Optimisation et Ajout d’une Jupe sur Voilier : Le Cas du Gib Sea 105

Le Gib Sea 105, dessiné par le cabinet français Joubert/Nivelt et construit par le chantier Gib Sea au début des années 1980, s'impose comme une référence de robustesse et d'habitabilité. Avec une longueur hors tout oscillant entre 10,45 et 10,80 mètres selon les versions (105 ou 106), ce voilier de croisière est conçu pour des programmes allant de la navigation côtière à la grande croisière hauturière. Face à des concurrents de l'époque tels que le Jeanneau Sun Légende 34, le Bénéteau First 35 ou encore le Bavaria 33/34, le Gib Sea 105 se distingue par un échantillonnage généreux de sa coque en polyester stratifié (GRP) et une quille en fonte assurant un comportement stable et sécurisant par mer formée.

L'intérêt technique et pratique de la jupe rapportée

L'ajout d'une jupe à l'arrière d'un voilier comme le Gib Sea 105 est une modification devenue fréquente pour les propriétaires souhaitant moderniser leur unité. Gaétan Ozenn, du chantier du Grand Val, s’est fait une spécialité de ces jupes rapportées qui changent la vie à bord et bonifient les performances. Il peut s’agir soit de rallonger celle existant à l’origine, soit carrément d’en construire une toute neuve et sur mesure.

Le but de cette extension est quelquefois l’envie d’augmenter la longueur de flottaison pour obtenir de meilleures performances sous voiles. Mais une jupe, c’est aussi un gage de sécurité. Il suffit d’avoir eu à ramener un équipier tombé à l’eau pour se rendre pleinement compte de la justesse de cette affirmation. Associée à une bonne échelle télescopique, elle évitera le recours à des procédés parfois complexes de récupération d’homme à la mer comme l’utilisation de l’écoute de GV ou du tangon de spi. Il y a aussi bien sûr le côté pratique de cette plateforme qui autorise bien du confort lors des croisières estivales. Périmètre ouvert à la baignade par excellence, les jupes sont aussi un lieu où il fait bon faire la vaisselle ou tout simplement rêvasser au mouillage les pieds dans l’eau. Et lorsque l’on navigue avec des enfants, les transports en annexe sont largement facilités.

Méthodologie de construction et stratification

Il existe deux approches principales : celle que l’on peut rapporter par boulonnage ou bien celle totalement intégrée-stratifiée sur la coque existante. Dans le premier cas, le mode opératoire est plus simple car il ne nécessite pas de collage, on utilise de la résine polyester associée à de la fibre de verre pour réaliser la stratification. L’ensemble est d’ailleurs étanchéifié par un joint en silicone. Pour le second procédé, on applique de la fibre avec cette fois-ci une résine époxy pour garantir un collage total et de qualité avec la structure du voilier.

Dans les deux cas, il faudra s’assurer, en fonction de la forme arrière de la carène, que la jupe à venir est parfaitement compatible avec cette dernière. Pour ce faire, il est indispensable de créer un moule à partir de plusieurs pièces de bois souple (généralement du contreplaqué ou de l’Isorel) de 3 mm d’épaisseur au maximum. La construction du moule, constitué de plusieurs panneaux de contreplaqué ou de bois souple, doit permettre d’épouser au mieux la forme de la carène. Pour garantir la forme arrondie de la jupe à venir, des sangles à cliquet sont nécessaires pour éviter tout décalage. De la matière est injectée entre les plaques de bois pour garder une surface parfaitement plane. Des mesures précises de la poupe permettent de s’assurer que la jupe à venir pourra se rapporter à l’arrière du voilier.

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Une fois le moule façonné avec précision, il est enduit de plusieurs couches de cire. Pour permettre une accroche mécanique de la matière composite, un ponçage du gel-coat est obligatoire pour revenir sur la fibre de verre d’origine. La surface à décaper est généralement localisée entre le dessous de la coque sur quelques centimètres et sur une hauteur comprise entre 5 et 10 cm au niveau de la partie basse du tableau arrière.

La stratification proprement dite consiste en un sandwich composé de deux couches de fibre de verre stratifiée (les peaux) enfermant une âme en mousse PVC. Plusieurs couches de fibres de caractéristiques différentes sont posées et systématiquement enduites de résine entre chaque pour constituer la première peau. Celle-ci est généralement composée de trois couches de fibre de verre (taffetas, sergé et bi-biais) qui assurent sa rigidité. Après le retrait du moule, un travail minutieux est nécessaire pour poncer les excédents. Des renforts en contreplaqué (d’une douzaine de millimètres d’épaisseur) sont tout d’abord intégrés à la jupe de manière verticale en son milieu puis collés et stratifiés. Le collage nécessite une technique bien particulière car il est impossible de stratifier directement deux éléments sur des angles droits. On parle alors de collage en joint congé car les deux côtés sont tout d’abord collés puis chargés en résine d’époxy (ici de la silice et du micro-ballon), et dans un dernier temps on applique le tissu (souvent du bi-biais) pour stratifier.

Certains propriétaires ont fait le choix de solutions alternatives. Sur un Gib Sea 105, plutôt que de poser une jupe, il est parfois possible de faire poser trois barreaux d’échelle sur le tableau arrière. Pour ceux qui choisissent la jupe, il faut veiller à ce qu'elle ne soit pas creuse, sans quoi elle s’abîme en surface. L'ajout de trous au fond équipés de vide-vite et l'ouverture en surface pour y ajouter un plancher en bois (lattes en Ipé, essence supportant l'immersion en classe 5) est une solution de réhabilitation efficace.

Optimisation du gréement et de l’accastillage

Outre l'ajout d'une jupe, l'optimisation du Gib Sea 105 passe par une compréhension fine de ses capacités de navigation. La version standard offre environ 64 m² de voilure, tandis que la version “Plus” monte à 70 m² avec un gréement à deux étages de barres de flèche.

Concernant la garde-robe d'avant, il est crucial d'éviter de reproduire trop fidèlement les surfaces d'origine si l'on cherche de la puissance par vent soutenu. Un foc de 18 m² peut se révéler trop petit dans le force 6/7, surtout si la mer est creuse, car le bateau manque de puissance et se retrouve déventé par les vagues. Une configuration plus adaptée pourrait inclure un foc de 22/23 m² et un tourmentin de 10/12 m². L'utilisation d'un foc à ris permet également à une seule voile de jouer le rôle de foc 1 et 2, une option intéressante pour simplifier les manœuvres.

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L'installation d'un étai larguable est aisée sur ce modèle. Le pontet se place juste en arrière du panneau de la baille à mouillage, et le ridoir reprenant la traction sur l’étrave doit passer dans la baille, parallèlement à la cloison séparant la baille de la cabine avant. L’angle de traction est correct et cela ne gêne pas du tout le rangement de la chaîne d’ancre. Par ailleurs, il est impératif d’installer un ridoir à volant sur le pataras pour régler le mât efficacement.

Pour le mouillage, l’installation d’un guindeau électrique est tout à fait envisageable, à condition de conserver le gros taquet situé tout à l’avant, prévu pour tourner la chaîne d’ancre. Concernant le cockpit, la position du chariot d’écoute de GV limite souvent l'installation d'une capote classique vers l'arrière ; une simple couverture du panneau de descente peut parfois s'avérer plus pertinente pour ceux qui privilégient la vie à l'intérieur ou dans la descente.

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