Le nom "Katana", évocateur du sabre japonais, confère immédiatement une aura de précision et de puissance au ketch de 60 mètres lancé par Perini Navi. Ce voilier hors norme, dont la genèse a nécessité une attente de huit ans pour son propriétaire, incarne à la fois le savoir-faire traditionnel du chantier naval et une nouvelle orientation vers la performance sportive. L'histoire de sa construction est intrinsèquement liée aux vicissitudes du chantier naval, offrant un aperçu fascinant des défis et des réussites dans le monde de la grande plaisance.
La Genèse d'un Projet Hors Norme : Un Propriétaire Engagé
Le parcours du "Katana" est marqué par une période d'attente significative. Initialement commandé en 2017, le ketch de 60 mètres a vu sa construction s'étirer dans le temps, une situation qui n'est pas inhabituelle pour les "one-offs" de cette taille. Généralement, les propriétaires de yachts de plus de 50 mètres de long doivent attendre environ trois ans pour voir leur navire prendre forme. Cependant, le cas du "Katana" a été exceptionnel, impliquant un délai de huit ans.
Au cœur de cette attente se trouve l'identité probable de son commanditaire : l'entrepreneur américain Larry Ellison. Fou de voile, le magnat des logiciels est connu pour son penchant pour le Japon, une affinité suggérée par le nom du yacht et sa typographie. Cette connexion est renforcée par la procédure d'insolvabilité de Perini Navi, qui a apporté une certitude quant à l'identité d'Ellison comme commanditaire du "Katana". L'Américain, qui a remporté deux fois le prix de l'innovation avec ses campagnes pour Oracle, n'est pas novice dans le monde de la voile de compétition. Il a déjà arraisonné par le passé un ketch de Perini Navi, le "Zenji" (56 mètres), démontrant ainsi son engagement et son attachement à la marque.
Les Défis de la Construction : L'Épreuve de l'Insolvabilité
La construction du "Katana" a été directement impactée par les difficultés financières de Perini Navi. Le chantier naval, fondé en 1983 par Fabio Perini à Viareggio, avait dominé le marché des supervoiliers volumineux en aluminium ou en acier dans les années 2000. Cependant, en 2021, le chantier a fait faillite, marquant un coup d'arrêt pour de nombreux projets en cours, dont celui du "Katana". À cette date, la famille d'entrepreneurs italiens Tabacchi avait repris les rênes, dans l'espoir de redresser la situation.
La procédure d'insolvabilité de Perini a mis le chantier au point mort, suspendant les travaux et créant une incertitude quant à l'avenir des yachts en construction. Dans ce contexte, Larry Ellison aurait exercé des pressions dans le cadre de la procédure en cours afin d'accélérer le processus de construction de "Katana". Cette démarche n'est pas une démarche inhabituelle ; de nombreux futurs propriétaires ont acheté un chantier naval en difficulté alors que la construction de leur propre yacht était au point mort. Ce fut un moment critique où l'avenir du chantier et du yacht lui-même était en balance. Finalement, The Italian Sea Group (TISG) a permis à Perini Navi de sortir de la faillite début 2022, assurant ainsi la reprise et l'achèvement des travaux. C'est dans ce nouveau cadre que le groupe de chantiers navals italien a présenté "Katana" au siège de Marina di Carrara. C'est là que Perini Navi s'est fait remarquer pour la dernière fois en 2023 avec "Artexplorer", un catamaran de 46 mètres qui n'a reçu le label Perini qu'après coup, soulignant la transition et la nouvelle direction du chantier après cette période difficile.
Lire aussi: Tout savoir sur les voiles de voilier
"Katana" : Un Ketch de Sport aux Caractéristiques Raffinées
Le ketch "Katana" de 60 mètres, dont la mise sur cale à Viareggio s'est faite sous l'ancienne direction, arbore désormais une forme de coque ventrue, large de 11,40 mètres, qui témoigne de son âge de conception. Il s'agit en réalité de la troisième coque en aluminium, basée sur la fissure du "Seahawk" de Ron Holland datant de 2013. Cette filiation est évidente, car le "Katana" n'est pas sans ressemblance avec le "Seahawk", partageant une certaine parenté esthétique et structurelle.
Cependant, "Katana" se distingue par des innovations notables qui visent à accentuer son caractère sportif. Perini Navi souligne que le yacht a reçu une quille "extensible". Ce surplus de tirant d'eau s'explique sans doute par le fait que Larry Ellison souhaite faire évoluer ce voilier de 570 tonnes de manière sportive, lui permettant de mieux naviguer dans des conditions variées et d'atteindre des performances accrues. De plus, le gréement en carbone signé Southern Spars et le système de propulsion hybride sont plutôt inhabituels pour un Perini traditionnel, témoignant d'une volonté d'intégrer des technologies de pointe pour optimiser la performance et l'efficience.
L'aménagement intérieur promet également d'être très élaboré. C'est le designer Rémi Tessier, qui a débuté sa carrière comme menuisier, qui s'est chargé de la décoration. Ce choix souligne l'importance accordée aux détails et à la qualité artisanale. Le Français a notamment dû concevoir et aménager des chambres pour dix invités, l'ensemble de la décoration étant certainement d'inspiration japonaise, en écho au nom du yacht et aux goûts de son propriétaire. L'expertise de Rémi Tessier dans la création d'environnements de luxe et sur mesure assure que l'intérieur du "Katana" sera à la hauteur de son extérieur impressionnant et de ses performances attendues.
L'Art de la Construction Navale : Techniques et Précision
La construction d'un yacht de cette envergure implique des techniques de pointe et une précision méticuleuse. Le processus de fabrication de la coque, par exemple, peut débuter par la création d'un moule, souvent réalisé en plâtre pour obtenir une forme précise. Le moule mâle, une fois sec, est délicatement démoulé, parfois en le passant sous l'eau pour faciliter l'opération et éviter de le fendre par la chaleur. La solidité de la structure est assurée par l'utilisation de matériaux comme la mousse de PVC, qui est délayée avant d'être intégrée.
La réalisation des différentes parties, comme le safran et la dérive, suit une technologie similaire, impliquant un moulage puis un coulage dans le moule. Une fois les pièces démoulées, elles sont assemblées avec une grande précision. Par exemple, une vis BTR est utilisée pour solidariser trois pièces, et les parties à coller sont enduites avant d'être remontées et serrées. L'excédent de mastic est ensuite poncé pour obtenir une surface irréprochable, préparant le terrain pour les étapes de finition.
Lire aussi: Innovations dans les voiles
La coque elle-même, une fois le moule déposé, est poncée pour atteindre une surface lisse. Une couche de résine est appliquée, puis poncée à nouveau, avant l'application d'une peinture qui sera finalement polie. Ce processus méticuleux permet de révéler la forme finale de la coque. L'utilisation de fibre de verre et de résine polyester est courante, souvent appliquée en couches successives. Par exemple, une couche de 0,5 à 1 mm est déposée dans le moule, suivie d'autres couches renforcées par du tissu de verre et du gelcoat. Le démoulage, qu'il s'agisse de la coque ou du roof, nécessite une grande dextérité pour éviter d'endommager les pièces. Le moule du roof, par exemple, est réalisé avec un tissu de verre et du gelcoat en bonne épaisseur.
La fixation de la quille, qui sera renforcée après sa fixation sur la coque, se fait sur une surface préalablement cirée, en une couche de tissu. La coque est ensuite percée conformément au plan, et des éléments comme le tube de jaumière sont installés. Le pont, réalisé au gelcoat après ajustage parfait, est conçu pour s'intégrer harmonieusement. La proue du voilier peut nécessiter une découpe précise, où la coque est sciée à l'avant sur 15 mm. Des éléments comme le système de gouvernail peuvent être réalisés avec du silicone au pistolet, en veillant à éviter toute bulle d'air.
Le système de tension des voiles est un autre aspect technique crucial. Il implique un circuit fermé entre deux poulies et le tambour du treuil, permettant de transmettre les efforts au foc et à la grand-voile. Le tambour peut réaliser 2,5 tours d'une butée à l'autre, assurant un contrôle précis de la tension. Les anneaux des écoutes, issus de cannes à pêche, sont adaptés pour supporter les efforts. La corde à piano peut être utilisée pour des éléments structurels, tandis que l'esthétique est soignée par l'utilisation de résine polyester/fibre par le dessous. L'accastillage standard du commerce est complété par des pièces sur mesure.
La confection des voiles bénéficie également de techniques adaptées pour une facilité de réalisation. Un fil de 2 mm de diamètre peut être scotché sur le guindant de la voile, renforçant ainsi sa structure. Bien que des voiles d'essai puissent être confectionnées avec des matériaux simples, la qualité finale est primordiale pour la performance. La conception des voiles doit tenir compte de divers facteurs, comme leur taille, leur forme et le type de tissu utilisé. Par vent fort arrière, le foc peut avoir tendance à remonter en se pliant, une caractéristique qui doit être anticipée et gérée par la conception et la tension. La stabilité de la coque est également un facteur déterminant, assurant une navigation sûre même dans des conditions difficiles.
Pendant les phases de test, la vitesse moyenne sur un parcours entre trois bouées peut être de 4,6 km/h, une donnée qui permet d'évaluer la performance du voilier. L'étanchéité de la coque dans une utilisation normale est également un prérequis fondamental pour la sécurité et le confort à bord.
Lire aussi: Tout savoir sur les types de voiles