L’Éducation Populaire : Héritages, Métamorphoses et Enjeux d’Émancipation

L'éducation populaire ne peut pas être caractérisée de façon précise. Cet univers éducatif inspiré du siècle des Lumières est né avec la Révolution française. C’est au XVIIIème siècle, à l’époque des Lumières que l’on fait communément relancer l’origine de l’idée d’une « éducation populaire ». Dans un contexte de lutte contre l’obscurantisme et l’emprise de l’Église catholique en France, se diffuse l’idée de la nécessité d’une éducation de toutes et tous, et, en l’occurrence, du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Les racines philosophiques et révolutionnaires

En 1792, en pleine révolution, Condorcet remet à l’Assemblée législative un Rapport sur l’instruction publique dans lequel on peut lire : « Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain des opinions de commandes seraient d’utiles vérités. Le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. »

Le député Condorcet expose à l’Assemblée nationale législative son plan d’Instruction publique : l’éducation ne doit plus être l’apanage de quelques-uns. Elle doit s’étendre à l’ensemble de la population afin de favoriser la promotion sociale et professionnelle de tous ; elle doit être aussi universelle, égale et complète que possible. Il s’agit « d’offrir à tout individu de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’assurer leurs droits, d’étendre et de remplir leurs devoirs […] et par là d’établir entre les citoyens une égalité de fait et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi […] comme le premier but de l’Instruction nationale. »

Émergence de l’idée sociale au XIXe siècle

Au milieu du 19e siècle, l’industrialisation naissante bouleverse la société française comme nous le rapportent de façon saisissante les écrivains de l’époque : Victor Hugo, Émile Zola ou Jules Vallès. De nouveaux métiers apparaissent qui imposent au peuple des formations nouvelles, les inventions scientifiques bousculent les dogmes de la connaissance, la lutte des classes se substitue aux anciennes inféodations. C’est dans ce contexte que des initiatives éducatives se multiplient, introduisant durablement en France « l’idée sociale ».

Trois courants naissent, produisant chacun à leur façon, une forme d’éducation populaire : un courant laïc républicain, un courant chrétien social, et un courant ouvrier et révolutionnaire. Le christianisme social est un mouvement interclassiste qui réunit fils de notables et jeunes ouvriers et paysans, et qui se structure autour de la lutte contre la misère et la pauvreté. À la suite de Condorcet, le courant laïque républicain estime qu’il faut faire reculer l’obscurantisme entretenu par l’Église pour établir solidement une République. Ainsi, au lendemain de 1830, est fondée l’association polytechnique, dont l’un des animateurs est Auguste Comte, le philosophe du « positivisme ».

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Les révolutions de 1830, 1848 et 1871 provoquent des tournants décisifs. En 1871, la Commune de Paris décrète plusieurs réformes, parmi lesquelles l’enseignement laïc et gratuit, ainsi que l’enseignement professionnel assuré par les travailleurs eux-mêmes. Les révolutionnaires se méfient de l’école de la bourgeoisie édifiée par Jules Ferry avec les lois de 1881-1882, et cherchent à préserver une culture et des valeurs propres à la classe ouvrière. Dans les années 1890, les Bourses du travail, créées par les municipalités pour réguler le marché de l’emploi, sont subverties par les syndicalistes révolutionnaires qui cherchent à les transformer en bases d’une contre-société prolétarienne, en les dotant de services d’entraide, de bibliothèques, de cours du soir où l’on étudie l’économie, la philosophie, l’histoire.

Institutionnalisation et tournants du XXe siècle

Tout au long du XXe siècle, la notion d’éducation populaire évolue, s’institutionnalise, revêt diverses colorations politiques. De 1940 à 1944, le régime de Vichy veut mouler la jeunesse dans l’idéologie de la Révolution nationale dont la devise est « travail, famille, patrie ». L’ordonnance du 2 octobre 1943 crée l’agrément « Jeunesse et éducation populaire ». Les associations qui l’obtiennent se placent de fait sous la tutelle de l’État, et peuvent obtenir des subventions.

C’est en 1944 qu’est créée une direction des mouvements de jeunesse et de l’Éducation populaire au ministère de l'Éducation nationale. La création, le 22 février 1945, des comités d’entreprise donne un outil supplémentaire à l’Éducation populaire. L’idée de pédagogie de la démocratie évolue vers un concept d’animation socioculturelle, rattachée aux loisirs. La reconnaissance de l’État entraîne la création de droits et l’allocation de moyens. Ainsi, la création des Comités d’entreprises (1946), la loi sur le droit à la formation professionnelle continue (1971) ou encore la construction d’infrastructures comme les MJC (Maison des jeunes et de la culture).

En 1959, alors qu’est créé le ministère de la Culture sous la houlette du romancier gaulliste André Malraux, l’éducation populaire reste au sein de Jeunesse et sports : le nouveau ministère n’a pas pour mission l’émancipation du peuple, mais la création artistique et l’accès aux « œuvres capitales de l’humanité ». À la fin des années 60, émerge une forte volonté d’autogestion accompagnée du souhait de repenser l’éducation populaire comme levier puissant de transformation de la société. Ainsi, le 25 mai 1968, les directeurs et directrices des Maisons de la culture publient la déclaration de Villeurbanne qui stipule : « Tout effort culturel ne pourra plus que nous apparaître vain aussi longtemps qu’il ne se proposera pas exprès d’être une entreprise de politisation ».

Diversification des pratiques et enjeux contemporains

Auberges de jeunesse, scoutisme, maisons des jeunes et de la culture…, autant de moyens pour éduquer et cultiver le peuple. S’inscrire dans un ciné-club de lycée ou s’insérer dans une troupe de scouts, entrer dans une maison de quartier, adhérer à un collectif de défense de l’environnement, à un atelier d’expression artistique, une association de soutien des droits de l’homme, participer à une université populaire ou à l’une de ces innombrables associations proposant des activités socioéducatives sur le chemin de la découverte du monde et invitant chacun à y prendre sa place : tout cela manifeste, de la part de ceux qui s’y investissent, un engagement plus ou moins profond dans le champ large et varié de l’éducation populaire.

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À l’aube du 20e siècle, dans un contexte d’explosion industrielle et démographique, le maire Gustave Dron, médecin de formation, développe de nombreuses actions sociales et préventives en faveur des tourquennois. Afin de démocratiser l’accès à l’eau courante, il décide d’offrir à la population des bains municipaux à des fins d’hygiène et de santé publique et crée l’école de natation en 1904, convaincu des bienfaits de l’exercice physique sur le développement de l’enfant. L’apprentissage est dispensé par le professeur Paul Beulque qui met au point une méthode innovante pour apprendre à nager facilement et rapidement au plus grand nombre. Fondée par Paul Beulque en 1904, l’association municipale des Enfants de Neptune a d’abord des visées hygiénistes et démocratiques.

Après le reflux des luttes dans les années 1980, les années 1990 ouvrent l’ère de la technicisation du secteur de l’éducation populaire. Jusque-là, une ou un animateur faisait de tout, le but étant de créer du collectif et du politique. Désormais, ils et elles sont spécialisés sur une activité. Cela signifie que le moyen (que ce soit le sport, la pratique artistique, etc.) devient une fin en soi. En 1998, Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports, organise des « Rencontres pour l’avenir de l’éducation populaire » avec les actrices et acteurs du secteur.

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