Chez Garcia Yachts, le dériveur est bien plus qu’un choix technique : c’est une véritable philosophie de navigation. Déjà dans les années 90, le chantier a fait ce choix pour ses emblématiques Maracuja, Passoa et Nouanni. Tous les monocoques de la gamme Exploration sont conçus autour de ce principe, qui garantit une liberté de navigation inégalée et un confort en mer incomparable. Transformer l'approche que l'on a de la mer implique de comprendre ce qui fait du dériveur un choix si particulier, ses avantages en navigation, ses inconvénients relatifs et pourquoi il est idéal pour les marins en quête de liberté et de sécurité. Une bouteille à l’encre, voilà ce que vous vous direz peut-être : « dériveur ou quillard ? ». Mais voilà, cet hiver, une discussion surréaliste a surgi sur Internet. Un plaisancier posait la question suivante sur un réseau social : Quel serait le meilleur moyen de se débarrasser des à-coups désagréables de sa dérive contre le puits en navigation ? En réalité sa décision était déjà prise, mais il voulait être rassuré dans son choix. Qu’un seul individu puisse avoir une telle initiative, pourquoi pas, il y a des originaux partout. Affirmons que si la présence d’une excroissance, qu’elle soit fixe ou mobile, sous la coque de votre bateau, vous dérange, vous opterez tout simplement pour un multicoque. Ou bien passerez au motonautisme. Il vous restera à régler la question du gouvernail, qui dépasse toujours un peu.
Principes fondamentaux du plan anti-dérive et de la stabilité
Pour les adeptes du monocoque, il est essentiel de débuter par un petit rappel sur la fonction de ces appendices. Le lest vient alourdir le voilier de manière à lui donner une stabilité suffisante pour l’empêcher de se retourner sous la force du vent et des vagues. Son efficacité dépend de la hauteur à laquelle il se trouve. En effet plus le centre de gravité du voilier est abaissé, plus ce dernier est stable. La force qu’exerce le poids du lest alliée à la poussée d’Archimède contrebalance celle du vent sur le gréement, générant ce que l’on appelle le couple de redressement du voilier. Si malgré tout votre monocoque était retourné par une vague, son centre de gravité se retrouverait alors très haut. Or plus ce centre de gravité est haut et plus le voilier est instable : donc il y aurait de fortes chances que la vague suivante redresse votre bateau.
Un dériveur est un voilier dont la quille fixe est remplacée par une dérive mobile et rétractable, qui peut être entièrement rétractée dans la coque par pivotement sur un axe. Cela signifie qu'en position haute, le yacht peut naviguer dans des zones très peu profondes, et même s'échouer sans risque sur une plage ou un banc de sable. Lorsqu'elle est abaissée, la dérive agit comme un plan anti-dérive, comme pour un quillard, permettant au voilier de remonter au vent, coque, sans déraper. Les dériveurs Garcia Yachts répondent aux mêmes exigences de stabilité que les quillards. Cependant, le lest ne fait pas tout. Un dériveur retourné se redressera moins facilement qu'un quillard. Pour compenser ce problème, les architectes augmentent la stabilité des dériveurs en élargissant les carènes et en les dotant de dérives les plus profondes possible. La dérive est relativement légère et modifie assez peu le centre de gravité du voilier. Par contre, c’est bien ce plan anti-dérive qui permet au voilier de ne pas déraper quand le vent le pousse par le travers, et encore plus au près. Pour que ce plan anti-dérive, constitué des surfaces de la dérive - ou de la quille - et du gouvernail, soit efficace, il faut que le voilier atteigne une vitesse critique, à partir de laquelle les filets d’eau « accrochent » le long de la dérive.
La conception technique : du concept quillard vers le dériveur intégral
Le dériveur est un type de bateau idéal pour accéder à des mouillages peu profonds. Voiliers hybrides, les dériveurs lestés eux sont une évolution d’une version quillard. Dans le concept de dériveur intégral, on supprime la quille. Une dérive mobile prend place au centre du bateau, le lest est réparti sur le fond de coque et le poids est augmenté pour garder une bonne stabilité. Cette formule offre des tirants d’eau très réduits même dérive haute. À l’échouage, le bateau se pose sur son fond de coque renforcé à cet effet. Le meilleur exemple est le Feeling 32 DI des chantiers Kirié avec un tirant d’eau de 0.85/1.85 m. En mettant la quille en position basse, cela confère au voilier une grande raideur à la toile. Ajouté à cela une stabilité de forme radicale, vous avez un parfait cocktail de performance. Grâce à la fonction relevable de la quille, ces voiliers peuvent accéder à des mouillages peu profonds sans sacrifier leur efficacité en mer.
Il est important de noter que le quillard possède un plus fort couple de redressement que le dériveur. Il peut donc porter plus de toile au près sans gîte excessive et par là même développer plus de puissance. Cependant, par rapport aux quillards, les dériveurs offrent une liberté de navigation bien plus grande. Ils permettent notamment d'accéder à des mouillages sauvages en eaux peu profondes, de s'approcher au plus près d'une plage là où les autres ne peuvent pas aller. En cas de mauvais temps, un dériveur peut également s'abriter dans de petits mouillages, à l'abri de la côte. Les modèles en aluminium, comme ceux conçus et produits par Garcia Yachts, allient robustesse et sécurité, indispensables pour la navigation au long cours. Le DI est au voilier ce que le 4X4 est à l’automobile : souvent robuste, en aluminium, avec des capacités que l'équipage est libre d'utiliser ou non.
Lire aussi: Piscine transformée en pièce : Analyse
Navigation polyvalente et accès aux zones de faible profondeur
Le principal avantage d'un dériveur, avec son faible tirant d'eau, est la possibilité d'accéder aux eaux peu profondes. Contrairement aux quillards, un dériveur peut atteindre les plages, les lagons et les rivières avec aisance. Avec une coque en aluminium sûre, même les explorateurs les plus aventureux peuvent s'aventurer en toute confiance dans des zones encore mal cartographiées. Pour les voyageurs au long cours, le dériveur est donc la solution idéale. Partout dans le monde, et plus encore dans les zones à marées, vous trouverez les meilleurs abris, les moins fréquentés, les moins exposés au vent et à la houle, dans des zones de très faible profondeur. Avec un petit tirant d’eau, et surtout si votre voilier peut facilement s’échouer, il devient mille fois plus aisé de dénicher une place de port. Bien sûr, si vous stationnez à l’échouage vous serez aussi tributaire de la marée pour naviguer, on ne peut pas tout avoir.
En dehors de votre port d’attache, l’été quand les ports du sud de la Bretagne sont pris d’assaut, avec un faible tirant d’eau vous trouverez toujours un mouillage de libre. Sans forcément envisager de remonter l’Orénoque, on trouve une quantité hallucinante de rias et de lagunes le long des côtes de la Manche et de l’Atlantique. Bon nombre d’entre elles ne sont pas accessibles aux quillards, ou pas totalement. Si vous entrez à marée haute dans l’archipel des Glénans, il ne vous reste plus qu’à choisir l’îlot devant lequel poser votre voilier. L’intérêt principal du dériveur, c’est aussi de pouvoir s’approcher au plus près des côtes ou bien entrer dans les lagons par des passes peu profondes. Pour ceux qui ne prévoient pas de traverser l'océan, le dériveur est tout aussi adapté grâce à son faible tirant d'eau qui permet l'accès aux mouillages les plus isolés.
Comportement dans le gros temps et sécurité en mer
Dans l'esprit de beaucoup, les dériveurs offrent de piètres performances au près. Mais les carènes d'aujourd'hui ont subi une évolution majeure et ont gagné en performance. Bien sûr, un dériveur ne remontera jamais aussi loin au vent qu'un quillard, mais le grand architecte naval français Olivier Racoupeau a conçu pour le Garcia Exploration des carènes modernes, stables et bien équilibrées qui naviguent honnêtement au près, grâce notamment à leur répartition des masses optimisée, leur inertie et leur passage confortable dans la vague. Pourtant, le véritable atout se révèle quand les conditions se dégradent. L'intérêt principal du dériveur, c'est dans le gros temps. Dans le mauvais temps, on abandonne assez vite le près pour la cape. On peut alors jouer sur la position de la dérive pour positionner le centre de dérive et atteindre un meilleur équilibre.
C'est au portant et par mer formée que le dériveur révèle tout son avantage. Imaginez une déferlante arrivant par le travers. Avec un quillard, la quille fait alors croche-pieds et augmente le couple de chavirage. Avec un dériveur dérive haute, la coque glisse sur la vague sans effet sur le couple de chavirage. Le bateau se laisse emmener latéralement par la vague, tout en restant manœuvrable. Avec la dérive relevée aux allures portantes, un dériveur offre une navigation beaucoup plus douce, grâce à l'absence quasi totale de roulis. En mer forte, le bateau peut déraper latéralement, sans effet de croche-pied latéral, et - ultime gage de sécurité - rester manœuvrable, même dans les vagues déferlantes. La vie à bord n'en est que plus fluide et confortable, ce qui est essentiel pour les longues traversées de plusieurs jours voire plusieurs semaines. Comme le centre de gravité des dériveurs est plus proche de la surface, ces bateaux ont des mouvements plus doux, et ils roulent moins que les autres voiliers.
Entretien, maintenance et contraintes techniques du système mobile
L'état du bateau est important et une dérive peut certainement être une source de problème. Un dériveur permet de se poser sur une plage. En grande croisière, vous pourrez inspecter vos œuvres vives sans avoir à sortir le bateau de l'eau. Il permet également un accès facile aux anodes sacrificielles pour leur vérification et leur remplacement. Si le bateau doit être sorti de l'eau pour l'hivernage, il sera toujours plus facile à manipuler et à trouver une place pour un dériveur. Cependant, les puits de quille et de dérive détestent se remplir de sable, de vase et de coquillages. À force, cela abîme les mécanismes de relevage, au risque de bloquer le tout. Les rouages, vis sans fin et autres patins de guidage doivent être graissés, vérifiés régulièrement et remplacés si nécessaire. Ceci est vrai pour les dériveurs intégraux et les voiliers à quille sabre relevable.
Lire aussi: Comment convertir une piscine inutilisée en espace vert?
Le carré est alors souvent coupé par le puits qui traverse parfois le bateau depuis le fond jusqu’au pont. Pour neutraliser cet inconvénient, les architectes peuvent placer le carré à l’arrière sous le cockpit, ou au contraire l’avancer. Les voiliers à quille ou à dérive pivotante sont avantagés de ce point de vue là. Il faut aussi prendre en compte l'aspect pratique de l'échouage. Suivant les « dessous » de votre fidèle monture, biquille, dériveur lesté ou intégral, vous n’aurez pas les mêmes facilités, ni les mêmes exigences pour échouer. Cependant vous devrez absolument savoir ce qui se trouve sous votre bateau avant de le poser. Après, et bien c’est trop tard. Les fonds plats de sable ou de vase, sans rochers auront votre préférence. Mais s’il s’agit de vase, à marée basse, mieux vaut qu’il reste suffisamment d’eau au mouillage pour que vous puissiez vous déplacer en annexe. Parfois des rochers particulièrement glissants se cachent sous une fine couche de sable. Quand la marée remonte, si le vent a changé de direction et pousse par exemple vers le rivage, vous devrez porter rapidement votre ancre vers le large pour éviter de vous retrouver définitivement échoué sur le rivage.
Horizons de navigation : du Grand Nord aux Tropiques
Un dériveur en aluminium est idéal pour les aventuriers océaniques, du passage du Nord-Ouest aux Tropiques. Son confort en mer, notamment au portant, est particulièrement adapté à ce programme. Pour les marins qui vont rencontrer des conditions de vent et de mer fortes, particulièrement en Arctique et en Antarctique, le dériveur est également particulièrement recommandé, tant pour ses qualités marines par grosse mer que pour sa capacité à s'abriter dans des zones inaccessibles. Lors d'un tour du monde, majoritairement aux allures portantes, lorsque des aléas météorologiques peuvent être rencontrés, lorsque le bateau devra être vérifié et parfois hiverné à terre, le dériveur aluminium est indéniablement la solution idéale.
Certains navigateurs, ayant parcouru l'Atlantique, témoignent de l'avantage de caler moins. Dans les eaux chaudes, l'antifouling est parfois moins efficace et il n'est pas toujours facile de manœuvrer une dérive. Pourtant, le bonheur de ne pas avoir à trop se soucier de la hauteur d'eau et de pouvoir mouiller tout près des plages là où les quillards ne peuvent s'approcher reste un argument majeur. On peut citer l'exemple de navigateurs ayant emmené leur Ovni 43 de l'Alaska à l'Antarctique en effectuant plusieurs circomnavigation. Le programme de navigation familiale au long cours, où l'on passe finalement beaucoup de temps au mouillage, profite énormément des capacités du dériveur intégral. Que ce soit pour remonter des rivières sans aller à l'autre bout du monde ou pour explorer des zones comme les Tobago Cays au plus proche de la barrière de corail, ou encore Petit Tabac, le dériveur offre des possibilités uniques.
Alternatives et compromis : biquilles et quilles relevables
Le mouton à cinq pattes a deux quilles, ou mieux encore : une quille relevable. Les biquilles existent depuis des décennies, mais affichaient des performances décevantes jusqu’à la naissance des RM. Pour les biquilles version aileron comme le Django 9.80, le programme sera plus placé sur la polyvalence. Dans le cas des quilles relevables comme sur le Pogo 36, on est clairement dans la performance. Les quilles relevables équipent les petits voiliers transportables depuis fort longtemps, les réservant à une pratique assez sportive ou spartiate de la voile. En réalité, tout le monde s’y met. Si votre portefeuille vous le permet, vous trouverez certainement un voilier moderne et performant doté d’une quille relevable. Ces voiliers peuvent accéder à des mouillages peu profonds sans sacrifier leur efficacité en mer, bien que pour s’échouer, ils nécessitent souvent l’ajout de béquilles pour garantir leur stabilité, contrairement au dériveur intégral qui se pose sur son fond de coque.
En résumé, on choisira un baroudeur tout-terrain comme le Feeling 32 DI ou un dériveur lesté comme le Sun Odyssey 389 DL pour des croisières dont les exigences seront les accès aux plus beaux mouillages même reculés qui ne manquent pas en Bretagne et dans le Morbihan en particulier. Les Garcia Exploration, disponibles en modèles de 45, 52 et 60 pieds, offrent également un confort à bord exceptionnel, grâce notamment à leur salon de pont, leur isolation thermique et leur qualité de construction inégalée. Le dériveur en aluminium représente la quintessence du voilier de voyage : liberté, sécurité et polyvalence. Dans un port au moteur, avec de la brise, en l’absence de plan anti-dérive, vous verrez également votre bateau glisser comme une savonnette sur l’eau, ce qui rappelle que chaque choix technique impose une courbe d'apprentissage.
Lire aussi: Pagaie adaptable : optimisez votre SUP
Analyse comparative des performances au près
Déjà sur le plan strict de la performance, nous avons vu qu’au près les dériveurs sont souvent à la traîne. Et après ? Il faut donc vraiment se poser la question de l’usage que vous aurez de ses avantages avant d’acquérir un dériveur. Appréciez-vous la possibilité de remonter efficacement au près ? L’assurance de rejoindre rapidement un port contre le coup de vent qui se lève avant que celui-ci ne vire au gros temps ? Un quillard avec un tirant d'eau important sera parfaitement adapté à une circomnavigation par les trois caps. Cependant, pour une boucle classique atlantique, les avantages de pouvoir s'approcher des côtes ou d'entrer dans les lagons par des passes peu profondes sont considérables.
Il a été constaté par de nombreux utilisateurs de dériveurs Garcia que le comportement par vent de travers et mer forte est exemplaire. Le canot ne gîte guère plus, mais il garde un grand sentiment de sécurité. On peut noter que sur certains modèles comme les Passoa, une dérive arrière de stabilité directionnelle est ajoutée pour parfaire l'équilibre. Bien que certains considèrent les affirmations sur le comportement dans le gros temps comme théoriques, de nombreux "Ovniaques" et utilisateurs de dériveurs intégraux confirment l'absence d'inconvénients majeurs une fois le mode d'emploi assimilé. La dérive peut être une source de problèmes si elle n'est pas entretenue, mais sa fiabilité est éprouvée sur les bateaux conçus dès l'origine comme des dériveurs sérieux.
#