Christophe Ballois, une Légende du Kitesurf Redéfinissant les Limites

Chris Ballois est un nom qui résonne avec force dans le monde des sports nautiques, particulièrement celui du kitesurf. Cet athlète hors du commun, né sans avant-bras gauche, a su non seulement rivaliser avec les meilleurs sportifs valides, mais aussi les dépasser, s'imposant comme une figure emblématique de la performance et de la résilience. Son parcours est un témoignage éclatant de la capacité humaine à transcender les défis physiques et à se réaliser au plus haut niveau. Des records de vitesse mondiaux aux défis de navigation en haute mer, Christophe Ballois incarne l'esprit d'innovation et le dépassement de soi.

Des Yvelines aux Vagues : Un Parcours Professionnel et Sportif Singulier

Né le 15 juin 1972 dans les Yvelines, Chris Ballois est atteint d’agénésie, une condition se manifestant par l'absence totale ou partielle d’un organe, dans son cas l'avant-bras gauche. Ce "handicap", comme il le met en perspective, n'a jamais été un frein à son ambition et à sa passion pour le sport. Après avoir réalisé des études d’électronique, puis une école de vente supérieure dans l’automobile, il a démarré sa carrière dans ce secteur. Son chemin l'a ensuite mené vers les magasins de vente de planche à voile, marquant le début de son immersion dans l'univers de la glisse.

Son acumen commercial et technique l'a rapidement propulsé au poste de responsable commercial et technique France, successivement dans deux entreprises qui distribuaient du matériel de glisse. C'est à cette période qu'il a joué un rôle pionnier en France, contribuant de manière significative à créer le marché du Kitesurf. Dès 1999, il travaille au développement du kitesurf pour la marque Naish, important les premières ailes. Il témoigne de cette période : « A l’époque, il n’y avait pas de magasin, pas de revendeur, pas d’école, le marché était complètement vierge. Il a fallu apprendre et communiquer sur ce qu’était le kite et comment cela pouvait devenir un grand sport avec beaucoup de pratiquants. » En 2008, il a changé d’équipe pour travailler pour le groupe NeilPryde, pour la division kite de Cabrinha, poursuivant ainsi son engagement dans l'expansion de ce sport.

En 2014, animé par une volonté d'autonomie et de développement personnel et professionnel, il créé sa société Handiconsulting. Cette entreprise, gérant plusieurs divisions, couvre la partie sportive (compétition, record, marketing sportif, sponsoring, visibilité média, etc.), la partie intervention auprès des entreprises, hôpitaux, milieu scolaire (conférence, sensibilisation, coaching, management, problématiques organisationnelles), et une partie recherche et développement (windsurf, kite, matériel handisport). C'est à partir de cette année qu'il se remet pleinement dans le sport de haut niveau, cette fois-ci en kitesurf, entamant une nouvelle ère de performances remarquables.

L'Agénésie, un Défi Transcendant : Adaptations et Philosophie

L’agénésie dont est atteint Chris Ballois, l'absence de son avant-bras gauche depuis la naissance, loin de l'entraver, l'a poussé à développer des techniques et une philosophie uniques. Depuis toujours, cela ne l'a pas empêché de faire du sport parmi les valides, pratiquant le judo, le BMX, le skate, puis le windsurf, jusqu'à se classer dans le top ten Français dans les vagues. Son engagement dans le sport de haut niveau avec son handicap l'a mené à une profonde réflexion sur les limites et les possibilités.

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Face à la question de concilier son handicap et la pratique du kitesurf, Chris Ballois explique : « J’ai commencé par le windsurf et je pense que j’étais le seul handi à en faire, mais en kite nous devons être plusieurs. » Il souligne la nécessité d'associer l’adaptabilité et l’anticipation, deux qualités qui lui permettent d’atteindre des performances exceptionnelles. Lorsqu'il pilote le kite, il le fait en effet d’une seule main. Sur un bord, il pilote normalement, mais sur l’autre bord, sa main droite est à l’envers, sur la gauche de la barre. Cela demande une très grande adaptabilité au niveau du cerveau pour ne pas faire d’erreurs. Il confie : « Clairement, j’ai deux fois moins de puissance qu’un athlète valide en speed. Quand on atteint de hautes vitesses, physiquement ça tire. Il faut trouver des astuces de navigation, cela vient avec l’expérience. » Le matériel joue également un rôle primordial, car il doit être extrêmement fiable et bien réglé. Un athlète valide pourra compenser avec un physique puissant, mais Chris Ballois ne le peut pas, il optimise donc son matériel pour fournir le moins d’efforts possibles. En speed et en foil, il compense énormément avec les jambes, développant un travail bassin-jambes d'une importance capitale.

Sa vision du handicap est empreinte de réalisme et d'optimisme. Il aime la performance et naviguer avec les athlètes valides l'a toujours tiré vers le haut. Pour lui, la notion de « handicap » n’en est finalement pas un, car beaucoup de choses sont possibles dans tous les domaines si l'on a la volonté et que l'on se donne les moyens de ses ambitions. Il insiste sur le fait que la route la plus droite n’est pas forcément la plus efficace. Il s'agit de ne pas se contenter de ce que l'on a appris, de chercher des solutions alternatives pour atteindre le but fixé, et de savoir bien s'entourer et déléguer si nécessaire. Il rappelle aux collégiens lors de ses interventions que « toutes les personnes ne sont pas en fauteuil. Il y a aussi différentes sortes de handicap, auditif, visuel, les maladies invalidantes, les troubles musculo squelettiques. Il y a des handicaps visibles et d'autres non visibles ». Il ajoute que « 85 % des handicaps arrivent dans le courant de la vie », soulignant que tout le monde est concerné de près ou de loin par des situations de handicap, mais que cela n'empêche pas de se réaliser. La mixité dans le sport comme dans la vie est essentielle, car elle tire tout le monde vers le haut.

Les Records de Vitesse : L'Art de Dompter le Chrono

L'une des facettes les plus impressionnantes de la carrière de Chris Ballois est sa quête incessante de la vitesse, qu'il a menée avec une détermination exceptionnelle, battant des records tant dans la catégorie handisport que valide.

Record du Monde Handisport : Lüderitz 2014

Le 23 octobre 2014, Chris Ballois a claqué un nouveau record du monde handisport de vitesse en kitesurf, réalisant cette performance en Namibie, sur le canal de Lüderitz. Chronométré à 42,94 nœuds, soit une vitesse de 80 km/h sur 500 mètres, son temps a été homologué comme record mondial handisport par les plus hautes instances internationales. Ce fut une grande satisfaction personnelle après des mois de préparation avec des moyens financiers limités cette saison, et un travail acharné de deux ans.

L'environnement de Lüderitz, avec son canal étroit de 7 ou 8 mètres de large, présentait des risques importants, mais pour Ballois, c'était un risque calculé. Il a souligné que l'on ne fait pas n'importe quoi dans ces conditions. Il sait qu'il peut aller encore plus vite, mais cela exige des conditions psychologiques, un angle de vent optimal, une qualité de plan d'eau irréprochable et un entraînement préalable rigoureux. Cet engagement intense a eu des conséquences : il s'est démis l’épaule après ce record du monde, ce qui lui laisse encore quelques séquelles. Malgré cela, il est fier de ce record, mais aurait aimé le pousser plus loin, l'accident l'ayant un peu freiné sur l'instant T. Il reste confiant : « Je pense que je battrai à nouveau ce record, je veux vraiment me rapprocher des 50 nœuds et des chronos des valides. »

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Affronter les Valides : La 7ème Place Mondiale et le Record du Mile Nautique

Chris Ballois s'est surtout illustré par ses performances remarquables dans la catégorie valide. Il a achevé l'année 2016 à la 7ème place mondiale en kitesurf de vitesse, parmi les valides. Cette performance exceptionnelle a démontré sa capacité à rivaliser avec les athlètes les plus aguerris du circuit.

Mais c'est en 2018 qu'il a réalisé un exploit sans précédent : il est devenu le recordman du monde de vitesse de la catégorie valide du Mile Nautique en Kitesurf. Il a été chronométré avec une vitesse moyenne de 35,78 nœuds (66,26 km/h), battant le précédent record de 35,65 nœuds détenu par l'Anglais valide Rob Munro. C’est la seule fois qu’un athlète handisport bat un record du monde valide, tout sport confondu, une prouesse qui a marqué l'histoire du sport. Le défi Wind à Gruissan, le plus gros événement de windsurf au monde, sera pour lui la 21e édition de cet événement emblématique. Il a expliqué qu'il s'agissait d'un "gros challenge" car il avait décidé de passer au foil cette année. Le foil, plus efficient qu’une planche traditionnelle, permet d’aller plus vite et de multiplier la vitesse du vent par trois, bien que cela devienne complexe en vent fort.

Sa participation au Mondial du Vent a été un moment clé. Après un parcours initial axé sur les courses ou les vagues extrêmes, il a été très tenté par la vitesse, qui offre un temps de référence concret. La vitesse, comme il le dit, « ça fait rêver tout le monde, que ce soit en moto, en voiture ou en kite, où l’on a pas de limites ! » Il a demandé à Pascal Maka, le directeur de course du Mondial du Vent, de l'accepter sur un parcours de vitesse, ce qui a été fait. Il reconnaît que c'est aussi grâce à lui qu'il a pu avancer dans sa carrière. La première étape a été de trouver le matériel adéquat pour cette discipline spécifique. Il a participé en 2014, en 2015, jusqu'à la consécration en 2016, où il a terminé 7e mondial parmi les valides. Il est très fier de cette 7e place parmi les valides, soulignant qu'il n'y a pas d'équivalent tous sports confondus de relations handi/valides, cette mixité étant « vraiment intéressante ». Les compétiteurs, même s'ils ne se croisent pas tous les jours, sont amis et partagent beaucoup sur les compétitions de speed.

Performances Régionales et Ambitieux Objectifs

L'athlète continue de repousser ses propres limites. Le Breton Christophe Ballois a dépassé les 46 nœuds en kitesurf au large de Goulven (Finistère) fin mars, un record dans la région. Ce nouveau record a été signé le 29 mars, avec des conditions spécifiques : « Il y avait un coefficient de marée de 109 ce jour-là. Ça a permis de rendre accessibles, à marée basse, des zones qui ne l'étaient pas normalement. » Il avait minutieusement étudié les cartes pour identifier les spots les plus propices, cherchant les bons angles de côtes et des zones avec une distance suffisante pour s'élancer. Il a attendu que la marée remonte un petit peu pour éviter les vents rafaleux.

Pour lui, un record du monde est toujours un gros engagement et une grosse préparation pour une vingtaine de secondes d'effort sur 500 mètres. Pris dans l'absolu, vingt secondes peuvent paraître ridicules, « sauf que pour aller à ces vitesses-là sur vingt secondes, c’est énormément de préparation physique, psychologique et matérielle. » Il est dans une dynamique constante pour battre son propre record, reconnaissant que la problématique dans le speed est de trouver une zone de record officielle avec un angle de vent idéal, un plan d'eau le plus plat possible et une force de vent élevée.

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Des Défis au Long Cours : L'Expertise en Navigation Haute Mer

Au-delà des records de vitesse sur des distances courtes, Chris Ballois s'est affirmé comme un expert en navigation longue distance en haute mer, multipliant les défis audacieux qui testent son endurance et ses compétences.

Record Saint-Malo-Jersey : Vitesse et Aventure

En 2016, il réalise un exploit notable en établissant le record de vitesse à la voile entre Saint-Malo et Jersey en à peine plus de 2 heures, et l’aller-retour en 4 heures 19 minutes. Cette performance a été réalisée avec Christophe Reischle, et ensemble, ils ont battu le précédent record détenu par le Multi 50 de Gilles Lamiré, qui était de 3 heures 42 minutes. L'aventure n'a pas été sans embûches : le bateau d’assistance s’est cassé au retour, les obligeant à effectuer les derniers 50 kilomètres à vue, une preuve de leur détermination et de leur autonomie.

Le Défi Inter-îles Brest-Lorient : Endurance et Engagement

En 2017, Chris Ballois s'est lancé dans un Défi Inter-îles, ralliant Brest à Lorient en kite entre le 3 et le 10 juin, via les îles du Ponant. L’objectif était de boucler le défi quelles que soient les conditions météorologiques. Il a rencontré des conditions extrêmes dans les deux sens, allant du manque total de vent à des rafales de 45 nœuds et 7 mètres de houle vent de face. S'il aimait initialement la vague et sortir dans les pires conditions, c'est désormais la vitesse et le défi de relier un point à un autre qui le passionnent le plus. Ce Défi Inter-îles a également été l’occasion de mettre en avant l’Assedea, l’association qui gère l’agénésie (personnes ayant une absence ou une réduction de membre), et la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer), témoignant de son engagement au-delà de la performance sportive.

Nouveaux Horizons : Traversées en Foil et Projets Ambitieux

L'homme de défis ne compte pas s'arrêter là et fourmille de projets. Son prochain défi, programmé pour le mois de juin, est ambitieux : il va tenter de rallier Brest à Lorient en passant par toutes les îles du sud de la Bretagne. Un autre projet tout aussi impressionnant est de relier Saint-Malo depuis Le Conquet (Finistère) en kitesurf à foil, utilisant un seul bras valide. Ce défi est découpé en trois grosses étapes avec ses partenaires d’entraînement : plus de 140 km entre Le Conquet et Roscoff avec Arnaud Troalen ; la même distance entre Roscoff et Bréhat avec Franck Le Ven ; et Bréhat Saint-Malo (plus de 90 km) avec Christophe Reischle. Après une météo exceptionnellement compliquée depuis le 20 mai, une fenêtre météo se dessine enfin, avec un départ prévu un peu avant 8h, ce jeudi 14 juin, de la plage de Kerhornou, dans la commune de Plomoguer, à 2 kilomètres au nord du Conquet. Les défis de manière globale, notamment ceux de longue distance, l'intéressent, tout comme les défis en équipe à bord de bateaux. Le travail de préparation en équipe le passionne, et le fait d'avoir un support flottant comme un bateau permet de mener des défis difficilement réalisables en individuel.

Le Kiteboatspeed : Innovation pour l'Accessibilité et la Performance

Depuis plus de 10 ans, Chris Ballois planche sur un projet d'envergure, le Kiteboatspeed, un engin révolutionnaire qui allie innovation technologique et inclusion. Porté par l’association Air Océan et fruit d’un travail intensif sur les bateaux aérotractés, ce projet est mené en collaboration avec son compère Christophe Martin, un kitesurfeur paraplégique.

Depuis 2007, ils travaillent sur des tripodes, des engins volants aérotractés avec une coque centrale et deux skippers : un pilote aile (à l’avant) et un pilote bateau. Le pilote bateau gère la direction et l’incidence des foils, lorsqu'il y en a. La synchronisation entre les deux personnes est essentielle pour que l'engin performe. Pour donner un ordre d’idées, dans 15 nœuds de vent, ils sont déjà à 30 nœuds de vitesse.

La version V2 du Kiteboatspeed, présentée notamment au Salon Nautic de Paris, offre une ergonomie qui ressemble à un jet-ski sur la partie supérieure de la coque, de type moto avec une selle. Le projet se développe dans deux directions distinctes : un Kiteboatspeed destiné aux écoles de kite et clubs, visant à démocratiser l'accès à ce type de glisse, et un engin volant plus élitiste, conçu pour les régates de haute performance.

L'objectif principal du Kiteboatspeed a été créé pour changer le regard sur le handicap. Christophe Ballois et Christophe Martin souhaitaient piloter un engin dynamique à deux, accessible à tous. Christophe Martin, étant paraplégique, a encore moins de mobilité que Chris Ballois. Ils voulaient un bateau pour tous, un bateau utilisable par les valides comme par les handi. Le message de Chris Ballois est clair : « venez faire du kite, venez faire du kiteboat ! » Ce support flottant permet d’adapter les postes de pilotage aux différents types de handicap, offrant ainsi une solution inclusive. C'est aussi une façon de s’ouvrir aux gens qui ne viennent pas de la voile, au grand public. Le Kiteboatspeed est décrit comme une moto à 3 roues qui flotte et qui est aérotractée. L'idée est de capitaliser sur des expériences communes : « On a tous déjà fait du vélo, on a tous déjà joué au cerf-volant… On espère que cela englobera des personnes issus de tous horizons. » Chris Ballois estime que les bateaux à foils sont une bonne direction pour l'avenir de la voile, et travaille depuis plusieurs années sur des bateaux à foils tractés par un kite, bien qu'il souligne que la problématique réside souvent dans les moyens financiers pour les développer.

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