La tauromachie, art ancestral profondément enraciné dans la culture espagnole, a vu naître et évoluer de nombreuses figures légendaires. Parmi elles, José Ortega Cano se distingue par une carrière marquée par des triomphes éclatants, des épreuves personnelles profondes et un dévouement inébranlable à son art. Son parcours est une illustration vivante de la passion, de la résilience et du courage qui définissent le monde du taureau, un monde où la gloire côtoie constamment le danger. Sa vie dans les ruedos, jalonnée de moments mémorables, d'accidents graves et de retours inattendus, reflète une personnalité complexe et un engagement total envers les aficionados et le toro.
Les Racines et les Premiers Pas dans l'Arène
Issu de Cartagena, bien qu'installé dès son enfance à Madrid, José Ortega Cano a toujours eu à l'esprit l'affection et l'attachement à sa terre natale. Ce lien profond avec ses origines castillanes et murciennes a sans doute nourri une part de son caractère et de sa détermination, des qualités essentielles pour quiconque aspire à la grandeur dans l'univers exigeant de la tauromachie. Son chemin vers la célébrité a commencé par les étapes traditionnelles qui forgent un torero, depuis les écoles taurines jusqu'aux novilladas, ces épreuves préliminaires qui testent la bravoure et le talent des jeunes aspirants.
Le 09 septembre 1973, un moment clé de sa jeune carrière se déroule dans les arènes de Vistalegre à Madrid. Ce jour-là, il prend son "alternative", un rite de passage fondamental qui consacre un novillero en tant que matador de toros à part entière. C'est un engagement solennel, où il alterne avec des figures reconnues de l'époque telles que Frederic Pascal et Juan Lucas, une configuration classique qui permet au nouveau matador de faire ses preuves sous le regard de ses pairs et d'un public connaisseur. Pour cette occasion mémorable, il est appelé à lidier des toros de l'élevage de Pío Tabernero de Vilvis, une ganadería de Salamanque réputée pour la qualité et la bravoure de ses bêtes. Cette date ne marque pas seulement son entrée officielle dans le cercle des matadors, mais aussi le début d'un chemin parsemé d'embûches et de gloires. L'alternative est plus qu'une simple cérémonie; c'est l'instant où un homme accepte de se mesurer, en solitaire, à la force brute et imprévisible du toro, sous les yeux d'une foule immense, une preuve de courage et de détermination inébranlable.
Quelques années plus tard, le 5 mai 1978 fut le jour de la confirmation de son alternative. Ce deuxième jalon, d'une importance capitale dans la carrière d'un matador, s'est tenu dans une arène de premier plan, généralement Las Ventas à Madrid, symbolisant la reconnaissance de son statut et de son talent par l'épicentre de la tauromachie mondiale. Lors de cette cérémonie traditionnelle, Antonio Rojas a tenu le rôle de parrain, une figure d'expérience et de respect dans le monde taurin, tandis que Lorenzo Manuel Villalta officiait comme témoin, attestant de la validité de l'acte et renforçant la légitimité de José Ortega Cano en tant que matador confirmé. Cette confirmation n'est pas une simple formalité; elle atteste de la capacité du torero à se produire dans les plus grandes arènes et à affronter les défis les plus ardus, ouvrant la voie à une carrière internationale et à une reconnaissance plus large de son art.
L'Épreuve du Feu et la Montée en Puissance
La carrière d'un torero est intrinsèquement liée au risque, et José Ortega Cano n'a pas échappé à cette dure réalité. Seulement un an après la confirmation de son alternative, un événement tragique vint rappeler la fragilité de la vie dans l'arène. Un taureau de Victorino Martín le blesse grièvement lors des Fêtes de San Isidro à Madrid, un des moments les plus prestigieux du calendrier taurin. Cette première cornada, c'est-à-dire une blessure infligée par la corne du taureau, fut d'une extrême gravité et marqua le début d'une série de délicats incidents qui ont jalonné sa carrière depuis lors. Les blessures sont monnaie courante pour les toreros, mais une cornada sérieuse, particulièrement d'un taureau de l'élevage Victorino Martín, connu pour la bravoure et la dangerosité de ses bêtes, peut laisser des séquelles physiques et psychologiques profondes. Cet épisode ne fut pas qu'une simple blessure; il devint une épreuve initiatique, le confrontant à la mort de près et testant sa vocation.
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Cependant, c'est souvent dans l'adversité que se forgent les plus grandes légendes. Le premier grand triomphe d'Ortega Cano survient en 1982 à Madrid, un événement qui résonne encore dans les annales de la tauromachie. Ce triomphe est d'autant plus symbolique qu'il se produit face à un taureau de l'élevage Victorino Martín, le même qui l'avait encorné trois ans auparavant. C'est un acte de rédemption, une confrontation avec son propre passé et une démonstration de maîtrise et de courage exceptionnels.
Le 19 juillet 1982, lors de la célébration de la Corrida Extraordinaire de la Presse, tenue dans les arènes monumentales de Las Ventas del Espíritu Santo de Madrid, José Ortega Cano réalise un exploit historique. Il gracie le taureau "Velador" de l'élevage de D. Victorino Martín. Ce taureau, lidié en troisième position, portait le numéro 121, était de robe cárdeno et pesait 520 kg. L'indulto, ou grâce, d'un taureau est une décision rare et honorifique, décernée uniquement lorsque la bravoure et la noblesse de l'animal sont si exceptionnelles qu'elles méritent d'être préservées pour la reproduction. Ce n'est pas seulement un acte de clémence, mais une reconnaissance de la grandeur du toro. Ce jour-là, "Velador" est devenu le seul taureau gracié dans l'histoire de cette plaza emblématique, Las Ventas, considérée comme le temple mondial de la tauromachie. Cet exploit a catapulté Ortega Cano au sommet, non seulement pour sa technique et son art, mais aussi pour l'émotion et la signification profonde de cet événement. Il a démontré une connexion unique avec l'animal, une compréhension qui transcende la simple exécution pour atteindre un niveau d'art et de respect mutuel.
Ces années 80 furent déterminantes et confirmèrent l'émergence d'une nouvelle figure du toreo. Fort de son triomphe retentissant à Las Ventas, Ortega Cano a vu sa renommée s'étendre bien au-delà des frontières espagnoles. Il a commencé à parcourir les arènes de différents pays, marquant de son empreinte des places prestigieuses en Amérique latine, comme celles du Venezuela, de la Colombie ou du Mexique. Cette expansion internationale n'est pas seulement un signe de sa popularité, mais aussi une preuve de son adaptabilité et de sa capacité à captiver des publics divers, chaque pays ayant ses propres traditions et attentes en matière de tauromachie.
Malgré ces succès, la carrière d'un torero est une succession d'oscillations. Après cet événement marquant, l'encornade grave de 1979, qui l'affecterait particulièrement, la chance ne fut pas toujours du côté de José Ortega Cano. Un état d'esprit affaibli se reflétant dans l'arène, il dut faire face à des moments de doute et de performances mitigées. La tauromachie exige une concentration mentale et une confiance en soi absolues, et les blessures, qu'elles soient physiques ou psychologiques, peuvent miner même les plus grands. Le poids des attentes, la pression constante et le souvenir des accidents passés peuvent affecter la "faena", le travail artistique avec le taureau.
Pourtant, dans un nouvel élan de bravoure, Ortega Cano sut se remettre de ces circonstances. Sa résilience et sa passion pour l'art taurin lui ont permis de surmonter les périodes difficiles, le transformant en un artiste du toreo reconnu. Il a démontré cette capacité à se transcender notamment à la Feria de Abril de 1991 à Séville, un des rendez-vous les plus importants et les plus prestigieux de la tauromachie mondiale. Entrant en remplacement de Capea, une autre grande figure, il a culminé une faena extraordinaire, prouvant qu'il avait retrouvé sa pleine mesure et son génie artistique. Ces moments de remplacement sont souvent des opportunités inattendues pour les toreros de prouver leur valeur sous pression, et Ortega Cano a su saisir la sienne avec brio, captivant le public sévillan par son élégance et sa profondeur.
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Une de ses performances en 1984 fut également l'impulsion dont José avait besoin pour relancer sa carrière professionnelle. Ce moment de grâce a agi comme un catalyseur, lui permettant d'augmenter ses corridas la saison suivante, consolidant sa position parmi l'élite taurine. Chaque grande faena, chaque triomphe dans l'arène, n'est pas seulement une victoire personnelle, mais aussi un tremplin pour l'avenir, renforçant la confiance du torero et l'intérêt du public et des entrepreneurs.
Entre Retraites et Retours : Une Carrière Mouvementée
La carrière de José Ortega Cano fut également marquée par une série de réflexions sur son avenir dans le monde taurin, témoignant d'une profonde introspection. Bien que se trouvant à l'un de ses meilleurs moments professionnels, en 1995, il commence déjà à exprimer son intention de se retirer du monde taurin. Ces annonces de retraite, souvent prématurées ou suivies de retours, sont courantes chez les toreros qui, après des décennies de combats et de sacrifices, ressentent le besoin de se consacrer à d'autres aspects de leur vie, tout en étant irrévocablement attirés par l'appel de l'arène. La décision de se retirer est rarement simple pour ces artistes qui ont dédié leur existence à un métier aussi exigeant et passionnant.
Malgré ses doutes et ses pensées de retraite, surmontant les écueils du chemin et retrouvant le moral, il réapparut comme l'une des principales figures taurines du pays. Cette capacité à renaître de ses cendres, à puiser dans ses ressources intérieures pour revenir au sommet, est une caractéristique des grands maîtres. Deux brillantes performances lui firent retrouver le sourire et l'enthousiasme qu'il avait mitigé. Ces moments de reconnexion avec son art et avec le public sont essentiels pour un torero, car l'émotion partagée dans l'arène est une source inépuisable de motivation et de joie. Ils rappellent pourquoi l'on choisit un tel chemin, malgré les dangers et les sacrifices.
Échaudé par les mauvaises expériences de la saison précédente, celle de 1997 fut marquée par des changements. Un torero apprend constamment, non seulement de ses succès, mais surtout de ses revers. Les ajustements peuvent concerner son équipe, sa préparation physique, sa stratégie face aux toros, ou même une réévaluation de son approche artistique. Les débuts de cette nouvelle campagne ne furent pas entièrement satisfaisants, ce qui est une réalité fréquente même pour les toreros les plus expérimentés. Cependant, il réalisa des travaux remarquables dans les arènes de Castellón, Barcelone et principalement celle d'El Puerto de Santa María. Ces arènes, chacune avec son histoire et son public, ont été le théâtre de démonstrations de son art, prouvant que, malgré les difficultés initiales, il conservait sa capacité à exceller et à toucher les aficionados.
Malgré tout, l'année suivante, en 1998, le populaire torero annonce, après de nombreuses réflexions et entièrement dévoué à sa vie familiale, sa retraite définitive des ruedos. Cette décision semblait alors irrévocable, motivée par un désir légitime de consacrer plus de temps à ses proches et à la vie en dehors des projecteurs. Le monde taurin est un sacrifice personnel énorme, et la famille est souvent celle qui en paie le prix. Une retraite définitive permet de retrouver un équilibre et de profiter de la vie familiale, un luxe rare pour un torero en activité.
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Cependant, après quelques années entièrement dédiées à sa femme, ses enfants et son élevage, Ortega Cano réapparaît en 2001. Ce retour, après une pause consacrée à sa vie personnelle et à sa ganadería, prouve à quel point l'appel de l'arène était puissant et irrésistible. Le monde taurin est plus qu'un métier; c'est une vocation, une passion qui s'incruste profondément dans l'âme. La gestion d'un élevage de taureaux est une autre facette de l'engagement taurin, une façon de rester connecté à l'essence de cet art.
La conviction du torero ne semble pas toujours claire lorsqu'en 2003, il annonce de nouveau son départ une fois qu'il aurait honoré les contrats déjà signés. Ces hésitations, ces va-et-vient entre l'arène et la vie civile, sont le reflet d'une lutte intérieure. Elles montrent la difficulté de se séparer d'une identité forgée par des décennies de bravoure et d'art, et la complexité des choix de vie pour un homme qui a connu les sommets de la gloire dans un métier si particulier. Chaque annonce de départ est un moment de tension pour les aficionados, qui craignent de voir disparaître une figure qu'ils admirent.
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