L'Art et la Technique de la Voilure : Composition et Optimisation d'un Trimaran

La navigation à voile moderne, et plus particulièrement celle des trimarans, représente une fusion complexe entre ingénierie de pointe, compréhension intuitive des forces naturelles et maîtrise d'un vocabulaire spécifique. Le trimaran, caractérisé par sa coque centrale flanquée de deux flotteurs, s'est imposé comme une catégorie autonome de voiliers proposant une palette complète de solutions techniques et financières. Que ce soit pour la croisière rapide, où le Neel 52 symbolise l'évolution moderne mêlant confort et performance, ou pour la course au large, où les records comme le trophée Jules Verne repoussent les limites humaines et matérielles, la voilure demeure le moteur essentiel de ces navires.

La Voile : Moteur du Vent et Science de la Forme

La voile est le moteur, voire le cœur battant des voiliers, lui permettant de capter la force du vent afin de pouvoir générer la propulsion du navire. Les voiles des bateaux de course sont des équipements de haute technicité. Pour les bateaux de course de haut niveau, les formes des voiles sont établies spécifiquement pour chaque bateau.

Le fonctionnement d'une voile est similaire à une aile d'avion : en abaissant les volets arrières, le pilote modifie le volume du profil de l'aile pour le décollage de l'avion. Les maîtres voiliers qui dessinent et fabriquent les voiles disposent de trois "outils" pour donner du creux à la voile :

  • Le guindant : sur une grand-voile, celui-ci n'est pas tout à fait rectiligne. Les voiliers donnent du rond de guindant qui permet de générer du volume dans la voile.
  • La bordure : les maîtres voiliers opèrent de la même manière pour la bordure avec un rond de bordure donnant du volume.
  • Les pinces : les assemblages de voiles sont faits en intégrant des "pinces" entre les laizes donnant aussi du creux à la voile.

Le creux de la voile va déterminer sa puissance ainsi que sa traînée. Quand le vent se renforce, la voile se déforme puisqu'elle n'est que du tissu. Avec un vent léger, on va chercher à creuser la grand-voile. Par vent médium, on va d'abord chercher à diminuer la traînée pour accélérer.

Vocabulaire et Manipulation : L'Art du Skipper

Vous avez demandé à un skipper de vous expliquer la manipulation des voiles et vous n’avez rien compris !? C’est normal. Comme tous les sujets liés à la navigation à voile, les skippers ont leur vocabulaire bien à eux. Pour utiliser une voile, il faut commencer par la hisser, c’est-à-dire la monter au mât. On ne dit pas attacher mais frapper une voile. Il reste un coin de la voile, le point d’écoute duquel part une corde (que l’on nomme plus spécifiquement un bout, en prononçant le T) qui se nomme une écoute. Le skipper va agir sur l’écoute pour tendre ou relâcher la voile. En tirant sur l’écoute on borde la voile : on la tend.

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L’allure désigne l’angle de route du bateau par rapport à la direction du vent. Elle dépend de l’angle formé entre l’axe principal du navire et le vent apparent. Le skipper doit veiller à ne pas sur-toiler le bateau, c’est-à-dire mettre trop de voile par vent fort. Le bateau gîterait alors de manière excessive et ne pourrait pas accélérer. Les risques de casse matérielle seraient aussi importants, voire de démâtage.

La Grand-Voile : La Pièce Maîtresse

La grand-voile (GV) est la principale voile de propulsion sur un voilier. On la retrouve fixée au mât et à la bôme. Il existe plusieurs configurations selon le programme :

  • Grand-voile classique semi-lattée : Bien adaptée aux voiles d'une surface inférieure à 25/28m². Elle est facile à utiliser et très polyvalente, mais elle se déforme plus vite quand le vent forcit.
  • Grand-voile full batten : Très souvent équipée, de série, de 4 lattes forcées et de chariots sur le guindant facilitant l'envoi et l'affalage. Le principal avantage de ce produit est la longévité.
  • Grand-voile à corne : Tous les bateaux construits par le chantier NEEL Trimarans sont équipés de grand-voile à corne afin de garantir une surface de voile optimisée et des performances optimales.

La prise de ris (verbes associés : « prendre un ris » ou « ariser une voile ») consiste à réduire la surface d'une voile en la repliant en partie : l'objectif est d'adapter la surface de la voilure à la force du vent lorsque celui-ci forcit.

Les Voiles d'Avant : Génois, Solent et Trinquette

Les voiles d'avant se déploient le long de l'étai, de l'étrave jusqu'au mât ou au-delà :

  • Génois : Il s'agit d'un foc à fort recouvrement (plus de surface de toile) qui s'étend souvent au-delà du mât. Il est utilisé pour maximiser la puissance du vent dans les conditions de vent léger à modéré.
  • Foc ou Solent : Le solent est une voile d’avant souvent utilisée au près, plus petite que le génois car elle ne dépasse pas le mât.
  • Trinquette : C'est une voile d'avant de taille égale ou inférieure au solent, utilisée par mauvais temps. Elle est fixée sur un étai intermédiaire. NEEL propose sur ses bateaux d’avoir une trinquette amovible sur enrouleur.
  • Tourmentin : Le tourmentin est un petit foc de mauvais temps, très robuste, utilisé en conditions de tempête.

Les Voiles de Portant : La Puissance à l'Arrière

Le spi et les gennakers sont des voiles dites « de portant ». Les skippers ne naviguent pas non plus avec le vent venant complètement de l’arrière : le bateau n’avance pas suffisamment vite et est plus difficile à contrôler.

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  • Spinnaker (Spi) : Le spi est une voile très légère et de grande surface, souvent en forme de ballon, utilisée pour les allures portantes. Bien qu’étant la plus grande voile, elle doit être plus légère pour être efficace.
  • Gennaker et Code 0 : Le gennaker est une voile d’avant utilisée aux allures portantes, un mixte entre le génois et le spi. Le code 0 est un gennaker plus léger, très plat, souvent appelé l'« arme fatale » car il permet de garder de la vitesse très longtemps malgré les variations d’angle de vent.

Matières de Fabrication et Technologies de Coupe

Les voiles modernes sont des chefs-d’œuvre d'ingénierie textile. On distingue deux grandes familles de fabrication :

  • Voiles tissées (Dacron, Hydranet) : Les fibres sont tissées perpendiculairement (chaîne et trame). Le Dacron est un polyester résistant et abordable. L'Hydranet, mélange de Dacron et de Spectra, élimine les risques de délaminage et offre une meilleure résistance à la déformation pour la croisière hauturière.
  • Voiles laminées (Mylar, Fibres haut de gamme) : Ces voiles combinent plusieurs couches de matériaux pour améliorer la résistance et la légèreté. Le Mylar, protégé par un taffetas Polyester, permet de réduire le poids des voiles de 25% tout en offrant une excellente résistance à l’allongement, une caractéristique cruciale pour les grandes courses au large comme le Vendée Globe.

En matière de coupe, la coupe radiale (Cross Cut) assemble les laizes de façon parallèle, ce qui est économique et adapté aux enrouleurs. La coupe Tri-radiale, plus complexe, fait rayonner les laizes depuis les trois points de fixation pour optimiser la répartition des efforts.

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