Guide Technique : Adapter et Convertir un Brûleur Gaz pour des Applications Isolées et Maritimes

La gestion de l'énergie dans des environnements isolés, qu'il s'agisse d'une habitation en forêt, d'un camping-car ou d'un voilier, soulève des questions spécifiques quant à l'approvisionnement et à l'utilisation des combustibles. Parmi les solutions les plus courantes, le gaz occupe une place prépondérante, notamment pour le chauffage, la production d'eau chaude ou la cuisson. Cependant, le passage d'un type de gaz à un autre, tel que la conversion du gaz naturel (G20) vers le propane ou le butane (G30/G31), ou l'adaptation d'un appareil au propane suite à des contraintes climatiques ou d'approvisionnement, requiert une compréhension technique approfondie et une exécution rigoureuse. Ce guide explore les défis, les impératifs techniques et les meilleures pratiques pour une conversion sûre et efficace des brûleurs et appareils à gaz.

Comprendre les Types de Gaz et Leurs Spécificités

Le gaz joue un rôle essentiel à bord d'un voilier, notamment pour la cuisine, et parfois pour le chauffage ou l'eau chaude. De même, sur un site isolé en forêt, l'absence de gaz de ville impose le recours à des gaz conditionnés. Entre le butane et le propane, chaque gaz possède ses spécificités, avantages et inconvénients. Le gaz butane et le gaz propane sont tous deux des gaz de pétrole liquéfiés (GPL), commercialisés sous forme liquide. Ils peuvent être utilisés avec les mêmes appareils, bien qu’il soit conseillé de respecter les recommandations du fabricant de l'appareil. En outre, le GPL est un mélange de butane et de propane. Tous les appareils butane/propane/GPL peuvent fonctionner avec n'importe lequel de ces gaz, bien que le mieux soit de respecter ce que préconise le fabriquant de l'appareil.

Si une différence doit être prise en compte entre ces deux sources d'énergie, c'est la température à laquelle ils se gazéifient. Benjamin, conseiller du site internet "La boutique du gaz", explique que c'est la température en dessous de laquelle ils ne passent plus de l'état liquide (qui permet leur transport) à l'état gazeux (qui en permet l'utilisation). Le butane est efficace en théorie à partir d'une température de 0°. À l'usage, c'est plus aux alentours de 5°C que son fonctionnement devient problématique. Une bouteille de butane en extérieur dès 5°C fonctionne moins bien, comme cela est observé lors de projets d'aller en caravaneige ou dans le grand nord. En effet, le gaz butane ne s'évapore plus en dessous de +2 °C. Cette sensibilité aux basses températures des détentes des appareils fonctionnant au gaz est une considération majeure. Le choix entre butane et propane dépend principalement des conditions climatiques et de l’usage prévu. Le propane est plus polyvalent pour une utilisation en toutes saisons et offre une meilleure efficacité énergétique, tandis que le butane est plus adapté pour des climats doux. La motivation pour passer au propane vient souvent de conseils suite à un mauvais fonctionnement d’un appareil sur gaz, comme un réfrigérateur.

La capacité de stockage est également un facteur distinctif : le propane est plus compact, avec 1 litre de propane liquide équivalant à 311 litres de gaz, contre 239 litres pour le butane. Il est crucial de noter qu'il ne faut jamais remplir une bouteille de gaz standard en dehors des stations spécialisées, car le remplissage de bouteilles en dehors des stations spécialisées est risqué et souvent interdit. Concernant le prix, certains utilisateurs remarquent que le propane peut coûter "les yeux de la tête". Quant à la meilleure bouteille de gaz, qu'elle soit vendue en grande surface ou par un détaillant, le gaz est le même. La taille de la bouteille influe sur le coût, plus elle est petite, plus vous payez le gaz cher. Le gaz naturel, ou gaz de ville (G20), se distingue du butane et du propane (G30/G31) par sa composition et sa pression de distribution.

Le Rôle Crucial des Injecteurs (ou Gicleurs) dans la Conversion

Les injecteurs ou gicleurs désignent la même chose et sont des composants fondamentaux de tout appareil à gaz. Ils sont indispensables pour tous les appareils produisant de la chaleur à partir de la combustion d'un gaz. Les injecteurs de gaz sont de petites pièces en cuivre à visser ou à clipper, percées d'un trou calibré correspondant à la puissance du brûleur. Ils réduisent la sortie du gaz, concentrent son énergie avant l'arrivée au brûleur et assurent la régulation du débit de gaz vers le brûleur de la gazinière, de la plaque gaz ou du four à gaz. Ces injecteurs ou gicleurs sont situés sous chaque foyer de la table de cuisson, ou en amont de la rampe de gaz des fours.

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Il est impératif de comprendre que les injecteurs G30/G31 sont ceux utilisés pour le gaz butane ou propane, tandis que les injecteurs G20 sont ceux employés pour le gaz naturel (gaz de ville). Les injecteurs ressemblent à des vis, avec des trous plus ou moins grands. Ce sont de petites pièces généralement en laiton ou cuivre de la forme d’une vis à six pans, percées en leur milieu. Suivant les marques, ils se vissent ou s'emboîtent en les clipsant. Les injecteurs utilisés pour le gaz en bouteille (butane ou propane) ou en citerne (propane) sont facilement identifiables, car les trous sont d'un diamètre plus réduit que ceux destinés au gaz naturel. Ils peuvent être recouverts d'une couche d'oxydation grisâtre disparaissant au frottement.

Est-il possible de conserver les mêmes injecteurs lors d'un changement de gaz ? La réponse est non, car les propriétés physiques et la pression du butane/propane diffèrent de celles du gaz naturel. Utiliser des injecteurs inadaptés entraîne une mauvaise combustion, un risque de production de monoxyde de carbone et peut endommager prématurément vos brûleurs. Pour passer d'une alimentation par bouteille de gaz (butane ou propane) au gaz naturel, ou inversement, le remplacement des injecteurs est une étape cruciale. Cette modification technique permet d'adapter le débit du combustible à la pression spécifique du réseau urbain ou du gaz en bouteille, garantissant ainsi une combustion sécurisée et des performances de cuisson optimales pour vos équipements. Adapter les brûleurs pour une alimentation en gaz de ville, ou de gaz de ville à gaz en bouteille, nécessite une attention particulière sur le diamètre des orifices des gicleurs. En effet, la pression du gaz naturel est nettement inférieure à celle du gaz liquéfié en bouteille.

Pour installer un appareil à gaz dans une configuration fixe reliée au réseau, ou pour adapter un appareil initialement conçu pour le gaz de ville à une bouteille, il faut impérativement remplacer les composants d'origine par des modèles calibrés pour le gaz visé. Cette opération technique indispensable comprend plusieurs étapes : le démontage des brûleurs pour accéder aux supports d'injecteurs, la sélection de pièces certifiées conformes au modèle de l'appareil, le réglage de l'air primaire pour obtenir une flamme bleue et stable, et la vérification de l'étanchéité des nouveaux raccordements.

La Conversion d'une Chaudière Spécifique : Cas de la Saunier Duval C25E

Une question fréquente concerne la conversion d'une chaudière Saunier Duval c25E du gaz naturel (G20) au gaz propane/butane (G30/G31). Les utilisateurs souhaitent savoir ce qu'il faut remplacer. Les kits de conversion varient de 50€ à près de 300€. La question se pose de savoir s'il faut simplement remplacer les gicleurs de la rampe avec l'ajout d'une pièce réducteur de débit, ou s'il est également nécessaire de changer le groupe gaz. De plus, il est souvent demandé s'il faut modifier des paramètres de la chaudière pour prendre en compte ce changement.

Saunier Duval parle d'un remplacement de groupe gaz. Cependant, sur certains vidéos YouTube et forums, des modifications faites dans les paramètres de la chaudière sont mentionnées. Cette situation peut être ambiguë pour trouver des informations claires. Pour une chaudière Saunier Duval c25E récupérée et destinée à un site isolé en forêt sans gaz de ville, l'idée serait de l'utiliser dans un premier temps en chauffe-eau uniquement sans radiateurs. Investir 300€ pour un groupe gaz peut paraître cher, surtout quand une chaudière d'occasion similaire se trouve aux alentours de 230€. Le remplacement du variateur de débit est souvent soupçonné d'être nécessaire.

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Dans le cas d'un projet d'habitation hors réseau, alimentée par des panneaux solaires, une chaudière à gaz peut servir de back-up en l'absence de soleil. Un tel projet peut inclure du photovoltaïque pour la consommation de la maison, du solaire thermique pour le chauffage et l'eau chaude, avec un poêle bouilleur et un chauffe-eau à gaz en cas de besoin. Il est essentiel de vérifier les spécifications exactes du fabricant pour la chaudière concernée, car chaque modèle peut avoir des exigences spécifiques pour la conversion. La modification des paramètres de la chaudière, si elle est possible, doit se faire selon les instructions du fabricant ou par un professionnel qualifié pour garantir la sécurité et le bon fonctionnement. Pour les foyers et poêles à gaz, comme les modèles DRU et Global, la conversion au propane est souvent facilitée par le remplacement des injecteurs ou la modification des plaques d’aération. Le réglage du foyer après conversion est un travail spécialisé pour obtenir une image de flammes optimale et une conversion sûre.

Détendeurs et Pression du Gaz : Assurer la Compatibilité

Un aspect critique de toute installation gaz est la compatibilité de la pression. La pression du gaz doit correspondre aux exigences des appareils. Par exemple, un détendeur de sécurité butane (SB1) a une pression d'entrée de 100 à 600 mbar et une pression de sortie de 28 mbar. Or, les équipements d'une caravane (chauffage, frigo, plaques) sont souvent prévus pour 37 mbar. Dans ce cas, une installation avec un détendeur butane de 28 mbar ne serait pas bonne, car la pression est trop faible en amont du détendeur de sécurité, et le débit initial de la caravane ne serait pas atteint. Normalement, des pressions aussi différentes ne peuvent pas fonctionner ensemble. Il est donc fondamental de s'assurer que le détendeur choisi délivre la pression adéquate pour tous les appareils de l'installation. Un installateur a cependant pu constater sur une ancienne Troll que tout fonctionnait parfaitement malgré ces différences, ce qui peut soulever des questions sur la tolérance de certains équipements. Néanmoins, la prudence et le respect des spécifications sont de mise.

Considérations Générales pour la Conversion de Brûleurs et Appareils

Au-delà des chaudières, la conversion d'appareils de cuisson comme les planchas, les fours ou les réchauds est courante. Par exemple, un réchaud-four ENO Grand Large de 2009 nécessite une modification pour passer au propane. La seule différence entre les appareils butane/propane réside souvent dans les injecteurs, qui doivent être adaptés au gaz utilisé. Le savoir-faire technique des professionnels est indispensable pour garantir une manipulation rigoureuse des systèmes de cuisson professionnelle et le respect strict des normes de sécurité. Des entreprises spécialisées accompagnent les restaurateurs et les gestionnaires de cuisines collectives dans la mise en conformité de leur parc matériel. Leurs techniciens experts maîtrisent parfaitement les spécificités des raccordements gaz et le calibrage précis des systèmes de chauffe de haute performance, assurant une intervention méticuleuse et un réglage optimal des appareils.

Dans un contexte plus large, le dossier technique sur la conversion de chaufferies fonctionnant au fioul vers le gaz offre des éclaircissements sur la complexité des conversions de brûleurs. Lors d'une conversion énergétique fioul/gaz, deux solutions existent : changer le générateur entier ou remplacer seulement le brûleur en conservant la chaudière. Dans un objectif d'efficacité énergétique, le remplacement du seul brûleur n'a d'intérêt que si la chaudière existante est à condensation. Cette solution technique permet potentiellement d’apporter un gain énergétique. Dans les autres cas, le remplacement du générateur existant (de type standard ou basse température) par une nouvelle chaudière gaz à condensation s’avère plus pertinent.

Un brûleur est un équipement technique permettant de réaliser la combustion d’un mélange entre un combustible gazeux ou liquide (fioul) et un comburant (l’air) dans l’objectif de chauffer un fluide. Il existe différentes technologies de brûleurs. Le brûleur atmosphérique est la plus ancienne. Le gaz est introduit dans les chambres de mélanges à l’aide d’injecteurs. L’injection du gaz induit une dépression qui aspire l’air primaire (effet venturi). L’air primaire et le gaz se mélangent dans les tubes mélangeurs jusqu’à déboucher sur de nombreux orifices disposés sur les rampes d’injection. L’air primaire correspond à la quantité d’air qui est mélangée directement au combustible pour le rendre inflammable, tandis que l’air secondaire correspond à la quantité d’air apportée pour optimiser la combustion.

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Les brûleurs à air soufflé sont équipés d’un ventilateur dont la fonction est d’accroître la pression de l’air comburant afin de combattre les pertes de charge du corps de chauffe. Le mélange comburant et combustible se fait au niveau de la tête de combustion, équipée d’un déflecteur pour maintenir l’accroche de la flamme. Pour limiter la production de NOx, la technologie favorise la recirculation des produits de combustion au sein du corps de chauffe.

Les brûleurs à prémélange total sont la technologie la plus récente. Comme pour les brûleurs à air soufflé, un ventilateur est utilisé pour combattre les pertes de charges du corps de chauffe. Cette technologie est essentiellement utilisée pour des brûleurs cylindriques (courant sur les chaudières murales) ou hémisphériques radiants.

Les brûleurs se distinguent aussi par leur mode de régulation :

  • Brûleur à 1 allure (ou régulation en tout ou rien) : fonctionne à 100% de la puissance réglée dès qu'il y a une demande. Sur le marché, des brûleurs 1 allure sont proposés jusqu’à une puissance de 200 kW.
  • Brûleur à 2 ou 3 allures (ou régulation en tout ou peu) : permet de régler 2 ou 3 allures de puissance. Il existe aussi les brûleurs 2/3 allures progressives ou tout ou peu progressives. L’intérêt de cette régulation est d’utiliser l’allure la plus adaptée au besoin réel du bâtiment. La majorité des brûleurs fioul sont des brûleurs 2 allures.
  • Brûleur modulant : peut moduler sa puissance de façon progressive entre une valeur minimale (« minimum technique ») et une valeur maximale. La puissance fournie s’adapte en temps réel aux besoins du circuit de chauffage. Bien qu’il existe des brûleurs fioul modulant, la majorité des appareils sont des brûleurs gaz.

La sélection du brûleur est l’action qui consiste à déterminer le modèle le mieux adapté à la chaudière et au mode de fonctionnement de l’installation. En cas de changement de brûleur avec conversion énergétique, cette opération impose une bonne connaissance tant du brûleur retenu que de la chaudière existante. Il est fortement recommandé de s’adresser au fabricant du brûleur. Le calcul de la puissance du brûleur est la première étape. Un brûleur surdimensionné aura des conséquences sur le rendement global de la chaudière, entraînant des déclenchements plus fréquents et une augmentation des pertes de chaleur à l'arrêt. Il faut se référer aux courbes caractéristiques des brûleurs, qui expriment la performance d’un brûleur (pression foyer en ordonnée, puissance calorifique en abscisse). La dernière étape consiste en la sélection de la rampe gaz en fonction de la pression d’alimentation (20, 50 ou 300 mbar pour le gaz naturel).

Réglementation et Sécurité dans les Installations Gaz

La manipulation et la conversion des installations gaz sont encadrées par des réglementations strictes pour garantir la sécurité. L'Arrêté du 23 février 2018 relatif aux règles techniques et de sécurité applicables aux installations de gaz combustible (gaz naturel ou gaz propane) des bâtiments d’habitation individuelle ou collective, y compris les parties communes, est un texte de référence. Ce texte, structuré en 8 titres et 5 annexes, est complété par un guide général et 4 guides thématiques. Il est essentiel de s'y conformer.

La conversion d'une installation gaz implique également des considérations spécifiques en matière de fumisterie et de ventilation. Lors d’un changement de combustible initié par un remplacement de brûleur, le conduit de fumée peut être réutilisé sous conditions de conformité aux règles définies par le NF DTU 24.1. Cette conformité porte sur la compatibilité du conduit (en fonction de sa désignation caractérisée par les grandeurs) avec le combustible et le générateur en termes de classe de température, classe de pression, résistance à la condensation, résistance à la corrosion et résistance au feu de cheminée. Il faut également respecter les distances minimales de sécurité entre la face externe du conduit d’origine et les matériaux combustibles adjacents.

Les règles de dimensionnement de la ventilation basse et haute d’une chaufferie changent selon le combustible. Les règles pour les chaufferies gaz distinguent la présence ou non de gaine pour la ventilation basse et haute, ainsi que son utilité (ventilation chaufferie et/ou amenée d’air comburant). En habitation, des ventilations adéquates doivent être prévues dans un local comportant un appareil de type A. Par le passé, des robinets à extrémité soudée ou tétine étaient installés à l'arrivée du gaz dans les cuisines alimentées par le gaz naturel ou du gaz de pétrole liquéfié par réseau.

Le Règlement européen n°813/2013, texte d’application de la directive 2009/125/CE (directive ErP), concerne les exigences d’écoconception applicables aux dispositifs de chauffage. Il sous-entend que le remplacement d’un brûleur conjointement à une conversion d’énergie (fioul/gaz) entre dans son champ d’application. Pour l’installation d’un brûleur sur un corps de chauffe, le respect de la directive ErP s’appuie sur la classe NOx du brûleur. Les caractéristiques des brûleurs sont déterminées selon les protocoles d’essais définis dans les normes NF EN 676 (brûleurs à air soufflé au gaz) et NF EN 267 (brûleurs à air soufflé au fioul). Les caractéristiques des chaudières gaz monobloc sont déterminées selon la norme NF EN 15 502, qui présente déjà une classe d’émission de NOx (classe 6) en cohérence avec la directive ErP.

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