La colonne cervicale n’est pas droite, et c’est tout à fait normal ! Elle présente naturellement une courbure en forme de « C » orientée vers l’avant, qu’on appelle la lordose cervicale. Cette courbure physiologique permet de répartir la pression sur les disques intervertébraux cervicaux, de maintenir la flexibilité et la stabilité du cou, et de placer la colonne cervicale dans un état biomécanique optimal. Une lordose cervicale saine se mesure entre 20° et 40° sur une radio de profil. Une bonne courbure de la colonne cervicale, c’est une courbure qui varie entre 36° à - 15°.
Le problème, c’est quand cette courbe s’inverse. On parle alors d’inversion de courbure cervicale, aussi appelée lordose cervicale inversée, inversion de la courbure physiologique cervicale ou rectification cervicale. Au lieu de pointer vers l’avant, la courbure s’efface ou part dans l’autre sens. Il s’agit d’un phénomène pathologique où la courbure physiologique normale en forme de 'C' convexe vers l'avant de la colonne cervicale se transforme en une courbure inversée. Elle constitue un type de maladie cervicale.
Les mécanismes et causes de la déformation cervicale
La tête humaine pèse en moyenne 5 kg. Lorsqu’elle avance de seulement 2,5 cm par rapport à son axe naturel, le poids ressenti par la colonne cervicale peut grimper jusqu’à 15 kg. Plusieurs facteurs peuvent conduire à cette déformation. Les chocs traumatiques, tels que les accidents de voiture ou encore les chutes violentes, sont susceptibles de causer ce type de pathologie. Un accident de voiture, un choc sportif, ou même un simple « coup du lapin » peuvent dérégler la mécanique cervicale en un instant. Le traumatisme provoque une contracture musculaire réflexe qui, si elle n’est pas traitée rapidement, peut figer la colonne dans une mauvaise position. C’est probablement la cause la plus fréquente aujourd’hui.
La fameuse posture de la tête en avant - qu’on appelle aussi « tech-neck » ou « text-neck » - résulte de longues heures passées à fixer un écran, un smartphone, ou à travailler courbé. Le fait de rester longtemps penché sur son téléphone portable, de travailler sur un bureau, de regarder la télévision ou de lire à moitié allongé maintient la colonne cervicale dans une position fléchie pendant de longues périodes. Cela augmente la pression à l'intérieur des disques intervertébraux cervicaux, entraîne une répartition inégale des forces sur les muscles du cou, et provoque une fatigue par surmenage des muscles et ligaments de la nuque due à leur étirement. La force musculaire diminue, une instabilité vertébrale apparaît, ce qui entraîne une modification de la courbure physiologique.
Le stress chronique génère des contractions musculaires persistantes, notamment au niveau des trapèzes et des muscles para-vertébraux cervicaux. Rester assis 8 heures par jour sans bouger, c’est l’ennemi numéro un de ta colonne. De plus, une utilisation inappropriée de l'oreiller est également une cause importante de l'inversion de la courbure cervicale. La plus courante est l'utilisation d'un "oreiller haut". Un oreiller trop haut provoque une flexion antérieure de la tête, augmente la charge sur les vertèbres cervicales inférieures et accélère le processus de dégénérescence cervicale, conduisant à l'inversion de la courbure cervicale. Dormir avec un oreiller trop haut équivaut à rester penché toute la nuit, ce qui peut facilement provoquer une inversion de la courbure cervicale.
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Symptômes et diagnostic de la rectification cervicale
L’inversion de courbure cervicale ne fait pas toujours mal au départ, ce qui la rend d’autant plus traître. Les manifestations cliniques comprennent des douleurs au cou et aux épaules, des maux de tête, des vertiges et des engourdissements des membres. Les migraines cervicales, en particulier, sont souvent sous-estimées. Pourtant, une inversion de courbure peut comprimer les racines nerveuses C1 à C3, directement impliquées dans l’innervation du crâne. Une récente étude menée par la revue scientifique Physiotherapy associe la survenue d’épisodes de céphalée et la courbure cervicale du patient.
L’inversion de la courbure cervicale peut provoquer de nombreux malaises physiques. Elle provoque une compression de l'artère cervicale, ce qui entraîne souvent une insuffisance de l'apport sanguin cérébral ; deuxièmement, elle peut provoquer une compression des nerfs périphériques, entraînant une névropathie radiculaire ou sympathique, qui se manifeste souvent par un engourdissement des membres, des nausées et vomissements, des vertiges et des maux de tête, et dans les cas graves, une paralysie.
Le diagnostic ne se fait pas à l’œil nu. Un médecin généraliste, un rhumatologue, un ostéopathe ou un chiropracteur peut réaliser un premier bilan postural. La radiographie cervicale de profil reste l’examen de référence. Elle permet de visualiser précisément la courbure et d’objectiver une inversion. L’angle de Cobb, mesuré sur ce cliché, est le repère standard utilisé par les professionnels de santé. En dessous de 20°, on parle de rectification cervicale. En complément, une IRM peut être prescrite pour évaluer l’état des disques intervertébraux, détecter une éventuelle hernie discale ou vérifier si des structures nerveuses sont comprimées.
La natation comme outil de rééducation et ses précautions
Comme dans la plupart des lésions musculaires, la natation est le sport par excellence pour assouplir les articulations et continuer à solliciter la masse musculaire. La pratique modérée d'activités physiques comme le badminton ou la natation peut aider à restaurer la courbure. En cas de lésions et de douleurs chroniques, la natation est un des rares sports à être toléré voire même recommandé par les médecins car il s’agit d’un sport non violent qui se pratique en quasi-apesanteur. En effet, les articulations ne subissent aucun choc et l’eau a un effet massant sur l’ensemble de votre corps. Vous vous détendez musculairement et vos articulations sont plus souples.
Il est important de souligner que la natation peut causer des tensions sur les cervicales si elle est mal pratiquée. La technique est primordiale :
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- La brasse : évitez absolument la brasse avec la tête hors de l’eau en cas de douleur au niveau de la nuque et des cervicales car cela casse l’alignement de votre colonne vertébrale et creuse vos lombaires. Si vous tenez à nager la brasse, faites-le donc en plongeant votre tête sous l’eau.
- Le crawl : il s’agit d’une nage qui vous permet de garder le corps bien aligné dans son axe mais au moment de respirer, vous allez devoir sortir la tête de l’eau par le côté, ce qui aurait tendance à accentuer les douleurs au niveau de la nuque et des cervicales.
- Le dos crawlé : c’est la nage idéale pour protéger votre nuque et vos cervicales car il s’agit d’une nage qui ne demande de réaliser aucun mouvement de tête pour pouvoir respirer.
- Le papillon : cette nage est à bannir en cas de problèmes de cou et de cervicales car elle sollicite beaucoup la tête et a tendance à cambrer le dos.
Gardez toujours votre tête alignée avec votre colonne vertébrale (et le reste du corps) lorsque vous nagez. La pratique régulière de sports adaptés est bénéfique pour renforcer les muscles profonds du dos et du cou, constituant le meilleur soutien naturel pour ta colonne.
Stratégies de traitement et rééducation posturale
Bonne nouvelle : dans la majorité des cas, une inversion de courbure cervicale peut être améliorée significativement avec une prise en charge sérieuse et régulière. Le kinésithérapeute travaille sur le renforcement des muscles profonds du cou (les muscles fléchisseurs profonds cervicaux), la mobilisation des vertèbres et la rééducation posturale globale. Ces approches manuelles agissent directement sur les restrictions de mobilité articulaire. Un ostéopathe ou un chiropracteur va chercher à libérer les blocages vertébraux et à réharmoniser les tensions musculaires associées.
La kinésithérapie ne sert à rien sans un travail de fond au quotidien. Les exercices de rétraction cervicale (ou « chin tuck ») sont les plus recommandés par la littérature scientifique. Tu rentres doucement le menton vers la gorge, sans baisser la tête, pour replacer ta tête dans l’axe. Des exercices quotidiens comme le chin tuck (3 séries de 10 répétitions) et le renforcement des muscles fléchisseurs profonds peuvent améliorer la lordose cervicale de 15 à 20° en quelques mois. L’ostéopathie ou la chiropraxie, combinées à un oreiller ergonomique, accélèrent la correction.
Le collier cervical peut être prescrit ponctuellement après un traumatisme aigu pour limiter les mouvements et favoriser la cicatrisation des tissus. Attention cependant : un usage prolongé fragilise les muscles cervicaux. Il ne doit pas être porté trop longtemps - les médecins recommandent généralement de ne pas dépasser quelques jours pour éviter l’atrophie musculaire. Une fois la phase aiguë passée, il est essentiel de continuer à solliciter cette zone pour éviter toute raideur qui pourrait aggraver les symptômes.
L'importance de l'ergonomie et du mode de vie
Traiter, c’est bien. Mais ne plus aggraver la situation, c’est encore mieux ! Ton écran doit être à hauteur des yeux, à environ 50 à 70 cm de ton visage. Si tu regardes vers le bas toute la journée, tu nourris la posture de la tête en avant heure après heure. La règle du 20-20-20 est simple : toutes les 20 minutes, lève les yeux de ton écran pendant 20 secondes et regarde à 20 pieds (environ 6 mètres).
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Pour choisir le bon oreiller, il faut d'abord comprendre la bonne méthode pour l'utiliser. Bien qu'on parle d'"oreiller", en réalité, c'est le "cou" qu'il faut soutenir correctement. L'oreiller doit être placé sous le cou, entre l'arrière de la tête et les épaules, pour soutenir la nuque pendant le sommeil profond. Le rembourrage d'oreiller idéal pour la correction de la courbure cervicale est un noyau en mousse à mémoire de forme compressée à chaud. Il est généralement conseillé de choisir un oreiller fabriqué avec un tel noyau, car sa forme doit d'abord correspondre à la courbe physiologique normale globale du corps humain.
La prévention nécessite de maintenir une bonne posture assise, de bouger le cou toutes les 1 à 2 heures, de limiter le temps de flexion continue de la tête à moins d'une demi-heure et d'éviter les courants d'air de climatisation dirigés directement vers le cou. Il faut également éviter de lire des livres ou des journaux, ni regarder la télévision au lit.