De la Glisse Écologique à l'Autosuffisance : Les Mondes de Corentin et l'Héritage Low-Tech

Dans un monde en quête de solutions durables et respectueuses de l'environnement, certains pionniers se distinguent par leur audace et leur capacité à réinventer nos modes de vie. Corentin de Chatelperron incarne cette mouvance, explorant l'autosuffisance et la basse technologie à travers des aventures maritimes et terrestres, tout en laissant derrière lui un héritage de savoirs partagés. Parallèlement, l'océanographie et la navigation traditionnelle en France sont également représentées par un autre navire emblématique, le lougre "Corentin", qui perpétue une histoire et un savoir-faire maritime. Cet article se propose d'explorer ces deux facettes, en détaillant les périples, les innovations et la philosophie qui les animent, offrant une perspective enrichie sur l'autosuffisance, la low-tech et le lien profond entre l'homme et la mer.

Corentin de Chatelperron : Le Parcours Initiatique d'un Ingénieur Aventurier

L'histoire de Corentin de Chatelperron est celle d'une vocation précoce et d'une ingénierie au service d'un idéal de sobriété. Breton né à Vannes, d’un père notaire et d’une mère conseillère conjugale, il a cultivé dès son plus jeune âge une passion pour la nature, la vie sauvage et le bricolage, ancrée dans l'idée que l’on peut faire beaucoup avec les moyens du bord. Son enfance, passée à Muzillac, près de Vannes, fut marquée par la construction de cabanes, de radeaux pour naviguer sur l'eau, et la réparation incessante d'objets cassés, qu'il s'agisse de serrures, de vélos ou de Mobylettes. Cette période a forgé en lui une admiration profonde pour les grands aventuriers qui ont marqué l'histoire, tel le commandant Cousteau, qui partageait sa passion avec le public afin de protéger les océans. Il a également été inspiré par Alain Bombard, ce médecin biologiste qui traversa l’Atlantique en 1952 sur un canot pneumatique, sans eau et sans nourriture, dans le but de démontrer que l’on pouvait vivre juste avec les ressources de la mer. Ces figures ont nourri son désir d'explorer les limites de l'autonomie et de la résilience humaine.

Pour s'outiller intellectuellement, Corentin a choisi de devenir ingénieur, suivant ses études à l’Icam (Institut catholique des arts et métiers) de Nantes. Cette formation technique l'a ensuite mené à un stage en Inde, à Auroville, une cité utopique bâtie dans les années 1960, reconnue pour l'utilisation intensive de systèmes écologiques. Là-bas, il s'occupait notamment d’éoliennes, une expérience formatrice sur les énergies renouvelables et l'autosuffisance. C'est également dans ce contexte qu'il a participé à des recherches novatrices avec d'autres jeunes ingénieurs. Nous étions de jeunes ingénieurs, nous voulions tester des matériaux naturels pour la construction de bateaux. À l'époque, la tendance était à la fibre de verre, un matériau peu écoresponsable, et ils ont ainsi construit des bateaux en fibre de jute, une ressource locale et plus durable.

Pourtant, malgré ses compétences techniques, une expérience cruciale a mis en lumière une lacune dans son approche de l'autonomie. Ayant navigué six mois dans le golfe du Bengale sur son propre bateau avec l’idée d’être le plus autonome possible, il a réalisé : « Cela n’a pas marché : j’étais ingénieur, et je ne savais rien faire ! Même pas planter des pommes de terre ! » Cette prise de conscience fut un tournant. Il a alors compris que la connaissance théorique ne suffisait pas sans les savoir-faire pratiques et concrets. « Oui ! En tant qu’ingénieur, je me suis dit que j’allais répertorier ces savoir-faire et faire des tutoriels (notices de construction) mis gratuitement à disposition sur Internet. » C'est ainsi qu'est née l'idée de ce qui allait devenir le Low-tech Lab, une initiative visant à démocratiser des techniques simples, efficaces et écologiques.

Ces savoir-faire ou techniques sont qualifiés de « low-tech » - littéralement basse technologie. Corentin de Chatelperron et son équipe utilisent ce terme par contraste avec la « high-tech » ou haute technologie, qui réclame une haute technicité et consomme beaucoup d’énergie. L'objectif n'est pas de revenir en arrière, mais d'inventer une nouvelle manière d’habiter la planète, un futur sain, confortable, résilient, juste, durable et heureux, où l’être humain fait partie de l’écosystème. Il ne s'agit pas de proposer des solutions passéistes, mais bien d'imaginer un avenir différent de celui nourri par les films de science-fiction et les fantasmes des géants de la Silicon Valley, comme installer une base sur Mars, construire des voitures autonomes et volantes. Un tel futur, selon lui, est un futur où l’homme ne voit plus la nature et oublie qu’il en fait partie. Il faut que l’on crée un autre imaginaire du futur, un futur qui intègre l'humain dans son environnement.

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L'Épopée du "Nomade des Mers" : Sept Ans sur les Routes de l'Innovation Low-Tech

L'icône de la mouvance low-tech, le catamaran Nomade des Mers, est le fruit de cette vision. Ce navire aux coques rouge et blanche a débusqué des innovations économes et écologiques aux quatre coins du monde pendant sept ans. Actuellement en vente, ce Kennex 445 de 1993, dont les nombreux hublots apportaient la luminosité nécessaire aux plantes du bord, a été le laboratoire flottant de Corentin de Chatelperron et du Low-tech Lab. Son périple, bien que prévu pour une durée initiale de trois ans, s'est étendu sur une période plus longue que prévu. « Ça devait durer 3 ans, et puis ça a pris plus de temps que prévu… » confie son capitaine. Le bateau a été acquis en 2015, et l'équipage est arrivé à Concarneau en 2022, à l'occasion du festival low-tech, marquant un retour empreint d'émotions. « Ça faisait quelque chose ce retour. »

Le voyage fut semé d'embûches et d'opportunités inattendues. La pandémie de Covid-19, par exemple, a considérablement ralenti les plans du Nomade des Mers, les frontières étant fermées, l'empêchant de partir du Mexique et lui faisant perdre une année entière. Chaque escale, au nombre de 25 au total, prenait du temps, car elles étaient souvent l'occasion de rencontrer, de documenter et de partager des savoir-faire. L'équipe d'Arte a d'ailleurs tourné 25 films sur ces aventures, un processus qui nécessitait à chaque fois plusieurs semaines de tournage, amplifiant la durée des escales. De plus, il y a eu une pause significative en Thaïlande pour l’expérience de biosphère sur la plateforme flottante. Tout au long de cette exploration, le Nomade des Mers a trouvé « plus de low-tech que prévu », démontrant la richesse et la diversité des solutions existantes à travers le globe.

À bord, l'organisation de l'équipage était dynamique. Grossièrement, soixante personnes ont participé à cette aventure au fil du temps. En moyenne, l'équipage était composé de quatre personnes, avec des rotations tous les deux mois, bien que cette configuration ait pu varier. Pendant la pandémie, par exemple, au Mexique, Corentin de Chatelperron était uniquement accompagné de sa compagne, Caroline Pultz. Dans certaines escales, l'équipe réalisait des tutoriels, avec des personnes dédiées au filmage. Parfois, la complexité d'une low-tech spécifique exigeait la présence d’un spécialiste de cette thématique à bord, enrichissant ainsi l'expertise collective. Le catamaran lui-même était un véritable laboratoire d'autosuffisance : « J’ai aujourd’hui à bord, sur mon catamaran, un récupérateur d’eau, un filtre pour l’eau potable, des cultures en hydroponie - sur un substrat de billes d’argile. L’engrais est fait maison. Pour la ration en protéines, j’ai une culture de spiruline (une microalgue) et un élevage de grillons. » Ces systèmes illustrent concrètement l'application de la low-tech pour répondre aux besoins essentiels : boire, manger, habiter, produire de l’électricité, recycler les déchets.

L'expérience du Nomade des Mers visait à recenser des savoir-faire simples et écologiques qui répondent aux besoins essentiels de l’humanité. Pendant six ans, Corentin de Chatelperron a voyagé autour du monde sur ce catamaran, pour répertorier les savoir-faire utiles, durables et accessibles que la population met en œuvre pour assouvir ses besoins fondamentaux. L’idée sous-jacente est que les solutions existent pour un monde plus sobre, et qu’à l’heure du réchauffement climatique, il est absolument impératif de les partager.

Après son tour du monde, Corentin de Chatelperron a poussé l'expérience d'autonomie encore plus loin. Il a voulu mener une expérience d’autonomie grandeur nature, en habitant quatre mois sur une plate-forme de bambou, près des côtes thaïlandaises. C’est là qu’il a pu tester cent-cinquante savoir-faire, avec des succès et des déboires, une confrontation directe entre la théorie et la pratique. Et là, il a compris qu'il faisait partie d’un ensemble, où tout était lié. Non seulement les objets du quotidien peuvent être plus durables, mais il est possible de créer un écosystème vertueux, circulaire, où rien n’est perdu. Les déchets de l’un servent d’alimentation à l’autre, illustrant parfaitement les principes de l'économie circulaire.

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Le Low-tech Lab ne s'est pas limité à l'aventure maritime. Parallèlement, une équipe a fait le tour de France pour rechercher ces solutions. Elle les a testées dans une petite maison (« tiny house »), où elle a vécu en autonomie pendant un an. D’autres personnes, des ingénieurs, des bricoleurs, des chefs d’entreprise se sont joints à eux au fil du temps, formant une communauté dédiée à la promotion de la low-tech. Cette démarche s'inscrit dans une volonté de diffusion : « Pendant neuf jours, nous allons montrer au public comment nos innovations fonctionnent. » De plus, sur le site Internet basse consommation (oui, c’est possible), l'équipe propose des explications et des recettes, rendant ces techniques accessibles à tous. « Tout le monde peut s’emparer de ces techniques. » Un partenariat est également inauguré avec vingt entreprises de la région pour les accompagner dans cette démarche environnementale, témoignant d'une volonté d'ancrage local et d'impact systémique.

Face à la question, « Mais quel objectif visez-vous ? Que tout le monde se mette à manger des algues et des grillons ? Quel programme ! », Corentin de Chatelperron répond avec conviction. Et pourtant, selon d’éminents chercheurs, les algues sont très prometteuses. Partout, leur culture se développe. La spiruline, qualifiée d'aliment du futur selon l’ONU, a juste besoin d’eau salée, d’oxygène et de soleil, et fournit des protéines, des minéraux, des vitamines essentiels. À Madagascar, il a visité une culture de spiruline, une algue très nutritive, servant à nourrir des gamins des rues qui seraient morts de faim sans cela, prouvant son potentiel humanitaire. Et saviez-vous que deux milliards de personnes mangent des insectes dans le monde ? Pour nombre de nos concitoyens, ces propositions peuvent sembler passéistes, mais c’est tout le contraire !

Corentin de Chatelperron se tourne déjà vers l'avenir : il continuera à tester des savoir-faire. Et puisqu’il y aura bientôt 41 % de la planète classée en zone aride, il prépare une nouvelle expérience de vie écologique en autonomie dans le désert mexicain, à côté de la mer de Cortez, avec sa compagne Caroline. La question majeure est d’arriver à gérer l’eau : ils auront besoin de 40 litres par jour, car ils vont faire pousser des plantes. Là-bas, il pleut un jour par mois, et l’océan ne fournit que de l’eau salée. Ils vont donc tester des prototypes de désalinisateurs simples d’eau salée et tenter de créer un vaste écosystème, avec un circuit d’eau qui nourrit tout le vivant, repoussant ainsi les limites de l'ingéniosité humaine face aux défis environnementaux. Cette nouvelle étape s'inscrit dans une continuité de travail initiée par son travail dans un chantier naval au Bangladesh, la création de bateaux en fibre de jute, son tour du monde sur le Nomade des mers, à la rencontre d’innovations inspirantes, et concrétisée par le récit de son voyage dans Nomade des mers (Éd.) et la publication de Ma biosphère (Éd.).

Le Lougre "Corentin" : Un Héritage de Navigation Traditionnelle

Au-delà des explorations du Nomade des Mers et des aventures de Corentin de Chatelperron, le monde maritime français abrite un autre navire remarquable portant le nom de "Corentin". Ce lougre de l'Odet est un voilier trois mâts, construit en 1990-1991 à Quimper. Il s'agit d'une réplique fidèle de l'Aimable Irma, un caboteur du 19e siècle utilisé pour le transport de marchandises sur les côtes bretonnes. Le "Corentin" est bichonné par une association de marins passionnés qui perpétuent les traditions de la marine à voile. Ce lougre chasse-marée, qui porte haut ses voiles, offre une expérience unique de navigation traditionnelle.

Le "Corentin" est en activité entre les mois de mai et octobre sur la façade Atlantique, offrant des opportunités de découvrir le plaisir de la navigation traditionnelle à la voile dans la baie de Concarneau. Son port d’attache en saison est Concarneau et les navigations se font principalement à destination de l’archipel des Glénan. Les passagers sont invités à embarquer à bord pour redécouvrir le plaisir de la navigation traditionnelle à la voile. Si le cœur vous en dit, vous participerez aux manœuvres dans les embruns, une immersion totale dans l'univers de la marine à bois. Il est possible de filer jusqu’à l’archipel des Glénan à la journée pour profiter du sable blanc, des plages et de l’eau turquoise, ou de prendre le large pour quelques heures de navigation détente en baie de Concarneau et découvrir les remparts depuis la mer. L’apéro au coucher du soleil reste un moment inoubliable, combinant la beauté du paysage maritime et la convivialité.

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Au-delà des sorties récréatives, le "Corentin" participe également aux grands événements maritimes, contribuant à préserver et à mettre en valeur le patrimoine naval. Il développe des projets avec les publics scolaires, transmettant aux jeunes générations les savoir-faire et l'histoire de la navigation à voile. Il est également possible d’affréter le bateau pour des réunions de familles, des fêtes entre amis, des anniversaires, ou d'autres événements spéciaux, offrant un cadre original et mémorable pour des célébrations privées. Ce voilier majestueux et puissant, avec sa voilure impressionnante, représente un lien vivant avec le passé maritime de la Bretagne et continue d'écrire son histoire sur les eaux.

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