Les Coûts et les Réalités du Vol Personnel : De l'Hydropropulsion aux Turbines de Franky Zapata

Le rêve de voler, une aspiration humaine millénaire évoquée dès le mythe d'Icare ou les esquisses de Léonard de Vinci, a connu des avancées spectaculaires, notamment grâce à des inventeurs comme Franky Zapata. Cet ancien pilote professionnel de jet-ski, devenu une figure emblématique de l'innovation dans le domaine du vol personnel, a captivé l'attention du public avec ses machines volantes. Si son Flyboard Air a défrayé la chronique lors de ses tentatives de traversée de la Manche, il est essentiel de distinguer les différentes incarnations de ses inventions et de leurs coûts associés, depuis les versions accessibles au grand public jusqu'aux prototypes de pointe et aux projets futuristes.

Le Flyboard Aquatique : Une Expérience Aérienne Accessible

Bien avant les exploits de son Flyboard Air autonome, Franky Zapata s'est fait connaître en inventant le Flyboard, un engin hydropropulsé qui permet de "voler" au-dessus de l'eau. Inventé en 2012, ce dispositif fait partie de la famille des jetpacks nautiques et offre des sensations uniques. Il se compose d'une plateforme sur laquelle les pieds du pilote sont fixés dans des bottes de type snowboard, reliée par un tuyau flexible à un jet-ski. L'eau sous haute pression, projetée par des buses situées sous la planche, permet au pilote de s'élever, de plonger et de réaliser des figures, pouvant atteindre jusqu'à 15 mètres de hauteur. L'hydrojet ainsi produit offre une expérience combinant vol et plongeon, rappelant les évolutions d'un dauphin. Pour les plus téméraires, un dérivé, l'Hoverboard, croisement entre le surf et le Flyboard, est également proposé, évoquant les visions de Marty McFly.

Cette activité aquatique est largement répandue et accessible. À Marseille, Étretat, La Rochelle ou Arcachon, la plupart des bases nautiques proposent la location de cet équipement. Les tarifs pour une initiation ou un "baptême" varient généralement entre 60 et 130 euros, selon la durée souhaitée, qui peut aller de 20 minutes à une heure. Ce prix de location comprend souvent le prêt de l'équipement complet : le Flyboard lui-même, une combinaison et un casque, assurant ainsi la sécurité et le confort du pratiquant. L'activité est ouverte dès 16 ans, mais certains loueurs acceptent même les enfants de plus de 7 ans avec une autorisation parentale, témoignant de sa relative accessibilité et de la rapidité d'apprentissage nécessaire pour se familiariser avec les techniques d'équilibre et le contrôle de la puissance. Quelques minutes suffisent généralement pour maîtriser l'engin et commencer à s'amuser.

Pour ceux qui souhaitent posséder leur propre Flyboard et le pratiquer régulièrement, il est possible d'en acquérir un auprès de revendeurs spécialisés. Pour un appareil complet, le coût d'achat s'élève à environ 4 200 euros hors taxe. Il est important de noter que ce prix concerne la version grand public connectée à un jet-ski et non l'engin autonome utilisé par Franky Zapata pour ses démonstrations. Des composants spécifiques peuvent être achetés séparément pour la maintenance ou la personnalisation de ces systèmes. Par exemple, la Flyboard Pro Series est affichée à 3 136,95 €. Une télécommande sans fil seule, compatible avec Flyboard, Hoverboard et Jetpack, est disponible à 1 067,95 €. Le cerveau moteur pour cette télécommande coûte 1 019,95 €, tout comme sa version Plug and Play de Zapata Racing. Des hélices doubles SOLAS pour Seadoo sont proposées à 859,95 €. Les tuyaux d'alimentation générale renforcés X-ARMOR (18 ou 23 mètres) sont à 779,95 €. Des accessoires comme la Quick Nozzle (pour Yamaha, Kawasaki, Seadoo) permettant de remettre le système de direction du jet-ski en place rapidement, coûtent 707,95 €. Une interface turbine équipée est listée à 626,95 €, de même que des adaptateurs pour Quick nozzle Seadoo (turbine 4 ou 3 trous) à 139,95 € et 107,95 € respectivement. Des pièces plus petites comme une bride de roulement (BEARING RING) sont à 75,56 € et un lot de visserie pour fixer les chausses au Flyboard est à 59,95 €. Enfin, un casque, tel que le JOBE Victor Helmet Noir, est proposé à 46,71 €. Ces prix montrent la modularité et la disponibilité de pièces détachées pour l'entretien et l'amélioration des équipements Flyboard.

Malgré l'engouement médiatique autour de Franky Zapata et de ses exploits, notamment ses tentatives de traversée de la Manche, les réservations pour les activités de Flyboard aquatique n'ont pas connu d'explosion significative. Christophe Caron, responsable web-marketing chez Sport Découverte, leader français de la réservation d'activités de loisirs, a détaillé qu'il n'y a pas eu "d'effet Zapata" notable sur les ventes ou locations. Bien qu'un regain d'intérêt se soit manifesté par une multiplication des recherches en ligne au moment de ses tentatives de record, cela ne s'est pas toujours converti en réservations concrètes. Un constat similaire a été fait par Thibault Maurice, responsable de la base nautique GlissEvolution à Pornichet, qui a observé une légère augmentation des réservations, mais sans pouvoir l'attribuer directement aux performances de Zapata. Le Flyboard reste un produit qui a toujours eu beaucoup de succès, mais dont la popularité ne semble pas directement corrélée aux exploits de son inventeur, du moins pas de manière aussi prononcée que l'on pourrait l'imaginer.

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L'Avènement du Vol Autonome : Le Flyboard Air et l'AirScooter

Le véritable défi de Franky Zapata réside dans le développement de machines volantes autonomes, propulsées par des turbines à kérosène. C'est le cas du Flyboard Air, l'engin qu'il a entièrement conçu dans son atelier du Rove, dans les Bouches-du-Rhône. Ce dispositif, capable de le propulser dans les airs à plus de 190 km/h, lui a permis de réaliser des démonstrations impressionnantes, notamment lors du défilé du 14 juillet en France, et de tenter la traversée de la Manche. Contrairement à la version aquatique, le Flyboard Air est un engin autonome fonctionnant au kérosène, où le carburant est stocké dans un sac à dos, avec une capacité d'emport de 37 litres. La machine est équipée de six turbines placées sous les pieds du pilote, quatre pour la poussée principale et deux sur le côté pour le guidage, déplaçant ainsi le centre de gravité vers le bas, une spécificité technique par rapport à d'autres systèmes.

Lors de sa traversée de la Manche, le Flyboard Air a atteint une vitesse de croisière de plus de 160 km/h. La configuration de vol nécessitait que Franky Zapata soit penché d'environ 45° pour avancer. Le Flyboard Air se distingue également par sa capacité théorique à voler très haut, à plus de 2 000 mètres d'altitude, bien que la pression et la teneur en oxygène à des altitudes supérieures rendent les vols peu pertinents au-delà. Cependant, un défi majeur des systèmes à base de turbines, en place depuis 1969, reste l'autonomie, généralement limitée à une dizaine de minutes. C'est cette contrainte qui a nécessité un ravitaillement en carburant sur un navire au milieu de la Manche lors de sa traversée, ce qui signifie que celle-ci n'était pas techniquement autonome. La consommation de carburant est particulièrement élevée, estimée à 2 litres par kilomètre, soit environ 200 litres aux 100 km, un chiffre exorbitant comparé à la plupart des autres moyens de transport, y compris l'aviation d'affaires. Bien que Franky Zapata ait évoqué des tests avec des biocarburants, leur densité énergétique similaire à celle du kérosène ne changerait pas fondamentalement cette donne. Pour l'heure, le Flyboard Air, tel qu'utilisé par Zapata, est un appareil de démonstration et de recherche, son prix de commercialisation au grand public n'étant pas communiqué, car il ne s'agit pas d'un produit actuellement destiné à la vente directe aux consommateurs.

Six ans après sa traversée de la Manche, Franky Zapata a dévoilé un nouvel engin, le AirScooter, avec lequel il a tenté de relier la côte britannique. Cet aéronef monoplace à atterrissage vertical, de 115 kg, est animé par une propulsion hybride, lui conférant une autonomie de 2 heures. Il est capable d'atteindre une vitesse maximale de 100 km/h (80 km/h en moyenne) et de voler jusqu'à une altitude de 3 000 mètres. Décrit par Zapata comme "un peu entre l'hélico et le drone", le AirScooter intègre une nouvelle technologie hybride développée sur près de cinq ans.

L'AirScooter est conçu pour un usage purement récréatif. Il se présente sous la forme d'une bulle ovoïde transparente, offrant une vue à 360 degrés, selon Laurent Passino, designer industriel chez Zapata. Sa particularité est sa simplicité de pilotage : il ne nécessite ni licence de pilote, ni certificat de vol. Deux joysticks suffisent à le diriger, l'un pour le changement de direction et l'autre pour la prise d'altitude. Franky Zapata a exprimé l'ambition de rendre le rêve de voler accessible à tous, expliquant qu'en une heure, n'importe qui peut le prendre en main. La sécurité est une priorité pour Zapata : le système est conçu pour déclencher un retour automatique en cas de problème ou de malaise du pilote.

Le AirScooter, financé par des fonds privés, vise le marché des loisirs. Des "fly centers" seraient installés dans des zones touristiques, notamment aux États-Unis, où la réglementation concernant les aéronefs légers est plus souple et n'exige pas de certification. La production en série est prévue pour l'automne, et le prix de commercialisation devrait avoisiner les 200 000 euros. L'inventeur souhaite proposer des "air trip", sur le modèle des "road trip", mais en volant, pour traverser des régions.

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Une Brève Histoire du Vol Personnel et des Jetpacks

L'ambition de Franky Zapata s'inscrit dans une longue lignée d'inventeurs et de projets visant à permettre à un humain de voler de manière autonome avec un dispositif léger. L'idée du jetpack, ce sac à dos propulseur, remonte bien au-delà de ses propres inventions. Un exemple frappant est la séquence d'ouverture du film "Opération Tonnerre" (Thunderball) de James Bond en 1965, où Sean Connery s'échappe avec un sac à dos lui permettant de décoller verticalement. L'engin utilisé par le cascadeur, le Bell Rocket Belt, existait réellement, son premier vol ayant eu lieu en 1961. Cependant, son autonomie était extrêmement limitée, à seulement 20 secondes. Le système utilisait de l'eau oxygénée concentrée transformée en gaz chaud par un catalyseur à base d'argent.

Le concept du jetpack est né en 1953 dans l'esprit de Wendell Moore, un ingénieur de Bell. La plupart des projets de jetpacks de la fin des années 1950 étaient financés par l'US Army, qui cherchait à faciliter les mouvements des soldats sur les champs de bataille, notamment avant la guerre du Vietnam. Des sociétés comme Aerojet General et Thiokol Corporation (connue pour ses propulseurs d'appoint de la navette spatiale) se sont également impliquées. Cependant, ces projets n'ont pas abouti à une démocratisation de ces engins. La propulsion à eau oxygénée n'a que peu progressé depuis "Thunderball" : les vols durent un maximum de 30 secondes, le carburant est coûteux, et le système reste dangereux et difficile à piloter.

Plus tard sont apparus les jetpacks "Rocketman" de Powerhouse Productions, utilisés pour des démonstrations et des cascades, notamment par Kinnie Gibson (qui a volé, et non Michael Jackson, lors d'un concert à Bucarest en 1992, malgré une mise en scène illusionniste). Jetpack International a également développé des modèles, comme le T-73, avec une autonomie d'environ 9 minutes, mais ces systèmes n'ont jamais pris le chemin de la démocratisation.

La seconde catégorie de jetpacks, basée sur des micro-réacteurs et du kérosène, s'est avérée plus prometteuse en termes de densité énergétique et d'autonomie, pouvant dépasser les dizaines de secondes pour atteindre une dizaine de minutes. Le réacteur éponyme WR19 de Williams International, créé en 1954, en est un exemple, mesurant 61 cm de long et 30 cm de diamètre. Ces réacteurs, bien que modestes par rapport à ceux des avions de ligne, ont trouvé des applications civiles et militaires. Des réacteurs plus compacts, comme les Jetcat P400 de la société allemande Jetcat (35 cm de long, 14,7 cm de diamètre, commercialisés à 10 000 € l'unité), équipent par exemple l'aile volante du pilote suisse Yves Rossy. Ce dernier a traversé la Manche en 9 minutes en 2008, atteignant 300 km/h, bien que son dispositif ne permette pas un décollage indépendant et nécessite un saut depuis un avion.

Depuis 2015, Jetpack Aviation et son JB-9, un jetpack de format "sac à dos", a rappelé les premiers jetpacks à eau oxygénée. Propulsé par deux réacteurs d'aéromodélisme AMT Nike, il offre jusqu'à 10 minutes d'autonomie avec une consommation de 3,8 litres par minute et une vitesse de pointe de 102 km/h. Le JB-10 promettrait jusqu'à 200 km/h, avec des caractéristiques assez proches du Flyboard Air de Franky Zapata. Plus récemment, l'anglais Richard Browning de Gravity Industries a opté pour une propulsion originale avec son Daedalus Flight Pack, où le poids est majoritairement supporté par les bras du pilote. L'autonomie est similaire, environ une dizaine de minutes, et la vitesse maximale est d'environ 50 km/h, bien que la poussée théorique des moteurs puisse permettre de dépasser les 200 km/h. Ces systèmes, malgré leur côté spectaculaire, soulèvent des questions sur la charge physique pour le pilote et la praticité pour un usage généralisé.

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