Depuis 1989, les plus grands navigateurs se donnent rendez-vous, tous les quatre ans, aux Sables-d’Olonne pour participer à ce tour du monde en solitaire et sans assistance. Le Vendée Globe, initialement le Vendée Globe Challenge, parfois surnommé « l'Everest des mers » pour sa difficulté, est une course à la voile, autour du monde, en solitaire et sans escale ni assistance, qui oppose des voiliers monocoques de la classe 60 pieds IMOCA. Créée par Philippe Jeantot, l'épreuve se déroule tous les quatre ans et s'est courue en 1989, 1992, 1996, 2000, 2004, 2008, 2012, 2016, 2020 et 2024 pour la dixième édition.
La réalité des risques maritimes
On l’appelle l’Everest des mers… le surnom parle de lui-même. Créé en 1989 par Philippe Jeantot, le Vendée Globe tracte derrière lui tout un imaginaire et une réputation qui ne sont pas volés. Un tour du monde à la voile, en solitaire, sans assistance et sans escale, au milieu d’une mer qui peut se déchaîner à tout moment. Sur les 200 marins qui ont pris part au Vendée Globe, seuls 114 d’entre eux sont parvenus à couper la ligne d’arrivée. Depuis la première édition du Vendée Globe en 1989, trois marins sont morts en lien avec cette course : Mike Plant, navigateur américain, disparu en octobre 1992 alors qu'il convoyait son bateau vers le départ de la deuxième édition. Son voilier sera retrouvé au nord des Açores. Nigel Burgess, navigateur anglais, disparaît lors de la première nuit de course, dans le golf de Gascogne, lors de la deuxième édition, en 1992. Gerry Roufs, skipper canadien, a disparu dans l'Océan Indien en janvier 1997 lors de la troisième édition, alors qu'il était en deuxième position. Son dernier message au PC de course sera : « Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes ».
Ces tragédies soulignent les dangers inhérents à cette course extrême, souvent surnommée "l'Everest des mers ». La première d’entre elles survient avant même le départ de la deuxième édition du Vendée Globe, le 22 novembre 1992. Au bord de son voilier Coyote, Mike Plant a déclenché au nord des Bermudes en octobre 1992. Mais la macabre édition 1992 n’était pas terminée. Seulement trois petits jours après le départ, Nigel Burgess (50 ans) était emporté par une tempête. Son voilier est repéré par les organisateurs le lendemain, mais les sauveteurs ne pourront rien faire et le corps de Nigel Burgess est repêché sans vie au large du cap Finisterre. La dernière tragédie remonte à 1996. Alors deuxième de la course, le navigateur canadien Gerry Roufs a subitement disparu des écrans radars le 6 janvier 1997 alors qu’il approche du Cap Horn. Âgé de 43 ans, il déclenche alors sa balise de détresse. Des dernières paroles qui résonnent avec la suite. 57% C’est en moyenne le pourcentage de skippers engagés finissant le Vendée Globe. En effet, depuis la 1ère édition en 1989, 200 navigateurs ont pris le départ de cette course, pour 114 finisseurs. Ce chiffre illustre la difficulté de cette course au large exigeante et dangereuse. À noter que le taux d’abandon varie considérablement d’une édition à l’autre : La dernière édition de 2020-2021 a connu le meilleur taux de finisseurs avec 25 arrivées sur 33 partants (soit 76%). À l’inverse, l’édition de 2008-2009 a enregistré le plus grand nombre d’abandons, 19 sur les 30 partants, soit seulement 37% de finisseurs.
Les conditions de navigation et les zones de danger
Les marins du Vendée Globe font le tour de la Terre d'ouest en est, en partant des Sables-d'Olonne pour y revenir. Le parcours a une longueur théorique de 40 075 kilomètres soit 21 638 milles nautiques en ne tenant pas compte de la zone d'exclusion introduite pour éviter les icebergs et des options prises par les coureurs pour optimiser leur course face aux contraintes météorologiques. Lors des dix éditions du Vendée Globe, certains concurrents ont ainsi parcouru parfois plus de 28 000 milles (soit quasiment 52 000 kilomètres). La partie la plus difficile de la course débute lorsque les voiliers atteignent la latitude des quarantièmes rugissants puis celle des cinquantièmes hurlants. Ces régions sont balayées en permanence par des dépressions très creuses qui lèvent des mers particulièrement fortes car aucune terre ne bloque les vagues. Le courant des Aiguilles, au niveau de la pointe sud de l'Afrique, vient accroitre la dangerosité de la mer en accentuant la hauteur des vagues, tandis que la cordillère des Andes contribue à creuser les dépressions dans la région du cap Horn.
Facteur aggravant en cas de naufrage ou d'accident grave : la zone traversée est très éloignée des terres habitées et il n'y passe pratiquement aucun trafic maritime. Les humains les plus proches du point Nemo sont les astronautes de la station spatiale internationale. Les voiliers en course sont hors de portée de secours héliportés et les marins ne peuvent compter sur le détournement d'un cargo ou d'un navire de pêche pour leur porter secours. Lorsqu'ils sont aux latitudes les plus au sud, les coureurs peuvent choisir, pour gagner du temps dans certaines configurations météorologiques, de s'approcher de l'Antarctique. Mais ils prennent alors le risque d'une collision avec les nombreux icebergs ou growlers qui se détachent de la banquise. Le radar, dont sont généralement équipés les bateaux, ne permet pas toujours de les détecter et une veille visuelle permanente, de toute façon inefficace de nuit, est impossible en solitaire. En cas de collision dans ces régions éloignées de toute terre habitée, les marins ne peuvent compter que sur leurs concurrents les plus proches pour les secourir. Depuis l'édition 2012, les coureurs sont dans l'obligation d'éviter la zone d'exclusion antarctique (ZEA) définie par le comité de course à partir de relevés satellites identifiant la présence d'icebergs.
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L'évolution technique et le règlement de course
Les voiliers en course sont hors de portée de secours héliportés et les marins ne peuvent compter sur le détournement d'un cargo ou d'un navire de pêche pour leur porter secours. Le Vendée Globe est une course en solitaire, sans escale et sans assistance. Le concurrent ne peut embarquer aucune autre personne sur le bateau, sauf en cas d'urgence avérée, par exemple le naufrage d'un autre concurrent. Lors de la troisième édition, Pete Goss a sauvé Raphaël Dinelli en l'accueillant à son bord et en le déposant à Hobart. De même durant la sixième édition, Vincent Riou a secouru Jean Le Cam, chaviré non loin du cap Horn. Les coureurs naviguent à bord de voiliers dont les caractéristiques répondent à une jauge unique définissant la longueur et certaines autres caractéristiques. Les 60 pieds IMOCA sont une classe de voiliers monocoques de 60 pieds, soit 18,288 mètres (longueur hors tout), conçus pour les courses océaniques en solitaire ou en double. L'architecture des voiliers 60 pieds IMOCA évolue rapidement en tirant des leçons des résultats de chaque édition. Pour améliorer leurs performances, les architectes introduisent successivement les carènes en forme de luge, la quille pendulaire, le cockpit ouvert dans lequel toutes les manœuvres sont ramenées, les dérives latérales qui sont progressivement remplacées dans les éditions suivantes par les foils.
L’assistance médicale ne peut prendre la forme que d'un conseil à distance pour aider un concurrent à se soigner : lors de l'édition de 1992, Bertrand de Broc s'est recousu la langue à l'aide d'un miroir et avec les conseils du docteur Chauve, médecin de la course. L'intervention directe d'un médecin à bord est interdite, de même que tous les conseils à distance qui visent à améliorer les performances d'un skipper. L’assistance matérielle ou technique est strictement interdite. Les concurrents ne peuvent accoster d'autres navires ou se faire ravitailler, sauf aux Sables-d'Olonne dans les conditions détaillées plus haut. Le routage est interdit. La direction de course transmet chaque jour aux concurrents un bulletin météo et des fichiers numériques de champs de vent, ainsi qu'une analyse (images satellites et fronts) deux fois par jour.
Portraits et préparation des skippers de la 10e édition
Depuis le 10 novembre à 13h02, les skippers se sont élancés sur la 10ème édition du Vendée Globe. 42 ans, c’est l’écart d’âge séparant la cadette Violette Dorange du doyen Jean Le Cam, tous deux engagés sur cette édition du Vendée Globe. À 23 ans, Violette Dorange, sur son IMOCA DeVenir, devient la plus jeune participante de l’histoire de cette course. Jean Le Cam, quant à lui, à 65 ans, s'engage pour sa 6ème participation, devenant le deuxième skipper le plus âgé de la course. Il est dépassé par le britannique Rich Wilson, qui était âgé de 66 ans lors de l’édition 2016-2017. Pour sa sixième participation, record absolu, le « Roi Jean » continue de marquer le Vendée Globe de son empreinte. Reconnu comme l'un des meilleurs marins de la flotte de cette 10e édition du Vendée Globe, Jérémie Beyou sait qu'il sera attendu pour sa cinquième participation. Apprécié pour sa sympathie, le skipper sablais n'en reste pas moins un concurrent redoutable qui a toujours réussi à rejoindre son port d’attache, celui des Sables-d’Olonne, lors des quatre précédentes éditions qu’il a terminées consécutivement.
Samantha Davies a appris à marcher sur le bateau de ses parents. Il faut dire que la navigatrice anglaise est née dans une famille qui a toujours cultivé un lien viscéral avec l’océan. Pour sa quatrième participation (à seulement 39 ans !), Louis Burton revient avec de grandes ambitions. Après deux démâtages sur la Transat Jacques Vabre en 2021 puis la Route du Rhum en 2022, le skipper a repris sa marche en avant en enchaînant les bons résultats lors des dernières courses qualificatives. Après avoir mis près de trente ans pour prendre son premier départ d'un Vendée Globe, Kojiro Shiraishi en est maintenant à sa troisième participation. Ambitieux, son sponsor lui a même donné pour mission de terminer l'Everest des mers dans le top 8. Thomas Ruyant s'est rendu à l'évidence grâce à ses résultats au-dessus de la moyenne. Le vainqueur de la 9e édition du Vendée Globe remet son titre en jeu. Figure très expérimentée de la course au large, Yannick Bestaven visera donc un deuxième succès, tout comme Michel Desjoyeaux, le seul skipper à avoir remporté deux fois le Vendée Globe.
Le marin de 47 ans a commencé à faire de la course à pied puis du trail avec sa compagne, spécialiste de la discipline, pour se préparer de la meilleure manière possible à son troisième Vendée Globe. Ancien journaliste, le skipper français a réussi sa transition professionnelle en s'imposant comme une des valeurs sûres de la flotte. Adepte des défis sportifs extrêmes, le skipper de 38 ans, Maxime Sorel, est monté sur le toit du monde en 2023. Sébastien Simon a gagné sa course contre la montre après avoir respecté une période de convalescence et un programme de remise en forme sur mesure suite à une commotion cérébrale en 2023 lors du Retour à La Base. Damien Seguin, premier skipper en situation de handicap à terminer le Vendée Globe, veut montrer qu'on peut réaliser ses rêves. Giancarlo Pedote utilise un foiler ancienne génération, fiabilisé au maximum pour maîtriser les coûts. Paul Meilhat est suivi de près par les amateurs de voile après plusieurs victoires et autres succès qui lui ont fait gagner en popularité sur les pontons du monde entier. Isabelle Joschke s’est formée à la prise de son pour faire un journal de bord parlé et ainsi documenter son aventure autour du monde malgré le manque de sommeil. Boris Herrmann fait déjà office de favori à la victoire finale pour sa deuxième participation seulement grâce à ses superbes performances. Pip Hare est de retour pour sa deuxième participation à la barre d'un foiler plus puissant qui lui a permis de flirter avec ses limites. Benjamin Dutreux, déterminé et ambitieux, parlait déjà du Vendée Globe au lycée. Clarisse Crémer veut défendre et promouvoir l’équité dans le monde de la course au large pour sa deuxième participation. Manuel Cousin revient avec de nombreuses ambitions pour sa deuxième participation. Conrad Colman est devenu le premier skipper à terminer la course en 2016 à bord d'un Imoca alimenté à 100 % par des énergies renouvelables. Éric Bellion promeut la différence comme une force à travers les compétitions auxquelles il participe. Szabolcs Weöres, dit « Chabis », baigne dans le monde de la voile depuis sa plus tendre enfance grâce à son père. Guirec Soudée va connaître son premier Vendée Globe, mais pas son premier tour du monde. Yoann Richomme sera, à n'en pas douter, l'un des leaders de la flotte. Justine Mettraux va pouvoir prendre son premier grand départ d'un Vendée Globe avec l'ambition de revenir aux Sables-d'Olonne malgré son statut de bizuth. Sébastien Marsset a été rattrapé par son goût pour l'aventure quelques années plus tard. Tanguy Le Turquais a été marqué par sa rencontre avec Thierry Dubois, ce qui l'a poussé à se lancer dans le monde de la course au large. Benjamin Ferré peut compter sur le bateau du vainqueur de l’Everest des mers en 2012, François Gabart, pour faire une entrée fracassante dans l’histoire de la plus célèbre des courses au large. Louis Duc a récupéré le mât du bateau de François Gabart. Antoine Cornic a commencé la course au large en 2001, à 21 ans seulement.
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