La gestion des produits phytosanitaires au sein d'une exploitation agricole constitue un défi permanent, alliant nécessité agronomique, rigueur technique et respect strict des cadres réglementaires. L'efficacité des traitements ne dépend pas uniquement de la molécule choisie, mais de la maîtrise globale d'un système où le pulvérisateur, les conditions climatiques et la préparation du matériel interagissent.
La mise en œuvre des traitements : des choix techniques déterminants
La réussite d'une intervention commence par le choix du produit. Il est préférable de choisir les produits qui ont été testés et référencés par l’ITB et d’appliquer les doses recommandées, doses toujours rapportées à l’hectare traité. Les produits conseillés par l’ITB correspondent aux produits homologués à la date de publication de chaque article. Il convient de vérifier le statut de chaque produit avant chaque campagne.
La gestion du volume de bouillie et la précision du matériel
Un volume de 80 à 150 l/ha assure une bonne qualité de désherbage. Des traitements à volumes réduits, inférieurs à 80 l/ha sont possibles, mais ils demandent une grande technicité : entretien du pulvérisateur, choix des buses, de la pression, des conditions d’application. La buse est l’élément essentiel du pulvérisateur. Le choix du type de buse, de son diamètre et son entretien vont influer fortement sur la qualité de la pulvérisation. Le choix portera sur des buses à fente, ou, pour limiter la dérive, sur des buses à pastille de calibrage. Les buses à injection d’air sont à réserver aux situations plus exposées au phénomène de dérive. Dans ce cas, le volume d’eau sera au minimum de 150 l/ha pour obtenir un nombre d’impacts minimum, garantie d’une bonne efficacité des herbicides de contact. L’entretien et la surveillance de l’état des buses conditionnent pour une part importante la réussite des traitements. Il ne faut pas hésiter à changer une buse qui présente une irrégularité de pulvérisation.
L’entretien du pulvérisateur et le contrôle de la qualité
Le pulvérisateur doit être maintenu en bon état, avec une révision annuelle et un contrôle de la qualité de pulvérisation. En particulier, la vérification de l’état des filtres depuis la pompe d’aspiration jusqu’aux buses doit être faite régulièrement. L’utilisation de papier hydrosensible permet de visualiser la qualité de la pulvérisation, nombre d’impacts, taille, régularité. Ces points sont primordiaux pour la réussite notamment des traitements herbicides. La pulvérisation doit être effectuée en suivant les rangs et de préférence avec des roues larges pour éviter les ornières et ne pas pénaliser la qualité de la récolte. Il est possible de prévoir des rangs non semés, ce qui évite le jalonnage, et représente aussi une économie de semence des rangs qui auraient de toute façon été roulés.
Conditions climatiques et règles de sécurité opératoire
Respecter de bonnes conditions de traitement est impératif. Pour des traitements de printemps il est fortement recommandé de traiter le matin avec bonne hygrométrie (au moins 60 % d’humidité), en l'absence de vent. Pour des traitements d’été, il faudra surtout éviter les traitements par forte chaleur, sur feuillage flétri. Le traitement n’est autorisé que si le vent est inférieur ou égal à l’indice 3 Beaufort, correspondant aux conditions : « les drapeaux légers se déploient, les feuilles et les rameaux sont sans cesse agités ».
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Obligations réglementaires et environnementales
L'exploitation doit disposer d’un local fermé à clé, et ventilé, dédié au stockage des produits phytosanitaires. Lors de la préparation des bouillies, éviter tout débordement de la cuve et tout risque de retour vers le circuit d’alimentation. Par ailleurs, les emballages vides doivent être rincés, stockés dans un endroit dédié, et éliminés par les circuits appropriés (ADIVALOR). Un bon rangement du local de stockage des produits est une mesure saine pour éviter les confusions de produits et les erreurs de traitements.
Il est obligatoire de laisser près des points d’eau et des cours d’eau une Zone Non Traitée (ZNT) de 5 m minimum ou plus selon les indications mentionnées sur l’étiquette du produit. Des distances minimales (Distance Sécurité Riverains (DSR)) entre les zones d’épandage des produits phytosanitaires et les zones d’habitation ont été instaurées. Les distances de sécurité figurant le cas échéant dans les autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques prévalent sur les distances de sécurité générales prévues par l’arrêté. Une nouvelle entrée dans le champ doit respecter les délais de rentrée. En fin de traitement, le fond de cuve doit être dilué de 5 fois son volume pour pouvoir l’épandre sur la parcelle venant d’être traitée.
Réglementation des matériels de réduction de la dérive
L’arrêté du 4 mai 2017 prévoit une zone non traitée (ZNT) à respecter à proximité des points d'eau. La ZNT peut être réduite de 20 à 5 mètres ou de 50 à 5 mètres, sous réserve du respect des deux conditions définies à l’annexe 3 de l’arrêté. L’une d’entre elles est la mise en œuvre de matériels permettant de diminuer la dérive de pulvérisation pour les milieux aquatiques. Chaque matériel retenu doit permettre de diviser la dérive d’un facteur au moins égal à trois par rapport aux conditions normales d’application des produits. Pour pouvoir être utilisés afin de réduire les ZNT, les matériels de réduction de la dérive doivent figurer sur une liste publiée au Bulletin officiel du Ministère chargé de l’agriculture (BO Agri).
Nature et classification des produits phytosanitaires
Étymologiquement, “phytosanitaire” signifie “pour la santé des plantes”. Un produit phytosanitaire est composé d’une substance active et d’adjuvants. Il faut distinguer le produit de la ou les substances actives qu’il contient. La substance exerce l’action phytopharmaceutique sur la plante ou le nuisible, tandis que les adjuvants facilitent l’utilisation du produit en lui donnant certaines propriétés physiques.
Typologie des produits selon leur fonction
- Insecticides : Utilisés pour lutter contre les insectes et les maladies virales. Leur mode d'action peut être par ingestion, contact, gazeux ou systémique (transporté par la sève).
- Fongicides : Luttent contre les champignons parasites. Ils peuvent agir de manière systémique, fongistatique (arrêt de croissance) ou antisporulante (empêche la formation de spores).
- Bactéricides : Utilisés pour lutter contre les bactéries pathogènes.
- Nématicides : Visent les vers invisibles à l’œil nu qui s’attaquent aux racines.
- Molluscicides : Luttent contre les mollusques ravageurs comme les limaces et escargots.
- Rodenticides et taupicides : Utilisés pour contrôler les petits mammifères ravageurs via des actions anti-coagulantes ou neurotoxiques.
- Herbicides : Produits de lutte contre les adventices, représentant environ 45% des utilisations. Ils agissent soit par voie racinaire, soit par voie foliaire (contact ou systémique).
Biocontrôle et alternatives
Les produits autorisés en Bio ou de biocontrôle permettent de limiter le recours aux produits de synthèse. Ils incluent les macro-organismes (auxiliaires), les micro-organismes, les médiateurs chimiques (phéromones) et les substances de base. L’utilisation de ces méthodes s’inscrit dans une logique de transition vers un modèle agricole durable, où les leviers agronomiques comme la rotation des cultures ou le travail mécanique sont privilégiés.
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Évaluation de l’impact et gestion des risques
La protection des points d’eau constitue un enjeu majeur de la protection de l’environnement, car ils participent à l’alimentation en eau potable et à la préservation de la biodiversité. La surveillance des "zones sensibles phyto" et des captages est coordonnée par la DDT et l'OFB.
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