L'urgence mondiale de la pollution plastique marine
La crise de la pollution plastique dans nos océans représente l'un des défis environnementaux majeurs de notre époque, avec des conséquences dévastatrices pour les écosystèmes marins et la santé humaine. Les chiffres sont alarmants : « Chaque minute, 17 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans les océans… soit 9 à 12 millions de tonnes chaque année », rappelle The SeaCleaners, soulignant l'ampleur colossale de ce fléau. Une fois en mer, le destin de ces déchets est souvent irrémédiable. En effet, « une fois en mer, il est trop tard: seulement 1% des déchets plastiques flottent à la surface », soulignent les concepteurs du projet Plastic Odyssey. « Les 99% restants se décomposent en microparticules et tapissent les fonds marins », où ils mettent des milliers d'années à se décomposer totalement.
L'Organisation des Nations Unies (ONU) dresse un tableau tout aussi préoccupant concernant la gestion des déchets à l'échelle planétaire. Selon l'ONU, seulement 9% des neuf milliards de tonnes de plastique que le monde a produites ont été recyclées et 12% ont été incinérées. Le reste a fini dans les décharges, les océans ou les canalisations. Si les modes de consommation actuels et les pratiques de gestion des déchets se poursuivent, on comptera environ 12 milliards de tonnes de déchets plastiques dans les décharges et dans l'environnement à l'horizon 2050, estime l'ONU. Face à cette situation critique, des initiatives audacieuses émergent, cherchant à apporter des solutions concrètes. Parmi elles, des catamarans de nouvelle génération se positionnent comme des acteurs clés dans la lutte contre la pollution plastique, chacun avec une philosophie et des méthodes distinctes mais complémentaires.
Le Manta de The SeaCleaners : Un géant des mers pour la collecte, le traitement et la valorisation
Une prise de conscience à l'origine du projet
Le projet Manta est né d'une observation poignante. Lors d'un tour du monde en catamaran entre 2013 et 2015, le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon a fait face le long des côtes indonésiennes, de Sri Lanka et des Maldives, aux plastiques « qui ont été vraiment omniprésents dans mon quotidien pendant près de deux mois », a-t-il expliqué. « Et c’est là que j’ai pris conscience de la dégradation du fait que c’est ma génération, que cela s’est passé dans les 30 dernières années. Il a donc fallu que j’attende 2015 pour constater vraiment le cœur du cyclone sur cette pollution des plastiques », a-t-il raconté. Confronté à cette réalité, Yvan Bourgnon et l’association Sea Cleaners portent le projet depuis 3 ans d'un navire partant à l’assaut de la pollution plastique, collectant et traitant les déchets plastiques marins. D'où l’idée d’aller collecter les déchets « non pas au milieu des océans mais aux embouchures des fleuves, dans les mangroves, etc. ».
Un navire aux dimensions et capacités hors normes
Baptisé « Manta », ce futur navire est un catamaran géant conçu spécifiquement pour la mission. Il devrait mesurer 56,5 m de long et 26 m de large, avec un tirant d’eau de 3,1 m. Le Manta sera en mesure de collecter et traiter en mer de grandes quantités de macro-déchets plastiques flottants ainsi que des débris plus petits à partir de 10 millimètres et jusqu'à un mètre de profondeur. Pour ce faire, trois collecteurs de déchets seront implantés à l’arrière du navire : « un central et deux latéraux qui seront remorqués par deux tangons de chaque côté du bateau », offrant une envergure totale de 46 m. Une fois capturés, « des tapis roulants situés « sous la plate-forme du navire, entre les coques » achemineront les déchets collectés » vers l'intérieur du bateau.
De la collecte au traitement embarqué : Vers une économie circulaire en mer
La capacité de collecte et de traitement des déchets du Manta est impressionnante : elle sera de 1 à 3 tonnes par heure, pour un objectif de débarrasser les océans de 5 000 à 10 000 tonnes de déchets plastiques par an. Mais le Manta ne se contentera pas de collecter les déchets plastiques : il valorisera « 95% à 100% » d’entre eux à bord, « grâce à une unité de conversion énergétique par pyrolyse ». Le processus de traitement commence par un tri manuel à bord du catamaran, effectué par trois personnes. Lors du tri des déchets, ceux en métal, en verre ou en aluminium seront stockés en vue d'un recyclage à terre tandis que ceux en plastique seront broyés et compactés sur place avant d’alimenter une unité « WECU » (Waste-to-Electricity Conversion Unit) de 100 kW. Cette transformation est essentielle pour maximiser l'impact du navire. Les résidus solides (le char), qui représentent 5 à 10 % du plastique traité, sont stockés pour être valorisés à terre, sous forme de bitume, ciment, combustible, etc.
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Une autonomie énergétique exemplaire grâce aux énergies renouvelables
L'électricité produite à partir de la pyrolyse du plastique contribuera à alimenter le système de propulsion hybride du navire « combinant 1 500 m² de voiles installées sur des gréements automatisés et des moteurs à propulsion électrique ». L'autonomie énergétique est une priorité pour le Manta, qui utilise de multiples sources d'énergies renouvelables. Outre la valorisation des déchets plastiques, l’électricité fournie aux moteurs sera produite par deux éoliennes à axe vertical de 100 kW situées à l’arrière du bateau. Deux hydrogénérateurs de 100 kW chacun sont installés sous le navire, et environ 500 m² de panneaux photovoltaïques, d'une puissance crête de 100 kW, seront installés à la proue du navire. Au total, cela permettra au navire de « fonctionner 75% du temps en moyenne de manière autonome » sans utiliser d'énergie fossile. Cette autonomie sera davantage accrue quand le Manta sera propulsé par les voiles, et légèrement moindre quand l’usine de traitement fonctionnera à pleine capacité. Le Manta sera pourvu d’un système de propulsion hybride par une alimentation de sources d'énergies renouvelables lui procurant une autonomie de 75 %.
Un rôle scientifique, éducatif et communautaire global
Le projet MANTA ne se limite pas à la collecte des déchets plastiques ; il se distingue par son approche holistique de la lutte contre la pollution plastique. Le MANTA permettra aussi d’analyser les morceaux de plastique récupérés afin de mieux comprendre l'origine des déchets et leur impact sur l'environnement marin. Le Manta sera également un laboratoire scientifique de pointe pour l'observation, l'analyse et la compréhension de la pollution plastique, et il accueillera de nombreuses équipes scientifiques internationales. De plus, il vise également à collaborer avec les communautés côtières et les acteurs locaux. En sensibilisant les populations locales aux dangers de la pollution plastique, The Sea Cleaners encourage une prise de conscience collective et des actions concrètes. Au cours de ses nombreuses escales, le Manta deviendra une plateforme éducative ouverte au public. Son programme d’intervention sera dédié à l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud, là où la pollution plastique marine est très dense. Enfin, il pourra intervenir rapidement sur des zones polluées à la suite d’une catastrophe naturelle ou climatique.
Feuille de route et soutien
Après trois années de recherche et de développement, la mise à l’eau du catamaran géant est prévue pour 2024. Selon le calendrier actuel, The SeaCleaners terminera en 2021 la consultation des chantiers navals en vue de la construction du Manta et effectuera certaines campagnes exploratoires pour préciser les premières missions du navire. Le coût de construction du Manta est estimé à près de 35 millions d’euros. L'initiative du MANTA est déjà soutenue par de nombreux partenaires et sponsors, y compris des institutions internationales telles que l'ONU.
Plastic Odyssey : "Couper le robinet" à la source et autonomiser les communautés
La naissance d'une mission : Un constat en Afrique
Le projet Plastic Odyssey prend sa source dans une expérience similaire de prise de conscience. L'idée est née en 2016 à Dakar, au Sénégal, alors que Simon Bernard, 27 ans, est encore un jeune Officier de Marine Marchande et qu'il y fait escale. Sur place, il découvre avec effarement l'ampleur de la pollution plastique. « On a vu du plastique partout et des gens qui cherchaient un petit boulot pour survivre. On s'est dit qu'il fallait rendre le recyclage plus accessible », explique-t-il. Il décide donc d'apporter sa contribution en développant des solutions de recyclage simples, accessibles à tous, libres de brevet et viables économiquement. S'associant avec Alexandre Dechelotte, un ami de sa promotion, ils se lancent tous deux dans l'aventure, bientôt rejoints par plusieurs ingénieurs et designers.
Une philosophie : Agir à terre avant que le plastique n'atteigne l'océan
Contrairement à l'approche de collecte en mer, la philosophie de Plastic Odyssey est de s'attaquer au problème à la source. « Le but d'« Ulysse » n'est pas de nettoyer les océans, déjà largement pollués par le plastique », précisent ses concepteurs. L'idée est née d'un constat sans appel : « En effet, « une fois en mer, il est trop tard: seulement 1% des déchets plastiques flottent à la surface », soulignent ses concepteurs. « Les 99% restants se décomposent en microparticules et tapissent les fonds marins » ». Face à cette réalité, Simon Bernard insiste : « Alors, comment on fait pour que le plastique n'arrive pas dans l'océan ? Il faut couper le robinet », souligne le leader de l'expédition. C'est pourquoi le projet se concentre sur la prévention et le recyclage à terre.
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Le "couteau suisse du recyclage" : Des solutions accessibles et viables
L'objectif de Plastic Odyssey est de fournir aux communautés les outils nécessaires pour gérer leurs déchets plastiques localement. « L'objectif est de fournir une sorte de couteau suisse du recyclage à des prix accessibles pour les pays émergents », explique Simon Bernard en présentant broyeur, compresseur, extrudeuse et capteur de tri. Ces machines seront proposées en Afrique, Asie et Amérique latine, régions d'où vient l'essentiel du plastique déversé dans l'océan. La viabilité économique est au cœur de cette démarche : « Il faut des modèles économiques viables pour que ces machines ne restent pas dans un garage », explique-t-il. Il s'agit de développer des solutions de recyclage simples, accessibles à tous, libres de brevet et viables économiquement. L'idée est de créer de la valeur à partir des déchets plastiques, transformant ainsi un problème en une opportunité économique pour les populations locales.
L'autonomie propulsive grâce aux déchets plastiques : Le prototype Ulysse
Le défi relevé par l'équipe de jeunes ingénieurs et designers français est de lutter contre la pollution des océans en faisant le tour du monde sur un catamaran propulsé grâce aux déchets plastiques. C'est le défi du projet Plastic Odyssey, qui vient de mettre son prototype à l'eau. Baptisé « Ulysse », le bateau démonstrateur de 6 mètres de long inauguré il y a quelques jours à Concarneau en Bretagne (ouest de la France) préfigure un catamaran de 25 mètres censé prendre la mer en mars 2020. Le plastique qui ne peut pas être recyclé sera transformé en carburant grâce à la « pyrolyse plastique » et alimentera ainsi le catamaran pour la suite de son odyssée. Construit notamment pour tester ce système de plastique-carburant, le démonstrateur Ulysse est d'ailleurs « le premier bateau au monde à avancer aux déchets plastiques », selon ses concepteurs.
Un tour du monde pour la sensibilisation et le partage des connaissances
D'où l'idée d'un bateau qui, à travers un périple de trois ans et 33 étapes, va avant tout sensibiliser les populations à la réutilisation, au tri et au recyclage du plastique, en proposant notamment des machines libres de droit pour créer des objets à partir de déchets. L'initiative a été chaleureusement accueillie par les autorités. « Un projet extraordinaire », a salué la secrétaire d'État française à la Transition Écologique Brune Poirson, en baptisant le bateau. « Vous êtes l'économie de demain », a-t-elle ajouté à l'intention des quatre jeunes hommes de 24 à 30 ans à l'origine du projet. L'objectif est de partager les connaissances et les technologies pour que chacun puisse devenir acteur de la solution.
Financement et perspectives
Le projet, d'un coût total de 11 millions d'euros, a été dans sa phase initiale financé grâce à des sponsors privés (Clarins, Crédit Agricole, Veolia, etc.). Cependant, les fonds ne sont pas encore réunis pour la construction du bateau de 25 mètres, supposée commencer au mois de septembre. Malgré cet obstacle, l'équipe reste optimiste. « Le plus dur, c'est de démarrer. Maintenant, on est sur notre lancée », affirme Simon Bernard, témoignant de la détermination des initiateurs.
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