L'Art de la Perspective : Comprendre la Plongée et la Contre-Plongée dans la Narration Visuelle

Dans l'univers foisonnant de la création d'images, qu'il s'agisse de cinéma, de photographie ou de dessin, la manière dont un sujet est présenté au spectateur revêt une importance capitale. Loin des considérations purement techniques de palmes et tubas, il est question ici d'une grammaire visuelle riche et complexe, dont la plongée et la contre-plongée constituent des piliers fondamentaux. Ces techniques d'angle de prise de vue, héritées de la peinture et de la photographie, sont des procédés à la fois basiques et simples à exécuter, mais d'une portée symbolique et expressive considérable, envoyant un message clair et puissant au spectateur ou à l'observateur. C'est ce qui en fait une technique importante, notamment pour les films auto-produits, car elle ne prend pas forcément beaucoup de temps en préparation et n'est par exemple pas aussi complexe que le plan séquence à exécuter.

Les Fondements de la Plongée et de la Contre-plongée : Origines et Définitions

La plongée et la contre-plongée sont des angles de prise de vue où la position de la caméra, ou le point d'observation, se situe soit au-dessus - pour la plongée - soit en dessous - pour la contre-plongée - d'un individu ou d'un groupe de personnes, ou même d'un objet ou d'un décor. Ces techniques permettent de varier les cadrages pour les rendre plus dynamiques, offrant des perspectives uniques par rapport à l'angle horizontal classique, c'est-à-dire celui à hauteur d'homme. En modifiant la hauteur de l'angle de prise de vue, on change radicalement les perspectives de l'image, créant une composition plus forte à condition de respecter certaines règles.

Dans le cas de l'angle plongée, l'appareil photo est situé au-dessus du sujet, et l'angle de prise de vue est de fait orienté du haut vers le bas. Cet angle particulier donne l'impression que le sujet est inférieur et plus petit, en écrasant les perspectives. Cela peut entraîner une sensation de domination du photographe sur son sujet.

À l'inverse, l'angle contre-plongée correspond à une prise de vue allant du bas vers le haut. L'appareil photo est placé plus bas que le sujet, et l'angle est orienté du bas vers le haut. Cette inversion de la perspective donne une impression d'un sujet plus grand, dominant le photographe, et exagère les perspectives. Ce changement de perspective confère de la grandeur au sujet.

Ces concepts, bien que simples dans leur définition, ouvrent un vaste champ d'applications et d'interprétations dans tous les domaines des arts visuels.

Lire aussi: Piscine transformée en pièce : Analyse

La Plongée : Maîtrise de l'Infériorité et de la Symbolique

Si la plongée donne une impression d’infériorité, elle est un outil puissant pour établir un rapport de forces et de domination dans la narration visuelle. L'axe de prise de vue donne alors l'impression que le sujet est inférieur et plus petit, écrasant les perspectives. Au cinéma, comme dans la vraie vie, quand vous regardez quelqu’un de haut, vous pouvez avoir l’impression de le dominer, d’être supérieur à lui, qu’il est en position de faiblesse. Et bien, c’est la même chose dans un film.

Cependant, la plongée ne se limite pas à cette seule signification. On peut aussi trouver d'autres utilisations qui n'installent pas forcément ce rapport. Par exemple, une faible plongée peut permettre de dévoiler un décor de manière expansive. Elle peut également être employée pour créer un effet d'enfermement ou de déshumanisation, comme on peut le voir dans des œuvres telles que "La Mouche", ou simplement pour des effets de style originaux, à l'image des séquences emblématiques de "Chantons sous la pluie".

Il existe également la plongée totale, où la caméra est quasiment à la verticale, c'est-à-dire à 90° du sujet qu'elle filme. Cette inclinaison extrême va encore plus accentuer l'écrasement du sujet, renforçant l'idée d'insignifiance ou d'une situation désespérée. Enfin, la plongée peut revêtir une portée symbolique forte pour commencer ou finir un film. Elle peut aussi bien exprimer un aspect de punition, soulignant la chute ou le déclin d'un personnage, qu'une fin heureuse, en fonction de la situation du personnage, en offrant une vue d'ensemble apaisante ou triomphale. Parmi les différentes interprétations que nous avons apportées à la plongée, il est facile de savoir laquelle correspond quand vous en voyez une, car le contexte narratif guide toujours la compréhension du message.

La Contre-plongée : Exaltation de la Grandeur et du Pouvoir

En toute logique, si la plongée évoque l'infériorité, la contre-plongée, à l'inverse, génère un sentiment de supériorité, de force et de domination. L'angle de vue donne alors une impression de grandeur et d'importance en exagérant les perspectives. C'est un procédé efficace pour magnifier un sujet, par exemple, après que ce dernier ait réussi quelque chose de fort, d’impressionnant ; le filmer en contre-plongée va servir à le mettre en valeur, soulignant son triomphe.

La contre-plongée peut également traduire un sentiment de malaise du personnage, notamment en le plaçant devant quelque chose de trop grand pour lui, une force écrasante ou un défi insurmontable. Enfin, elle peut souligner des défauts en accentuant des traits ou des formes, bien que cette utilisation soit moins fréquente que l'exaltation.

Lire aussi: Tout savoir sur le maillot de bain 1 pièce dos nageur

Les cinéastes utilisent la contre-plongée pour accentuer l'effet de domination dans les rapports de force. Pour comprendre la puissance des prises de vue en contre-plongée, on peut penser à des exemples cinématographiques marquants tels que King Kong escaladant l'Empire State Building (1933) ou Godzilla ravageant les rues de Tokyo (1954). Ces classiques de la science-fiction ont profondément marqué des réalisateurs comme Steven Spielberg, qui a cité Godzilla comme une référence importante dans l'univers cinématographique de "Jurassic Park" et des "Dents de la mer". Cette signature reste présente dans le cinéma d'horreur moderne où les psychopathes et les tueurs en série, par exemple, sont presque toujours filmés en contre-plongée, renforçant leur présence menaçante.

Ce n'est pas un hasard si le premier plan où apparaît Dark Vador dans l'opus "Un nouvel espoir" de la saga "Star Wars" est filmé en contre-plongée extrême. Cette prise de vue dans les couloirs de l'Étoile de la Mort accentue la menace incarnée par le costume et la voix du personnage, pour lui donner un air encore plus imposant et terrifiant. La contre-plongée étant idéale pour illustrer les rapports de force, on retrouve très logiquement cette prise de vue en abondance dans les films d'action regorgeant de combats et de batailles, particulièrement lorsqu'ils mettent en scène des héros emblématiques, comme dans "Gladiator", "Braveheart" ou "Rambo". Christopher Nolan a même bousculé les attentes du public en accordant à son Joker le traitement réservé aux super-héros dans "The Dark Knight", réalisant une série de prises de vue en contre-plongée extrême pour donner à ce personnage une allure puissante, presque égale à celle de Batman.

La vulnérabilité est le contrepoids du pouvoir, et la contre-plongée peut également l'exprimer de manière poignante. Dans "Full Metal Jacket", le soldat Joker se trouve en position de vulnérabilité face à son instructeur incarné par l'acteur R. Lee Ermey, dont l'interprétation très réaliste du tyrannique sergent-chef Hartman a marqué les esprits. Au cinéma, la vulnérabilité peut être un puissant vecteur d'émotion, et les prises de vue en contre-plongée en accentuent l'effet dramatique, qu'il s'agisse de filmer un personnage en grand danger dans un film d'horreur, ou une victime dans un film de guerre. Dans les scènes de combat et les batailles spectaculaires de ces genres de films, le triomphe de l'héroïne ou du héros signe forcément la défaite d'un ou d'une adversaire, et la contre-plongée renforce la perception de cette confrontation.

Les enfants sont souvent perçus comme intrinsèquement impuissants. Après tout, ils passent la première partie de leur vie à devoir lever les yeux pour voir tout ce qui les entoure. Il n'est donc guère surprenant qu'un film où ils occupent une place centrale regorge de prises de vue en contre-plongée. John Hughes a cependant brisé ces codes avec le film "Maman, j'ai raté l'avion !". Dans ce film, Kevin McCallister, resté seul à Chicago pour Noël, est contraint de défendre sa maison prise pour cible par deux cambrioleurs aussi redoutables que maladroits. Ce film jongle habilement avec les angles de vue au rythme des hauts et des bas de leur duel prolongé, utilisant la contre-plongée pour souligner tantôt la grandeur des menaces, tantôt l'ingéniosité de l'enfant. Le choix des prises de vue, en plongée ou en contre-plongée, n'est pas nécessairement figé pour chaque personnage. Dans "Game of Thrones", l'angle varie régulièrement en fonction de la position des protagonistes dans la hiérarchie du pouvoir à l'instant T. Autre exemple : au début de "Breaking Bad", Walter White est systématiquement filmé en contre-plongée pour dépeindre la faiblesse de ce personnage gravement malade, avant que son évolution ne modifie cette approche visuelle.

Les prises de vue en contre-plongée ne sont pas réservées aux personnages. Elles permettent également de mettre un lieu en valeur dans un plan général, ou de donner le ton recherché. Pensez à l'imposant manoir Bates dans "Psychose", par exemple. Tout en plantant le décor, sa représentation au fil des plans larges en contre-plongée a fait de cet édifice un personnage à part entière, contribuant à instaurer une atmosphère menaçante tout au long du film. Michael Bay a quant à lui inventé une variante qui porte son nom, reconnaissable à ses mouvements de caméra dynamiques. Toutefois, personne ne réussira probablement à détrôner Orson Welles dans l'art de la contre-plongée. Si "La Soif du mal" et "La Dame de Shanghai" sont tous deux des chefs-d'œuvre à cet égard, la palme revient néanmoins à "Citizen Kane", considéré comme probablement le plus grand film américain jamais réalisé. Il détient également le record du nombre de « vues sur un plafond » en raison des innombrables plans en contre-plongée. La scène représentant Leland après la défaite de Kane aux élections est entièrement réalisée en contre-plongée, accentuant la stature affaissée du personnage. Pourtant, même l'angle de vue le plus bas possible ne donnait pas satisfaction à Welles, qui cherchait sans cesse à repousser les limites de l'expression visuelle.

Lire aussi: Filtration piscine Desjoyaux

Plongée et Contre-plongée : Reflet d'une Subjectivité

Un point crucial à noter est que la plongée et la contre-plongée peuvent être simplement la transcription d'une vue subjective d'un personnage. Une contre-plongée sur des buildings, par exemple, sera ainsi utile non pas pour nous dire quelque chose de ces bâtiments en eux-mêmes, mais de celui qui les regarde, de son admiration, son effroi ou son sentiment d'être écrasé par leur immensité. Ces angles de vue permettent de rendre compte de la perception interne d'un personnage, plaçant le spectateur dans sa peau et amplifiant l'empathie ou la compréhension de son état émotionnel.

Application Artistique : Dessiner un Personnage en Contre-plongée

Quand il s'agit de dessiner des personnages, on est souvent tentés de les représenter dans des angles dynamiques. Le dessin en contre-plongée est un excellent moyen d'y parvenir. En dessin, on parle de contre-plongée lorsque notre sujet est représenté avec un angle de vue relativement bas, un peu comme si notre caméra était placée au niveau du sol. Cela permet de donner une impression de grandeur à notre sujet. Pour un portrait en photographie, il est recommandé de limiter l'inclinaison de l'angle. Plus celle-ci sera forte, plus elle donnera une impression de domination du sujet par le photographe, avec une tendance pour le lecteur à ressentir une forme d'oppression du sujet - sauf si bien entendu c'est la sensation recherchée. Au contraire, si vous souhaitez réaliser un portrait, l'intérêt supplémentaire de légèrement plonger l'objectif vers le sujet est que cet angle a tendance à écraser les perspectives et donc d'affiner les traits du visage, un réel avantage en photographie de portraits, créant un sentiment de confiance, de sincérité et d'intimité, surtout si la personne regarde l'objectif.

Pour dessiner un personnage en contre-plongée, une manière simple est de l'enfermer dans une boîte. Pour ce tutoriel, prenons un mannequin relativement simple ; il sera plus facile à construire en contre-plongée qu'un mannequin trop détaillé. La première étape consiste à construire une boîte au plus proche de notre mannequin. Ensuite, il faut la subdiviser en deux puis en quatre, un peu comme si l'on représentait les étagères d'un meuble. Le but ici est d'avoir des subdivisions relativement proches de repères anatomiques : épaules, taille, genoux, etc. Si l'on souhaite plus de précisions, on peut continuer à subdiviser la boîte.

Comme dit précédemment, la contre-plongée se traduit par un angle de vue relativement bas, c'est-à-dire une ligne d'horizon plutôt basse sur notre feuille. De même, comme l'implication de la hauteur est importante, il sera nécessaire de comprendre la perspective à 3 points de fuite pour bien représenter notre personnage en contre-plongée. La boîte dessinée plus tôt est un volume relativement simple et donc plutôt facile à représenter en perspective. Je vais donc représenter ma boîte dans ma scène à 3 points de fuite. Ici, deux situations sont intéressantes : celle où la boîte traverse la ligne d'horizon, et celle où elle se situe au-dessus.

Maintenant, il est temps d'installer les subdivisions. Pour ce faire, il faut trouver le centre d'une face afin de la découper. Une fois la première étagère installée, on peut couper en deux les espaces au-dessus et en dessous de cette étagère et répéter la même opération. Une fois la boîte prête à accueillir le personnage, chaque étagère de la boîte doit se rapprocher d'un repère anatomique du personnage. Le but ici va donc être de replacer ces repères par rapport à ça. La perspective déforme les proportions, il va donc falloir respecter l'espace occupé par un élément du personnage sur son étagère en fonction de celui présent sur un schéma à plat. Commençons avec la tête : elle occupe une bonne partie de l'espace de l'étagère du dessus. Les épaules du personnage se situent sur l'étagère du dessus. Ensuite, il s'agit de représenter un repère "rectiligne" comme les hanches par exemple, qui, sur un schéma vu à plat, sont représentées par une courbe. Tous les repères étant présents, on peut installer les volumes. On commence par le corps, puis on dessine le tronc en suivant les repères et l'orientation. Tous les volumes sont enfin présents ! Maintenant, il est nécessaire d'identifier ceux qui seront visibles et ceux qui seront cachés. Le plus simple ici est de commencer à repasser le personnage depuis le bas de la boîte. En repassant au fur et à mesure de cette manière, on voit rapidement quel volume rendre visible. Une fois le mannequin de base terminé, il peut servir de base pour dessiner un personnage en contre-plongée avec précision et réalisme.

La Perspective à Trois Points de Fuite : Un Pilier de la Plongée et Contre-plongée Prononcées

Pour jouer avec les angles de vue et utiliser diverses techniques cinématographiques ou artistiques pour créer du contenu percutant, la photographie ou le dessin en angle plongée ou contre-plongée est un bon moyen de varier les cadrages pour les rendre plus dynamiques. Cela requiert une réflexion en amont pour savoir quelle intention on souhaite donner aux clichés ou aux illustrations. La maîtrise des perspectives est alors essentielle.

Une perspective à 3 points de fuite, c'est une perspective linéaire où aucune ligne n'est parallèle au plan de l'image. En comparaison, la perspective à 1 point de fuite a un plan parallèle à celui de l'image, et une perspective à 2 points de fuite a des droites parallèles au plan de l'image. Toutes les faces de la boîte sont déformées, avec des bords convergeant vers un point de fuite ou un autre.

Il ne suffit pas d'apercevoir les 3 faces d'une boîte pour dire qu'il s'agit d'une perspective à 3 points de fuite ; il faut aussi que toutes les arêtes partent vers des points de fuite différents, en trois dimensions. Toutes les lignes, même verticales, vont converger vers un point de fuite, il n'y a plus de lignes parallèles. Toutes les distances seront déformées, quelle que soit la direction (même en hauteur). Construire une grille en trois dimensions devient alors encore plus compliqué : reporter les distances est plus ardu ou hasardeux. Même si le principe est globalement le même que pour la perspective à 1 ou 2 points de fuite, le fait de ne plus avoir de « points d'ancrage » avec des plans ou des droites parallèles à l'image rend le dessin en perspective à 3 points de fuite plus compliqué et hasardeux. C'est donc une technique à travailler quand on a déjà assimilé les bases de la perspective, et il vaut mieux la réserver à des images fortes, que ce soit en illustration ou en bande dessinée. Si elle n'apporte pas un plus à votre dessin, vous risquez de regretter de vous être embarqués là-dedans !

Ce qu'une perspective à 3 points de fuite n'est pas

Il est important de dissiper certaines confusions courantes.

Une plongée ou contre-plongée n'est pas automatiquement une perspective à 3 points de fuite. On a tendance à associer les deux, mais un dessin en plongée ou en contre-plongée ne sera pas automatiquement en perspective à 3 points de fuite ! Si votre caméra est braquée vers le sol, mais que celui-ci est parallèle au plan de l'image, vous pouvez très bien obtenir un bel effet de plongée avec une perspective à 1 ou 2 points de fuite, sans vous compliquer la vie. Ce qui compte réellement, c'est d'imaginer votre décor dans une grille en 3 dimensions, pour savoir comment cette grille se place par rapport à vous. Et cela, peu importe si vous regardez en haut, en bas, ou si votre caméra est basculée de 90° vers la droite.

Un dutch angle, qui consiste à incliner la caméra de côté, est un classique du film d'horreur pour donner une sensation d'instabilité ou de malaise, ou pour accentuer le dynamisme. Mais même si ça peut sembler spectaculaire, cela ne changera pas la perspective de l'image elle-même, qu'elle soit à 1, 2 ou 3 points de fuite. Cela revient à tourner sa feuille de biais ; la composition sera différente, mais cela ne changera rien au placement du plan de l'image par rapport à ce qui est représenté.

Enfin, une perspective étendue, comme celles obtenues avec un grand-angle, un fisheye, ou les perspectives isométriques, n'est pas une perspective à 3 points de fuite. La perspective à 3 points de fuite, comme toutes les perspectives linéaires, correspond à un champ de vision limité, comme le nôtre. Si vous essayez de faire un cadrage trop large quand vous dessinez en perspective à 3 points de fuite, vous aurez sur le bord des éléments très déformés qui paraîtront aberrants à la personne qui regardera votre dessin. Pour un effet de déformation ou un dessin en panoramique, on a besoin de lignes de constructions courbes, et il vaut mieux utiliser des grilles de construction spéciales.

Maîtrise de la Construction en Perspective à Trois Points de Fuite

La perspective linéaire à 3 points de fuite permet d'ajouter une nouvelle dimension à votre dessin. Alors qu'avant, vous étiez « cloués au sol » avec votre caméra, c'est comme si tout à coup, vous pouviez flotter dans l'espace et regarder dans toutes les directions. Mais, comme un astronaute, il faut savoir s'orienter dans cet espace pour ne pas finir complètement perdu.

Ne pas perdre ses repères : points de fuite et ligne d'horizon

Ces repères, ce sont vos points de fuite et votre ligne d'horizon. Ce sont vos coordonnées. S'ils sont correctement ancrés, vous pourrez construire votre perspective, faire des dessins en plongée ou contre-plongée qui fonctionnent, et vous lancer dans des illustrations compliquées qui souffleront vos lecteurs. Sinon, vous risquez d'avoir des perspectives bancales, de vous perdre en route et de ne jamais terminer votre dessin.

Redéfinir la ligne d'horizon

Dans le premier article sur la perspective, la ligne d'horizon était la ligne qui représentait le plan à hauteur d'œil de l'observateur, un plan perpendiculaire à celui de l'image, sur lequel on retrouverait tout ce qui est parallèle à l'observateur. Sauf qu'en faisant un dessin en plongée ou en contre-plongée qui fait apparaître un nouveau point de fuite, au-dessus ou en dessous de cette ligne d'horizon pour construire une perspective à 3 points de fuite, il se passe exactement la même chose que quand on passe d'un à 2 points de fuite : ce plan si pratique représenté par la ligne d'horizon n'est plus perpendiculaire au plan de l'image !

C'est exactement là que ça se joue : au lieu d'avoir une structure parallèle au plan de l'image, on se retrouve de biais. Pour reprendre la métaphore de la fenêtre qui représente le plan de l'image du premier article, au lieu d'avoir une fenêtre verticale, vous regardez tout à coup le monde à travers un velux. Avec cette vue en plongée, tout est différent, les murs et le sol sont inclinés par rapport à ce qu'on voit… Pourtant, la pièce n'a pas changé. C'est juste votre angle de vue qui est différent !

Pour savoir si votre illustration est en perspective à 3 points de fuite ou juste 2, imaginez que ce que vous représentez est dans une boîte, et demandez-vous si vous voyez son contenu à travers une fenêtre ou en plongée à travers un velux.

Dans la « vraie vie », il est très rare que ce que nous avons sous les yeux corresponde exactement à une perspective à 1 ou 2 points de fuite, et que les verticales soient parfaitement parallèles (il suffit de regarder légèrement au-dessus ou en dessous de notre ligne d'horizon pour que ça ne soit plus tout à fait le cas). Simplement, ce point de fuite est tellement loin et la déformation est tellement faible qu'elle n'est pas perceptible à l'œil nu. C'est pour cela que même si la ligne d'horizon n'est pas placée exactement au centre de l'image, nous ne sommes généralement pas gênés par les lignes verticales d'une perspective à 2 points de fuite, même si, théoriquement, avec le regard orienté vers le haut ou vers le bas, ces lignes devraient converger vers un point de fuite.

Une perspective à 3 points de fuite, c'est tout simplement une plongée ou contre-plongée trop prononcée pour qu'on puisse croire que le plan correspondant à la ligne d'horizon est perpendiculaire à l'image. À ce moment-là, on se retrouve avec un problème : notre ancienne utilisation de la ligne d'horizon ne marche plus, ou en tout cas, plus tout à fait. Dans une perspective à 3 points de fuite, la ligne d'horizon n'est pas perpendiculaire au plan de l'image et disparaît souvent du dessin. La ligne d'horizon, celle qui correspond à la hauteur d'œil, est excentrée en haut du dessin si l'on regarde en plongée (vers le bas et en contrebas) et en bas du dessin si l'on est en contre-plongée (en regardant vers le haut). Le plan de l'image n'est pas perpendiculaire au plan de la ligne d'horizon. Plus l'image est orientée vers le haut ou vers le bas, plus la ligne d'horizon s'éloigne du centre de l'image. Les éléments sur un plan parallèle à celui de la hauteur d'œil ne seront pas rassemblés sur une même ligne, mais dépendront de leur placement dans l'espace. On peut tout à fait imaginer tracer une ligne matérialisant un plan perpendiculaire à l'image (qui se placerait au centre du dessin), mais elle représenterait un plan incliné par rapport aux éléments représentés, et cela ne serait pas une ligne d'horizon.

Ce que ça veut dire, c'est que pour tracer votre perspective à 3 points de fuite, vous avez besoin d'une information supplémentaire pour placer votre ligne d'horizon : l'angle d'observation de ce que vous allez représenter, non seulement en largeur, mais aussi en hauteur.

Les limites du champ de vision

Comme il s'agit d'un plan incliné par rapport au plan de l'image, il n'est pas rare que cette ligne d'horizon disparaisse de l'image. Il y a même des cas où il faut qu'elle disparaisse de l'image, par exemple si votre point de fuite est directement visible dans votre dessin en perspective à 3 points de fuite. Notre champ de vision est limité à 60°, alors qu'un angle droit fait 90°. Le principe est le même en hauteur. De la même manière qu'on ne peut pas voir apparaître deux points de fuite perpendiculaires sur son illustration en perspective, on ne peut pas voir apparaître à la fois son point de fuite vertical et sa ligne d'horizon. Il faudra choisir son point de vue et montrer soit l'un, soit l'autre… soit aucun des deux ! Même si les points de fuite couvrent une large surface de votre dessin, recadrer permet de garder un angle de vue plus proche de ce que l'œil humain est capable de voir et de limiter le risque d'aberrations.

Vous pouvez conserver la règle des 60°/90° en hauteur, elle fonctionne plutôt bien. Son principe, c'est que l'intervalle entre 2 points de fuite perpendiculaires l'un par rapport à l'autre doit faire au moins 1,5 fois la longueur maximale de votre image pour respecter notre champ de vision et éviter les aberrations. C'est un minimum, car vous pouvez tout à fait placer vos points de fuite de manière plus éloignée et avoir un cadrage plus serré. Cela fonctionne exactement comme une photo : vous avez un angle de vue maximum, mais rien ne vous empêche de zoomer ou de recadrer votre image. Pour le dessin en perspective à 3 points de fuite, c'est pareil, à part que prévoir des points de fuite très écartés peut vite devenir contraignant quand on travaille au format papier.

#

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *