Visite Guidée du Trimaran Arkema 4 Ocean Fifty et l'Épopée de la Transat Jacques Vabre

La course au large représente l'un des summums de la performance sportive et technologique, où l'humain et la machine sont poussés à leurs limites dans l'immensité océanique. Au cœur de cette quête d'excellence se trouve la Transat Jacques Vabre, un événement emblématique, et des navires comme le trimaran Arkema 4, qui incarnent l'ingénierie de pointe dédiée à la vitesse et à la résilience. Ce navire, héritier d'une lignée d'innovations, s'est illustré au sein de la classe des Ocean Fifty, participant à des duels épiques et affrontant les défis impitoyables de l'Atlantique.

I. Le Trimaran Arkema 4 : Une Merveille d'Aérodynamisme et de Technologie

Le trimaran Arkema 4, dernier-né de la classe Multi50, se distingue comme un multicoque de course d'une conception inédite. Lancé en Gironde, à Port Bloc, juste devant le chantier Lalou Multi, dont il est issu, ce bateau a été remis à l'eau en présence de son skipper Quentin Vlamynck et de Lalou Roucayrol, responsable du projet. Ce bateau est conçu autour de foils, des appendices qui permettent de soulever la coque hors de l'eau, réduisant ainsi la traînée et augmentant considérablement la vitesse. L'aérodynamisme est le nerf de la guerre du trimaran Arkema 4, comme en témoigne une visite guidée de ses lignes épurées et de ses solutions techniques innovantes.

Les premières images du Multi50 Arkema 4 en navigation ont été dévoilées, capturées lors d'une banque d’images en hélicoptère au large de la Gironde, montrant le multicoque lancé à pleine vitesse. Le skipper Quentin Vlamynck, à la barre de cet innovant multicoque, a souligné un apprentissage constant en déclarant : « Nous apprenons à ne pas choquer ! ». Cette quête de performance et de maîtrise s'inscrit dans la continuité des efforts de Lalou Roucayrol, vainqueur de la Transat Jacques Vabre 2017, qui, aux côtés de Quentin Vlamynck, a ouvert les portes de ce nouveau trimaran Arkema 4 avant son départ pour la Route du Café.

L'innovation en matière de matériaux et de conception est un moteur essentiel dans le monde de la course au large. Bien que le cas spécifique d'Arkema 4 ne détaille pas ces aspects, il est pertinent de noter l'importance des matériaux de pointe dans la construction et la réparation des navires de course. Par exemple, pour réparer une structure longitudinale à l’intérieur de son Hugo Boss envahi par l’humidité, le skipper Alex Thomson a eu recours à des colles innovantes et des résines sous-marines très spéciales, illustrant l'ingéniosité déployée pour maintenir la compétitivité en mer. Ces avancées matérielles sont cruciales pour des bateaux comme Arkema 4, où chaque composant est optimisé pour la performance et la durabilité face aux conditions extrêmes.

II. La Classe Ocean Fifty : Un Championnat Dynamique pour des Multicoques Performants

La classe Ocean Fifty, anciennement connue sous le nom de Multi50, représente une catégorie de trimarans de 50 pieds qui s'est affirmée comme un pilier de la course au large. C'est désormais une classe à maturité, dont le calendrier se compose d’un championnat annuel, les Ocean Fifty Series, et d’une grande transat. Son programme polyvalent récompense l’engagement et la régularité des équipages : il comprend des régates au contact, offrant la prime aux belles manœuvres, aux départs soignés et à la tactique, puis une transat où la tactique se mue en stratégie au long cours. La classe a également souhaité prendre sa part de responsabilités face aux défis qui attendent l’écosystème de la course au large.

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Le premier Pro Sailing Tour, réservé aux trimarans de 50 pieds de la Classe Ocean Fifty, a été le théâtre de batailles acharnées entre sept trimarans, notamment lors du « Final Rush » de Toulon à Brest. Les trimarans Ocean Fifty ont ainsi repris le large et la course aux Canaries pour le Pro Sailing Tour. Les épreuves se sont déroulées dans des cadres variés, comme la Méditerranée, où les six Ocean Fifty ont dû affronter la pétole avant de passer Gibraltar, un nouveau décor et un changement d’ambiance. Le départ canon en Rade de Toulon sur le Final Rush du Pro Sailing Tour a vu les six Ocean Fifty prendre le large dans des conditions idéales. Lors de l'étape brestoise du Pro Sailing Tour, l’Ocean Fifty Arkema IV de Quentin Vlamynck a terminé deuxième au classement final.

La compétition au sein de cette classe est féroce. En Ocean Fifty, on retrouve des « mobylettes des mers » comme le tenant du titre de l’édition précédente, Gilles Lamiré (Groupe GCA), qui s’est adjoint les services d’Yvan Bourgnon pour tenter de garder sa couronne. Très à l’aise sur le Pro Sailing Tour, Arkema 4 s’affiche comme un prétendant sérieux à la victoire. D'autres concurrents notables incluent Primonial, une unité de 2009 emmenée par la paire Sébastien Rogues/Mathieu Souben, qui, malgré son âge technologique, a les capacités de créer la surprise sur les parcours au large. Le duel en direct dans l’Atlantique entre les deux Ocean Fifty, Groupe GCA - 1001 sourires et Arkema 4, est un exemple parfait du mano à mano que se livrent ces machines depuis le départ des grandes transats.

III. La Transat Jacques Vabre : L'Épopée de la Route du Café

La Transat Jacques Vabre, renommée Transat Café l'Or pour ses éditions ultérieures, est une des courses à la voile au large les plus célèbres, co-organisée par la Région Normandie. Depuis sa création en 1993, elle représente un véritable défi pour les navigateurs, s'inspirant de la fameuse "Transat anglaise" et naissant de l'envie d'affronter l'océan dans un esprit sportif et convivial. Tout comme les courses en solitaire, cette épreuve exige des skippers un niveau d'engagement et de préparation physique et mental très élevé. La Transat Café l’Or est réputée comme la plus longue et la plus exigeante des courses transatlantiques en duo.

Le parcours de la Transat Café L'Or varie d'une édition à l'autre, mais elle suit généralement une route transatlantique entre Le Havre, en France, et une destination vers un pays producteur de café. Le départ a lieu depuis Le Havre, ville située sur la côte normande en France. Les navigateurs entament ensuite leur traversée de l'Atlantique en direction du continent sud-américain. Le parcours exact peut varier, et les skippers choisissent leur itinéraire en fonction des conditions météorologiques et des stratégies de course. L'arrivée se fait dans une ville d'un pays producteur de café. Historiquement, les arrivées se sont déroulées à Carthagène (Colombie) pour les quatre premières éditions, à Salvador de Bahia (Brésil) pour les 5e, 6e, 7e, 8e, 13e et 14e éditions, à Puerto Limón (Costa Rica) pour d'autres, et à Itajai (Brésil) lors des 11e et 12e éditions. Le parcours, très technique, conduit souvent les skippers à Fort-de-France en Martinique, les faisant affronter les eaux du Golfe de Gascogne, l’équateur et l’emblématique et tant redouté Pot-au-noir.

Les bateaux engagés dans la Transat Jacques Vabre appartiennent à différentes classes, y compris des multicoques et des monocoques. On y retrouve les Class40 (monocoques de 40 pieds), les Imoca (60 pieds), connus pour leur participation au Vendée Globe, et les Ultims (trimarans de 60 pieds et plus). Ces différents types de navires accostent au Havre avant le départ. La Transat Café L'Or a lieu tous les deux ans, offrant aux navigateurs l'opportunité de concourir dans cette course transatlantique en équipage, et chaque édition attire l'attention des passionnés de voile du monde entier. Les trimarans géants ont d'ailleurs fait leur grand retour, pour le plus grand bonheur du spectacle et de l'attraction de la course, après une absence remarquée en 2019. La Transat Jacques Vabre rassemble des légendes de la voile, comme Yann Eliès, triple vainqueur dans deux catégories, et Antoine Carpentier, également triple vainqueur dans les catégories Class40 et Multi50.

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C'est un rendez-vous incontournable où les tandems de skippers ont l’occasion d’exploiter leurs trimarans très sportifs à 100%, dans tous les types de temps. La composition de ces tandems est la grande affaire de la Jacques Vabre ; cette alchimie humaine et technique donne tout son sel et son caractère à la transat en double, et ce format doit permettre de pousser les bateaux à leur maximum. Les Ocean Fifty (ex-Multi 50) et les 23 IMOCA font route sur le même parcours, avec une descente en direction du Brésil, la traversée du Pot-au-noir et de l’équateur, avant d’enrouler l’île de Fernando de Noronha au Brésil, cap sur la Martinique. Les Class 40, avec 44 unités attendues au Havre, offrent la plus grande diversité de projets et d'expériences d'équipiers. Les skippers de ces monocoques de 40 pieds parcourent 4 600 milles en Atlantique Nord, avec l'île de Sal, au Cap-Vert, à laisser à tribord. Les IMOCA attirent également la lumière, avec des figures comme Charlie Dalin testant de nouveaux foils, Jérémie Beyou cherchant une revanche, et des duos comme Burton/Beaudart sur Bureau Vallée 3 ou Sébastien Simon et Yann Eliès sur Arkéa Paprec.

IV. Le Défi de la Transat Jacques Vabre pour Arkema 4 et la Classe Ocean Fifty

Lors de la 15ème édition de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre, la classe des Ocean Fifty a offert un spectacle de haute intensité. Les premières arrivées ont commencé à s'enchaîner, avec « Primonial », skippé par Sébastien Rogues et Matthieu Souben, qui a remporté la victoire chez les Ocean Fifty après avoir franchi la ligne d’arrivée en baie de Fort-de-France. Ils ont bouclé le parcours de cette « route du café » en 15 jours, 13 heures et 27 minutes, couvrant plus de 6 536 milles (12 091 km) à la moyenne remarquable de 17,50 nœuds (32 km/h). « Koésio », barré par Erwan Le Roux et Xavier Macaire, a suivi de près, franchissant la ligne 2 heures et 27 minutes plus tard. « Leyton » de Sam Goodchild et Antoine Chappelier a complété le podium, arrivant avec un retard de 3 heures et 48 minutes, lui aussi très réduit.

La course a été marquée par des rebondissements constants. Après 15 jours de mer, la tête de la flotte de la Transat Jacques Vabre n'était plus qu'à 335 milles, l’équivalent de 600 km, de sa destination finale, la Martinique. Un voilier volant, potentiellement un multicoque de la classe Ocean Fifty ayant suivi un parcours plus court, pouvait rivaliser avec les Ultims, la catégorie la plus puissante, capable d’une vitesse de pointe de 45 nœuds (83 km/h). Toutefois, le « Maxi Edmond de Rothschild » de Franck Cammas et Charles Caudrelier semblait bien parti pour s’imposer dans la catégorie reine. Quant à l’Ocean Fifty « Primonial », il a conservé son leadership durant une bonne partie de la course, devant contenir les assauts de « Koesio » et « Leyton » et éviter les pièges des dévents.

Pour Quentin et Lalou à bord d'Arkema 4, la course a été semée d'embûches. Ils ont écopé d’une pénalité, pour avoir franchi deux fois la même longitude dans un espacement de temps fixé par les instructions de course, suite à la rupture involontaire du plomb moteur. Alors qu'Arkema 4 profitait d’un bord de portant le faisant glisser à fond de train sur l’eau, un fort craquement s’est fait entendre en milieu de nuit, révélant la rupture du loop du gennaker (une accroche textile). Quentin a dû monter au mât au lever du jour pour effectuer la réparation dans des conditions difficiles. Ces incidents ont eu un impact sur leur position dans les classements quotidiens.

Les classements des Ocean Fifty reflètent l'intensité de la bataille. Au 9e jour de course, « Primonial » pointait en tête, suivi par « Koesio » et « Solidaires En Peloton ». Arkema 4 avait réussi à reprendre 80 milles sur la tête de course en 24 heures. La flotte était alors en plein Pot-au-Noir, cette zone des océans près de l'équateur, où les alizés convergent, pouvant passer du calme plat à de violents orages. Les skippers se sont adaptés, naviguant au travers, voire au près, ce qui ralentit les vitesses mais est nécessaire pour traverser cette zone complexe.

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Les jours précédents ont été tout aussi exigeants. Le classement à un moment donné indiquait « Primonial » en tête, suivi de « Koesio » et « Leyton ». Plus tard, « Primonial » conservait sa première place, avec des écarts serrés face à « Koesio » et « Solidaires En Peloton ». Lalou et Quentin avaient choisi l’option Cap Vert, espérant profiter d’un vent de couloir entre les îles pour éviter trop de route et mieux aborder le Pot-au-Noir. Leur routage, géré par Eric Mas pour l'analyse météo et Alex Ozon pour la tactique, impliquait un échange perpétuel avec les skippers à bord. Malgré les sollicitations extrêmes des machines, Arkema 4 maintenait des moyennes impressionnantes, atteignant 23-24 nœuds sur 4 heures, des performances rares pour la classe.

Les équipiers d'Arkema 4 sont restés résolument combatifs. Après une période de conditions favorables où Arkema 4 fut l’un des plus rapides, les positions s'étaient resserrées. Les skippers ont eu des problèmes de communication avec la terre, les empêchant d'envoyer des images, mais leur détermination n'a jamais faibli. Plus tôt dans la course, après 4 jours et 19 heures, « Koesio » menait devant « Primonial » et « Solidaires En Peloton ». Arkema 4 a connu des difficultés avec des zones de molle, où le vent tombait à 5 nœuds, créant un "yoyo" météorologique épuisant. Malgré cela, l'équipage restait en pleine forme, le bateau en parfait état, et ils s'efforçaient de recoller au peloton. Sortant d'un piège anticyclonique, Arkema 4 a pu resserrer les écarts, reprenant 20 milles en une nuit. La vitesse fulgurante des Multis signifie que 60 milles ne sont pas un écart insurmontable, car "les écarts peuvent se faire et se défaire rapidement". Comme le disent les marins, "tu ne lâches rien en te disant qu’il y aura forcément une chance de revenir."

V. L'Art de la Navigation en Duo et la Résilience des Marins

La course au large en double, telle que la Transat Jacques Vabre, exige une alchimie particulière entre les skippers, où l'humain et la technique se rejoignent pour former un tandem indissociable. Cette synergie est essentielle pour exploiter les trimarans très sportifs à 100 % dans tous les types de temps. C'est également une école de la vie, comme le soulignait Lalou Roucayrol, figure emblématique de la course au large, pour qui « La Mini Transat, c’est l’accès à une carrière de course au large ». À la tête du team Lalou Multi, vainqueur de plusieurs grands prix de Multi50, Lalou Roucayrol fait partie de ces marins expérimentés passés par la case Mini, une étape formatrice essentielle pour de nombreux navigateurs, y compris Raphaël Lutard, le "foiler de la bande" des Mini 6.50.

La vie d'un coureur au large est jalonnée de défis extrêmes et de moments de résilience. L'incroyable histoire du Multi50 Arkema de Lalou Roucayrol, retrouvé à l’endroit après avoir chaviré lors de la Route du Rhum, en est une illustration frappante. C'est un fait unique dans l’histoire de la course au large, montrant la robustesse des machines et l'esprit combatif des marins. Roucayrol lui-même s'est jeté à l'eau pour être transbordé après le chavirage, prouvant une détermination sans faille. L'expérience de traverser l'Atlantique en solitaire sur un voilier de 6,50 mètres à seulement 24 ans, comme l'a fait Raphaël Lutard, démontre également l'ampleur de l'aventure humaine derrière ces compétitions.

L'engagement des skippers ne faiblit jamais, même face à l'adversité. Quentin Vlamynck, à bord d'Arkema 4, exprimait son spleen lors de passages météorologiques difficiles, déclarant : « La journée a été incroyablement monotone. Pendant que nos concurrents fusaient, nous n'avancions pas un caramel. Cette nuit, nous avons dû traverser des zones orageuses, avec des instabilités qui continuent de nous poursuivre au réveil. Nous n'avons pas eu les conditions que nous voulions depuis le début. Alors oui, ce matin on en a marre… Marre de cette météo particulièrement difficile pour nos nerfs depuis 3 jours. » Pourtant, malgré ces moments de découragement, l'esprit de compétition et la détermination restent intacts. Les messages de l'équipe à terre, rapportant que "Lalou et Quentin sont des compétiteurs" et qu'ils "cravachent, cravachent !" soulignent cette ténacité. Même face aux "molles" où le vent tombe brutalement, les skippers d'Arkema 4 savaient que "la route est longue" et que tant que "le bateau et les marins sont en forme, les jeux ne sont pas faits". C'est cette force mentale qui permet aux équipages de rester "remontés à bloc" et de chercher constamment le moyen de "faire avancer le bateau le plus vite possible".

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