L’Odyssée du Dériveur Solitaire : Performance, Évolution et Héritage Italien

La pratique du dériveur en solitaire, loin d’être une simple activité de loisir, s’est imposée au fil des décennies comme une discipline exigeante, alliant technicité pure et quête de liberté. Si le concept « easy sailing » domine aujourd’hui le marché pour répondre à une demande de simplicité et d’accessibilité, l’histoire du dériveur reste indissociable de l’innovation architecturale et de la passion méditerranéenne, avec l’Italie en figure de proue.

L’évolution technologique et le concept du « Easy Sailing »

Dans le monde actuel de la voile, pour être « hype », il faut utiliser l’expression « easy sailing » ! Ce concept est une réponse à la demande de plus en plus forte des consommateurs pour des produits accessibles et faciles à mettre en oeuvre, tout en restant performants. Notre temps pour le loisir sportif est compté et les bonnes raisons pour ne pas naviguer sont malheureusement légions.

Le chantier RS Sailing, leader en matière de voile légère depuis 20 ans, a proposé avec le RS Aero un produit qui pourrait faire date. Le RS Aero, c’est d’abord un poids plume : 30 kilos de coque en sandwich époxy, 49 kilos en poids de navigation. Cela signifie que le bateau est extrêmement vivant sur l’eau. En termes de stockage, le dessin du plan de pont et le faible poids permettent d’empiler les bateaux.

Cette recherche de simplicité se retrouve dans d’autres modèles comme le RS100, lancé en 2010. Avec sa coque époxy, son mât et bôme en carbone et son accastillage Selden, il offre un look plus moderne que les standards classiques. Si au près il faut s’engager, le RS100 est un régal absolu au portant. Il va véritablement très vite et facilement ! On ne dira jamais à quel point la mise en œuvre rapide - enlever le taud, hisser la voile et partir en 15 minutes - représente un avantage énorme aujourd’hui.

Entre rigueur classique et modernité assumée

Le dériveur D-One illustre parfaitement cette quête d’un équilibre entre tradition et performance. Son esthétique, marquée par des bancs de rappel plutôt que par des ailes de skiff, peut laisser une impression mitigée, mais son accastillage est toujours bien placé, s’inspirant des années d’expérience du constructeur dans le monde du Finn. Sur l’eau, le D-One a la réputation d’être un très bon marcheur au près.

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À l’opposé, certains bateaux refusent les compromis, comme le RS300. Pur objet de design, sa carène est entièrement dessinée pour limiter la surface mouillée et favoriser la vitesse, quitte à sacrifier la stabilité. C’est un choix technique exigeant qui limite son développement à une communauté soudée mais restreinte d’adeptes.

Parfois, le dériveur s’ouvre à d’autres pratiques, comme le RS Vareo, qui, tout en étant un solitaire, permet d’embarquer un équipier léger pour des promenades sportives. Dans une autre catégorie, le Blaze a su évoluer depuis 1997 pour devenir le Blaze X, avec des ailes et une bôme désormais en carbone, prouvant que la pérennité d’un modèle dépend de sa capacité à intégrer des mises à jour constantes tout en limitant les coûts.

L’exception du Canoë International

Le Canoë International (I.C.10) de 10 m² est un dériveur de haute compétition anachronique. Sa particularité réside dans sa planche de rappel qui peut déborder jusqu’à 1,50 m en dehors du bateau. Il repose sur une jauge très stricte pour les lignes d’eau, mais très ouverte pour le pont et l’accastillage. La majorité des matériaux disponibles sont utilisés : bois lamellé et contreplaqué. Depuis une dizaine d’années, la classe s’est ouverte à l’utilisation du spinnaker de 22 m², donnant naissance à l’« Assymétric Canoë » (AC).

L’influence italienne : une culture de la mer

Les Italiens et la mer, c'est une histoire d'amour. Les deux découvreurs de l'Amérique, le Génois Christophe Colomb et le Florentin Amerigo Vespucci, en sont les symboles historiques. Agostino Straulino, légende de la voile italienne, a appris à naviguer dans le golfe du Quarnaro avant de devenir 12 fois champion d'Italie et 10 fois champion d'Europe.

Aujourd'hui, cet héritage se poursuit à travers des figures comme Andrea Mura. Originaire de Sardaigne, il incarne cette passion pour la voile en solitaire, discipline pourtant peu pratiquée en Italie avant lui. Son projet « Vento di Sardegna », un Open 50 conçu par Felci Yacht Design, témoigne de la synergie entre les talents italiens. Umberto Felci, éminent designer de yachts, et Lorenzo Giovannozzi ont su créer des embarcations alliant structures innovantes et appendices hydrodynamiques performants. La détermination de Mura à participer à la Global Solo Challenge souligne cette soif de dépassement de soi, ancrée dans une tradition de navigateurs d’exception.

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Les racines de l’apprentissage : de l’Optimist à la glisse

La célébrissime caisse à savon de Clark Mills, l’Optimist, reste le dériveur d’initiation par excellence depuis 1947. Qu’il soit construit en stratifié de verre pour la régate ou en polyéthylène rotomoulé pour l’école de voile, rien n’a changé dans son architecture fondamentale : une dérive à remonter au portant, un safran et cet indémodable gréement à livarde.

Pour la nouvelle génération, des supports comme l’O’Pen Skiff offrent une école de la glisse ludique et réactive. Le concept de « glisse » a également inspiré des créations artisanales comme le Pram de BOW (Be On Water), un cat-boat en contreplaqué-époxy au design contemporain, prouvant que l’innovation peut aussi être respectueuse de l’environnement.

L’avènement des foilers : vers le vol en solitaire

La compétition fait rage entre les nouveaux foilers solitaires. Le Skeeta et le Nikki se distinguent par un système de montage de foil d’une ingéniosité pertinente, permettant de voler ou de glisser en mode archimédien. Toutefois, dans cette course à la vitesse, le Waszp s’impose comme le support de référence grâce à une classe très internationale et animée. Ces bateaux sont de véritables écoles d’humilité, exigeant une précision de pilotage que l’on ne retrouve pas sur des supports traditionnels.

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