Les voyages vers la Chine, terre lointaine et fascinante, ont toujours représenté une quête d'exploration et de découverte. L'histoire de ces périples est jalonnée d'expéditions audacieuses, de missions diplomatiques, de recherches scientifiques et de traversées qui ont façonné notre compréhension de l'Empire du Milieu. Des navigations ancestrales en canoë aux voyages maritimes du XVIIIe siècle, en passant par les explorations intérieures du XIXe et les aventures modernes, chaque époque a apporté son lot de défis et de récits, souvent marqués par une durée prolongée et une détermination sans faille. Cette diversité de motivations et de moyens de transport illustre la persistance de l'attrait exercé par cette civilisation millénaire sur les esprits voyageurs et les chercheurs de connaissances à travers les âges. Les récits de ces explorations, qu'ils soient le fruit d'observations méticuleuses, de reconstitutions archéologiques ou de témoignages littéraires, composent une riche mosaïque de l'interaction entre l'Occident et la Chine.
Les Pionniers Français et la Découverte Progressive de la Chine (XVIIIe-XIXe Siècles)
Les premiers contacts français avec la Chine ont été caractérisés par une connaissance limitée du territoire. Entre la fin de la Mission française de Pékin et la première Guerre de l’opium menée par les Anglais contre l’empire (1839-1842), les rares voyageurs français à aborder en Chine, tel le peintre Auguste Borget (La Chine et les Chinois, 1842), ne pouvaient guère en connaître que les ports de Hong Kong et Macao, et le quartier des factoreries à Canton. Cette période initiale marquait une ère où l'accès à l'intérieur du pays était extrêmement restreint, limitant les observations aux zones côtières et aux enclaves commerciales.
La donne changea cependant à la suite du Traité de Nankin (1842) qui ouvrit cinq ports au commerce étranger. Suite à cette ouverture, la France envoya en Chine une mission diplomatique et scientifique dirigée par Théodose de Lagrené. Les membres de cette mission, à leur retour, publièrent des récits riches en observations de toutes sortes, comme le Journal d’un voyage en Chine en 1843, 1844, 1845, 1846 (1848) de Jules Itier. Ces publications contribuèrent grandement à l'élargissement des connaissances françaises sur la Chine, offrant une perspective plus nuancée que les visions fragmentaires précédentes.
Parallèlement à ces missions officielles, l'évangélisation joua un rôle clé dans l'exploration de régions plus reculées. À partir de la fin du XVIIIe siècle, suite à la dissolution de la Compagnie de Jésus, les biens des jésuites en Chine, ainsi que la charge d’évangéliser le pays, furent transférés aux lazaristes. Ces derniers s’aventuraient clandestinement dans des zones reculées afin d’échapper au contrôle des autorités chinoises. Le plus connu d’entre eux fut le père Régis-Evariste Huc, dont les Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine, pendant les années 1844, 1845 et 1846 (1850) connurent un immense succès de librairie. Ce périple, étalé sur une période de trois ans, soit pendant les années 1844, 1845 et 1846, fut une source inestimable d'informations sur des territoires alors largement inconnus des Occidentaux, démontrant l'ampleur des voyages entrepris et des observations recueillies sur plusieurs années.
Les conflits militaires marquèrent également une source d'information significative pour le public français. Les conflits qui opposèrent la France et la Chine durant les décennies suivantes, tels que la seconde Guerre de l’opium en 1856-1860, la guerre franco-chinoise en 1884-85 et la guerre des Boxers en 1900-1901, furent suivis avec passion par les lecteurs français. Cette passion était alimentée grâce aux récits qu’en firent, souvent d’abord dans la presse, les militaires et diplomates qui y participèrent, offrant une vision de la Chine à travers le prisme des confrontations.
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L'Ère du Tourisme Occidental et l'Exploration des Régions Intérieures
L'ouverture progressive de la Chine et l'amélioration des infrastructures de voyage favorisèrent l'émergence du tourisme. Au fur et à mesure que la Chine s’ouvrait, des hôtels de style occidental, des moyens de transport modernes, des guides et interprètes firent leur apparition, favorisant le développement du tourisme, en particulier après l’ouverture du canal de Suez (1869). Cette évolution marqua un tournant, rendant la destination Chine plus accessible à un public plus large.
Initialement, les touristes abordaient surtout la Chine à la faveur de tours du monde en paquebots qui ne leur faisaient guère visiter que les ports et villes ouverts par les premiers traités. Le comte Ludovic de Beauvoir, avec son Voyage autour du monde (3 vol., 1869-1872), illustre bien cette phase des grands voyages maritimes. Cependant, au fur et à mesure que la présence occidentale s’accentua, les voyageurs purent, profitant de l’accueil des résidents étrangers, pénétrer dans les régions de l’intérieur. Des figures comme Marcel Monnier remontèrent le « Fleuve bleu » (Yangzijiang) de Shanghai à Chongqing et parcoururent le Sichuan avant de descendre vers le Tonkin, comme relaté dans Le Tour d’Asie, vol. 2 L’Empire du Milieu (1899). Ces expéditions intérieures témoignaient d'une soif de découverte allant au-delà des façades portuaires, plongeant plus profondément dans la réalité chinoise.
Certains voyageurs allèrent même plus loin, cherchant à s'éloigner des circuits balisés. Ces explorateurs organisèrent de véritables expéditions avec des chevaux et du personnel chinois afin d’échapper aux circuits touristiques. L’écrivain Victor Segalen, dont le périple au cœur de la Chine en 1909 fut relaté par son compagnon de route Auguste Gilbert de Voisins dans Ecrit en Chine (1923), incarne cette quête d'authenticité et d'immersion, cherchant à percevoir la Chine au-delà des images préconçues.
Néanmoins, cette abondante littérature de voyage ne fut pas exempte de critiques. L’abondante littérature que suscitèrent ces voyages touristiques était souvent répétitive, présentant les mêmes descriptions et les mêmes clichés (enfants abandonnés, têtes de condamnés dans des cages, fumeurs d’opium, saleté et monuments délabrés, etc.) qui offraient de la Chine une image fortement négative. Cette uniformité des représentations témoignait parfois d'un manque de profondeur dans l'observation, perpétuant des stéréotypes plutôt que de révéler la complexité de la civilisation chinoise.
Les Aventures Maritimes : Des Vaisseaux de la Compagnie aux Traversées Ancestrales en Canoë
L'histoire des voyages vers la Chine est également marquée par des aventures maritimes d'une envergure considérable, s'étendant des expéditions commerciales du XVIIIe siècle aux reconstitutions de traversées ancestrales. Ces périples, bien que distants dans le temps et les technologies, partagent un esprit commun d'exploration et de défi face aux immensités océaniques.
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Les Longs Cours du XVIIIe Siècle : La Compagnie des Indes et ses Missions Périleuses
Au XVIIIe siècle, les voyages maritimes vers l'Orient étaient de véritables épopées. Le 2 avril 1745, trois vaisseaux de la Compagnie des Indes, le Philibert, l'Aimable, et le Prince de Conty, appareillèrent de Lorient pour un long et périlleux voyage vers la Chine. Cette expédition se déroulait alors même que la guerre de Succession d'Autriche confirmait la supériorité navale des rivaux Anglais. Les journaux de bords et les documents d'archives ont permis de reconstituer le périple éminemment romanesque de cette escadre, soumise aux aléas d'une navigation de plus de 30 000 milles nautiques. Ce voyage transocéanique, riche en rebondissements, était une entreprise colossale, témoignant des risques inhérents au commerce lointain de l'époque. La conférence dévoilera toutes les étapes de cette expédition transocéanique aux allures de jeu de chat et de la souris entre vaisseaux anglais et français, soulignant les enjeux géopolitiques et les prouesses maritimes nécessaires pour atteindre la Chine par voie de mer.
Aux Origines de la Navigation : L'Exploration en Canoë il y a 30 000 Ans
L'esprit de l'exploration et la quête de compréhension des voyages anciens résonnent encore dans les efforts contemporains. Dans une forêt à l'est de Taïwan, des hommes vêtus comme à la préhistoire attaquaient un cèdre japonais avec des outils de la préhistoire, relatant Interesting Engineering. Il s'agissait du professeur Yousuke Kaifu (Université de Tokyo), accompagné d'une équipe de chercheurs taïwanais et japonais, qui préparaient une traversée insolite de la Mer de Chine. L'ambition de cette équipe était de reproduire les conditions de la traversée effectuée il y a 30 000 ans par des voyageurs entre Taïwan et l'île japonaise de Yonaguni.
Le professeur Kaifu expliqua la motivation derrière cette initiative : "Les restes et les vestiges archéologiques de l'époque ne permettent pas de comprendre pleinement la manière dont ces explorateurs ont réalisé leur périple". C'est pourquoi l'équipe a décidé de réaliser une expérience d'archéologie expérimentale. Une fois le bois coupé, l'équipe a construit un canoë de 7,5 mètres de long, baptisé le "Sugime". Après une série de simulations numériques pour déterminer le point de départ le plus probable de l'expédition de leur ancêtre, compte tenu des mouvements des courants marins à l'époque, l'expédition a pu commencer.
La traversée dura deux jours. Pendant 45 heures, l'équipe du professeur Kaifu a navigué en pleine mer. En se repérant grâce au soleil, aux étoiles… et à une bonne dose d'instinct, ils ont fini par atteindre les côtes de l'île de Yonaguni au Japon. Ce succès a permis de tirer un premier constat : il y a 30 000 ans, leurs prédécesseurs ont sûrement utilisé un canoë de ce type car des embarcations plus légères et primaires n'auraient pas tenu face aux conditions météorologiques. Compte tenu de la dangerosité de la traversée, sans carte ni connaissances des variations des courants marées, l'hypothèse d'un voyage retour paraît peu probable pour ces anciens explorateurs.
Après leur traversée, les chercheurs ont lancé d'autres simulations numériques en prenant en compte de nouveaux lieux de départs, la saison optimale pour lever l'ancre, et les conditions maritimes de l'époque. Leur dernière hypothèse suggère qu'il est probable que partir du nord de l'île de Taïwan aurait augmenté les chances de réussite de l'expédition. Cette démarche, bien que moderne dans ses méthodes, offre un aperçu concret des défis et des prouesses des premiers navigateurs, mettant en lumière le rôle central du canoë dans les expansions humaines préhistoriques à travers les mers, une forme de voyage ancien dont l'histoire et la durée des périples sont encore à explorer pleinement.
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Les Traversées Modernes et la Redécouverte de la Chine Contemporaine
Le désir de voyage vers la Chine a perduré à travers les siècles, se manifestant sous des formes nouvelles et adaptées aux réalités géopolitiques et technologiques de chaque époque. Les voyages modernes ont souvent pris une dimension collective et symbolique, reflétant les aspirations d'une génération ou les dynamiques d'une ère en mutation.
Une illustration frappante de cette nouvelle ère de voyage fut l'expédition du train vers Pékin en 1985. Le 2 juillet 1985, un train quittait la gare de Conflans-Sainte-Honorine dans une atmosphère de fête, destination Pékin. À bord, près de 400 Français de tous horizons, âgés de 15 à 25 ans, s’apprêtaient à franchir le rideau de fer et à traverser les dictatures du bloc de l’Est. Dans les wagons, l’ambiance tourna vite à la colonie de vacances et au happening permanent, transformant ce long périple en une expérience humaine riche et intense. Cette formidable expédition racontait l’euphorie des années 1980 et la tentative d’ouverture d’une Chine alors en pleine mutation, une mutation qui, malheureusement, allait brutalement clore ce chapitre quatre ans plus tard, sur la place Tiananmen.
La scène du départ était empreinte d'une joie collective et d'une effervescence particulière. Libérés par la foule massée sur le quai, des dizaines de ballons multicolores s’envolèrent dans un ciel sans nuages. Une ambiance aussi joyeuse que fébrile régnait dans la gare de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) ce matin du 2 juillet 1985. Près de 400 jeunes, âgés de 15 à 25 ans, et une petite centaine d’accompagnateurs s’apprêtaient à monter à bord d’un train mis à leur disposition. Leur direction finale était Pékin ! Les derniers adieux aux parents et les dernières consignes d’usage étaient écoutés d’une oreille distraite, l'attention des participants étant surtout portée sur la nécessité de faire connaissance avec leurs voisins de compartiment, avec qui ils devraient cohabiter pendant neuf jours.
Le départ fut également marqué par des gestes anticonformistes, illustrant l'esprit de l'époque. Soudain, une bande d’olibrius déguisés en grooms s’allongèrent par terre devant la tribune pour figurer un tapis rouge et invitèrent Michel Rocard, maire (PS) de la ville, et Alain Calmat, ministre de la jeunesse et des sports du gouvernement de Laurent Fabius, à leur marcher dessus. Ces comédiens du Théâtre de l’Unité, une troupe anticonformiste - presque un pléonasme à l’époque -, seraient du voyage pour animer les arrêts en gare. Le premier arrêt, à la gare Saint-Lazare, à Paris, fut purement protocolaire : après quelques discours, le socialiste Jean Auroux, secrétaire d’État chargé des transports, coiffé d’une casquette de cheminot, donna un solennel coup de sifflet. C’était parti pour plus de 12 000 kilomètres de trajet à travers notamment la RDA, la Pologne et l’Union soviétique. Ce voyage, nous transportant quarante ans après, au cœur des années 1980, représentait une prouesse logistique et diplomatique.
Franchir le rideau de fer et parcourir les dictatures du bloc de l’Est avec des centaines de jeunes armés d’appareils photos et des journalistes caméra au poing, bref une foule d’Occidentaux plus ou moins incontrôlables, ce défi n’avait pu être relevé que parce que 1985 avait été décrétée par l’ONU « Année internationale de la jeunesse ». On attendait alors de tous les États qu’ils jouent le jeu. En France, l’ensemble des associations avait été invité par le ministère de la jeunesse et des sports à présenter des projets. Sur les mille dossiers reçus, quatre cents avaient été retenus, mais aucun n’était aussi décoiffant que cette expédition ferroviaire vers la Chine, symbole d'une jeunesse en quête d'ouverture et de dialogue avec des mondes lointains.