Le Centurion 32 : Analyse technique et patrimoniale d’une légende de la plaisance

L'achat d'un voilier d'occasion, particulièrement pour des modèles construits avant 1975, nécessite une vigilance accrue, notamment pour des unités proposées à partir de 15 000 euros. Lorsqu'on s'intéresse au Centurion 32, il est courant de comparer cette acquisition à l'achat d'une vieille Jaguar : c'est un objet beau et indémodable. Si sa coque étroite ne tient pas la comparaison avec les unités plus récentes en termes de volume habitable ou de performances au portant, le budget, prêt à naviguer, est divisé par trois ou quatre par rapport à une production moderne. C'est une bonne raison pour se serrer un peu dans la couchette avant, d'autant qu'un couple peut envisager un beau voyage à son bord.

L’héritage du chantier Wauquiez

Le Centurion 32 est le bateau mythique du chantier Wauquiez, puisque c’est véritablement lui qui a lancé la réputation de l'entreprise. Bateau robuste, très bien conçu et facile à manier, il demeure une référence. Entre 1968 et 1977, 380 exemplaires furent construits. Sa cote de l’occasion reste élevée car c’est un bateau assez recherché par les connaisseurs. Pour illustrer ses capacités, on se souvient que Michel Malinosky gagna la course de l’Aurore (l’actuel Figaro) en 1971. Certains de ces navires naviguent encore activement, notamment en Bretagne.

Architecture navale et influence des jauges

Conçu au tournant entre la jauge RORC et la jauge IOR, le Centurion doit évidemment plus à l'ancienne formule qu'à la nouvelle. Dans un style assez proche de certains architectes américains, Kim Holman a dessiné un bateau qui reste très britannique, avec ce certain charme que donne le modernisme tempéré par l'expérience. Traquée dans ses moindres trous par les architectes du monde entier, la jauge du RORC a fini par déboucher sur un certain style de bateaux dont le Centurion représente presque le portrait robot : étrave élancée, aileron porte lest avec trimmer, bordés frégatés, tableau inversé se raccordant à une voûte concave, safran séparé précédé d'un aileron fixe, et un maître bau reculé aux deux tiers de la longueur pour une meilleure tire du génois.

Bateau de près, le Centurion a du pied dans l'eau avec un tirant d'eau de 1,78 mètre. Son déplacement important, dû en partie à un lest en plomb de 2 tonnes (représentant 47 % du poids à vide), se traduit par un creux assez fort. Ce lest n'est pas bulbé : son bord d'attaque incliné est en V marqué, tout comme l'étrave et les sections avant précédant l'aileron de quille. À partir de ce dernier, qui est raccordé à la coque par un retour de galbord à faible rayon pour une surface mouillée minimale, les sections deviennent beaucoup plus rondes.

Plan de voilure et performance

Sous voiles, le Centurion se reconnaît assez facilement à son plan de voilure composé d'un grand triangle avant et d'une grand-voile tiercée, c'est-à-dire trois fois plus longue sur le guindant que sur la bôme. Depuis longtemps, ce rapport est considéré par les techniciens comme donnant d'excellentes performances au près, ce qui explique le choix de l'architecte. La marche aux allures portantes est assurée par la surface imposante des voiles d'avant, avec 34 m² pour le génois et 70 m² pour le spi.

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Comme sur tous les bateaux lourds, le gréement et la voilure subissent des contraintes importantes. Un réglage et une coupe parfaite des voiles sont nécessaires pour tirer de la coque les performances attendues. Un ridoir réglable en marche sur le pataras est indispensable pour contrôler sa tension ainsi que celle de l'étai ; sans cela, la barre, très agréable en temps normal, deviendra lourde. Bien équilibré à la gîte, le Centurion accepte de porter son génois lourd par force 5 au près. Par suite de son déplacement, le bateau ne donne jamais l'impression de partir en survitesse de manière spectaculaire, pourtant, l'aiguille du speedomètre et la discrétion du sillage indiquent de belles performances qui se traduisent par de bonnes moyennes journalières en croisière hauturière.

Construction et qualité des matériaux

Malgré son frégatage et son tableau inversé, la coque est moulée d'une seule pièce, en plastique armé, grâce à un moule démontable. L'utilisation de ce procédé permet de prévoir sur la coque une amorce de pontage qui servira à recevoir et à boulonner le pont. La solution de continuité entre le pont et la coque est masquée par un cale-pied en teck, évitant ainsi la pose d'un liston, source d'ennuis fréquents avec les voisins et les pare-battages. La coque est assemblée au pont par un boulonnage rapproché qui vient compléter le scellement plastique effectué au moment de la pose.

Le pont reçoit un contre-moulage intérieur de surface lisse ; par contre, la coque est totalement recouverte, soit par les emménagements, soit par un vaigrage en teck du plus bel effet. Le lest est fixé par six boulons de 32 mm de diamètre puis entièrement plastifié. Pour obtenir les surfaces antidérapantes du pont, le constructeur utilise un procédé intéressant consistant à appliquer un gelcoat granité sur la pièce moulée, offrant un résultat excellent tant pour l'esthétique que pour l'adhérence.

Aménagements intérieurs et confort

Nous avons été frappés en visitant les chantiers Wauquiez par l'importance de la menuiserie, habituellement très modeste chez les constructeurs de bateaux en plastique. En descendant les marches de la cabine, tout s'explique. Beaucoup de constructeurs mettent un point d'honneur à réaliser des emménagements moulés aux formes complexes, insistant sur l'absence d'entretien, alors que l'intérêt principal est l'économie de main-d'œuvre à la construction. Le Centurion privilégie un beau vaigrage en lattes de teck, qui ne nécessite aucun entretien.

Le carré peut être aménagé de deux façons différentes : soit en formule dînette avec une banquette en U transformable en couchette double, soit avec deux couchettes simples superposées. La faveur de la clientèle va à la première solution, prouvant que la majorité des utilisateurs préfèrent sacrifier un peu de confort à la mer pour trouver au port un carré plus accueillant. À bâbord, une couchette de navigateur dont la tête sert de siège pour travailler à la table à cartes, de belle dimension, permet de disposer des appareils de navigation. La descente dans la cabine se fait en marchant sur un meuble en L qui contient dans l'ordre : une case à cirés, le compartiment moteur, l'évier, la glacière et le réchaud à cardan. Le compartiment toilettes, penderie et douche qui conduit au poste avant bénéficie d'une bonne hauteur sous barrots. Très classique, le poste avant abrite deux couchettes ; remarquons cependant qu'il est clair et aéré.

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Maintenance et mécanique

Le plus grand mérite de l'installation mécanique est qu'elle se fait oublier. Parfaitement monté, le diesel 2 cylindres 17 ch Volvo Penta, livré en série, tourne comme une horloge, sans aucune odeur. En utilisation normale, il assure sans défaillance la recharge des accus. En fonctionnement, le bruit n'est pas excessif, bien qu'aucun dispositif d'insonorisation n'ait été prévu. Le presse-étoupe est accessible soit par la cabine, soit par les coffres de cockpit.

Il convient toutefois de rester vigilant lors d'un achat. Certains propriétaires signalent des infiltrations d'eau de pluie par les vide-vites de cockpit. Un Centurion 32 à 10 000 euros doit appeler à la méfiance. Il est primordial de voir le bateau hors de l'eau pour inspecter l'état de la carène et de la quille. En termes de confort, si le cockpit s'avère un peu trop large en navigation, nécessitant un coussin pour le barreur, le balcon arrière s'ouvre au milieu, facilitant l'accès à bord lorsque le bateau est amarré l'arrière à quai.

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