Un Voyage Musical sur les Flots : L'Odyssée de Pianocean

Dans le vaste monde de la musique et de la navigation, certains projets se distinguent par leur originalité et l'âme qu'ils y insufflent. Parmi eux, Pianocean brille comme une véritable odyssée artistique entre mer et musique, incarnée par Marieke Huysmans-Berthou. Depuis 2015, Pianocean embarque un piano à bord d’un voilier pour porter la musique au cœur des ports, des îles et des océans, une démarche qui, au fil des escales, a tissé des rencontres et donné des centaines de concerts aux quatre coins de l’Atlantique. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit un deux-mâts noir de jais de douze mètres de long, qui ressemble presque à un bateau de pirates, devenir la scène d'une chanteuse pianiste, auteur compositrice, navigatrice et capitaine. Marieke et son piano sur le pont du « Lady Flow » dans le port d'Hoëdic, ou devant des milliers de personnes lors d'un festival culturel, offrent des moments de grâce et de poésie qui marquent les esprits.

La Naissance d'un Rêve Flottant

Marieke Huysmans-Berthou est à la fois pianiste et navigatrice, conjuguant tout ce qu’elle aime : donner des concerts et naviguer sur son bateau à voile. Elle est une chanteuse, pianiste, auteur compositrice, navigatrice, capitaine. L'idée, et l'envie, de concilier ces deux passions - la musique et la navigation, ou comme elle le précise, « l’itinérance à la voile » - lui est venue à l’adolescence. C’était son rêve de gosse d'installer son piano sur son voilier, et de partir naviguer de port en port pour donner des concerts, aller à la rencontre de gens, et composer d’escale en escale.

L'Irlande a joué un rôle déterminant dans la genèse de ce projet unique, étant même le début de l’histoire. Quand elle avait à peu près 18 ans, Marieke a commencé à jouer de la musique dans les rues à Galway. Elle se rend en Irlande depuis qu'elle est toute petite, son père étant un fou amoureux de l’Irlande depuis son adolescence. Quand elle a eu 13-14 ans, ils ont commencé à faire des road-trips ensemble, avec un petit van, parcourant l’Irlande tous les étés. Pendant que son père allait à la pêche à la mouche, Marieke apprenait l’accordéon et jouait un peu de piano dans les pubs. À partir de 17 ou 18 ans, elle a commencé à voler de ses propres ailes, prenant son accordéon sous le bras avec sa meilleure amie Lily, rencontrée en Irlande également, pour jouer dans les rues de Galway. Ce "busking", cette pratique de jouer dans les rues, fut un point de départ fondamental : elle se dit alors que la musique est vraiment un passeport international pour voyager, pour aller à la rencontre des gens, pour toucher les gens et les rencontrer vraiment. À partir de ce moment-là, elle était sûre de vouloir continuer à voyager avec la musique.

En parallèle de cette révélation musicale, c'était toujours en Irlande, sur la côte ouest irlandaise, qu'elle a eu un autre choc. Les Galway hookers, ces anciens bateaux de pêche irlandais, l’équivalent de nos vieux gréments qu’on pourrait avoir en Bretagne, sont des bateaux magnifiques, noirs, bas sur l’eau, splendides avec des voiles rouges ou noires. La première fois qu'elle les a vus, elle a eu un énorme choc et s'est dit : « j’ai envie d’apprendre à naviguer ! Je veux monter sur un de ces bateaux ! Je veux naviguer ! ». Ainsi, tout vient de l’Irlande, comme elle le confirme en riant.

Pour concrétiser son désir de naviguer, Marieke s'est formée à l’école des Glénans en Bretagne. C’est ainsi qu'elle a découvert le voyage par la voile, non pas en tant que voileuse dans l’âme intéressée par les courses au large, mais par le fait que voyager avec un bateau change énormément le rapport aux autres, surtout sur une île. Une vie de nomade en mer, c'était le rêve de Marieke Huysmans-Berthou. La Française avait 16 ans lorsque l'envie de mener une vie nomade de musicienne en mer a fait de plus en plus de vagues en elle, alors même qu'elle n'avait aucune expérience de la voile et que ses parents avaient peur de l'eau. À l'âge de 20 ans, la biographie d'aventure française "Damien autour du monde" lui est tombée entre les mains, et elle n'a pas pu la lâcher pendant plusieurs jours. Ces deux amis avaient construit un bateau en bois de dix mètres de long et parcouru 55 000 miles nautiques en six ans, du Spitzberg à l'Antarctique, vivant ce dont la Française s'enthousiasmait à l'époque dans sa chambre d'adolescente. Marieke a contacté Gérard Janichon, l'auteur du livre, lui parlant de son idée, car elle voulait savoir s'il la prenait pour une folle, son entourage le faisant de toute façon. Le navigateur de croisière n'a pas réfléchi longtemps, lui disant : « Vis ton rêve ! ». C'est ainsi qu'a commencé une longue amitié entre les deux passionnés de voile.

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Le "Lady Flow", une Scène Flottante Unique

Le projet Pianocean, tel que nous le connaissons aujourd'hui, a germé de nombreuses années et a été mis en place en 2013 avec l'acquisition d'un voilier. "Salut, je suis Marieke, j'ai 25 ans et j'aimerais acheter votre bateau et installer un piano dans la couchette arrière," avait-elle dit au téléphone au propriétaire. À l'autre bout du combiné, le silence s'était fait, puis seulement un bip, le propriétaire ayant raccroché. Cependant, après avoir écouté la musique de Marieke et constaté que son appel n'était pas une blague téléphonique, l'ancien propriétaire de son bateau l'a rappelée et lui a vendu son bateau en acier de type Freedom 40 il y a dix ans.

Le navire en question est le « Lady Flow », une goélette de 14 mètres de long (bien qu'il soit aussi mentionné comme un deux-mâts noir de jais de douze mètres de long, la taille de 14 mètres est également précisée). Ce voilier de douze tonnes gréé en catamaran peut atteindre neuf nœuds sur le loch. Si l'on regarde le "Lady Flow" de l'extérieur et qu'on le compare à un Freedom 40 classique, on se rend vite compte qu'il a deux bômes ! D'origine, elle est équipée de "wishbones", des wishbones qui rappellent un gréement de planche à voile. Les voiles doubles sont placées autour du grand mât et du mât de misaine. En raison des wishbones difficiles à manipuler, Marieke a décidé il y a quelques années de gréer à la place deux bômes traditionnelles et deux voiles classiques. Elle peut les poser seule grâce à un roulement à rouleaux de perles surdimensionnées, comme on en trouve sur certains bateaux traditionnels. Les deux imposants mâts noirs en fibre de carbone restent cependant indépendants. Le Freedom 40 est rare en Europe ; Marieke n'a rencontré qu'une seule fois un autre Freedom 40 au large des côtes du sud de l'Angleterre.

La pièce maîtresse du yacht de Marieke est sans conteste son ascenseur à piano. C'est sûr qu'un piano, en soi, le dernier endroit où il aimerait être, c’est bien sur un bateau ! Il n’y a pas pire pour un piano, on va dire… Ce sont vraiment les pires conditions pour l’instrument. Le piano est un Feurich 122, d'un mètre et demi de large et pesant plusieurs centaines de kilos. Marieke s'est creusé la tête pendant des mois avec un groupe de créatifs fous, dont des mécaniciens, des ingénieurs, des navigateurs, des architectes navals et des gréeurs, menés par Denis Kergomard, constructeur de bateaux spécialisé dans les multicoques. Personne n'avait encore vu ou planifié un ascenseur à piano dans une coque de bateau, la motivation était donc d'autant plus grande. Il a fallu faire un trou dans le pont arrière pour installer le piano et inventer un système d’ascenseur pour le hisser sur le pont. Ils ont découpé un grand trou dans le pont et construit une trappe avec des planches. Il leur a fallu des mois pour trouver comment faire monter et descendre le piano. Finalement, pour des raisons de place, ils ont opté pour un entraînement mécanique plutôt qu'hydraulique. Ils ont retiré l'enveloppe en bois du piano et l'ont entouré d'un corps en carbone pour gagner du poids ; le piano pèse tout de même 250 kilos. Avant de commencer ses concerts, Marieke ouvre deux lourdes trappes ; en appuyant sur un bouton, le piano peut ensuite être amené sur le pont en quelques minutes. Un micro, un système de son, un tabouret pour le piano, des lumières - et voilà la scène flottante.

C'est pour cette raison que depuis le début du projet, Marieke s'est rapprochée de Franck Dornier, un maître du piano (réparateur, accordeur, harmoniseur de piano) basé sur Rennes, et qui l’aide depuis le début du projet. C’est lui qui a fait la préparation du piano et il l’aide à l’entretenir tous les ans, et la forme depuis plus de 6 ans sur l’accordage. Après plusieurs jours de traversée, le piano a toujours besoin d'un ou deux jours pour s'acclimater au port suivant. La zone de confort de son instrument à clavier se situe à 50 pour cent d'humidité. Ce n'est pas l'humidité en soi qui pose problème, mais les grandes variations d'humidité, comme par exemple dans la région méditerranéenne. Pour créer un microclimat approprié, elle a installé sur le piano deux systèmes "Piano Life Saver" qui doivent maintenir l'humidité de l'air à un niveau constant de 50 pour cent. Des petits tuyaux s'enroulent comme des serpents autour de la caisse de résonance. Les systèmes fonctionnent en continu lorsque le "Lady Flow" est branché sur le courant de quai. Peu avant chaque tournée, Marieke accorde en outre son instrument - 88 notes - selon un processus complexe qu'elle a appris auprès d'un spécialiste pendant des années.

L'Équipage de l'Aventure Musicale

Marieke n'est plus seule à naviguer sur ce bateau. L'équipage du "Lady Flow" s'est agrandi au cours des dernières années. Au lancement du projet, elle a été épaulée par pas mal de gens différents, des professionnels de la construction navale, Franck Dornier dont elle a parlé autour du piano, et plein, plein d’autres professionnels qui l’ont aidée et conseillée parce que concrètement elle n’y connaissait absolument rien.

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Elle est partie en 2015 avec sa meilleure amie, Lily (Anne-Lise), qui est photographe et qu’elle a rencontrée en Irlande. Avec elle, Marieke a joué de la musique de rue pendant des années. Anne-Lise est devenue la reporter photographe officielle du projet. Elles ont mené la première saison de navigation du projet toutes les deux en Méditerranée. Au fil de ses traversées, Marieke a fait des rencontres, dont celle de Sébastien qui est devenu son compagnon, de route et de vie. Du coup maintenant, sur le bateau, c’est un peu une petite famille : ils naviguent avec Sébastien, son compagnon. Depuis, ils ont eu un petit garçon qui s’appelle Árann, comme les îles d’Aran, qui a bientôt cinq ans. Le chat Seabird fait aussi partie de l'équipage.

Anne-Lise les rejoint sur les tournées. Pour la tournée Irlande, ils ont été rejoints par des amis et de la famille qui viennent les aider ; la mère de Marieke est venue, d’autres amis sont venus les épauler sur des périodes de navigation un peu denses. Et il y a le frère de Lily, Pierric Le Pellec, qui les a rejoints aussi. Lui aussi a une grosse attache à l’Irlande. Ils se sont tous rencontrés là-bas, et avaient tous envie d’y être pour la tournée de Pianocean là-bas. Anne-Lise et Pierrick sont les deux personnes les plus proches de Pianocean, et de l'Irlande et de leur histoire commune avec l'Irlande, et le combo des deux entre l'œil de Pierrick et la poétique et l'écriture d'Anne-Lise, a donné une très, très belle pièce qui fait un très bel hommage à Pianocean, à l'Irlande, au voyage et à la musique. Un album audio et un DVD avec le film du voyage ont été créés, et le film est très poétique. Aurélie de Raconte-moi l'Irlande l'a même redécouvert quelques semaines après sa diffusion au FIFAV en novembre 2020 et a versé sa petite larme, le trouvant très poétique et adorant avec sa fille.

Des Concerts au Gré des Vents et des Marées

Lorsqu'il est amarré dans un nouveau lieu, le "Lady Flow" ne passe pas inaperçu. Et lorsque Marieke fait monter un piano de sa couchette arrière sur le pont en appuyant sur un bouton, ses voisins de bateau ouvrent de grands yeux. Pianocean est écrit à la craie blanche sur un tableau noir, avec en dessous une esquisse du "Lady Flow", des notes volent autour. Lorsque la musicienne commence à jouer et à chanter à l'arrière de son bateau vieux de plus de 40 ans, le bassin portuaire devient souvent silencieux. Sa voix parlée légèrement fumeuse se transforme en une voix chantée délicate qui touche. On chuchote : "D'où vient cette femme en robe jaune qui descend jusqu'au sol ?" Et : "A-t-elle toujours le piano à bord ?"

Les concerts Pianocean sont toujours en plein air, ce qui les rend uniques mais aussi vulnérables aux éléments. La participation des communes et de la Compagnie des Ports du Morbihan s'inscrit dans une volonté d'« animer les ports et d'y créer de la vie ». Pour son public, les concerts sont gratuits. Il est important pour Marieke que sa musique soit accessible à tout le monde. Elle aime particulièrement quand les gens découvrent son concert par hasard en flânant sur la jetée, qu'ils l'écoutent pendant une heure et qu'ils viennent ensuite la serrer dans leurs bras parce que c'était une belle surprise pour eux.

La Française planifie ses tournées à l'avance, elle écrit aux communes, aux festivals et aux comités culturels. Dans l'idéal, ceux-ci réservent ses concerts, s'occupent de la publicité sur place et réservent à la "Lady Flow" une place de port bien en vue. Marieke organise les tournées pendant l’hiver. Elle prend contact avec les ports d’escales où elle a envie de faire des concerts, ils organisent en fonction des dates, s’il y a un festival ou un évènement particulier pour lequel Pianocean est invité. Elle a donc toujours un contact sur place, un point de chute, et, normalement, une date théorique de concert.

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Toutefois, tout est très météo-dépendant. Par exemple, le premier concert à Cape Clear, le jour où c’était prévu, il y avait tempête de fou, il pleuvait des cordes, donc ils ont annulé et décalé à deux jours plus tard, et ça l’a fait ! La partie programmée comprend un concert par semaine, programmé dans un port différent. Mais comme ils restent à chaque fois 4, 5, 6 jours dans chaque escale, il y a aussi les aléas de la météo qui font qu’ils peuvent décaler les concerts. S'il ne pleut que brièvement pendant un concert, Marieke peut mettre une housse de protection sur son piano. Mais en cas de fortes pluies, elle a déjà dû interrompre des concerts par le passé, notamment en Irlande. Elle dit alors au milieu d'une chanson qu'elle doit malheureusement interrompre le concert. L'équipe se précipite sur le pont, démonte tout, le piano descend - et au revoir ! Marieke rit lorsqu'elle raconte ces moments bizarres. Jusqu'à présent, chaque arc-en-ciel a été suivi d'un autre. En Norvège, le jeu au clavier est devenu un défi pour une autre raison : le froid. Marieke jouait souvent avec des gants, un bonnet, une écharpe et une grosse veste pour résister aux températures proches de zéro.

Il y a aussi les escales pas prévues ! Cela a été le cas de Crookhaven par exemple, qui est une petite crique dans le West Cork, dans le Sud-Ouest de l’Irlande. C’était un endroit où ils n’avaient pas prévu de s’arrêter, entre deux escales. Ils partaient de Schull, et devaient relier Valentia Island. Le soir du concert de Schull, tout le public leur a dit : « Il faut absolument que vous alliez à Crookhaven ! Il y a un pub qui donne sur le quai ! Dermot, le gars du pub, il est trop sympa, je l’appelle tout de suite ! ». Le public du concert de Schull a ainsi organisé le concert du lendemain, appelant le patron du pub pour dire : « il y a Pianocean qui arrive demain ! Il faut absolument que tu les accueilles, tu vas voir c’est trop bien ! ». Du coup, cela leur a fait une escale en plus sur leur route, où ils ont débarqué comme ça. Ils ne se connaissaient pas du tout, avec ce fameux Dermot et toute son équipe.

Lorsqu'elle navigue en Bretagne, en Irlande, en Écosse, Marieke est contrainte par l'horaire des marées. Elle programme ses concerts en fonction des marées et de leurs coefficients. Il est préférable de jouer lorsque la mer est haute. Il lui est arrivé, suite à un mauvais calcul, de jouer à 8 mètres en dessous des spectateurs sur le quai. Très appréciée partout où elle passe et confirmée sur Hoëdic par les spectateurs, qui disent : « Elle est géniale », « c'est poétique ». Marieke réalise 50 pour cent de ses revenus avec son cachet, 50 pour cent avec la vente de ses CD après les concerts. Beaucoup de gens achètent ses CD alors que souvent ils ne possèdent même pas de lecteur de CD, mais il s'agit sans doute d'un souvenir du moment, et ils savent qu'en l'achetant, ils soutiennent la vie musicale de Marieke sur la mer.

Une Discographie Navigante : Les Carnets de Voyage Sonores

Marieke compose, interprète au fur et à mesure de ses navigations, enrichissant ses textes des rencontres et des langues locales tel que le breton, le corse ou encore le catalan. Elle a étudié la musique après l'école et a ensuite fait une tournée en France avec un groupe de jazz. Quand Marieke et son piano ne sont pas sous les feux de la rampe sur le pont, la cabine arrière, qui sert de temps en temps de couchette pour les amis et la famille, se transforme en studio d'enregistrement pour Pianocean. Dans sa cabine arrière, là où le piano redescend après les concerts, elle a aussi son petit studio d’enregistrement.

Elle compose les chansons au fur et à mesure du voyage. C’est vraiment ça qui l’inspire. Elle écrit ses chansons entre les escales, et les joue quasiment tout de suite, dès qu’elles sont composées. Cela lui permet de jouer la chanson qui a été composée à l’escale précédente, etc. Et puis quand elles sont prêtes, elle les enregistre. L’idée, c’est qu’à chaque saison, il y ait un album qui sorte, qui soit comme une sorte de carnet de voyage musical, qui retrace le voyage qui a eu lieu. Il y a eu Mistraland pour le voyage de Méditerranée ; il y a eu Pluie-t-il ? et Water Music qui ont été enregistrées en Bretagne. Marieke a sorti l’année dernière son album « Water music » dont tous les morceaux ont la mer pour inspiration.

Le dernier album au nom imprononçable (puisqu’il est en gaélique) Faoi íochtar na Spéire, qui veut dire « Sous le ciel de l’Ouest », a été enregistré en Irlande. À l’écoute, cet album est super ! L’idée de Pianocean, c’est aussi d’aller à la rencontre des musiciens qu’on peut rencontrer et croiser sur chaque escale, et d’enregistrer avec eux. Sur ce dernier album, ils arrivaient vraiment à ce que Marieke vivait avec Pianocean. Il y a quasiment un invité par chanson, et donc une diversité artistique qui lui a beaucoup, beaucoup plu à enregistrer. On peut entendre Rónán Ó Snodaigh qui est le leader du groupe Kíla et qui joue du bodhran. On peut entendre également Donncha qui chante une chanson a capella en gaélique. On peut entendre son amie Bernie qui est également une chanteuse qui chante en gaélique sur l’album. Elle a rencontré une harpiste à Kinvara, qui s’appelle Floriane, qui est exceptionnelle et qui a enregistré également. Une jeune pipeuse, rencontrée à Cape Clear Island, Muireann, les a régalés et a enregistré du pipe sur un morceau.

Marieke chante principalement en Anglais, c’est là où sont ses racines de folk, et de la musique qu’elle écoute depuis toujours. L'auteure-compositrice écrit souvent ses textes dans les langues locales, en hommage aux lieux qu'elle visite : en norvégien, en catalan ou en gaélique irlandais. Elle se fait aider par des habitants. Parfois, on entend le vent siffler ou les mouettes crier en arrière-plan de ses chansons.

Un de ses moments forts s'est déroulé en Écosse. À la dernière minute, le concert qu'elle devait donner deux ans plus tôt sur l'île de Skye avait été annulé. Le hasard a ensuite amené la petite famille de navigateurs sur l'île de Canna, la plus occidentale des quatre petites îles des Hébrides intérieures. Ils se sont amarrés dans le brouillard à la jetée qui s'effritait, ont marché à travers le paysage pittoresque jusqu'au seul restaurant de l'île et ont raconté leur malchance au propriétaire autour d'une bière. Celui-ci leur a alors dit : « Si vous jouez un concert ici demain, j'invite tous les habitants de l'île », et il a ajouté fièrement : « Nous sommes 19 en tout ». Le concert inhabituel a effectivement eu lieu le lendemain soir. Tous les habitants de Canna se sont rendus en pèlerinage à la jetée. Peu après, quelqu'un d'une des îles voisines s'est manifesté - la radio de l'île a fait de son mieux. Finalement, Marieke a donné des concerts sur les quatre îles. Tout était improvisé. Le soir, ils ont fait griller ensemble des homards fraîchement pêchés sur la jetée, ils ont discuté avec les habitants, tous leur ont apporté des cadeaux et étaient si heureux de la musique. C'était magnifique, se souvient la chanteuse. Marieke a en outre décidé, dès le premier concert, de composer une chanson sur les quatre îles et de dédier un couplet à chacune d'entre elles. Elle a écrit le premier couplet sur Canna. Les spectateurs de la deuxième île, l'île d'Eigg, ont ensuite pu écouter deux couplets et le chœur, et les gens de la quatrième île, l'île de Muck, qui est la plus petite de toutes, ont écouté la chanson en entier avec vue sur l'Atlantique, raconte Marieke. La "Small Isles Song", qu'elle a également enregistrée plus tard pour l'album Pianocean "Cap au Nord", parle de pêcheurs, de nuages bas et d'immenses colonies d'oiseaux.

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