Camille Lacourt, dont le nom résonne avec excellence dans le monde de la natation française et internationale, a marqué son époque non seulement par ses performances sportives exceptionnelles, mais aussi par une trajectoire de vie riche en enseignements et en résilience. Quintuple champion du monde et champion d’Europe, il fait partie de ces sportifs qui ont forgé un parcours d’exception, teinté de gloire, mais aussi d'épreuves, et qui mettent désormais cette expérience au service d’une cause profondément humaine et inspirante. Né en 1985 à Narbonne, Camille est un athlète hors norme qui a découvert son amour pour la natation à seulement 3 ans, une précocité qui allait jalonner les prémices d'une carrière illustre.
L'Éclosion d'un Talent Aquatique : Des Premiers Plongeons aux Objectifs de Haut Niveau
L'eau a toujours été un élément naturel pour Camille Lacourt. Dès son plus jeune âge, il n'a que deux ans quand il plonge pour la première fois dans le grand bain, sous la supervision d’un maître-nageur, se sentant "tout de suite à l’aise, dans mon élément", comme il l'explique lui-même. Cette affinité précoce avec le milieu aquatique s'est rapidement transformée en une passion dévorante. Là où il a grandi, à Font-Romeu dans les Pyrénées-Orientales, il a eu la chance de fréquenter un collège qui lui permettait de bénéficier d’horaires aménagés pour pouvoir s’entraîner une fois par jour. Idem au lycée, il a intégré une filière sport-études où il faisait cinq heures de sport chaque jour en plus des cours traditionnels. Cette immersion constante dans le sport, qui lui permettait aussi de se défouler et d’être avec ses amis, a été fondamentale. Ses parents, le voyant heureux, n'étaient pas trop inquiets pour l'école, car c'était ce qui comptait le plus à leurs yeux.
Pourtant, malgré un talent indéniable, la décision de s’engager dans la voie du très haut niveau n’est venue qu’assez tardivement pour Camille Lacourt. Durant ses années collège et lycée, l'idée d'une carrière professionnelle n'était pas encore pleinement ancrée. Il ne parlait pas trop de carrière, estimant que c'était "trop arrogant, surtout dans le milieu de la natation, très élitiste". D'ailleurs, il concède qu'il aimait aussi "profiter de [sa] jeunesse" à cette époque. C'est après avoir redoublé sa 3e, qu'un de ses professeurs l’avait qualifié d’"agréable fumiste". Ce qualificatif, qu'il se rappelle, illustrait une aptitude nonchalante qui s’appliquait également à sa pratique sportive d'alors. Le véritable déclic n'est survenu que vers l'âge de 18 ans, lorsqu'il a pris "vraiment la décision de [se] consacrer au haut niveau".
Ce moment charnière marque un tournant fondamental dans son approche de la discipline. Aujourd’hui encore, le nageur se souvient nettement du déclic mental que cette décision a provoqué chez lui. Auparavant, comme il l'explique, "quand on fait quelque chose sans objectif clair, l’échec n’est jamais de notre côté. On a toujours une bonne raison d’échouer." Il illustre ce propos en citant des excuses courantes : "sur telle ou telle course on est un peu fatigué, sur une autre c’est à cause d’une douleur musculaire." Ces excuses sont devenues totalement caduques pour l’athlète une fois qu'il a pris la décision ferme de devenir le meilleur. C’est à partir de là, après avoir été "viré de Font-Romeu", qu'il a rejoint le groupe de Philippe Lucas, un entraîneur réputé, marquant le début d'un travail "vraiment sérieux". "Bizarrement quand on travaille beaucoup et que l’on est plus sérieux dans les entraînements… cela fonctionne mieux !", constate-t-il avec le recul. La route vers l'excellence est ainsi devenue "étrange, mais enrichissante", une période où l'on ne sait "jusqu’où on peut aller", un véritable "chemin à long terme".
Un Palmarès Éloquent et des Victoires Mémorables
Pour mettre toutes les chances de son côté et trouver "ce qu’il y a de plus difficile", l’athlète a donc rejoint Philippe Lucas, l’ex-coach de Laure Manaudou. Aux côtés du médiatique entraîneur, le jeune homme nageait alors près de 100 kilomètres par semaine, un régime d'entraînement intense qui allait rapidement porter ses fruits. Philippe Lucas, dont Camille Lacourt a une perception nuancée, n’était pas et n’est pas celui que l’on pouvait toujours voir à la télé. Le nageur précise qu'il n'a "pas vécu du tout un management par la peur, loin de là", malgré certaines images publiques. Cet entraîneur a été présent lors de ses premiers titres de champion de France et quand il a décroché son premier record de France, des moments clés de sa progression.
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Totalisant à son actif cinq titres mondiaux, Camille Lacourt figure parmi les meilleurs dossistes français de la fin des années 2000 et du début des années 2010. Précoce, il a démontré un talent inné pour cette discipline en décrochant quelques années après ses débuts le bronze aux 50 mètres lors du championnat de France cadets. Performant dès son plus jeune âge, Camille établit en 2005 des records aux 100 et 200 mètres dos et décroche ses premiers titres nationaux. Ces succès ont jalonné son parcours, le propulsant sur la scène internationale. Élu nageur européen de l’année cinq ans après, il réalise un exploit et bat le record du vieux continent sur le 100 mètres dos à Budapest en 2010, un moment fort de sa carrière où il a prouvé sa domination.
Parmi ses nombreuses distinctions, une médaille ressort particulièrement. Sans hésiter, il cite "la médaille d’or du 4 fois 100 m 4 nages à Barcelone en 2013". Cette victoire est d'autant plus chère à son cœur qu'il est devenu "champion du monde avec mes potes, et notamment Jérémy Stravius". Le contexte de cette victoire ajoute à sa signification : cette médaille est arrivée "deux heures à peine après ma victoire au 50 m dos en individuel, et six mois après mon burn out, à l’issue d’une contre-performance aux Jeux olympiques de Londres en 2012". Ce doublé historique a démontré sa capacité à rebondir après l'adversité et à atteindre le sommet de son art, marquant les esprits par sa détermination et sa résilience. Six ans plus tard, cet athlète hors norme terminait sa carrière sportive avec brio en remportant la médaille d’or des 50 mètres dos, lors des championnats du monde de Budapest, en 2017. Cette dernière consécration est une belle illustration de sa longévité et de son excellence constante.
Les Ombres du Palmarès : Le Rêve Olympique Inachevé et ses Leçons
Malgré un palmarès international impressionnant, l'histoire de Camille Lacourt avec les Jeux olympiques a été marquée par des hauts et des bas, laissant, c’est vrai, un petit goût d’inachevé. Au fil des ans, le nageur originaire de Narbonne a connu une histoire tortueuse avec cette compétition emblématique. En 2008, un zona, réactivation du virus de la varicelle, lui fait manquer sa qualification aux JO de Pékin. Cet échec a marqué un véritable coup d’arrêt pour Camille Lacourt, qui à l’époque a même manqué de "raccrocher les palmes", soulignant la fragilité du parcours sportif. Philippe Lucas, bien qu'il ne soit plus son entraîneur en 2012, l'a soutenu lorsque Camille ne remporta pas de médaille à Londres, preuve d'une relation au-delà des résultats.
Le plus grand regret de sa carrière, et son plus grand échec sportif, reste de "ne pas avoir réussi à décrocher une médaille aux JO". En 2012, à Londres, il a terminé quatrième, une performance frustrante qui l'a laissé au pied du podium. Il confie n'avoir "pas le sentais en 2012", et qu'il avait dit à son coach qu'il "n’était pas assez fatigué durant les séances d’entraînement", ce qui le pousse à penser qu'il "aurait dû changer d’entraîneur. Oser le faire". Malgré cette analyse rétrospective, il ne lui en veut pas, estimant que c'est "moi qui ai construit mon échec". Cette période fut particulièrement difficile, au point de faire un burn-out après cette quatrième place. Il a ressenti "du déni, de la colère envers mon entraîneur, envers moi-même, puis beaucoup de tristesse… Cet échec, je l’ai vécu comme un deuil", confie le sportif. Après cet échec, il est resté chez lui, sans rien faire, n’ayant plus forcément goût à quoi que ce soit. C’est difficile d’admettre que l’on traverse une mauvaise période, d’autant plus que la dépression, dans le monde des sportifs de haut niveau, était perçue, à tort, comme étant "pour les faibles". Une vision qu'il espère dépassée aujourd'hui. Il a essayé de déconnecter son cerveau.
En 2016, lors des Jeux de Rio, la déception fut à nouveau palpable. Cinquième de la finale du 100 m dos avec un temps de 52''70, Camille Lacourt était forcément déçu de ne pas réussir à accrocher une médaille olympique à son palmarès. Triste évidemment, il affirme cependant n’avoir "rien à regretter". Il a "travaillé comme un chien ces dernières années", il a "tout fait pour être à mon meilleur niveau ce soir". Reconnaissant la supériorité de ses adversaires, il concède qu'ils "ont simplement été plus forts que moi". Il n’a pas réussi à "élever mon niveau de natation". Cela fait partie du jeu, cela fait partie des Jeux. Il restera toujours cette part de tristesse de ne pas compter de médaille olympique dans son palmarès. Le plan était de partir "un peu plus doucement pour revenir vite", mais "ça n’a pas marché". Il insiste sur le fait que, "il y a quatre ans, je n’ai pas perdu à cause de la pression et cette année non plus". La pression, selon lui, n’est "pas différente de celle des Mondiaux, c’est exactement la même". Il a "prouvé moult fois qu’[il] arrivait à y répondre". Ce jour-là, il s'est simplement fait "battre par meilleur que [lui]". Comparé à quatre ans auparavant, il avait fait la saison qu'il souhaitait. Il avait "marché sur mon chemin", s'étant "entraîné dur" et n'ayant "pas de regrets". C’est plus simple d’accepter une défaite dans ces conditions, comme il l'a recueilli à Rio par J. Il y a eu des émotions, il a grandi, il a évolué, acceptant avec humilité que parfois, la performance de l'adversaire est tout simplement supérieure.
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La Force de l'Esprit : La Préparation Mentale, Clé de la Performance et de la Résilience
Les expériences de Camille Lacourt, qu'elles soient victorieuses ou empreintes de déception, soulignent de manière prégnante le rôle fondamental de la préparation mentale dans le sport de haut niveau, et au-delà, dans la vie. Rebondir ne s’improvise pourtant pas, il faut la bonne stratégie ! Dans les hauts comme les bas, Camille Lacourt a misé sur la préparation mentale pour atteindre ses objectifs. D’ailleurs, ironiquement, c’est assez jeune, alors que le haut niveau n’était pas encore un objectif clairement défini, qu’il a commencé à se former à la santé mentale. "Lorsque j’étais en année de STAPS, on pouvait demander un suivi psychologique. À l’époque, je me souviens l’avoir fait car ça permettait de remplacer une séance de natation. Rétrospectivement ça m’a donné un avantage décisif", explique le sportif.
Pour lui, en natation peut-être plus qu’ailleurs, une bonne préparation mentale est essentielle. Le quotidien d’un nageur de haut niveau est particulièrement exigeant : "c’est 7 heures d’entraînements. 5 heures dans les bassins, puis de la musculation. Au-delà, l’effort devient contre-productif." Il y a donc un véritable enjeu à exploiter au mieux ce temps d'entraînement intensif. Et là, la préparation mentale est clé, explique Camille Lacourt, pour qui la même logique s’applique aussi au champ professionnel. Il a souvent vu des nageurs "super talentueux, peut-être plus que [lui], et qui n’ont jamais dépassé leur plafond de verre", développement l’athlète pour qui la différence se fait essentiellement "dans la tête".
Pour ce faire, il mise notamment sur l’établissement d’objectifs clairs. Pour qu’un but ne devienne pas un vague projet, le nageur en est convaincu : "Il doit être réalisable, concret et inscrit dans une temporalité bien définie." Il justifie cette approche en se référant aux neurosciences : "C’est ce que les neurosciences nous apprennent ! Quand on se fixe un objectif, si on ne met rien en place dans les 48 heures notre cerveau oublie ce but." Une fois la feuille de route établie avec précision, il faut tenir sur la longueur, ce qui requiert encore une fois de bonnes dispositions mentales.
D’après Camille Lacourt, le secret pour maintenir la motivation et la performance tient dans le fait de chercher ce qu’il y a de positif dans chaque entraînement. "En dix ans de carrière, on sait qu’on avance, mais c’est dur. Peut-être 2 ou 3 fois dans une vie, on se sent vraiment bien à l’entraînement. Les autres jours, il faut chercher à valoriser sa progression", explique-t-il. Pour illustrer cette mentalité, il partage une image très personnelle : "Tous les jours, en sortant de l’eau, je m’imaginais prendre un « champignon UP » comme dans Mario. Dans ma tête, j’entendais le bruit, il y avait le goût." Cette capacité à trouver des sources d'encouragement internes et à transformer la routine en jeu mental est un exemple concret de sa préparation.
Il pointe également un raisonnement qu'il juge absurde, fréquent "en natation, comme au bureau". Après une mauvaise journée, "les gens se disent qu’ils vont se rattraper le lendemain". Un tel raisonnement est, selon le champion, "une vision négative des choses, et en plus c’est idiot car on ne rattrape pas le passé". L'importance est de capitaliser sur le présent et d'apprendre de chaque expérience sans reporter la responsabilité. Et si le travail vers un objectif exceptionnel est de longue haleine, Camille Lacourt tire un autre conseil des neurosciences pour tenir dans le temps : "Notre cerveau est très mal adapté pour faire différentes choses à la fois. C’est contre l’époque, mais c’est important de travailler de manière monotâche !", affirme le champion du monde. Cette focalisation permet une efficacité maximale et une meilleure progression. Il conclut cette approche par une vision englobante : "Tout le monde peut être le champion de sa vie", soulignant que ces principes sont universels.
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Au-delà des Bassins : Une Nouvelle Carrière Engagée et Inspirante
Après avoir mis un terme à sa carrière sportive, un moment qu'il n'a pas eu "trop de mal à accepter l’idée", Camille Lacourt a entamé une nouvelle phase de sa vie, tout aussi dynamique et porteuse de sens. Ce qui lui a fait le plus de mal était de "prendre conscience de la personne que [j’avais] été". Pendant 10 à 15 ans, il a été un sportif de haut niveau, peut-être pas "au meilleur niveau que j’espérais d’ailleurs", mais "tout tournait autour de [ses] performances". Il a fallu "déconstruire le château de cartes de cette personnalité, pour en reconstruire un autre", afin d'être "davantage en accord avec [lui-même]". Ce processus de reconstruction s'est déroulé alors qu'il était encore "en travaux" lorsqu'il a rencontré Alice, sa nouvelle compagne. Il a "effectivement continué à [se] construire à ses côtés", et ensemble, ils ont trouvé leur équilibre, ce qui lui a permis d'aller "mieux".
Cette transition a vu Camille Lacourt embrasser de nouveaux rôles. Depuis sa retraite des bassins, il a été chroniqueur sur Canal Sport Club et a commenté les grands championnats internationaux de natation pour France Télévision, partageant son expertise et sa passion pour son sport avec un public plus large. Évoquant le plus souvent son parcours sportif, ses accomplissements et ses échecs, il invite son auditoire à maintenir une vision à long terme dans la réalisation d’un projet et à persévérer pour atteindre un objectif donné.
Son expérience unique de sportif de haut niveau l'a également amené à devenir un conférencier très sollicité, notamment dans le milieu entrepreneurial. À Go Entrepreneur, le salon dédié à la création d’entreprise, le quintuple champion du monde de natation a délivré une véritable masterclass sur l’importance de la santé mentale dans l’accomplissement de ses objectifs. Partant de son expérience de sportif de haut niveau, il a divulgué les clés qui l’ont aidé à se surpasser. Invité par Harmonie Mutuelle, le nageur français est revenu sur son parcours en expliquant l’importance de la préparation mentale dans le sport de haut niveau. Un parcours dont les leçons, à plus d’un titre, font écho avec les défis des entrepreneurs. Il donne nombre de conférences en entreprise pour partager son parcours de sportif de haut niveau, notamment sur les exigences qui permettent de réussir, car il croit qu'il y a sur ce point "des similitudes entre le monde du sport et l’entreprise". Son message est clair : "Tout le monde peut être le champion de sa vie."