Les années 1970 ont marqué une ère charnière dans l'histoire de la plaisance, caractérisée par une démocratisation sans précédent de la voile et l'émergence de voiliers dériveurs et de croisière devenus iconiques. Cette période, englobant également les dynamiques initiées dès les années 1960, a été le théâtre d'une véritable révolution industrielle et sociale, rendant la navigation accessible à un public plus large. Le plastique, en particulier, a permis de créer des voiliers de série innovants et plus accessibles, marquant ainsi une rupture avec les méthodes de construction traditionnelles et ouvrant la voie à une production de masse. C’est donc tout naturellement que cette période a donné naissance à des voiliers magiques, qui peuvent être considérés comme des voiliers de collection aujourd'hui. Nous profitons tous de ces bateaux monotypes produits en série, fruits d'une ingénierie audacieuse et d'une vision prospective.
L'Essor de la Plaisance Populaire et l'Ère du Plastique
La popularisation de la voile après la Seconde Guerre mondiale a été un phénomène majeur. L'accès à la mer, autrefois réservé à une élite, a commencé à se démocratiser grâce à des innovations en matière de matériaux et de techniques de production. Au cœur de cette transformation se trouve l'introduction du polyester et d'autres composites. Des figures visionnaires ont compris le potentiel de ces matériaux pour fabriquer des voiliers plus légers, plus résistants et, surtout, plus abordables. Cette révolution industrielle a ouvert la mer à une nouvelle génération de marins.
Michel Dufour est considéré comme un précurseur de l’industrie nautique, mais aussi un architecte de talent. En 1964, l’ingénieur Michel Dufour fonde la marque avec une idée simple et radicale : rendre la navigation accessible sans compromis sur la qualité. Pionnier, il introduit le polyester, le sandwich balsa et le contre-moulage dans la construction de voiliers de série, et invente le concept du bateau prêt à naviguer. Cette approche a non seulement rationalisé la production, mais a aussi garanti une qualité constante pour les bateaux sortant des chantiers. Avec des modèles devenus iconiques, comme le Sylphe ou l’Arpège, Dufour pose les bases d’un ADN toujours vivant : des voiliers marins, confortables, conçus pour durer et offrir un plaisir de navigation immédiat. L'innovation industrielle s’accélère, notamment grâce aux procédés d’injection et d’infusion, tout en préservant l’ADN Dufour, incarné par la signature de l’architecte naval Umberto Felci. Le design s’affirme, les finitions gagnent en qualité, les espaces de vie deviennent plus généreux, la navigation plus intuitive, sans jamais sacrifier les sensations sous voile.
Le Rôle Social des Écoles de Voile : L'Exemple des Glénans
Parallèlement à ces avancées techniques, des initiatives sociales ont fortement contribué à la démocratisation de la voile. L’histoire de l’école des Glénans, par exemple, représente une étape capitale qui a fait passer la voile du statut de sport d’élite à un moyen de faire une action humanitaire auprès des jeunes paumés de la guerre et un jalon de progrès social. Cette institution a joué un rôle déterminant en offrant un accès à la navigation à des milliers de jeunes, leur transmettant les valeurs de l'autonomie, de la solidarité et du respect de l'environnement maritime. L'approche pédagogique des Glénans, axée sur l'apprentissage par la pratique et la vie en communauté, a formé plusieurs générations de marins et a créé un véritable engouement pour la voile. La fédération sportive se montra intelligente, pour une fois, et lui attribua le championnat de France junior. Chose qu’elle avait refusée au Vaurien, venu d'un monde nettement trop prolo et trop dissident, un aspect qui souligne les tensions entre l'élitisme traditionnel et les aspirations à une pratique plus populaire. Cet homme têtu, mais capable de remises en cause, dont les opinions politiques se situent nettement à droite, tendance catho (elles évolueront vers la gauche tout au long de sa vie, ce qui est plutôt inhabituel), n’avait que 23 ans au moment de la débâcle de l’armée française en Juin 40.
Le "Do It Yourself" (DIY) a également eu une influence notable. L'émission s’appelait tout simplement DIY (Do It Yourself, autrement dit : faites-le vous-même) et était consacrée entièrement à la construction de bateaux. Barry Bucknell, figure de proue de ce mouvement, avait voulu éviter la charpente traditionnelle de bateaux à bouchains classiques comme le Cadet, l’Entreprise, le GP14 (ou le Vaurien, la Caravelle et le Corsaire chez nous). Son approche a favorisé la simplicité et l'accessibilité. L'appui médiatique fut considérable : non seulement il y avait le poids de l’émission DIY, mais aussi, la série était soutenue par un grand quotidien populaire, le « Daily Mirror ». Ce soutien a amplifié l'impact de ces méthodes, encourageant un grand nombre de personnes à s'impliquer dans la construction et la pratique de la voile. Des régates non olympiques étaient organisées, avec des parcours farfelus style gymkhanas ou concours de nœuds et de matelotage, bref du ludique, du pas austère pour amuser les petits enfants, montrant une volonté d'innovation et de divertissement dans l'enseignement de la voile.
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Les Dériveurs Légendaires : Architectures et Caractéristiques
Les années 60 et 70 ont vu l'émergence d'une multitude de dériveurs, chacun avec ses caractéristiques propres, contribuant à la diversité et à la richesse du paysage nautique.
Le Finn : Un Monotype Olympique depuis 1952
Le Finn, dont la conception remonte à 1949 en Suède, est un monotype de régate solitaire en bois avec des bordés classiques en acajou. Il s'est imposé comme une série olympique aux J.O. dès 1952. En 1972, le français Serge Maury a remporté la Médaille d’Or aux J.O. à bord de son Finn, marquant l'histoire de la voile française. Ses dimensions typiques sont une longueur de 4,50 m, un maître-bau de 1,51 m et un déplacement minimum de 116 kg, en faisant un bateau exigeant mais gratifiant pour les régatiers.
Le Flying Dutchman (FD) : Pionnier de la Diffusion de Masse
Lancé en 1951, le Flying Dutchman est le premier dériveur à connaître une diffusion de masse, grâce aux architectes Alex Byran et Cortlandt Heyniger. Ce bateau, caractérisé par son gréement performant, mesurait à l'origine 4,2 m hors tout en longueur et 1,2 m de maître-bau, avec un déplacement de 59 kg. En 1972, une version monocoque est apparue, affichant une longueur de 4,20 m, un maître-bau de 1,35 m et un déplacement de 67 kg, avec une voilure de 8,71 m2. Ces spécifications ont fait du FD une classe de régate internationale majeure. Un autre architecte, Christian Maury, a également été lié à des développements dans cette catégorie en 1977, soulignant l'évolution constante des designs.
Le Vaurien et la Caravelle : Simplicité et Accessibilité
Le Vaurien, dont le prototype 001, "L’Embroche", fut lancé en 1951, a été conçu avec l'idée d'une grande accessibilité. Dès 1953, son prix était très abordable, équivalent à seulement deux fois celui d’une bicyclette, ce qui a contribué à sa large diffusion. Il affichait une longueur de 3,67 m, un maître-bau de 1,55 m et une grand-voile de 6,5 m2. Le Vaurien était l'un des "bateaux à bouchains classiques" que Barry Bucknell, avec son approche DIY, cherchait à rendre encore plus simple. La Caravelle, souvent associée au Vaurien, représente également cette catégorie de dériveurs simples et robustes, propices à l'apprentissage et à la navigation de plaisance familiale. L'auteur de ces lignes a maîtrisé le Vaurien familial assez bien à l’âge de 6 ou 7 ans, après ses premières armes à 4 ans seulement, sur une Caravelle, dans le port de Camaret.
Le 505 : Performance et Série Internationale
Lancé en 1952, le 505 est rapidement devenu une référence dans la catégorie des dériveurs de haute performance. Il était présent au J.O. de Rome en 1960. Sa conception alliait robustesse et vélocité, en faisant un bateau prisé des régatiers expérimentés.
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L'Optimist (Opti) : L'École de la Voile
Bien que sa conception remonte à 1947 par l'architecte Clark Mills, et son lancement en 1949, l'Optimist, ou Opti, est devenu le bateau d'apprentissage par excellence pour la jeunesse dans les années suivantes. Conçu initialement en Suède avec des bordés classiques en acajou, il s'est transformé en un dériveur robuste et stable, idéal pour l'initiation. J’avais appris la voile avant que l’Opti ne débarque en France, mais j’en ai fait quand même. C'est un bateau simple, solide, dont la longueur est de 2,30 m, le maître-bau de 1,13 m et la voilure de 3,25 m2.
Le Fireball : Agilité et Vitesse
Lancé en 1962, le Fireball est un dériveur rapide et technique, mesurant 6,06 m de long avec un maître-bau de 1,78 m. Son tirant d’eau est de 1,20 m, et il porte une grand-voile de 10,2 m2 et un foc de 8,4 m2. Il est connu pour sa capacité à planer et sa maniabilité, apprécié des régatiers en quête de sensations fortes. Un exemplaire notable est "Ex. Trismus" qui présente deux dérives placées en tandem, une innovation pour l'époque.
L'Europe : Un Dériveur Monotype Élégant
L'Europe, lancé en 1962, est un dériveur monotype solitaire, reconnu pour ses lignes élégantes et ses performances équilibrées. Il a longtemps été une classe internationale, et sa légèreté le rendait très agréable à barrer.
Le 420 : Entraînement et Régate Polyvalents
Le 420, introduit en 1958, est un dériveur polyvalent, conçu pour l'entraînement jeunesse et la régate. Sa longueur de 4,20 m (qui lui donne son nom) le rend facile à manœuvrer. Il présente un maître-bau de 1,63 m, un tirant d’eau de 0,97 m, une grand-voile de 7,5 m2 et un foc de 2,8 m2. Ce bateau est rapidement devenu une référence dans les écoles de voile et les compétitions junior, offrant une excellente plateforme pour progresser.
Le Contender : Le Dériveur à Trapèze
Le Contender, lancé en 1967, est un dériveur solitaire à trapèze, mesurant 4,938 m de long et 1,371 m de maître-bau. Son déplacement est de 80 kg, et sa voilure est composée d'une grand-voile de 10 m2 et d'un foc de 3,25 m2. Ce bateau est connu pour sa vitesse et son exigence physique, offrant des sensations de glisse intenses.
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Le 470 : Un Double Olympique au Succès Français
Le 470, ou Quat’sept, dont le premier exemplaire fut produit en 1963 par le chantier Jean Morin à Pessac (Gironde), doit son nom à sa longueur de 4,70 m. Avec un maître-bau de 1,70 m, un tirant d’eau de 1,15 m et un déplacement de 120 kg, il est conçu pour la régate en double. Sa grand-voile est de 8,75 m2 et son foc de 3,85 m2. Le 470 est devenu une série olympique en 1976. En 1988, Thierry Peponnet a remporté une Médaille d’Or aux J.O. à bord d'un 470, soulignant son statut de bateau de compétition de premier plan. La classe a continué à évoluer, avec des dates marquantes comme 2010 et 2013, témoignant de sa pérennité.
Le Laser (ILCA) : La Simplicité Révolutionnaire
Lancé en 1970, le Laser est devenu l'un des dériveurs monotypes les plus populaires au monde. Son premier Championnat du Monde s'est tenu aux Bermudes en 1974. Le Laser, connu pour sa conception solide et simple, ainsi que ses coques affinées dans les années 1980 et 2000, est devenu une série internationale. Ses dimensions sont de 4,23 m de longueur, 1,42 m de maître-bau, avec des voiles de 7,06 m2 (ILCA 7 standard) ou 5,7 m2 (ILCA 6, radial). Son succès réside dans sa robustesse, sa facilité de transport et de mise à l'eau (car topping est un peu passé de mode, mais l’auteur de ces lignes est convaincu des immenses avantages de la formule…), et l'équité des régates en monotypie stricte. Il est devenu une série olympique en 1996.
L'Impact sur les Voiliers de Croisière des Années 70
L'innovation des années 60 et 70 ne s'est pas limitée aux dériveurs. L'application des nouveaux matériaux et des techniques de production en série a également transformé le marché des voiliers de croisière. Les voiliers de 9 mètres des années 70 ont marqué cette période. Ces unités sont très agréables à naviguer et offrent des sensations vraiment très agréables. Ils sont très confortables en croisière, même si le volume habitable est moins important que sur des unités plus récentes (maître-bau moins important et absence de cabine arrière).
L'Arpège : Le Succès de Dufour
L’Arpège est un voilier de 9 mètres conçu par Michel Dufour pour la Half Ton Cup, qu’il gagne l’année de lancement du bateau, en 1967. Plus de 1500 Arpèges seront construits jusqu’en 1974. Le bateau est très élégant sur l’eau et marche fort, incarnant la philosophie de Dufour de produire des bateaux marins et performants.
Le Nicholson 32 : Une Légende Britannique
Le Nicholson 32 est un des voiliers les plus mythiques en Grande-Bretagne, aux côtés du SS34. Ce voilier est le fruit d’une collaboration entre la société Halatic et le bureau d’études et le chantier naval Camper & Nicholson. Plus de 360 bateaux ont été construits entre 1962 et 1981, témoignant de sa popularité et de sa qualité de construction.
Le Mallard 9m : Une Tentative Ambitieuse
Le chantier Mallard fut un autre grand chantier des années 70, ayant donné naissance à de nombreux bateaux populaires. Le Mallard 9m, arrivé en 1976 sur le marché, a été dessiné par Philippe Harlé. Il s’agissait d’un croiseur rapide et très agréable à mener dès le petit temps. Malheureusement, le Mallard 9m fut un échec commercial. Arrivé un peu tard, sur un marché en pleine évolution, il a coûté très cher au chantier, participant à ses difficultés commerciales.
Le First 30 : Le Début d'une Saga pour Bénéteau
Le First 30 est sans doute un des voiliers les plus populaires de notre sélection. Il a non seulement créé l’histoire du chantier Bénéteau dans la voile, mais aussi participé à celle de la plaisance et de la régate. Le First 30 a été dessiné par André Mauric, qui a aussi conçu le Super Arlequin et le Super Challenger. Il n’a que des avantages : il est costaud, marin, performant au près et… beau. Plus de 1100 unités ont été produites de 1977 à 1981. Le plus atypique est que le First 30, à sa sortie, était déjà plus ou moins dépassé en termes de dessin, mais sa robustesse et ses qualités marines lui ont assuré un succès durable.
Le Centurion 32 : L'Élégance de Wauquiez
Parler de voilier de référence des années 70 sans mentionner le Centurion 32 serait une grave insulte à deux grandes signatures. Ce croiseur, forcément bien né, a été le premier voilier du chantier Wauquiez en 1968. Autant côtier que hauturier, il est un voilier marin, capable d’avaler les milles dans toutes les conditions. Le Centurion est équilibré et confortable en mer, et il s’agit, de plus, d’un bateau extrêmement élégant.
Le Rogers : Une Pérennité Remarquable
Le dernier voilier de 9 mètres des années 70 qui peut être évoqué est celui qui est toujours disponible à la construction. Officiellement, la série a été produite de 1977 à 1981, mais le chantier Rogers, du nom du constructeur et architecte, le propose toujours, à l’unité, soulignant la robustesse et la pertinence intemporelle de certaines conceptions.