Le paysage artistique contemporain se révèle souvent à travers des trajectoires singulières, où les frontières entre les disciplines deviennent poreuses. Il est fascinant d'observer comment le nom de Camille traverse les sphères, qu'il s'agisse de la rigueur physique des bassins sportifs ou de l'exploration mystique de la voix humaine. Cette exploration s'articule autour de deux figures distinctes, unies par une quête de dépassement et une relation intime avec l'élément aquatique.
L'athlète des bassins : le parcours de Camille Coste
Dans le domaine sportif, Camille Coste, né en France le 1er janvier 1989, s'est imposé comme un nageur français spécialiste du papillon et du 4 nages. Sa carrière, marquée par une persévérance exemplaire, illustre les exigences de la haute compétition nationale. Coste a débuté sa carrière en compétition majeure lors des Championnats de France 2009 à Montpellier. Il a régulièrement participé aux Championnats de France, notamment sur 100m et 200m papillon ainsi que sur 200m 4 nages. Au fil des années, cet athlète a su graver son nom dans les classements nationaux, obtenant notamment une septième place sur 100m papillon à Rennes en 2013 et une huitième place sur 200m papillon à Dijon la même année. Son engagement dans les bassins témoigne d'une discipline rigoureuse, où chaque centième de seconde compte, transformant l'eau en un milieu de confrontation avec soi-même et avec la montre.
La voix comme instrument et rituel : Camille, l'artiste totale
Parallèlement, dans le monde de la création sonore, Camille - née à Paris en 1978 - déploie une œuvre qui se lit comme un vaste continent poétique habité par une voix qui caracole, ivre de cristal et de joie, par delà les codes de la chanson. Entre la terre et le ciel, il y a Camille. Un monde de son parcouru depuis plus de vingt ans comme un rituel aux pieds nus. Enfant du disque, elle grandit avant d’apprivoiser la sienne avec les voix de Fiona Apple, Nina Simone, Ella Fitzgerald, Elton John, Claude Nougaro, Michael Jackson ou Ray Charles. Mais aussi celle de son pater, Hervé Dalmais, dont la guitare et les chansons enchantent l’enfance de Camille qui dès lors intègre quelques repères forts : spontanée, instinctive, organique et si possible à plusieurs, la musique est toujours meilleure.
Autodidacte et donc libre de tout complexe académique, Camille n’attend pas pour sonder l’immensité de son potentiel vocal, du lyrique au chant diphonique, avant de se présenter au monde en 2002 avec Le Sac des Filles. Ce premier album s’appuie sur une langue ultra-créative pour explorer le devenir-femme et la mythologie de la jeune parisienne. Plébiscitée pour la singularité de sa signature poétique et vocale, Camille reçoit la bénédiction de l’illustre Claude Nougaro, puis collabore avec Jean-Louis Murat, Gérard Manset ou Étienne de Crécy, avant d’intégrer le collectif Nouvelle Vague.
La vibration comme soin et l'évolution du "Fil"
En 2005, Le Fil marque un véritable tournant dans la carrière de la chanteuse qui transcende, avec ce disque culte et son bourdon en si, les grands deuils intimes du début de la vie d’une femme. “Ton cœur de petite fille est mort” chante Camille dans “Au Port”, l’un des grands titres de cet opus. Car pour Camille, pas de doute, la vibration est un soin et la musique, thérapeutique. Il y a vingt ans, Le Fil s’imposait comme une œuvre singulière dans le paysage musical français. Une note tenue du début à la fin, un manifeste sonore, une audace artistique signée Camille.
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Au micro de RTL, elle confie : "Je l'ai réécouté il y a peu avec une partie de mon public… Je l'ai trouvé vibrant." Pour Camille, cet album n’est pas un souvenir figé. Il est le point de départ d’une œuvre en constante évolution. "Tous mes disques sont des suites à cet album. J’avance avec des albums. Chaque période de ma vie est ponctuée par un disque", explique-t-elle. Si elle exclut de rejouer exactement le concept de la note continue, l’idée d’une "autre note" ne semble pas impossible : "Pourquoi pas ?". La chanteuse évoque cette période avec émotion : "C’est les 20 ans quand on expérimente plein d'histoires d'amour, qu'on se frotte au réel, au monde réel, et qu'on se pique… puis qu'on renaît". À travers cette œuvre, Camille affirme avoir conquis une liberté nouvelle : "C’est un album physique, très organique, que j’ai fait aussi pour voler de mes propres ailes." Le succès, lui, fut au rendez-vous : Le Fil s’est écoulé à 500.000 exemplaires, "un très beau bouche-à-oreille", se souvient-elle.
L'incarnation du live : du Music Hole au tambour chamanique
Lié au sauvage et au sacré, c’est en live que l’art de Camille déploie naturellement toute son envergure : proche du rituel collectif, ses concerts sont des performances totales qui engagent tout son être, à l’image de son rapport incarné à la création. Pour Music Hole, en 2008, Camille compose un music hall flamboyant centré sur les percussions corporelles et la polyphonie des voix éprouvant, au fil d’un audacieux tressage, la richesse musicale et rythmique de ses langues de cœur : le français et l’anglais, hérité de sa mère.
Trois ans plus tard, Ilo Veyou célèbre l’Amour et la maternité en lettres d’or avec des titres sensuels qui confinent au mystique. Portée par une quête de justesse et d’épure, en 2017, Camille introduit enfin le tambour chamanique à son répertoire pour OUÏ, un cinquième opus enraciné dans l’énergie du tellurique. Refrain pop, plain-chant médiéval, comptine minimale, onomatopées, incantation gospel, thème traditionnel, musique du vivant ou réverb’ naturelle d’une abbaye… D’un disque à l’autre, Camille s’autorise tout avec une virtuosité et une inventivité inégalées dans le paysage musical français. Ses contemporain.e.s l’ont bien compris, ainsi, au fil des années, Camille collabore entre autres avec David Byrne, Bobby Mc Ferrin, Jamie Cullum, Philippe Katerine, Reggie Watts, Etienne Daho, Saul Williams, Christophe, M ou Jacques Higelin.
La transmission et la dimension collective
Depuis 2021, avec l’essentiel pour boussole et la joie pour mantra, Camille s’épanouit par ailleurs avec les LALÀ, des cercles de chants participatifs qui lui permettent de partager les vertus de la vibration, de l’organique et de l’instant présent avec le plus grand nombre, en marge de ses concerts. La reconnaissance internationale n’a pas altéré ses priorités. Elle le répète : "La tournée et le disque, c’est la priorité". D’une diversité exceptionnelle, la carrière de Camille l’emmène aussi au théâtre comme au cinéma, en tant qu’actrice, interprète ou compositrice. Célèbre dans le monde entier pour avoir prêté sa voix à Colette, l’héroïne du film d’animation Ratatouille dans lequel elle interprète le titre-phare, “Le Festin”, Camille signe également les bandes originales des films Fever de Raphaël Neal, J’irai où tu iras de Géraldine Nakache et co-compose, aux côtés d’Hans Zimmer, celle du Petit Prince de Mark Osborne. Sa collaboration avec Jacques Audiard pour Emilia Pérez l’a menée jusqu’aux Oscars, où elle a reçu la prestigieuse statuette pour la meilleure chanson originale.
L'eau comme métaphore : "Comme un poisson dans l'air"
Comme Un Poisson Dans L’air est une véritable mise en images de l’écriture si particulière de Camille. En passant à la réalisation, la chanteuse et compositrice nous entraîne dans un tête-à-tête émotionnel, celui qu’elle entretient avec son enfant à naître. Sans fards, elle nous livre l’étonnement d’être mère, la stupéfaction de la grossesse, pour nous ouvrir à un autre monde où flotte une question qui l’obsède sans cesse : que perçoit le bébé ? Quels sons lui parviennent-ils ?
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"Le poisson dans l’air c’est qui ? C’est moi. Le poisson dans l’eau c’est qui ? C’est le bébé dans mon ventre. Je suis un poisson dans l’air. Je suis née sous le signe des eaux de Mars. J’aime que tout coule, tout circule, tout pétille. La société dans laquelle je vis, si cartésienne, si angulaire, et la ville dans laquelle je vis, Paris, si minérale, me paraissent souvent bien hostiles. Je me ressource grâce au travail du son, si fluide, et grâce au travail de la voix, si légère. Vu ma nature, attendre un enfant est une bénédiction. C’est l’osmose rêvée avec un être en devenir. L’occasion de tout rêver à nouveau, de tout réinventer, de tout réenchanter. C’est aussi une rencontre intérieure avec le monde sauvage. Une communion avec l’eau. Avec l’inconnu du vivant. Avec le mystère du son et de la vibration. Avec l’équation Son - Amour."
L'écoute primordiale et la réconciliation vibratoire
Dans cette exploration, le bébé devient le point central de l'écoute. "Le poisson dans l’eau, c’est le bébé dans mon ventre. C’est lui à qui je parle tout le long du film. Je l’appelle « mon poisson ». Il est encore plongé dans son état originel. Plongé dans le liquide amniotique. Plongé dans le son. Le son du monde environnant. Le son intérieur de mon corps. Le son de mon chant. La vibration de mes émotions. Le poisson dans l’eau écoute tout, entend tout. Sans voir et sans être vu. Sans jugement. Sans défense. Il vit dans le monde d’avant le monde. Dans la vibration d’avant le chant. Dans l’écoute d’avant la musique. Le poisson dans l’eau c’est celui à qui je chante et c’est aussi celui que je deviens quand je m’immerge moi-même dans le son. C’est celui que je redeviens le temps d’une chanson."
Le poisson dans l’eau réactive son besoin d‘immersion sonore et réinitie la mémoire vibratoire de l’enfant que la chanteuse a été dans le ventre de sa mère. "Le poisson dans l’eau, c’est l’enfant que nous avons tous été dans le ventre de notre mère. C’est le poisson que l’humanité a été au tout début de l’évolution de la vie sur terre. Le film est donc l’histoire d’un poisson dans l’eau dans un poisson dans l’air. Et d’un poisson dans l’air enceinte d’un poisson dans l’eau. Le poisson dans l’eau me fait redevenir moi même un poisson dans l’eau. Il me réconcilie avec le monde. M’invite à la fusion. Mais il m’invite aussi à réparer ma propre histoire et à mieux accepter le monde dans lequel je vis pour l’accueillir. Je dois en tant que mère le préparer à sortir de l’eau et à rejoindre le monde de l’air."
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