L'Hexagone est au sommet de la planète bodyboard, mais la France ne le sait pas. Le double champion du monde réunionnais, Amaury Lavernhe et le landais Pierre-Louis Costes exercent depuis quelques années un quasi monopole sur le Tour mondial, plus célèbre au pays des kangourous que de la baguette. Cette année, le numéro un mondial, Amaury Lavernhe surnommé "Moz" est en train de survoler la compétition avec une première victoire au Brésil et une excellente entame de la seconde étape au Chili puisqu'il s'est qualifié pour la finale qui aura lieu ce vendredi 24 juillet 2015 et que l'on peut suivre en direct ici. Sur des vagues de plus de trois mètres, "Moz" a obtenu les meilleurs scores tout au long de la compétition avec notamment deux vagues notées dix par les juges (la meilleure note, ndlr) qui ont récompensé son engagement dans l'eau. Son compatriote Pierre-Louis Costes, champion du monde en 2011 et actuel numéro deux mondial a été éliminé en quarts de finale par le Canarien Diego Cabrera, particulièrement en forme. Mais le Landais de 25 ans n'a pas démérité en réalisant plusieurs backflips (figure où le corps effectue un genre de saut périlleux arrière comme dans l'extrait vidéo ci-dessous, ndlr) impressionnants. Amaury Lavernhe sera opposé à Jared Houston (numéro 4 mondial), un jeune Sud-Africain au style explosif, souple et particulièrement aérien.
Les origines techniques et l'évolution du matériel
Le bodyboard a vu le jour il y a 27 ans grâce à l'inventeur fou Tom Morey. Tout commence par des planches en bois nommé "Paipos". Morey a ensuite développé son concept jusqu'à son usine. C'est à partir de là que l'on peut vraiment parler de bodyboard, une discipline qui se distingue par rapport au surf. La planche permet de diriger sa trajectoire selon la direction voulue, à condition de savoir se servir correctement de ce matériel. Les planches sont devenues de plus en plus flexibles. Elles étaient de taille équivalente à celles que nous utilisons aujourd'hui. La matière la plus utilisée était l'EVA. Morey déplaça sa production vers la Californie et plus exactement à Carlsbad. Il s'entoura d'une équipe qui testait et fabriquait ses planches. Le nom BE, qui signifie Bahia Era, est apparu à cette période. Il faut noter que ce n'est que beaucoup plus tard que la mousse polyéthylène a remplacé l'EVA, car ce dernier avait tendance d'absorber une quantité incroyable d'eau. Grâce à ces innovations, des vagues furent surfées pour la première fois avec un matériel performant, et Morey appliqua une promotion agressive des nouveaux produits. Grâce à cette promotion, le bodyboard atteint les côtes australiennes et Françaises. Un importateur fut le premier à les contacter et qui garde toujours aujourd'hui des liens très forts avec Mary Lee Christensen, contribuant ainsi à l'évolution de notre sport, mais surtout des championnats du monde.
Comprendre la discipline : Entre technique et vocabulaire marin
Le bodyboard, kézako ? La première particularité de cette discipline est de se pratiquer allongé sur la planche, à la différence du surf classique. Il peut également se pratiquer debout ou avec un genou sur la planche et l'autre pied à plat. On parle alors de "dropknee", une technique qui possède son classement spécifique sur le IBA World tour. En dehors des positions, l'autre spécificité majeure du bodyboard tient à la nature de la planche, plus petite qu'une planche de surf traditionnelle mais aussi beaucoup plus souple. Enfin, chaque bodyboarder dispose de palmes pour faciliter le départ sur la vague.
Pour appréhender ce sport, il faut maîtriser quelques termes essentiels :
- Regular foot : Personne ayant, en drop-knee, le pied gauche à l’avant.
- Goofy foot : Personne ayant, en drop-knee, le pied droit à l’avant.
- Swell : houle.
- Glassy : plan d’eau lisse.
- Bumpy : plan d’eau agité.
- Line up : endroit précis où il faut attendre la vague.
- Beach break : vague cassant sur un fond de sable.
- Reef break : vague cassant sur un fond de rochers.
- Shorebreak : vague cassant avec très peu d’eau.
- Curl : est dit de la partie la plus creuse de la vague.
- Right : vague déroulant vers la droite quand on regarde la berge.
- Left : vague déroulant vers la gauche quand on regarde vers la berge.
- Inside : vague se trouvant le plus près du bord.
- Outside : vague se trouvant le plus au large.
- Leap : ainsi appelé la partie de la vague qui tombe vers l’avant.
- A-Frame : dit d’une vague qui lève et qui déroule parfaitement des deux côtés.
- Backside : être dos à la vague.
- Frontside : être face à la vague.
- Prone : position allongé.
- Drop knee : position à genoux avec un pied posé.
- Stand up : position debout.
- Shape : forme donnée à la planche.
- Tail : partie arrière de la planche.
- Nose : partie avant de la planche.
- Lip : on peut donc taper la lèvre qui arrive en face.
Le sacre international du bodyboard français
Un Français est devenu champion du monde de bodyboard, mercredi, aux îles Canaries, sur l'un des spots les plus célèbres du monde, Fronton. Agé de 21 ans seulement, Pierre-Louis Costes a décroché le titre suprême de la discipline en remportant le IBA world tour (IBA pour International bodyboarding association) à l'issue d'une dernière manche disputée. Le jeune Tricolore a assuré son triomphe en atteignant les demi-finales d'une épreuve finalement remportée par l'Australien Jason Finlay. Pierre-Louis Costes, "PLC" pour les intimes, a fait la différence en résistant à une vague de trois mètres de haut. "Ce fut la vague de ma vie", a confié le bodyboarder français. "Je n'oublierai jamais cette vague. Je n'oublierai jamais Fronton. J'adore cet endroit."
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Le succès de Pierre-Louis Costes, qui a fait ses premiers pas dans le bodyboard sur les spots de Casablanca, au Maroc, symbolise la vitalité de ce sport en France. Quelques jours avant son titre de champion du monde, "PLC" avait en effet remporté, sous les couleurs de la France et sur le même spot de Fronton, la médaille d'or des ISA World Games en équipe et en individuel, devant son compatriote Amaury Lavernhe, lui-même champion du monde IBA l'an dernier. Sport récent mais déjà très reconnu dans certains pays comme l'Australie, le bodyboard a été popularisé dans les années 1990 par l'Hawaïen Mike Stewart, qui, du haut de ses neuf titres de champion du monde, peut être considéré comme le Kelly Slater du bodyboard.
L'histoire du surf en France : Un socle pour les disciplines associées
L'histoire du surf en France commence officiellement avec le premier déplacement d'une équipe de France de la Fédération Française de Surfriding en 1965. Joël de Rosnay et Philippe Gérard participent aux championnats du monde ISF à Lima, au Pérou. En 1966, l'équipe de France prend part aux deuxièmes championnats du monde à San Diego, en Californie. En 1969, lors des premiers championnats d'Europe officiels à Jersey, l'équipe de France, composée de Jo Moraïz, Jean-Louis Bianco, B. Altha et D. Altha, décroche la 3e place. La France organise les 3es championnats d'Europe à Seignosse en 1971, terminant 2e au classement par nations grâce aux performances individuelles de ses athlètes. Un tournant majeur se produit en 1975 lorsque Gérard Dabadie devient le premier Français champion d'Europe de surf à Seignosse, brisant ainsi l'hégémonie anglo-saxonne. En 1978, après une interruption de six ans, les championnats du monde sont relancés par l'ISA à East London, en Afrique du Sud, où l'équipe de France se classe 4e sur six nations.
Les années 1980 marquent une période de progrès significatifs pour le surf français. En 1982, Cathy Monge se distingue en prenant la 9e place aux Mondiaux de Gold Coast, en Australie. En 1985, l'équipe de France remporte les championnats d'Europe à Bundoran, en Irlande, devançant l'Angleterre et le Pays de Galles. Plusieurs Français sont couronnés champions d'Europe : Christine Sanford (ondines), Vetea David (junior), Christian Plumcocq (kneeboard) et Thierry Fernandez (senior, Open). L'année 1986 est historique avec le premier titre de champion du monde pour la France. Le Tahitien Vetea David, licencié à la Fédération Française de Surf, remporte les Mondiaux juniors à Newquay, en Angleterre. Wilfried Sanford est 3e en Open et Anne-Gaëlle Hoarau 2e en dames. Christian Plumcocq et Philippe Alonso participent également aux premiers championnats du monde ISA de kneeboard à Newquay. En 1987, la France organise les championnats d'Europe aux Sables d'Olonne et conserve son titre par équipes, avec un podium inédit en surf open : 1. Wilfried Sanford, 2. Thierry Domenech, 3. Thierry Fernandez. Anne-Gaëlle Hoarau remporte le titre européen chez les dames.
Confirmation et professionnalisation
La domination européenne de la France se poursuit dans les années 1990. En 1989, l'équipe de France remporte les championnats d'Europe de surf à Aveiro, au Portugal. En 1992, Nicolas Capdeville devient le premier Français champion du monde de bodyboard ISA lors des Mondiaux de Lacanau, en France. Anne-Gaëlle Hoarau est vice-championne du monde de surf ISA pour la troisième fois. La France remporte les championnats d'Europe de surf en 1993 à Thurso, en Écosse, et les deuxièmes championnats d'Europe de surf juniors en Angleterre en 1994. En 1995, l'équipe de France remporte les championnats d'Europe de surf à Praia do Grande, au Portugal. En 1998, l'équipe de France remporte les championnats d'Europe de surf juniors qu'elle organise à Mimizan, dans les Landes. Fabrice Gelez (surf cadets), Caroline Sarran (surf ondines espoirs) et Cédric Dufaure (bodyboard cadets) sont champions d'Europe. En 1999, l'équipe de France remporte les championnats d'Europe de surf au Portugal, avec une finale surf open 100% tricolore : 1. Didier Piter, 2. Patrick Beven, 3. Boris Le Texier, 4. Fred Robin.
Au début des années 2000, l'équipe de France se professionnalise avec un staff technique renforcé et des objectifs revus à la hausse. En 2000, l'équipe de France remporte les championnats d'Europe de surf juniors à Jersey. En 2006, Pauline Ado devient la première Française championne du monde en remportant les Mondiaux juniors ISA au Brésil. Antoine Delpero devient le premier champion du monde de SUP Surf en remportant les Mondiaux ISA au Pérou en 2012. Les années 2010 sont marquées par la domination continue de la France sur la scène européenne et par l'émergence du surf adapté. En 2015, Tessa Thyssen devient championne du monde de surf junior en Californie, où les Bleuets remportent le titre mondial du relais et finissent à la deuxième place au classement des nations. En 2016, l'équipe de France remporte le titre mondial par équipes lors des championnats du monde juniors aux Açores. En 2017, Pauline Ado est championne du monde lors des ISA World Surfing Games à Biarritz, où la France remporte également le relais. La même année, l'équipe de France remporte le premier titre de champion d'Europe de Para Surf de l'histoire à Viana do Castelo, au Portugal. En 2018, l'équipe de France remporte le titre de championne du monde de longboard des nations à Biarritz, avec la médaille d'or d'Alice Lemoigne et les médailles d'argent de Justine Dupont et Antoine Delpero.
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L'ère contemporaine : Sacres mondiaux et olympiques
L'année 2021 est marquée par le titre mondial des nations remporté par l'équipe de France au Salvador, avec Joan Duru sacré champion individuel. Jérémy Florès monte également sur le podium. Aux Jeux Olympiques de Tokyo, Michel Bourez se hisse jusqu'en quarts de finale. L'équipe de France devient championne du monde de para surf en Californie, avec Laurie Phipps remportant la première médaille d'or individuelle de l'histoire du para surf français. Le 5 août 2024 restera gravé dans l'histoire du surf français avec la conquête des deux premières médailles olympiques : Kauli Vaast en or et Johanne Defay en bronze.
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