La Crosse Lamellée-Collée du Mosin-Nagant : Une Fusion de Tradition et de Modernité

Le fusil Mosin-Nagant, avec ses millions d'exemplaires produits et son histoire s'étendant sur plusieurs décennies, représente une icône de l'armement militaire. Initialement conçu comme une arme à répétition fiable et robuste pour les troupes russes, il a traversé les époques, les conflits et les frontières, s'adaptant continuellement aux besoins de ses utilisateurs. Au-delà de sa mécanique éprouvée et de sa munition de 7,62 x 54 mm R toujours disponible, un élément distinctif de certaines de ses variantes et de ses adaptations modernes réside dans l'utilisation de la crosse lamellée-collée. Cette innovation, bien que n'étant pas présente sur les premières versions, apporte des caractéristiques et des avantages techniques notables, modifiant l'esthétique et la performance de cette arme légendaire.

Le Fusil Mosin-Nagant : Une Légende de Robustesse et d'Adaptabilité

Genèse et Adoption d'une Arme Impériale

L'histoire du Mosin-Nagant débute dans un contexte de modernisation de l'armée russe. Durant le conflit russo-turc de 1877 à 1878, les troupes russes sont armées en majorité de fusils Berdan à un coup alors que les Turcs disposent de fusils à répétition Winchester, soulignant un besoin urgent d'évolution. En 1882, le ministère de l’armement russe décide de concevoir une arme alimentée par un chargeur de plusieurs cartouches. Après l’échec de la tentative de modification du Berdan, une « commission spéciale pour l’expérimentation des fusils à chargeur » est créée pour tester plusieurs conceptions, comme dans toute l'Europe de la même époque, à la suite de la révolution de la poudre sans fumée seront conçus les Lebel, Fusil Mannlicher M1895, Lee-Metford, etc.

En 1889, un jeune capitaine nommé Sergueï Mossine soumet son projet de fusil de calibre 3 lignes (soit 7,62 mm, la ligne valant en Russie à l'époque 0,1 pouce et 2,54 mm) en concurrence avec le fusil à 3,5 lignes de Léon Nagant (d'origine belge). À la fin de la période d'essais en 1891, les divers testeurs préfèrent le fusil de Nagant. Cependant, lors du vote de la Commission pour l'approbation du fusil, le fusil Mossin recueille 14 voix contre 10. Des officiers plus influents poussent les constructeurs à un compromis : les fusils Mosin seront utilisés avec le système d’approvisionnement de Nagant. Ainsi est né le Mosin-Nagant, un fusil militaire russe à canon rayé, à verrou et à répétition manuelle, conçu pour tirer cinq cartouches. Le Mosin-Nagant 1891 a été l'arme utilisée par l'armée du Tsar jusqu'en 1917, réputé, comme toutes les armes russes, pour sa solidité.

Production et Évolutions Majeures du Modèle

La production commence en 1892 dans les usines des arsenaux de Toula, de Sestroretsk et d’Ijevsk. Lors de son adoption comme arme de l'infanterie, la Russie n'avait pas l’infrastructure nécessaire pour produire en grande série le nouveau fusil, qui devait être fabriqué à plus de trois millions d'exemplaires. La Russie s'adressa donc à diverses manufactures européennes. Ce fut la Manufacture Française de Châtellerault qui fut le plus à même de produire en grande quantité, réalisant 503 539 armes de 1892 à 1895. À l'entrée en Guerre en 1914, la Russie fit également fabriquer des fusils Mosin aux États-Unis par les sociétés "New England Compagny de Springfield" qui produisit 769 520 fusils et "Remington Arms Union Metallic Cartridge Compagny de Bridgeport" pour 840 307 armes. Avec la Révolution de 1917, un deuxième lot de 280 049 Mosin ne fut pas livré à la Russie.

Entre l’adoption en 1891 et 1910, plusieurs variantes et modifications aux fusils existants sont faites, incluant le changement des organes de visée, l’implantation d’une culasse renforcée (à cause de l’adoption d’une balle de 147 grains), et l’installation d’un montage à galets. Sur le modèle 1891 d'origine, les instruments de visée étaient gradués en "arschins", une ancienne unité de mesure russe équivalant à 0,71 m. En 1908 avec l'adoption de la nouvelle cartouche à balle cylindro-ogivale pointue de 9,4gr, une nouvelle planchette est installée avec des graduations de 1200 à 3200 arshins. Après 1918, le système métrique fut adopté. Le Mosin-Nagant était globalement satisfaisant, et sa longueur importante lui donnait un avantage dans le combat au corps à corps, d'autant plus qu'il était toujours équipé d'une baïonnette avec une pointe cruciforme servant au démontage de l'arme.

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Avec l’entrée en guerre de la Russie en 1914, la production est restreinte au M1891 cavalerie et au M1891 infanterie pour une question de simplicité. Après la victoire de l’Armée rouge, un département est créé en 1924 pour moderniser le fusil, qui est alors utilisé trente années supplémentaires. Cela a lancé le développement du modèle 1891/30 (nom russe : винтовка образца 1891/30-гo года, винтовка Мосина), basé sur la conception du modèle cavalerie original. Les changements incluent : la réintroduction d’organes de visée arrières plats, le rééchelonnement de la hausse en mètres à la place de l’antique archine sur les armes du tsar et le raccourcissement du canon de 9 cm. De plus, une nouvelle baïonnette à ressort est conçue pour ce nouveau modèle. La version 1891/30 est la plus courante du Mosin-Nagant et fut produite et distribuée à l’armée soviétique entière de 1930 à 1945.

Dans les années 1930, Le Mosin-Nagant connaît une version de précision (en 1932), et est utilisé par les tireurs d’élite soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment pendant la bataille de Stalingrad. Ces fusils étaient réputés pour leur résistance, leur fiabilité, leur précision et leur facilité d’entretien. Le Mosin-Nagant fut décliné en plusieurs versions et produit de 1891 à 1965.

Les Variantes et l'Utilisation Internationale du Mosin-Nagant

Le Mosin-Nagant fut décliné en plusieurs versions au fil des décennies. Parmi les plus emblématiques, on retrouve :

  • Fusil d’infanterie modèle 1891 (пeхoтнaя винтовка образца 1891-гo года).
  • Fusil de cavalerie (драгунскaя) et Fusil Cosaque (казaчья), destinés à équiper la cavalerie.
  • Carabine modèle 1907, plus courte et plus légère (0,95 kg) que le M1891, excellente pour la cavalerie, les sapeurs et les artilleurs. Elle ne pouvait pas recevoir de baïonnette.
  • Modèle 1891/30, la version la plus courante, avec un calibre de 7,62 mm, une longueur de 1,23 m, et un poids de 4 kg.
  • Fusil dit de sniper (sniperskaïa), avec au moins trois variantes équipées de lunettes et de montages différents.
  • Carabine modèle 1938, un fusil basé sur les plans du M1891/30, en service de 1938 à 1945.
  • Carabine modèle 1944 (M44), mise en service fin 1943 et produite jusqu’en 1948. Ses spécificités sont très semblables au M1938 à l’exception de la baïonnette fixée en permanence sur le modèle 44, une lame quadrangulaire de 430 mm.
  • Carabine modèle 1891/59x, des M1891/30 existants raccourcis à la longueur d’une carabine.

Le Mosin-Nagant a connu une diffusion internationale considérable. L’Empire austro-hongrois et l’Empire allemand ont capturé une grande quantité de Mosin-Nagant pendant la Première Guerre mondiale. Certains ont été modifiés pour tirer la cartouche autrichienne en service, la 8x50r mm, ou recalibrés en 8x57S Mauser pour l'Allemagne. Ces fusils étaient distribués en seconde ligne, dans la marine allemande, et certains furent vendus à la Finlande ou utilisés pour l’entraînement.

Les militaires de Bulgarie, Tchécoslovaquie, Estonie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Serbie ont tous utilisé le Mosin-Nagant à un moment ou à un autre durant le XXe siècle. Les Mosin dans ces pays subirent souvent des modifications et furent souvent utilisés comme fusils d’entraînement. Beaucoup de ces fusils furent encore produits localement pendant les années de la Guerre Froide. La Hongrie, par exemple, a produit à des fins commerciales des copies de haute qualité des carabines M44, des modèles 91-30 et 91-30 avec lunettes PU.

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Durant les années 1920 et 1930, les forces communistes de Chine ont reçu des Mosin-Nagant de l’URSS pour contrer les forces nationalistes. La Chine commença à fabriquer des M1944 sous l'appellation de Carabine Type 53, les machines utilisées étant fournies par l’Union soviétique au début des années 1950. Ces modèles chinois diffèrent un peu des soviétiques, notamment par l'équipement d'un manchon lance-grenade amovible que reprendra la Carabine Type 63 (Corée du Nord).

Après avoir conquis son indépendance, la Finlande acheta de nombreux Mosin à l'étranger, les rénova et produisit plusieurs nouveaux modèles de Mosin-Nagant. Le modèle M39 est particulièrement réputé pour son ergonomie (crosse pistolet), sa qualité de finition et sa précision, avec des organes de visée finement réglables et une détente d'une franchise parfaite. Les Mosin-Nagant finlandais sont réputés pour leur précision et leur fiabilité.

L’Union soviétique et la république populaire de Chine ont fourni un nombre important de Mosin-Nagant à la Corée du Nord pendant la guerre de Corée, bien que la Corée du Nord ait ensuite produit ses propres fusils. Aux États-Unis, des Mosin-Nagant capturés ou non livrés après la Révolution de 1917 furent utilisés pour l’entraînement et par la garde nationale, avant d'être vendus comme surplus. Le Mosin-Nagant a aussi été vu en action dans les mains des moudjahidins en Afghanistan et des guérillas Viet Cong, témoignant de sa présence durable sur la scène mondiale.

La Crosse Lamellée-Collée : Caractéristiques et Avantages Techniques

Qu'est-ce qu'une Crosse Lamellée-Collée ?

La crosse lamellée-collée, souvent appelée "contreplaqué stratifié" dans le contexte des armes soviétiques, représente une approche moderne de la fabrication des crosses de fusil, en opposition au bois massif traditionnel. Sa particularité esthétique réside dans ses veines marquées et son apparence tigrée, due à la superposition et au collage de fines couches de bois. À première vue, c'est l'esthétique qui fait la différence avec une crosse en bois massif, bien que les deux soient faites de bois. Cette méthode de fabrication confère à la crosse une allure distinctive et souvent appréciée, notamment pour son aspect moderne et ses options de couleurs variées, même si certains utilisateurs préfèrent le veinage classique d'un noyer de premier choix.

Matériaux et Processus de Fabrication

La fabrication d'un lamellé-collé "industriel" est très technique, étant une extension de la fabrication du contre-plaqué, avec collage et pressage à chaud. Le matériau est souvent appelé Stratabond, et l'essence utilisée peut être du bouleau, comme cela a été observé pour des crosses de certaines carabines modernes fabriquées par KKC en Norvège, provenant de chez Rutland Plywood aux États-Unis. Ce type de bois, moins dense que le noyer traditionnel, peut potentiellement rendre la crosse plus légère, même si cela n'est pas toujours garanti et dépend de la densité du bois utilisé. La finition "standard" est le plus souvent un vernis polyuréthane, qui amène une certaine résistance aux coups et qui étanchéifie l'ensemble. Bien qu'il puisse être envisagé de fabriquer de telles crosses de manière artisanale, le processus industriel garantit une qualité et une uniformité supérieures.

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Avantages en Termes de Stabilité et de Résistance Climatique

Un avantage majeur de la crosse lamellée-collée réside dans sa moindre sensibilité aux conditions climatiques. Contrairement au bois traditionnel (comme le noyer, qui, bien qu'excellent et stable s'il est correctement entretenu et ne subit pas d'amplitude thermique très élevée et/ou d'immersion prolongée, peut tout de même bouger), le lamellé-collé est moins affecté par l'humidité et les variations de température. Cette caractéristique est cruciale pour la précision des armes à feu, car la déformation du bois due aux changements climatiques peut altérer le bedding de l'action et donc la constance du tir. C'est pour cette raison que les crosses des armes de Tir à Longue Distance (TLD) sont maintenant soit synthétiques, soit lamellées-collées, garantissant une meilleure stabilité dimensionnelle.

Robustesse et Durabilité Accrues

La crosse lamellée-collée offre une plus grande résistance grâce à son côté multicouche et à une orientation des fibres plus uniformément répartie. Si l'assemblage a été bien fait, avec un bon collage et un vernis extérieur, la résistance et la rigidité de la crosse ne posent pas de soucis. La rigidité est dans l'ordre de grandeur d'une excellente crosse synthétique. Cela se traduit par une durabilité renforcée et une capacité à mieux résister aux chocs et à l'usure, des qualités particulièrement appréciées pour des armes comme le Mosin-Nagant, souvent soumises à des conditions d'utilisation rigoureuses. Ce type de bois a été utilisé en fin de conflit et pendant les années 50-60 pour renforcer la durabilité et la résistance à l’humidité sur les Mosin.

Considérations sur le Poids et la Maniabilité

Concernant le poids, l'idée que le lamellé-collé serait plus léger (en raison de l'utilisation de bois moins denses) est parfois évoquée. Cependant, cela n'est pas toujours une certitude, et la densité d'une crosse lamellée-collée est comparable à celle d'un bon bois. Par exemple, pour un modèle de carabine spécifique, une crosse en hêtre pesait 1 360 grammes, tandis que sa remplaçante en lamellé-collé (bouleau Stratabond) pesait 1 410 grammes, montrant que le gain de poids n'est pas systématique. La critique "heavier and bulkier" (plus lourde et plus encombrante) n'est pas non plus pertinente suivant l'utilisation, car il est possible de tailler strictement la même forme dans du lamellé-collé.

En termes de maniabilité, une crosse lamellée-collée peut avoir un toucher distinctif. Certains la décrivent comme "incomparable" et "encore plus doux que le hêtre". Cependant, cette douceur peut parfois entraîner une surface tellement lisse qu'elle peut glisser des supports de tir lors des tirs, nécessitant parfois d'adapter le support ou d'ajouter de la texture à la crosse.

L'Esthétique des Crosses Lamellées-Collées

L'aspect esthétique est souvent la première motivation pour acquérir une crosse lamellée-collée. Son apparence distinctive, avec ses strates de bois visibles, offre une esthétique moderne et souvent colorée qui se distingue du bois massif traditionnel. C'est sur que le veinage est différent d'un noyer hors classe, mais beaucoup l'apprécient. De nombreux fabricants proposent désormais des crosses en bois d'arbre ou en lamellé-collé pour des modèles identiques, offrant aux utilisateurs un choix en fonction de leurs préférences esthétiques. Certaines essences méprisées par les occidentaux, comme le bouleau, se sont avérées nettement plus "coriaces" dans des climats rigoureux, comme celui de la "Sainte-Russie", et ont été utilisées pour les crosses, y compris en lamellé-collé.

La Crosse Lamellée-Collée sur le Mosin-Nagant : Histoire et Application

Contexte Historique et Utilisation en Temps de Guerre

Sur le Mosin-Nagant, l'utilisation de crosses en bois lamellé-collé ou en contreplaqué est apparue principalement en fin de conflit et pendant les années 50-60. Il semble que les crosses en contreplaqué pour les modèles 91/30 soient toutes post-Seconde Guerre mondiale, tandis qu'elles ont été utilisées à la fin du conflit sur les carabines M44. Cette adoption s'inscrivait dans une logique de production de masse, cherchant à renforcer la durabilité et la résistance à l’humidité des armes en service prolongé après le conflit. Le Mosin-Nagant Modèle 1944, notamment, est doté d'une crosse en bois massif ou en lamellé-collé, selon les années de production, illustrant cette transition.

Les Attributs Spécifiques des Crosses Lamellées-Collées pour Mosin-Nagant

Une crosse lamellée-collée de fabrication artisanale (Russie) pour Mosin-Nagant, suivant la conception du célèbre SVD (Dragunov), peut être équipée d'un sabot en caoutchouc, la rendant très commode et maniable. Ces adaptations modernes visent à améliorer l'ergonomie et le confort de tir, tout en capitalisant sur la robustesse inhérente au design original du Mosin-Nagant et les avantages du lamellé-collé. Un tel exemplaire peut être superbe, avec une mécanique fluide et une finition soignée sur le métal et le bois, un canon poli miroir et des rayures bien visibles. Ces crosses confèrent une apparence distinctive au fusil, le faisant changer des crosses en bouleau habituelles, parfois perçues comme plus rudimentaires.

Précisions Dimensionnelles et Compatibilité

Il est essentiel de noter que les Mosin-Nagant ont été fabriquées à des millions d'exemplaires (près de 37 000 000), avec de minimes différences dimensionnelles externes selon leur provenance (usines - Tula, Izhevsk, Podolsk, Springfield, etc.). Une crosse lamellée-collée proposée à la vente peut être ajustée et montée sur une carabine Mosin-Nagant spécifique, par exemple une fabrication Izhevsk 1940. Cette variabilité implique qu'une crosse "prête à monter" peut nécessiter un ajustement minutieux pour s'adapter parfaitement à un récepteur particulier, même si elle est conçue pour le modèle 91/30. La crosse est un composant crucial pour l'intégrité structurelle de l'arme et son bon fonctionnement.

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