Le nom "Cognac" évoque pour beaucoup l'esprit d'un spiritueux emblématique, mais il résonne également avec une histoire maritime et de construction navale riche et diversifiée en France. Cette histoire se manifeste à travers des voiliers spécifiques, des chantiers navals innovants et un passé fluvial profondément ancré dans la géographie et l'économie d'une ville éponyme. De la conception d'unités de croisière pratiques à l'avant-garde des voiliers de course, en passant par les embarcations traditionnelles qui ont façonné le commerce local, l'évolution de la construction navale française est un témoignage d'ingéniosité et d'adaptation. Cet article explorera ce patrimoine en commençant par un voilier emblématique, le "Cognac PTE", avant de se pencher sur l'évolution des pratiques de construction au sein de grands chantiers et de retracer le rôle fondamental de la ville de Cognac dans le transport et la fabrication d'embarcations à travers les siècles.
Le Voilier Cognac PTE : Une Icône du Design et de la Croisière
Le voilier Cognac PTE représente une étape significative dans l'histoire de la plaisance française, incarnant des valeurs de sens marin et de sens pratique. Dessiné par l'architecte naval Philippe Harlé, sa construction a débuté en 1967 en France. Ce monocoque est un bateau de Croisière caractérisé par des dimensions optimisées pour la navigation côtière et le cabotage.
Ses caractéristiques techniques détaillées soulignent sa conception réfléchie. Le Cognac PTE se distingue par sa longueur de coque de 7,23 m et une longueur de flottaison de 6,00 m, des mesures qui lui confèrent une bonne maniabilité. Sa largeur de 2,62 m assure une stabilité appréciable, tandis que son tirant d'eau maximal de 1,20 m est adapté à une navigation dans des zones aux profondeurs variées. L'appendice de type "keelboat SD" (derive lestée) contribue à ses performances sous voile. Le matériau de construction privilégié pour ce voilier est le Contre-plaqué, un choix courant à l'époque pour sa robustesse et sa facilité de mise en œuvre.
En termes de jauge en douane, le Cognac PTE affiche 4.45 TX. Son déplacement lège est de 1700 kg, avec un lest de 700 kg, garantissant un bon rapport poids/stabilité. La hauteur sous barrot de 1,52 m, bien que modeste, permet un aménagement intérieur fonctionnel. Concernant la voilure, le gréement est un Sloop en tête. La voilure au près et au portant est identique, à savoir 31,00 m², offrant une surface de voile efficace pour des navigations polyvalentes.
Le confort à bord, bien que conçu pour un petit croiseur, n'est pas négligé. Le voilier Cognac PTE propose une cabine unique, capable d'accueillir entre 2 et 6 couchages, ce qui le rend apte à des sorties en famille ou entre amis. Il est équipé d'une toilette et d'une salle d'eau, des éléments essentiels pour la vie à bord. Sa catégorie de navigation est généralement classée en Catégorie 3, avec une catégorie min A et une catégorie max A, indiquant sa capacité à affronter des conditions maritimes variées.
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Sur le plan historique, ce voilier a été produit par le constructeur Aubin. Lancé en 1965, quatre ans seulement après le Muscadet, le Cognac de Philippe Harlé cultivait les mêmes valeurs à base de sens marin et de sens pratique, mais avec un mètre de plus, offrant ainsi un volume et un confort accrus par rapport à son prédécesseur. La production du Cognac PTE s'est étendue de 1967 à 1985, avec un total de 160 unités construites, témoignant de son succès commercial et de son appréciation par les plaisanciers de l'époque.
L'Évolution de la Construction Navale en France : Des Chantiers Historiques aux Technologies Modernes
L'histoire de la construction navale en France ne se limite pas à des modèles isolés, mais est marquée par l'émergence et l'évolution de chantiers navals qui ont profondément influencé l'industrie, depuis les premières coques en bois jusqu'aux technologies de pointe d'aujourd'hui.
Les Pionniers de la Modernité : L'Héritage de Jeanneau
L'histoire du chantier Jeanneau, par exemple, est celle d'une transition et d'une innovation constantes. Au commencement, Henry Jeanneau construisit une coque en bois dans la quincaillerie paternelle des Herbiers et s’engagea aux « 6 heures de Paris », marquant les débuts d'une aventure maritime. Rapidement, le chantier construisit sa première coque en fibre de verre résine polyester. Cette période était caractérisée par une approche très artisanale, où l'on construisait tout à partir de préformes en bois, de la quille aux nervures. L'objectif était de démontrer aux clients que le polyester avait des performances égales au bois, ce qui conduisit à la gamme « Sport polyester ».
Par la suite, des modèles comme le « Mirage » et le « Prélude » virent le jour, marquant le début de la démocratisation de la voile et une augmentation significative de la production de bateaux. La même année, Jeanneau lança les fabuleux Love Love et Sangria, consolidant sa position comme leader dans la conception et la construction des voiliers habitables.
L'innovation et la performance étaient au cœur de leur philosophie. Le « Flirt », barré par Yves Olivaux, a permis de placer ce modèle très haut dans la gamme des 6 mètres, soulignant ses qualités à tous points de vue. Les Formule 3000 (1984) pilotés par Michel Rousse allaient s’imposer en maître sur tous les circuits, démontrant la capacité du chantier à exceller dans la compétition. Le Cap Camarat 575 est devenu un modèle emblématique, à partir duquel est né l’esprit Cap Camarat, ses qualités nautiques étant telles qu’il est quasi impossible de le prendre en défaut.
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L'histoire de Jeanneau est également jalonnée de succès en course au large, avec des figures emblématiques telles que Gérard D’Aboville et une histoire riche entre Fleury Michon, Jeanneau et de grands skippers comme Philippe Poupon. Le chantier a également marqué l'histoire par ses records, notamment un record du monde de vitesse avec un moteur de série (170, 21 Km/h) et d’endurance sur 24 heures.
La diversification vers le luxe a été concrétisée par la naissance de la 1ère PRESTIGE, dessinée par le cabinet Garroni, caractérisée par des qualités marines exceptionnelles et enrichissant la gamme du chantier. Avec l'expansion, le site de construction dédiée aux grandes unités Jeanneau s'est développé. Plus récemment, Jeanneau a annoncé le 18ème modèle de la lignée Sun Fast avec le nouveau Sun Fast 3600, un voilier qui a vu 10 de ses clients faire partie du top 12, consolidant ainsi la réputation de Jeanneau dans la performance. Le chantier est également devenu un acteur incontournable sur le marché des bateaux moteurs in-bord. L'innovation continue avec le lancement d'une 8ème génération triomphante avec les Sun Odyssey 440 et Sun Odyssey 490, ces nouveaux Sun Odyssey bénéficiant d’une circulation à bord totalement innovante.
Structures Yachts : Performance, Innovation et Navigation au Large
Dans un registre plus contemporain et axé sur la performance, le chantier naval Structures, à l'origine des célèbres Pogo, a su se forger une réputation d'excellence. Le chantier naval Structures construit des voiliers rapides adaptés au large et aux équipages réduits, en mettant un accent particulier sur l'équilibre sous voile.
L'évolution de Structures est marquée par une croissance constante et une quête d'innovation. Le chantier Structures a déménagé et s’est agrandi à Combrit Sainte-Marine en 1990, un mouvement qui a permis d'accroître ses capacités de production. Une révolution dans la construction est survenue en 2004, lorsque le chantier a expérimenté et généralisé la technique de construction par infusion sous vide à tous ses modèles, une avancée technologique majeure pour la légèreté et la rigidité des coques.
Le succès des Pogo est étroitement lié à une série de lancements de modèles phares. En 1995, le chantier a lancé son premier voilier construit en série : le Pogo 6.50, qui a posé les bases de sa renommée. En 1999, le Pogo 8.50 a été lancé, capable d’amener la famille en croisière et de surfer la houle de l’Atlantique, démontrant la polyvalence des designs Pogo. Le Pogo 2, lancé en 2003, a succédé au Pogo 6.50 et a rapidement prouvé son potentiel en course, avec la victoire d’Erwan Tymen, le responsable du bureau d’étude Pogo, dans la Transat 6.50.
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La lignée des Pogo n'a cessé d'évoluer, avec le lancement du Pogo 30 en 2013, renouvelant avec succès le concept du Pogo 8.50 initié 15 ans plus tôt. En 2015, Structures a présenté le Pogo 3, successeur du Pogo 2, lui-même vainqueur des Transat 6.50 depuis 2003. L'année 2016 a été particulièrement faste, car le Pogo 3 a remporté toutes les courses du calendrier Mini.
Au-delà des voiliers, Structures a également innové dans le domaine des bateaux à moteur. En 2018, le chantier a lancé le Loxo 32, un bateau à moteur très novateur, qui a reçu une autre distinction prestigieuse : il a été élu European Yacht Of The Year dans la catégorie croiseur rapide. L'innovation ne s'est pas arrêtée là, puisque 2019 a vu le lancement du Pogo Foiler, une carène de type "scow" équipée de foils et construite avec des technologies high tech en carbone, un modèle qui a permis au Pogo 3 de gagner la Mini Transat. Plus récemment, en 2020, le lancement du Pogo 44, un plan Finot-Conq, est devenu un best-seller, offrant un parfait mélange de puissance et de confort. Actuellement, le chantier compte plus de 90 techniciens spécialisés dans tous les métiers de la construction navale et travaille sur l'évolution du Loxo 32 avec une version hors-bord, témoignant de sa capacité à innover continuellement.
La Ville de Cognac et son Passé Fluvial : Des Gabares aux Plaisanciers
L'histoire de la construction navale n'est pas uniquement l'apanage des grands chantiers de la façade maritime ; elle est aussi profondément ancrée dans l'histoire fluviale de villes comme Cognac, dont le nom est intrinsèquement lié à l'eau.
Un Centre Commercial Fluvial Historique
Dans les premières années du 19e siècle, Cognac était encore ceinturée par endroits de remparts. Entre 1840 et 1860, une campagne de construction s’est intensifiée, et la ville de Cognac s'est dotée de nombreux édifices, telle la cale de construction et de réparation des gabares, infrastructures essentielles pour le commerce fluvial. La nouvelle urbanisation entamée a permis l’aménagement de places et d’espaces arborés, transformant le visage de la ville. Sur les quais, un bateau lavoir y fut même construit en 1855. Véritable édifice flottant arrimé de façon permanente, cette sorte d’usine de blanchisserie permettait à une centaine de personnes de travailler en même temps, souvent pour le compte de riches particuliers.
Cognac s’était découvert une vocation commerciale bien avant le XVIIIe siècle. Le négoce du cognac s’inscrit, en effet, dans un héritage commercial qui a conditionné son développement. Depuis l’Antiquité, le sel connut une importance stratégique et économique qui fit la richesse de Cognac. Pour transporter le sel de la côte vers l’intérieur, des gabares remontaient le fleuve jusqu’au port Saulnier de Cognac. Si au départ, il s’agissait de petites embarcations légères qui servaient au transport du sel, les formes et tailles des bateaux évoluèrent au fil du temps pour s’adapter au développement commercial sur la Charente. Le 19e siècle marqua l’arrivée de grands bateaux, s’ouvrant ainsi aux routes commerciales de l’Atlantique, ce qui renforça le rôle de Cognac en tant que carrefour commercial.
Caractéristiques et Vie des Gabares
Les gabares de la Charente étaient des embarcations uniques, parfaitement adaptées aux exigences de la navigation fluviale et du transport de marchandises. La spécificité de ces embarcations était leur fond plat appelé « sole », qui leur permettait, avec un faible tirant d’eau, de porter un maximum de charge, un atout indispensable sur un fleuve aux fonds parfois peu profonds. Leur mât à bascule avait une double fonction : permettre le passage sous les ponts et faciliter le chargement de marchandises par inclinaison rotative. Ce type de gabare était également bordé à clins, une technique de construction où les bordés, qui sont des superpositions de planches constituant la coque, étaient chevillés par des pièces de bois et se recouvraient à la manière de tuiles sur une charpente solide, assurant ainsi robustesse et étanchéité.
Dans un souci de préserver et de faire revivre ce patrimoine, en 2000, la communauté des communes de Cognac décida de faire revivre ce passé « ancré » dans l’histoire locale, en réalisant, dans le respect des techniques traditionnelles de construction, « La Dame Jeanne ». Malheureusement, victime d’une avarie en 2016, la Dame Jeanne ne put plus naviguer. L'appellation "Dame-Jeanne" elle-même a une origine fascinante. En l’an 1347, la Reine Jeanne 1er de Naples (1328-1382), fuyant son Royaume, vint se réfugier dans son comté de Provence. En chemin, surprise par un violent orage, elle fut recueillie par un gentilhomme verrier. Avant de repartir, la reine demanda à en connaître davantage sur la fabrication des flacons ; le verrier, troublé, souffla dans le mors de sa canne et réalisa une énorme bouteille d’une dizaine de litres. Devant l’admiration de tous, il décida d’en fabriquer d’autres, sous le nom de « reine Jeanne », un nom qui perdure encore aujourd'hui pour ces grandes bouteilles.
Les Gabariers : Hommes du Fleuve et Leur Quotidien
Bien loin le temps des gabariers qui parcouraient la Charente à travers les siècles. Ces hommes étaient des figures singulières de leur époque. Les gabariers voyageaient, ce qui était rare jusqu’au 19e siècle. Indépendants et aventuriers, ils bénéficiaient d'une ouverture sur le monde extérieur grâce aux marins des colonies lointaines qu’ils rencontraient dans les ports de Tonnay-Charente, La Rochelle, puis Rochefort, des escales qui enrichissaient leur perspective et leurs récits. Le voyage en gabare durait en moyenne 24 jours pour descendre et remonter le fleuve, un périple long et exigeant.
Pourtant, le gabarier était souvent mal considéré. Le passage des gabares chassait les poissons, s’ils n’étaient pas récupérés par les bateliers eux-mêmes, et occasionnait une perte de superficie des pâturages pour le halage, et donc une perte de profit pour les paysans, créant des tensions avec les communautés riveraines. Cependant, les gabariers s’organisèrent petit à petit en corporation, s’affirmant au 19e siècle, où la batellerie charentaise bascula de l’ère semi-artisanale à l’ère semi-industrielle, marquant une professionnalisation accrue. Le maître de gabare veillait à la bonne marche de sa gabare, en restant sur la partie profonde de la rivière, démontrant une maîtrise technique du fleuve.
Le métier de gabarier était une tradition familiale, mais strictement réservé aux hommes. Les femmes accompagnaient rarement leur mari ; elles vivaient modestement dans les quartiers Saint-Jacques de Cognac, Grands Maisons de Jarnac ou près de l’église du village gabarier de Saint-Simon, perpétuant une vie sédentaire pendant que les hommes étaient sur l'eau. Le gabarier était toujours en voyage mais naviguait rarement la nuit, s'arrêtant généralement sur les rives. À l’arrière du bateau, un sombre réduit lui servait de chambre, accessible par une trappe. Quelques accessoires de cuisine, une table, des chaises, un coffre et un petit poêle à charbon venaient agrémenter son quotidien. Si par hasard la femme du gabarier vivait avec lui, quelques fleurs et du linge suspendu le rappelaient, ajoutant une touche de domesticité à cet environnement nomade.
Ce passé gabarier ne peut se raconter sans évoquer l’expérience en réalité virtuelle ‘le temps des gabares’ proposée par le Musée des Arts du Cognac, et celle du village gabarrier de Saint-Simon, qui permettent de mieux comprendre cette vie d'antan. Si à l’époque, chaque port avait sa cale de réparation et d’entretien des bateaux, le chantier de construction des gabares se situait bien à Saint-Simon, faisant vivre tout le village. Généralement, le chantier y avait une gabare en construction, une à radouber, et des gabarottes à assembler, ces petits bateaux qui permettaient aux chevaux de halage de rejoindre les deux rives, soulignant l'ingéniosité et l'organisation de cette industrie fluviale.
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