Le monde du skipper est une immersion totale dans l'univers marin, où la passion de la navigation se confronte à la rigueur professionnelle et à une complexité contractuelle souvent sous-estimée. Que ce soit pour des aventures solitaires en haute mer ou pour le transport de passagers, le skipper est au cœur d'une activité exigeante qui requiert des compétences techniques affûtées, un sens aigu des responsabilités et une connaissance approfondie des réglementations maritimes. Cette profession, loin de l'image idéalisée de la voile de plaisance, s'articule autour de défis constants, d'apprentissages permanents et d'un cadre juridique qui ne cesse d'évoluer, notamment à travers les compétitions et les différentes formes d'engagement professionnel.
L'Expérience du Skipper en Compétition : Le Parcours de Thomas Ruyant
Le Dunkerquois Thomas Ruyant a bouclé vendredi sa qualification hors course en solitaire, après 9 jours de navigation en Méditerranée. Ce parcours sans faute lui permet d’être qualifié pour les Sables d’Olonne-Les Açores-les Sables d’Olonnes fin juillet et d’avancer franchement dans sa course à la participation à la Transat 650 2007. Il reste 500 milles en compétition pour que le skipper de « Faber France » ait rempli son contrat (1000 milles en course et hors course). L'accomplissement de ces milles est une étape cruciale pour l'atteinte de ses objectifs.
Cette expérience est riche en enseignements. « C’était ma réelle première grande navigation en solitaire », relate Thomas. « Et bien, c’est dur ! Les conditions changeantes en med font que tu es toujours sur le qui-vive et puis en comparaison avec l’Atlantique où tu peux tracer ta route sur des longs bords, en med tu dois toujours passer d’une île à une autre, d’un rivage à un autre. J’ai énormément appris sur moi-même et sur mon bateau qui est assez difficile à régler ». La navigation en solitaire révèle une interdépendance fondamentale entre le marin et son environnement. « Je me rends compte que tout est lié en solitaire, il suffit de mal manger pour mal régler le voilier… Au début du parcours, je dormais dehors juste à côté des écoutes afin d’être réactif à l’humeur du vent et puis j’ai pris mes marques. A la fin, j’étais plus détendu ce qui m’a permis de dormir à l’intérieur tranquillement. Le temps a été un peu long. Heureusement, j’avais un bon bouquin. Je suis satisfait de l’évolution de mon projet. Pour l’instant mes objectifs sont remplis ». Dans les jours qui viennent, Thomas Ruyant sera de retour à Dunkerque pour se ressourcer, suite à un mois de navigation acharnée. Cette immersion dans la compétition met en lumière les exigences physiques et mentales du skipper, mais aussi la nécessité d'une connaissance intime de son navire.
Le Métier de Skipper Professionnel : Un Cadre d'Activités Diversifié
Seul maître à bord d'un voilier, le skipper professionnel peut convoyer un bateau ou organiser des croisières en accueillant des clients à bord. Le skipper professionnel est le chef de bord d'un navire de plaisance à voile. Il assure le transport de passagers sur des navires de plaisance à voile. Il peut également piloter un voilier pour le compte d'un tiers (organisme ou particulier). Le/la skipper professionnel(le) assure tout d'abord le transport payant de passagers vers une destination fixée d'avance. Lors du transport, les passagers ont la possibilité de participer ou non à la manœuvre et à la conduite du navire.
Les missions du skipper sont variées et exigent une grande polyvalence. Il peut convoyer des bateaux vides, entre les Antilles et la Méditerranée, par exemple, ou embarquer des plaisanciers pour quelques jours ou quelques semaines en mer, avec ou sans escales. Spécialiste de la mer et marin chevronné, il ne compte pas ses heures. Le skipper a pour mission première d'emmener des clients en mer, sur un voilier. Selon la taille du bateau, il peut également avoir la responsabilité d'une équipe qui peut comporter d'autres marins mais aussi un cuisinier, un hôte d'accueil, du personnel de ménage, etc. Le skipper étudie le trajet et l'ajuste parfois avec le client et surtout la météo qu'il surveille de près. Seul maître à bord, il est le premier et le dernier sur le pont. Il se charge des manœuvres, en particulier des entrées et sorties de ports, des mouillages, des changements de voiles, etc. Il peut également aider un propriétaire à prendre en main son bateau, en lui apprenant les gestes techniques, par exemple.
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Hors saison, il est employé au convoyage de bateaux de particuliers. En basse saison, le skipper peut faire du convoyage de bateau vide, notamment vers ou depuis les Antilles ou la Polynésie française, par exemple. Il peut faire de la préparation aux régates ou préparer lui-même une course. Il participe à des compétitions, parfois en solitaire. Le skipper est dans son élément sur un bateau, en pleine mer. Il maîtrise avec précision et assurance son bateau, sait le manœuvrer, y compris par gros temps. Il sait se repérer en lisant les cartes marines, mais aussi grâce aux engins électroniques embarqués et au sextant si ceux-ci tombent en panne. Si le bateau subit une avarie en mer, le skipper doit savoir réparer en urgence, ne serait-ce que sommairement, pour éviter le naufrage. De même, son brevet de secourisme lui permet d'appliquer les gestes de base en cas d'accident, en attendant de rejoindre la terre ferme.
Selon la mission, le skipper peut partir pour la journée ou pendant des semaines, voire même des mois s'il enchaîne les croisières. Son travail est très saisonnier avec un gros pic durant les 4 mois d'été et d'arrière-saison. Selon le cas et surtout la taille du bateau, le skipper peut être seul à bord, lorsqu'il fait du convoyage notamment, ou au contraire entouré d'une équipe qu'il doit manager. Dans tous les cas il est responsable de tous et surtout de leur sécurité. Il ne compte pas ses heures et la tâche peut parfois être stressante. Chaque jour, il doit surveiller la météo qui dicte sa loi en mer et peut nécessiter de changer les plans, il suit la position du bateau, il communique avec la terre pour anticiper ses escales… Le skipper peut être à son compte avec son propre voilier ou au contraire travailler pour un armateur, un loueur de bateau, voire un organisme de vacances. Il prépare et organise ses voyages à l'avance et veille à tout durant la croisière. La rémunération peut varier, allant de 250 à 350 euros brut par jour pour une croisière. Si la vie de skipper fait rêver, elle n'est pas accessible à tous, loin de là. Il y a une grande différence entre la voile de plaisance, que l'on peut pratiquer durant ses vacances, et le métier de skipper professionnel qui comporte de nombreuses contraintes et difficultés.
Les Qualifications et la Formation Continue du Skipper
Pour exercer ce métier exigeant, des qualifications spécifiques sont indispensables. La réglementation du métier de skipper en France est complexe et compte de nombreux titres et qualifications. Dans le vocabulaire classique, un skipper désigne le commandant d’un voilier et le capitaine d’un bateau à moteur. L'exercice de la profession implique d’exercer une activité professionnelle directement liée à l’exploitation d’un navire (Décret n° 2015-454 du 21 avril 2015 et art. L. A). La responsabilité du skipper, “seul maître à bord”, est importante juridiquement et civilement. Le skipper doit en effet, veiller à la bonne marche du navire, s’assurer d’un équipement approprié et en bon état de fonctionnement, décider l’agenda et la route en fonction de la météo et veiller à la sécurité de l’équipage.
Le premier niveau de formation (brevet de capitaine 200 voile) permet de convoyer des navires de moins de 25 m, pouvant accueillir jusqu'à 30 passagers. Le skipper peut ensuite envisager de passer le brevet de capitaine 500, puis de capitaine 3000 pour voguer sur de plus grandes embarcations. Il existe une distinction entre les diplômes et les brevets. La délivrance d’un diplôme, à l’issue d’une formation, permet au candidat de naviguer comme élève officier durant 2 ans. Ainsi qu’un temps de service effectif en mer minimum : 12 mois sur 2 ans (accompli à titre professionnel à bord de navires battant pavillon français sur des navires armés ou pavillon étranger). Les brevets de Capitaine sont strictement français. Ils ont une durée de validité de 5 ans après la date de délivrance. Pour renouveler son brevet, le titulaire demande sa revalidation au directeur interrégional de la mer de sa région administrative. Il doit justifier qu’il satisfait aux normes d’aptitude médicale prévues, et qu’il maintient ses compétences professionnelles.
En continuant à se former, le skipper peut piloter des bateaux de plus en plus grands. Le skipper peut choisir de se spécialiser dans la préparation de marins pour les courses et régates en mer, ou faire lui-même de la compétition. Pour en savoir plus sur les formations du yatching et de la plaisance, on peut consulter le site de l'Institut Français de la Mer. Il peut aussi s'orienter vers le commandement de navires de plaisance plus importants en devenant capitaine de yacht.
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Afin d’exercer des fonctions d’enseignement à bord d’un voilier, le moniteur responsable de la formation doit détenir une carte professionnelle. Cela inclut le Brevet professionnel de la jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport (BPJEPS), activités nautiques. Remarque : Le moniteur de voile, titulaire du BPJEPS, acquiert le statut de chef de bord lors de la prestation d’enseignement. Pour ce type d’activité, il n’a pas besoin de cumuler BPJEPS et Capitaine 200. Il existe également le Certificat de Qualification Professionnelle Initiateur voile (CQP IV). Toutefois, pour une pratique au-delà de 200 milles nautiques d’un abri, le DEJEPS “perfectionnement sportif” mention voile est nécessaire. Les titulaires de ce dernier doivent effectuer un “stage de recyclage” tous les 5 ans. Cela dans le but d’actualiser les compétences professionnelles du diplômé.
La France est signataire de la Convention STCW, les règles françaises sont en corrélation avec les exigences STCW. La France reconnaît donc les diplômes des autres territoires étrangers, conformes à la convention STCW, dont voici la liste. Une demande de visa de reconnaissance doit être formulée à la DDTM de la façade maritime sur lequel skipper aura évolué. Cependant, pour les skippers diplômés d’autres pays, un visa de reconnaissance pourra être délivré sous réserve d’avoir au préalable signé un contrat pour une prestation en France / sous pavillon français. Suite à la fin de la période de transition du Brexit, le Royaume-Uni est dorénavant un pays tiers et n’entre plus dans le périmètre de reconnaissance prévue par la STCW entre les pays membres de l’UE.
Avec l’essor de la plaisance collaborative, autrement dit, la location de bateaux entre particuliers, les Affaires Maritimes se font vigilantes. Jusqu’à fin 2017, seuls les titulaires du Capitaine 200 pouvaient transporter des passagers à bord. Ce décret propose désormais aux propriétaires de bateaux des brevets adaptés (plus rapide et moins coûteux que le Capitaine 200) pour transporter des personnes à bord de leurs navires. Le programme est le même que pour le BRACPN ; ce sont les pré-requis qui changent. Si un propriétaire souhaite tout de même être à bord lors d’une location, alors qu’il ne possède pas de diplôme, il peut intervenir en tant qu'accompagnateur mais ne peut pas prendre la barre.
Le Cadre Juridique des Navigations : Du Prêt à l'Affrètement
L'encadrement juridique des activités nautiques est primordial, qu'il s'agisse de prêt, de location ou de co-navigation. Devant l’engouement pour la co-navigation et le développement des bourses aux équipiers, vous souhaitez vous aussi participer à cette aventure humaine collaborative et prêter votre bateau… Mieux encore, vous envisagez de le mettre en location. Quelles sont les démarches à suivre ? Pouvez-vous embarquer des plaisanciers à titre onéreux ? Engager un chef de bord professionnel ?
Le prêt est par définition un contrat conclu à titre gratuit. Pour autant, et pour anticiper d’éventuels problèmes, il est recommandé de rédiger un contrat de prêt énonçant la durée du prêt, la zone de navigation autorisée et les obligations de chacune des parties. Les obligations de l’emprunteur incluent le fait de devoir veiller à un usage normal du navire et de conserver les documents du navire en cas de contrôle (Acte de francisation, titre de navigation, permis le cas échéant…). Les obligations du prêteur sont de respecter la durée du prêt. Pour ces deux premières situations, vous n’avez aucune exigence particulière. Il incombe au loueur d’informer son assureur qu’il souhaite louer son bateau.
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En cas de location, le loueur doit notamment permettre une jouissance paisible du navire et prendre en charge les réparations dues aux vices propres du navire. Si la location est effectuée avec un équipage fourni ou si le navire est mis à disposition de plusieurs personnes transportées à titre onéreux, le navire est obligatoirement un Navire à utilisation collective (NUC) et devra respecter une réglementation spécifique. Lors de la location d’un navire, c’est le contrat d’affrètement qui détermine le détenteur de la maîtrise commerciale et nautique du navire.
Cette fiche est un extrait du futur Guide juridique à destination des plaisanciers et des professionnels du nautisme, soulignant l'importance d'une information claire et précise pour tous les acteurs du nautisme.