La question de la sécurité en catamaran, et plus particulièrement le risque de chavirage, est une préoccupation légitime pour tout acquéreur prévoyant. Si les multicoques offrent un confort et une stabilité initiale inégalés, ils présentent des caractéristiques physiques distinctes des monocoques qui imposent une approche spécifique de la navigation et de la prévention. Pour tous ceux qui sont des adeptes du catamaran sur ce forum, j’aimerais savoir s’ils ont prévu un système, un matériel ou une stratégie pour faire face et surtout anticiper ce genre de risque. Tous les commentaires sont les bienvenus car cela me semble utile de séparer le bon grain de l’ivraie dans ce domaine.
Comprendre la stabilité des multicoques
C'est une question qui revient souvent : les catamarans de croisière peuvent-ils chavirer ? La réponse : oui, ils le peuvent. Comme presque tous les autres bateaux. L'autre question est de savoir si un bateau est auto-redressable. Ce n'est presque jamais le cas pour les dériveurs, presque toujours pour les yachts de croisière et presque jamais pour les catamarans. En d'autres termes, tout bateau peut chavirer, que ce soit sous l'effet du vent ou des vagues. Les yachts de croisière se redressent généralement après un chavirage grâce au ballast, la quille. Les catamarans, qu'il s'agisse de la version sportive pour la plage ou des lourds catamarans de croisière, restent tout simplement à l'arrêt, retournés. Non seulement ils n'ont pas de contrepoids, mais ils sont aussi très stables lorsqu'ils sont chavirés.
La stabilité d'un monocoque augmente progressivement avec l'augmentation de la gîte, jusqu'à ce qu'elle diminue à partir d'environ 90 degrés d'assiette. Sur un catamaran, le moment de redressement maximal est atteint à environ 10 degrés, puis il diminue rapidement. Cela signifie qu'une fois ce point critique dépassé, le chavirage est extrêmement difficile à arrêter. Cette réalité physique impose une gestion proactive de la voilure, car contrairement au monocoque, le catamaran ne prévient pas de sa limite par une gîte croissante et inconfortable.
Stratégies d'anticipation et gestion du gréement
Pour ne pas épuiser la stabilité et éviter les risques inutiles, il est indispensable de respecter scrupuleusement les tableaux de prise de ris qui se trouvent dans chaque manuel du propriétaire. Comme le yacht ne gîte pas, il peut être sur-gréé sans que cela soit détecté. Il est donc indispensable de surveiller en permanence la force réelle du vent et d'adapter en priorité la surface de voile en fonction de celle-ci. Plus encore que sur un monocoque, il vaut mieux réduire la surface de voile trop tôt que trop tard.
Les concepteurs modernes ont intégré des "fusibles" dans la structure. Aujourd'hui, la plupart des catamarans de croisière sont conçus de manière à ce que le mât se brise bien avant que le bateau ne chavire. Le degré de sécurité que les fabricants modernes de grandes séries intègrent dans leurs catamarans se mesure au fait que leurs gréements s'effondrent déjà à 40 ou 50 % du moment de redressement maximal. Cela protège la plateforme principale au prix du mât, offrant une chance de regagner un port sous moteur ou gréement de secours.
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Maintenance rigoureuse et sécurité active
Un bateau sûr est un bateau entretenu. La prévention passe avant tout par un suivi méticuleux de l'état du navire. Les câbles du gréement doivent être changés tous les dix ans selon les assurances, car l'inox en vieillissant devient cassant, et les torons cassent au niveau des sertissages où le métal est fragilisé par la compression. L'étai caché par l'enrouleur subit des effets de torsion quand les émerillons se grippent.
La sécurité contre les entrées d'eau est tout aussi cruciale. Les vannes et les tuyaux, notamment des WC, sont les premiers points à vérifier. Il existe des raccords et des tuyaux spécifiques, bien plus solides pour cet usage. Si vous voyez les planchers flotter c'est mauvais signe. Sur certains bateaux mal entretenus, l'évacuation de l'évier peut être bricolée avec un tuyau souple annelé gris, des raccords en PVC gris du bâtiment le tout collé au sika noir, sans le moindre collier. Ce type de montage est une faille de sécurité majeure.
Préparation de l'équipage et moyens de secours
Assurer sa propre sécurité en mer est avant tout une affaire d’anticipation. L'anticipation des risques diminue le stress et l'inconfort. Préparez une parade à ces situations, de sorte à ne pas être dépassé par les événements quand elles surviendront. Quand les enfants portent systématiquement un gilet de sauvetage, vous avez beaucoup moins besoin de surveiller leurs gestes. Quand le moteur a des ratés, vous savez que votre ancre est prête, et que vous aurez le temps de renvoyer une voile s’il cale.
Le port d'un équipement individuel de flottabilité (EIF) doit être systématisé. La prévention passe avant tout par le port du gilet et l’usage harnais. Installez une ligne de vie de chaque côté de votre bateau. Choisissez plutôt une sangle réglable dotée d’un absorbeur d’énergie. Ayez à bord un gilet-harnais par équipier, à la taille de chacun. Ce matériel doit en outre être vérifié en début de saison. Les bouteilles et les dispositifs de déclenchement se périment. Les mousquetons des longes se grippent. Portez une longe dont le mousqueton est largable sous charge et amarrez-vous assez court pour avoir le moins de chance possible de tomber à l’eau.
Communication et assistance en cas de difficulté
La radio VHF marine fixe ou portable reste le moyen incontournable pour assurer sa sécurité à bord. Depuis le 1er janvier 2017, une radio fixe est obligatoire pour une navigation semi-hauturière (à partir de 6 milles d'un abri). Le canal 16 de la VHF doit être suivi, car il annonce l'émission imminente par le CROSS d'un bulletin météo sur les canaux 79 et 80. En cas de difficulté, le 196 est le numéro national d’urgence dédié au sauvetage en mer, accessible gratuitement depuis un téléphone fixe ou portable.
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La préparation aux manœuvres de mise en sécurité est essentielle. Apprenez à manipuler un radeau de survie. Adoptez les bons réflexes face à un feu de cuisine, un feu électrique ou un incendie moteur. Pour ce qui est de l'homme à la mer, outre le port du gilet, il est judicieux d'investir dans une saucisse reliée à 40 mètres de bout lové dans un sac, et d'acheter une télécommande pour votre pilote. Elle lui donnera l'ordre de pousser la barre sous le vent si vous tombez à l'eau.
Environnement et respect des règles de navigation
Le littoral est un espace réglementé, même en vacances, respecter ses règles est une question de sécurité. Consultez les documents nautiques avant de naviguer, assurez-vous qu’ils soient à jour. Sur les zones de navigation de votre lieu de vacances : courants, marées, chenaux, rochers, berges dangereuses, réserves naturelles, zones de cultures marines… La mer est un espace naturel que nous partageons : protégez-le en respectant l’environnement.
Ramassez les sacs plastiques qui flottent dans l’eau car des espèces protégées avalent les sacs en plastique, qu’elles prennent pour des méduses, et s’étouffent. Utilisez un cendrier de poche pour ne pas laisser de mégots par-dessus bord. Remplissez prudemment le réservoir de carburant de votre embarcation, de préférence à quai, et en utilisant un entonnoir suffisamment grand pour ne pas répandre de carburant dans l’eau. Choisissez des produits d’entretien bio-dégradables et bannissez ceux qui contiennent du chlore ou de la javel.
Maintenance nautique et sécurité des techniciens
Dans les travaux de maintenance nautique, les chutes de hauteur représentent une part importante des accidents graves. Le travail à flot s’exerce sur un support mouvant du fait des vagues, du tangage et du roulis, ce qui rend beaucoup plus dangereux l’utilisation d’outils et de machines. Les risques électriques sont accrus avec l’utilisation de connexions électriques de mauvaise qualité, d’où possibilité de contacts avec des conducteurs électriques sous tension aggravée par le milieu humide.
Les salariés doivent être informés à propos des produits dangereux mis en œuvre et formés aux pratiques professionnelles sécuritaires. Les agents de maintenance nautique isolés doivent être dotés de moyens de communication et d’alerte, au minimum d’un téléphone portable ou d'un DATI (Dispositif d’Alarme pour Travailleurs Isolés) qui permet la détection de l’état physique de l’employé et sa localisation. L’accès au bateau, que cela soit au moyen d’une échelle à terre ou d’une passerelle à quai, doit être sécurisé. La prévention individuelle concerne le port de protections individuelles (gants, masques, vêtements de travail) adaptées aux produits utilisés.
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