et d’évacuation s’amincissent. Si vous avez éprouvé des inconforts ce matin, il serait peut-être judicieux de vous rendre à Beauport en navette, quitte à rejoindre le peloton à la dernière étape, au club de yacht de Sillery. »
Éole est bien présent et souffle à tribord, et chacun voit sa proue frappée par de bonnes vagues, rendant les derniers kilomètres particulièrement éprouvants. Ces conditions s’ajoutent au courant bien présent dans l’entonnoir où les liens entre Québec et Lévis trônent. Les ponts vers lesquels fuit la ligne d’horizon ne sont cette fois pas un calvaire à endurer, mais un objectif terminal sonnant symboliquement l’arrivée tant souhaitée. Un arrêt sous ces derniers fait ressentir la finalité du périple. Puis, un navire de la garde côtière escorte le groupe le long des icônes de la Vieille Capitale : au loin, les traversiers, puis le Château Frontenac, une sentinelle signifiant l'arrivée prochaine et l'accomplissement d'un rêve.
Les derniers coups de pagaie sont effectués dans l’automatisme le plus pur ; portés par l’effervescence ; ravis par l’accomplissement, tous n’ont dans la mire que la plage de Beauport, qui, a contrario de toutes les landes de terre aperçues depuis Montréal, approche rapidement. Une foule survoltée attend les participants, et les nombreuses accolades symbolisent la réussite et l’achèvement d’une expérience marquante. À peine la pagaie déposée que, déjà, on entend la question qui résume l'esprit de cet événement unique : « On s’y voit l’an prochain ? » Ce sentiment témoigne de l'attachement profond à cette aventure collective. En août 2025, par exemple, Lydiane Autour du Monde, une aventurière et écrivaine spécialisée dans les récits de voyages, a eu le privilège de se joindre au Défi kayak Desgagnés, la plus grande randonnée en kayak de groupe au monde. Elle a ainsi accompagné plus de 175 pagayeurs dans ce voyage de 250 kilomètres sur le fleuve Saint-Laurent, de Montréal à Québec, une cinquième participation pour elle, où « l'émotion ne s'estompe jamais. »