Le Centurion 48 S de Wauquiez : Un Archétype de la Grande Croisière et de la Course-Croisière

L'histoire du chantier Wauquiez, véritable fleuron de la construction navale française, est intrinsèquement liée à la passion et à la vision de son fondateur, Henri Wauquiez, qui donna son nom à l'entreprise en 1965. Une vie entière fut dédiée à la construction de bateaux hors du commun, incarnant une philosophie où la qualité et l'innovation sont les piliers fondamentaux. Le chantier n'a jamais choisi la voie de l'industrialisation massive, préférant laisser parler son savoir-faire pour offrir des bateaux d'excellence.

Dès ses débuts, le chantier Wauquiez s'est distingué par son approche méticuleuse et son engagement envers l'artisanat. La petite histoire raconte que le constructeur a démarré la production de l’Elizabethan 29 car le chantier anglais ne les produisait pas assez vite, illustrant une volonté d'excellence et de réactivité. Le 29 a rapidement été suivi par un 35 sur le site de Mouvaux, en banlieue lilloise. Cependant, la renommée internationale du chantier Wauquiez est véritablement venue avec le Centurion, qui est rapidement devenu l'archétype des bateaux de course-croisière. Ce voilier, même des décennies après son apparition, reste encore une référence incontestée en termes d’élégance et de performances maritimes.

Au fil des années, la gamme Centurion n'a cessé de s'agrandir et d'évoluer, marquant chaque étape de son développement par des innovations significatives. Après les Centurion 32, un dix mètres signé Holman & Pye sorti en 1968, qui a posé les bases de l'excellence française en série, la gamme s'est enrichie avec les Centurion Chance (37 et 32), puis les Gladiateur ont prolongé la gamme sportive initiée par le Centurion. Parallèlement à cette ligne sportive, le chantier a exploré d'autres horizons avec des modèles tels que l'Amphitrite, présenté en 1975. Ce très grand croiseur, d'une longueur de 13 mètres, était remarquable avec son gréement de ketch, son château arrière et son cockpit central, offrant un confort et des capacités de croisière exceptionnels. Le chantier a continué de surprendre en sortant, fin des années 70, le Hood 38, un grand dériveur lesté, démontrant sa capacité à innover et à s'adapter aux différentes demandes du marché. Au début des années 80, du côté des croiseurs confortables, les sorties des Antigua 34 et 37 ont également marqué les esprits.

Aujourd'hui, le chantier, avec son site de Neuville-en-Ferrain, est entièrement tourné vers la construction de nouveaux modèles, comme le Wauquiez 55, mais l'héritage des Centurion, et en particulier le Centurion 48 S, continue de témoigner de l'excellence passée et présente de la marque. Pour qualifier un Wauquiez, nul besoin d’aligner les superlatifs ; la qualité et l’innovation sont les deux mots qui résument l’état d’esprit dans lequel est construit chacun de ces voiliers de luxe.

Le Centurion 48 S : Conception et Philosophie

Le Centurion 48 S, tel qu'il a été perçu lors de son lancement, notamment dans le Journal of Sailing en mars 1997, s'inscrit pleinement dans cette tradition d'excellence tout en marquant une évolution significative pour le chantier. Il est le fruit d'une refonte de la gamme, désormais divisée en deux lignes distinctes : les Centurion pour la course-croisière et les Wauquiez pour la croisière pure. Pour ce modèle, le chantier a fait le choix de techniques de construction avancées et d'un design contemporain. Le Centurion 48 S, en tant que dernier modèle de la série sportive de l'époque, porte la signature de l'Anglais Ed Dubois, devenu depuis des années le concepteur de confiance du chantier français.

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Cette collaboration a permis de définir des lignes d'eau façonnées par l'IMS, caractérisées par des sections rondes et pleines au centre, s'aplatissant et s'élargissant vers la poupe. Les entrées d'étrave, quant à elles, sont fines et légèrement étoilées, cherchant la meilleure pénétration dans la vague. Bien que construit avec des techniques permettant des gains de poids significatifs, le déplacement du Centurion 48 S reste dans la fourchette moyen-lourd, ce qui souligne la priorité donnée aux besoins des croiseurs, en particulier le volume intérieur et le confort en navigation par mer agitée. Cela ne nuit en rien aux performances ; en effet, l'abaissement effectif du centre de gravité, rendu possible par la construction plus légère de la coque, permet une plus grande rigidité à la toile et, par conséquent, des performances élevées au près dans des vents soutenus. Le Centurion 48 S est conçu comme un voilier hauturier de grande croisière, adapté aux exigences des navigations au long cours.

Construction Navale de Haute Qualité : L'Intégration de l'Innovation

Dans la démarche de refonte de la gamme, le chantier a abandonné l'ancien système de stratifié monolithique solide au profit de techniques de pointe, introduisant le sandwich sous vide utilisant des fibres hybrides verre-kevlar. Cette évolution technologique a permis d'obtenir une plus grande rigidité et un centre de gravité plus bas, ainsi qu'une meilleure isolation thermique et acoustique. Tout cela a été réalisé sans nuire à la solidité structurelle qui a fait des Wauquiez un exemple de longévité. Ce voilier est ainsi construit en fibre de verre et polyester.

Pour éviter les problèmes de délaminage du sandwich, Wauquiez a adopté la technique du sac sous vide, par laquelle le cœur en Airex est lié à des peaux en tissu unidirectionnel et biaxial. La zone de la proue est doublée avec quatre couches de Twaron, un hybride verre-Kevlar qui sert à augmenter la résistance aux chocs, garantissant une robustesse exceptionnelle. Les cloisons structurelles sont résinées à la fois à la coque et au pont, utilisant un système ingénieux qui implique le perçage de trous dans le bois et le passage de goussets en fibre de verre d'un côté à l'autre. De cette manière, la cloison est pratiquement "boulonnée" à la coque, renforçant l'intégrité structurelle de l'ensemble. Le cadre de renforcement se compose de membrures et de longerons de coque résinés, sans utilisation de contre-moules structurels, optimisant ainsi la résistance et le poids. Au niveau des varangues, on trouve un oméga en stratifié solide qui traverse le bateau d'un bord à l'autre, contribuant à la rigidité globale de la structure.

Les coques des grands voiliers Wauquiez sont produites par infusion pour garantir un ratio résine/fibre optimal et une optimisation du poids, tandis que les ponts et les coques sont réalisés en sandwich balsa pour une excellente rigidité et une parfaite isolation thermique et phonique. Cette attention portée aux matériaux et aux techniques de construction se retrouve également dans le pont en teck et la menuiserie intérieure en bois massif, éléments qui s'inscrivent pleinement dans l'approche qualitative du chantier Wauquiez, avec une attention particulière portée à l'isolation phonique et thermique.

Aménagements Extérieurs et Plan de Pont : Ergonomie et Fonctionnalité

Le Centurion 48 S présente un plan de pont pensé pour la facilité de manœuvre et la sécurité, même dans les conditions les plus exigeantes. Le pont carré du Centurion 48 S peut, à première vue, ne pas séduire, accoutumés que nous sommes désormais aux lignes plus "arrondies" des nouvelles générations. Cependant, pour apprécier pleinement ce choix de conception, il faut le parcourir de l'étrave à la poupe, entrer et sortir du cockpit, ou s'allonger sur les surfaces plates et dégagées du rouf. Ce n'est qu'alors que l'on comprend l'importance d'une marche sûre, des différences de niveau à taille humaine et des surfaces pleinement utilisables, des exigences qui permettent de se déplacer avec aisance même lors des navigations les plus ardues.

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La drisse de grand-voile est divisée des deux côtés et renvoyée vers les winchs arrière dans le cockpit, à portée de main du barreur. Cependant, au mât, toutes les drisses restent, y compris la drisse de grand-voile, qui est desservie par un winch électrique en option, facilitant ainsi les réglages et les manœuvres, que ce soit en équipage réduit ou en navigation au large. Le cockpit, divisé en deux par la colonne en fibre de verre sur laquelle sont installés le rail d'écoute de grand-voile et l'instrumentation, est protégé par de hauts pare-battages qui descendent à l'arrière pour rendre l'assise latérale du barreur plus confortable. Les deux coffres découpés sous la bosse sont étroits et profonds, mais un grand coffre à voiles est disponible à l'avant, offrant un espace de rangement généreux pour l'équipement de navigation.

Pour concilier efficacité et facilité d'utilisation, le plan de voilure est à trois étages de larges barres de flèche inclinées de 22° vers l'arrière. Cette configuration a permis d'éviter l'utilisation de bastaques, de réduire la compression et, par conséquent, de contenir le profil du mât (et les poids), tout en conservant un fort développement de surface verticale, l'« I » mesurant un impressionnant 20 mètres. La qualité des composants est excellente, du mât Sparcraft au gréement dormant Navtec, qui a été remplacé sur le modèle de 1997 visible en occasion, garantissant la fiabilité et la performance de l'ensemble. Le bateau dispose d'un propulseur d'étrave, et les winchs électriques à l'avant et au cockpit facilitent les réglages et les manœuvres, en équipage réduit comme en navigation au large, renforçant le sentiment de confiance grâce à un accastillage ergonomique issu d'un artisanat de qualité.

Aménagements Intérieurs : Confort et Solutions Innovantes

À bord d'un Wauquiez, le spectacle de la mer est permanent. Assis ou debout dans le carré de ces voiliers habitables, la mer se contemple comme si l'on était dans le salon de pont, une expérience immersive qui distingue ces bateaux. La menuiserie intérieure en bois massif, associée à une attention particulière portée à l'isolation phonique et thermique, crée une atmosphère de confort et de luxe.

Le Centurion 48 S propose une version intérieure unique avec trois cabines doubles et deux toilettes, intégrant des solutions innovantes. Pour un modèle spécifique de 1997, une configuration de trois cabines et trois salles de bains est annoncée, avec 8 couchages et une capacité de 10 personnes, ce qui suggère une modularité ou des options d'aménagement.

La première innovation notable concerne la cuisine, placée au niveau du mât et développée en longueur des deux côtés du couloir menant vers l'avant. Sur un bord, on trouve la cuisinière, l'évier et de nombreux placards, tandis qu'en face se trouvent le réfrigérateur et un placard-buffet. Si l'utilisation de l'espace est optimale, la praticité par mer formée à l'avant pourrait être un point d'attention. En revanche, la solution de la table à cartes avec deux banquettes opposées, qui se transforme en table supplémentaire si nécessaire, est très pertinente et fonctionnelle.

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La dînette se compose d'un canapé en L très allongé et de deux fauteuils pivotants, offrant un total de six places assises confortables. Les deux cabines invités sont configurées différemment : l'une avec des lits superposés, l'autre avec le double habituel, et toutes deux disposent de toilettes privées. À l'avant se trouve la cabine propriétaire, dotée d'un très grand lit en V et d'une salle de bain avec compartiment douche séparé, bien que celle-ci manque d'accès direct depuis le carré.

La ventilation est particulièrement soignée, surtout dans les cabines arrière, qui bénéficient d'une trappe en plus des deux hublots ouvrants, assurant une circulation d'air optimale. La hauteur sous barrots de la dînette dépasse les deux mètres et est maintenue partout au-dessus de 190 cm, offrant un sentiment d'espace et de liberté appréciable à bord. Ces aménagements reflètent la volonté de Wauquiez d'offrir un confort d'utilisation exceptionnel, par mer calme ou par gros temps, en tour du monde ou au mouillage.

Performances et Tenue en Mer : Puissance et Stabilité

À la barre d'un Wauquiez Centurion 48 S, une sensation de puissance se fait sentir, de plus en plus vive au fil des milles, témoignant de ses capacités nautiques. Le Centurion 48 S, avec son tirant d'eau standard de 2,50 m, peut également être configuré avec une quille à bulbe à ailette permettant de descendre à 1,80 m, un plan d'eau cohérent pour combiner tenue en mer et accès aux mouillages, comme c'est le cas pour le modèle de 1997 mentionné dans l'annonce de vente. Ce voilier hauturier de grande croisière est conçu pour des navigations exigeantes.

À vitesse de croisière, le Centurion 48 S atteint confortablement 8 nœuds et dépasse les 9 nœuds au régime maximal. Par rapport à la vitesse critique, qui est de 8,5 nœuds, la puissance est donc bien dimensionnée, assurant une propulsion efficace et fiable. Le niveau sonore enregistré est également dans la moyenne, à l'exception des cabines arrière où la transmission V Drive peut transmettre quelques vibrations à haut régime. Le compartiment moteur est quelque peu comprimé, mais les grandes trappes d'inspection facilitent relativement l'intervention pour l'entretien.

La légèreté de la roue sous le talon est la première chose qui frappe, grâce aux volumes équilibrés de la coque, à quoi s'ajoute l'effet des bagues auto-alignantes et de la transmission par bielle du gouvernail, offrant une direction réactive et précise. Par vents moyens, l'allure préférée du Centurion 48 S semble être le près, où il met à profit sa grande raideur à la toile, lui permettant de naviguer sous voilure pleine avec une assiette très stable. Comme tous les déplacements moyen-lourds, il a tendance à "s'asseoir" à l'arrière sans spi, mais il suffit d'un léger abattement de quelques degrés pour retrouver immédiatement une bonne allure. Ce bateau, fait pour naviguer, combine confort et performances, grâce à des manœuvres facilitées et une sensation de confiance accrue.

Équipements et Systèmes Techniques : Adapté à la Croisière Hauturière

Un Wauquiez est conçu pour les voiliers hauturiers faits pour naviguer, et le Centurion 48 S en est un exemple éloquent. Les capacités de son modèle de 1997 sont adaptées à la croisière au long cours, avec 900 litres d'eau douce, 360 litres de carburant et 60 litres d'eaux noires, garantissant une autonomie appréciable pour les longues traversées. L'eau et le carburant sont en abondance, bien que l'emplacement du réservoir de carburant à l'avant soit parfois sujet à discussion.

Le système électrique est complet et bien pensé, avec 270 Ah de batteries 24 volts pour les services et 200 Ah de batteries 12 volts pour le moteur, chacun équipé d'un alternateur et d'un chargeur de batteries dédié, assurant une gestion énergétique robuste et fiable. Les manœuvres sont facilitées grâce au foc auto-vireur et aux winchs primaires rentrés, renforçant encore la simplicité d'utilisation du bateau.

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