Guide Complet pour l'Installation et le Gréement d'un Mât de Voilier : Du Modèle Réduit au Grand Voilier

L'installation et le gréement d'un mât de voilier, qu'il s'agisse d'un modèle réduit minutieusement détaillé ou d'une embarcation de taille réelle, constituent une étape fondamentale et complexe dans la préparation de tout navire. La précision de chaque geste, le choix des matériaux et la compréhension des principes physiques qui régissent la stabilité et la performance de la voilure sont des éléments cruciaux. Ce processus exige une attention particulière aux détails, depuis la fabrication du mât lui-même jusqu'à l'ajustement final des ridoirs, en passant par la délicate manœuvre de matage. Les techniques varient, les défis sont nombreux, mais l'objectif reste le même : assurer un gréement sûr, efficace et parfaitement adapté aux exigences de la navigation. Ce guide explore les différentes facettes de cette tâche essentielle, en abordant les spécificités des mâts en bois, les subtilités de la quête de mât, les méthodes de matage en solitaire, et les considérations pratiques du réglage du gréement dormant.

Les Fondations du Mât : Fabrication et Choix des Matériaux

La conception et la fabrication du mât sont les premières étapes déterminantes, influençant directement la performance et la longévité de l'ensemble du gréement. Le choix des matériaux et les méthodes de construction varient considérablement en fonction du type de voilier et des préférences du constructeur.

Construire un Mât en Bois Creux : Un Art Exigeant

Fabriquer un mât creux en bois peut sembler une tâche super facile au premier abord, mais cela est à condition de posséder un outillage spécifique et un savoir-faire certain. Pour ce faire, il est indispensable de disposer d'une scie à ruban, d'une scie sur table, d'une toupie, d'une raboteuse, d'une dégauchisseuse, d'une dizaine de servantes à rouleaux, et d'autant de tréteaux de menuisier. En outre, une bonne cinquantaine de colliers de serrage king size, ou mieux, un système de serrage par sangles plastiques utilisé par les marchands de bois ou les emballeurs, sont nécessaires pour les assemblages. La présence de deux ou trois copains disponibles ayant de bonnes aptitudes psychomotrices est également un atout précieux pour manipuler les longues pièces. Sans tout cet équipement et cette assistance, la tâche se complique sérieusement. L'alternative serait de se rabattre sur un poteau téléphonique ou un mât légèrement évidé bien lourdingue, ce qui imposerait de multiplier le poids du lest et réduirait d'autant les modestes performances du canot. Une autre solution est de casser son porte-monnaie et de sacrifier au culte de l'aluminium, voire même du carbone.

La construction en bois demande une conciliation délicate entre faible densité, résistance et dimensions, afin de former un ensemble cohérent, tout en veillant au séchage optimal du matériau. Pour les collages, une imprégnation époxy à l’eau (Resoltech 1010) est souvent appliquée la veille du collage. Le collage sous presse est ensuite réalisé avec une résine époxy classique (Resoltech 1040). Les scarfs, ces jonctions obliques qui permettent d'assembler plusieurs pièces de bois en longueur, sont disposés dans la partie haute du mât où le moment de flexion est plus faible, et décalés les uns par rapport aux autres pour renforcer la structure. Après cette étape qui génère un volume certain de copeaux, il devient pratique de découper les cages de réa et de percer les axes nécessaires au passage des drisses. Pour guider le travail au rabot et obtenir la forme souhaitée, il est utile de tracer les arêtes des polygones, comme l'octogone puis l'hexagone, à l’aide d’un gabarit de traçage. Ce gabarit peut être réalisé simplement avec une latte en bois et deux tiges ou tubes de guidage le long de la section carrée initiale.

Les Mâts Autoportants et Leurs Spécificités

Certains gréements, comme ceux des misainiers ou des voiles de jonque, utilisent des mâts autoportants qui ne nécessitent pas de haubans. Bien que cette configuration offre une certaine simplicité et des avantages spécifiques, elle soumet le mât à des efforts de flexion importants et continus. Ces contraintes peuvent engendrer une fatigue du matériau et conduire à la rupture. Il est important de noter que dans de tels cas, les défauts du bois, tels que les nœuds ou des collages imparfaits, ne sont pas toujours la cause principale de la défaillance. La conception doit impérativement tenir compte de ces sollicitations intenses.

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L'Emplanture du Mât et la Quête : Précision Cruciale

L'emplacement du mât sur le pont, appelé emplanture, et son inclinaison, ou quête, sont des paramètres fondamentaux qui influencent directement le comportement du voilier et l'équilibre de sa voilure.

Qu'est-ce que la Quête de Mât et Pourquoi est-elle Importante ?

La quête de mât désigne l'inclinaison longitudinale du mât par rapport à la verticale. Un plan d'architecte naval indique souvent une quête de mât spécifique, par exemple, pour un gréement fractionné avec un étage de barre de flèche poussante. Cependant, face à un plan ancien ou des informations contradictoires, il peut être difficile de se décider. Il est possible d'ignorer le plan et de mettre le mât vertical, ce qui ne changera pas grand-chose au centre de voilure. Alternativement, il est envisageable d'en tenir compte en plaçant une cale sous le pied de mât. L'idée est de mettre un angle au support de mât. Il est crucial de considérer les implications : une emplanture horizontale combinée à un cintrage du mât peut créer une quête de mât non désirée et engendrer des efforts plus importants sur la structure. Pour un gréement donné, comme un gréement fractionné avec un étage de barre de flèche poussante, le mât est immobilisé au niveau des barres de flèche par les bas haubans et le bas étai, ce qui signifie qu'il ne bougera pas à cet endroit.

Installation de l'Emplanture sur Modèle Réduit

Lors de la construction d'un modèle réduit de bateau, un certain nombre de petits éléments peuvent amener à s'interroger sur les meilleures pratiques. Une technique courante pour l'installation d'un mât est présentée à l’aide d’une maquette de la section « tween deck ». Pour cela, à l’aide d’une perceuse fine, il convient de percer un trou central au milieu de la base du mât. Ce petit trou est destiné à recevoir le calibre d’une épingle à carte. L'épingle à carte est ensuite collée avec de la colle super fine, en laissant dépasser l’épingle d’environ 3 mm. Il faut ensuite retirer la bille à l’extrémité de la broche pour que le mât puisse être correctement inséré et fixé dans l'empâture du modèle.

Le Gréement Dormant : Stabilité et Sécurité

Le gréement dormant est l'ensemble des câbles fixes qui soutiennent le mât et le maintiennent en position. Sa bonne installation et son réglage sont essentiels pour la sécurité et la performance du voilier.

Comprendre les Haubans, Bas Haubans et Barres de Flèche

Les haubans et bas haubans, souvent associés à des barres de flèche, sont les éléments clés qui assurent la stabilité latérale et longitudinale du mât. Dans un gréement fractionné, notamment avec des barres de flèche poussantes, ces composants jouent un rôle primordial. Ils sont conçus pour que le mât soit immobilisé aux niveaux des barres de flèches par les bas haubans et le bas étai. Ainsi, le mât ne bougera pas à cet endroit.

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Toutefois, certaines configurations peuvent présenter des risques. À force de chercher l'économie, quelqu'un a trouvé l'idée d'utiliser une seule cadène en arrière. Dans ce cas, les barres de flèches poussent un peu en avant et les bas haubans arrière retiennent le mât. Bien que cette solution convienne pour les bateaux de course, où l'équipage a toujours un œil sur le mât, ou pour le plaisancier du dimanche qui met le moteur dès 20 nœuds, elle n'est pas adaptée pour un tour du monde (TDM). Plus précisément, avec deux ou trois ris pris sur la grand-voile, la tête de la grand-voile bordée va tirer et cintrer le mât en arrière, ce qui représente un danger. Une telle configuration accentue les efforts sur le mât.

Réglage des Haubans et Ridoirs

Le réglage précis des haubans et bas haubans est une étape délicate qui requiert de l'expérience. On peut poser son œil le long de la gorge et régler les bas haubans pour que le mât soit le plus rectiligne possible. Il est essentiel de mettre en place les haubans et bas haubans en vérifiant à bien équilibrer les filetages. Le ridoir doit mordre de la même longueur en haut et en bas. Il est important de noter qu'il faut monter les ridoirs dans le bon sens. Une fois les réglages retrouvés, il convient de mettre en place les goupilles dans les ridoirs pour les sécuriser. Enfin, un détail souvent oublié mais important : l'anémomètre devra être remis en place pour le bon fonctionnement de l'instrumentation de bord.

Matage et Démâtage : Techniques pour Grand Voilier

Le matage et le démâtage sont des manœuvres qui peuvent s'avérer intimidantes, en particulier lorsqu'il s'agit de les réaliser en solitaire. Cependant, des méthodes éprouvées permettent de gérer cette étape en toute sécurité.

Les Défis du Matage en Solitaire

La question du matage de nos voiliers, notamment des bateaux transportables, est une préoccupation constante et un sujet de discussion récurrent sur tous les forums spécialisés. La possibilité de mater et démâter seul son bateau est souvent remise en question. Une personne s'est penchée sur cette interrogation et a mis au point un procédé simple de matage en solitaire. Cette méthode est applicable quel que soit le bateau et la configuration du mât, y compris pour les mâts sans pivot arrière, pour lesquels une pièce supplémentaire peut être ajoutée. Ce procédé a été testé en grandeur réelle pour démâter un voilier en automne. Il s'agit d'une approche tout à fait innovante, partant de la solution très classique de la chèvre, mais ne nécessitant quasiment aucun accessoire qui ne se trouve déjà sur le bateau. Cela rend possible la manœuvre sur l’eau ou à terre.

L'objectif principal de cette technique est d'utiliser les équipements déjà présents sur le bateau, tels que le support de mât arrière déjà réalisé, le pivot de l’axe arrière du pied de mât, et le tangon comme chèvre. Le palan de grand-voile ou un winch est utilisé pour actionner le mouvement. Grâce à ce système, il n'est pas obligatoire de soulever ou de maintenir le mât durant la manœuvre. L'ensemble reste toujours en équilibre, ce qui est fondamental pour la sécurité, et la manœuvre peut être effectuée seul, que le bateau soit à l’eau ou à terre.

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Le Procédé Innovant de Matage en Solitaire

Pour comprendre ce procédé, il est essentiel d'aborder ses principes de base, les équipements nécessaires, et les subtilités de sa stabilité latérale.

Principes de Base et Équipements Nécessaires

Les cadènes des haubans, notamment celles des barres de flèche poussantes, sont généralement implantées plus bas et en arrière de l’axe du mât. Par conséquent, les haubans sont détendus au début de la manœuvre, ce qui permet au mât de basculer d’un côté ou de l’autre, rendant l'opération périlleuse. De même, l’utilisation du tangon (ou d'une latte de bois) comme chèvre sans haubanage latéral est risquée pour les mêmes raisons. L'axiome de départ pour travailler en sécurité est qu'il est indispensable de haubaner le mât et le tangon sur un point fixe dans l’axe de rotation du mât. Le problème est que, généralement, ce point d’arrimage n’existe pas.

Pour rendre le système stable, une des propriétés des triangles est appliquée : ils sont indéformables, à condition qu’ils restent rigides. Puisqu'il n'est souhaité d'utiliser que des bouts, il est nécessaire qu’ils soient toujours tous tendus. Pour cela, on peut placer un point A sur le pont, côté tribord, à l’aplomb du point O (le pivot du mât), et un point A’ côté bâbord. Par la rotation du mât sur son pivot, les points C et D (sur le mât ou le tangon) se déplacent sur des cercles de rayon OC et OD. Les deux triangles XCD et X’CD forment un dièdre dans l’espace, permettant à l’ensemble mât-tangon de pivoter librement autour de O tout en étant constamment maintenu latéralement. Un bout à l’extrémité du tangon, passant sous une poulie frappée à l’étrave et repris soit avec le palan de la grand-voile soit avec un winch, permet alors la manœuvre, que ce soit pour le matage ou le démâtage. Il est donc indispensable d’utiliser un support arrière.

Préparation et Séquence des Manœuvres

Une préparation minutieuse est la clé du succès. Un support de mât arrière télescopique à deux positions est particulièrement utile : une basse pour la route ou le repos, et une haute pour le matage et le démâtage, monté sur les fémelots de safran. Le mât, tenu avec l’enrouleur, est soulevé et posé sur le rouleau du support arrière. Le mât est ensuite progressivement poussé vers l’arrière, il roule sur le support, puis est posé sur son axe de pivot au point O. À ce stade, tout est en équilibre.

Les haubans de matage sont ensuite mis en place. L’enrouleur est fixé au bout du tangon préparé, avec le bout de levage qui passe par une poulie préparée à l’étrave. Les ridoirs sont en place sur leurs cadènes, mais tout est mou pour l'instant. Le tangon est ensuite mis en place sur la base du mât. Une fois les haubans de matage tendus, la manœuvre de levage peut commencer. Les haubans et bas haubans permanents, mis en place sur leurs cadènes, sont encore mous. Le levage commence, et il est généralement difficile au début. La traction peut être réalisée au winch. Pour le démâtage, le processus est inversé, et la descente est freinée. Pour lever le mât, le palan de grand-voile est souvent nécessaire. Le levage se poursuit, et devient de plus en plus facile à mesure que le mât se redresse.

Un tuto précédent a pu détailler comment démâter un voilier en le prenant par la face arrière. Cette fois, pour mater, il est possible de prendre le mât par l’avant, offrant une approche différente.

Recommandations pour un Matage Sécurisé

Pour un matage ou démâtage sans crainte ni stress, il est fortement recommandé de se doter d'un support arrière digne de ce nom. Il faut également mettre en place deux points d’accroche des haubans de matage et préparer des haubans dédiés avec mousquetons. Une barre de bois ou le tangon lui-même servira de chèvre. Pour fixer la chèvre au mât, une solution pratique consiste à percer un trou de 12 mm sur la face avant du mât (qui a pu servir d'ancien passage de câble d'éclairage), puis de percer le bout de la barre de bois pour y enfoncer une petite barre alu de 10 mm, qui s'engage simplement dans le trou du mât.

Il est également crucial de nettoyer le mât pendant l'opération, car la poussière s’accumule avec les toiles d’araignées. La cravate et le bout de réglage doivent être mis en place, en positionnant la cravate à 30 cm sous le deuxième étage de barres de flèche.

Quand la Grue Devient Indispensable

Malgré toutes les astuces et techniques de matage en solitaire, il faut se rendre à l'évidence : il n’y a pas de miracle. Au vu du poids de certains gréements, une grue est parfois indispensable, surtout pour les mâts les plus lourds ou les plus longs qui excèdent les capacités d'un matage manuel sécurisé.

Philosophie du Gréement et Choix des Voiles

Le gréement ne se limite pas à la simple installation du mât et des câbles ; il englobe également le choix des voiles, qui influence profondément l'expérience de navigation.

Voiles de Jonque vs. Gréement Marconi : Une Question de Style et de Programme

Le choix entre une voile de jonque et un gréement Marconi est souvent une question de style personnel et de programme de navigation. Certains ont construit une coque en lamellé collé de 32 pieds, puis ont gréé une voile de jonque avec un mât autoportant. C'était intéressant, mais cette configuration ne convenait pas à tous. Après avoir fait les choses bien, avec un plan d'architecte, le passage à un gréement Marconi, sur lequel on était habitué, était motivé par le projet de partir une fois la modification faite et les tests probants.

Certains plaisanciers n'aiment pas les voiles de jonque, mais d'autres suggèrent qu'il faudrait peut-être essayer avant de ne pas aimer. La voile de jonque permet de durer, et c'est avant tout pour cette raison que Hasler l'avait choisie. La JRA (Junk Rig Association) est très compétente pour conseiller quel gréement convient le mieux pour quel bateau et quel programme. Leurs forums sont une ressource précieuse où plusieurs participants se précipitent pour proposer un nouveau gréement de jonque selon les besoins. Pour un voilier de voyage, la voile de jonque a beaucoup à apporter.

Cependant, il existe des nuances. Un profil de voile épaisse, plus que de jonque, peut présenter des avantages. Il est vrai que les lattes cassées sont souvent le résultat d'une mauvaise manœuvre, d'une voile pas assez arrisée ou d'une mauvaise surprise, mais cela arrive. Il est donc recommandé d'avoir toujours des lattes en réserve à bord. La maintenance d'une voile de jonque ne coûte rien. Elle est clairement une voile très performante au travers et au grand largue, encore plus par vent fort. La prise de ris est simple, il y a moins de bouts, ce qui représente des avantages indéniables. Néanmoins, par petit temps au près, c'est la galère, et sans moteur, c'est encore pire. Il faut donc souvent attendre les bonnes conditions pour aller là où l'on veut. De plus, lever une voile de jonque peut être une tâche ardue. Une voile de 55 m², avec quatre étages de lattes, n'est pas une partie de plaisir, même avec un palan trois brins ; cela demande un effort considérable. Finalement, chacun son style. Certains reviennent à leurs premiers amours, le gréement Marconi, après avoir expérimenté d'autres options.

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