Le destin de Carlo Pedersoli, mieux connu sous son pseudonyme mondialement célèbre de Bud Spencer, est une mosaïque fascinante de talents éclectiques et de reconversions inattendues. Né le 31 octobre 1929 à Naples, en Italie, il est issu d’une famille de la grande bourgeoisie napolitaine, un environnement qui allait façonner ses premières années. Cependant, la Seconde Guerre mondiale bouleversa son enfance, et en 1940, la maison familiale fut bombardée, poussant la famille à prendre la décision de s'installer à Rome. C’est dans la capitale italienne que le jeune Carlo Pedersoli commença à prendre des cours de natation, une discipline qui allait révéler un talent précoce et lui valoir plusieurs prix en catégorie junior. Ce début prometteur dans les bassins n'était que le prélude à une carrière sportive fulgurante avant que les projecteurs du cinéma ne s'intéressent à son charisme et à son physique imposant.
L'Éclosion d'un Champion Aquatique : Une Carrière de Nageur Inégalée
Après la guerre, l'adolescent Pedersoli dut arrêter ses études pour suivre son père en Amérique du Sud, s'installant en Argentine pour un temps. À son retour en Italie, deux ans plus tard, en 1949, il abordait la vingtaine et décida de reprendre ses études et, surtout, la natation, une discipline dans laquelle il excellait manifestement. Dès 1950, il devint un athlète récompensé qui battit des records en bassin, s'illustrant rapidement en devenant le premier Italien à effectuer le 100m nage libre en moins d’une minute. Le 19 septembre 1950, il marqua l'histoire en réalisant un temps de 59''5, une performance qui fit de lui le pionnier italien à franchir ce cap symbolique. Cette prouesse technique et athlétique ne fut pas isolée ; il entama alors une carrière de sportif de haut niveau, décrochant sept titres consécutifs de champion de natation d'Italie dans la catégorie nage libre. Il abaissa même le record d'Italie à 58''2, une marque impressionnante qui tint durant trois ans. Ses qualités athlétiques le menèrent également à une deuxième place aux Jeux Méditerranéens de 1951, où il termina derrière le Français Alex Jany.
Son engagement dans le sport de compétition ne se limitait pas aux bassins individuels. Carlo Pedersoli intégra également une équipe de water-polo où il enchaîna les victoires jusqu’en 1957. Il s'illustra particulièrement dans cette discipline aquatique collective, remportant le titre de champion d'Italie avec la Lazio (le S.S. Lazio) en 1954, un fait marquant pour le club. Son excellence dans le water-polo fut également reconnue à l'échelle internationale lorsqu'il décrocha une médaille d'or avec l'équipe d'Italie aux Jeux Méditerranéens de 1955. Parallèlement à ces succès, Carlo Pedersoli participa à deux reprises aux Jeux Olympiques. Il se qualifia pour les JO d'été de 1952 et 1956, mais sans jamais dépasser les demi-finales du 100m. Il ne fit pas mieux en 1960. En dépit de ne pas s'être qualifié pour la finale olympique, sa présence à ces compétitions mondiales témoigne de son statut d'athlète de pointe. Après ces années de compétitions intenses, il décida d’abandonner sa brillante carrière sportive en 1957. Des décennies plus tard, en 2007, il retrouva ses premières amours aquatiques en décrochant un diplôme d’entraîneur de natation et de water-polo, prouvant ainsi son attachement indéfectible à ce sport. En reconnaissance de ses exploits, la Fédération Italienne de Natation lui décerna en 2005 le Caïman d'or, soulignant son impact durable sur le sport italien, notamment pour son record historique de 1950 où il fut le premier italien à nager le 100 mètres en moins d'une minute.
Du Bassin aux Écrans : La Reconversion Inattendue d'un Athlète
Les qualités athlétiques de Carlo Pedersoli ne passèrent pas inaperçues. Alors même qu'il était un nageur de haut niveau, il apparut dans des courts rôles de figurants au cinéma, notamment dans des péplums tels que Quo Vadis, réalisé par Mervyn LeRoy en 1951. Il fit également des apparitions dans Vacanze col gangster et Annibal (dirigé par Carlo Ludovico Bragaglia et Edgar G.), ainsi que dans L’Adieu aux armes. Ces expériences précoces sur les plateaux étaient toutefois loin de préfigurer l'ampleur de sa future carrière cinématographique.
Ce n'est qu'au cours des années 60 que son physique massif, marqué par un certain embonpoint, lui permit d'entamer une reconversion aussi inattendue que réussie. Ses véritables débuts à l’écran interviennent plutôt lorsqu’il approcha la quarantaine. En 1967, il fut sélectionné pour jouer dans le western italien Dieu pardonne… moi pas !, un long-métrage sous la direction de Giuseppe Colizzi. Ce film marqua un tournant décisif puisqu'il fut le premier western spaghetti d'une longue série et, surtout, l'occasion pour Carlo Pedersoli de faire la rencontre déterminante de l'acteur Terence Hill.
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À l'instar des autres acteurs italiens de l'époque qui se lançaient dans ce genre cinématographique, Carlo Pedersoli décida d'adopter un pseudonyme à forte consonance anglo-saxonne. Il choisit le nom de "Bud Spencer". L'origine de ce pseudonyme est une anecdote désormais célèbre : il faisait référence à sa bière préférée, la Budweiser, et à son idole, l'acteur américain Spencer Tracy. Ce nom allait devenir indissociable de son image publique. Son passé de sportif de haut niveau lui conféra un avantage certain dans son nouveau métier, lui permettant de réaliser lui-même la plupart des cascades dans ses films. Cette capacité à exécuter ses propres cascades contribua non seulement à l'authenticité de ses performances, mais renforça également sa popularité auprès d'un public conquis par son naturel et son imposante présence physique.
Le Duo Mythique : Bud Spencer et Terence Hill, Rois du Western Spaghetti Comique
Après Dieu pardonne… moi pas !, le comédien enchaîna aussitôt avec plusieurs westerns, qui, à l'origine, étaient plus sérieux. On peut citer 5 gâchettes d’or de Tonino Cervi (1968) et Pas de pitié pour les salopards de Giorgio Stegani (1968), des films où il montrait déjà une certaine puissance à l'écran. Toutefois, le duo avec Terence Hill, né de leur première collaboration, se confirma rapidement et évolua petit à petit vers un registre plus comique. Cette transformation fut amorcée avec des films comme Les 4 de l’Ave Maria (1968) et La colline des bottes (1969), tous deux également réalisés par Giuseppe Colizzi.
Le destin de Bud Spencer et de Terence Hill bascula de manière spectaculaire avec le triomphe absolu rencontré par On l’appelle Trinita, un film réalisé par Enzo Barboni (sous le pseudo de E.B. Clucher) et sorti en 1970. Ce long métrage eut un impact colossal, faisant basculer le western italien dans la parodie et transformant instantanément le duo en des stars internationales. Leur formule était simple mais diablement efficace : des héros débonnaires, un sens de la justice à leur manière, et surtout, des scènes de bagarre mémorables, agrémentées de coups de poings savoureux - de préférence sur le haut du crâne de leurs adversaires - le tout sans jamais se prendre au sérieux. Les spectateurs réclamaient dès lors des comédies avec Terence Hill et des baffes, et les deux comédiens répondirent à l'appel.
Le succès des films d’aventures et de comédie s’enchaîna avec une régularité impressionnante. Parmi les titres marquants de cette période fructueuse, on retrouve Maintenant, on l’appelle Plata (Giuseppe Colizzi, 1972), Attention on va s’fâcher… (Marcello Fondato, 1974), Les deux missionnaires (Franco Rossi, 1974), et le très réussi Deux super-flics ! Leur popularité était telle que l'acteur poursuivait parallèlement une carrière en solo sur grand écran, mais c'est bien en duo que Bud Spencer faisait la joie des gamins et des adultes. Jusqu’au milieu des années 80, il enchaînait les tournages avec son complice pour des films tels que Pair et impair (Sergio Corbucci, 1978), Cul et chemise (Italo Zingarelli, 1979), et Salut l’ami, adieu le trésor !.
Cependant, comme toute formule à succès, celle du duo finit par lasser aussi bien les acteurs que les spectateurs. Les entrées devinrent moins satisfaisantes à mesure que le cinéma italien s’enfonçait dans une période de crise. On retrouva encore le duo dans Les Super Flics de Miami de Bruno Corbucci en 1985, mais l’échec commercial cinglant de Aladdin (également de Bruno Corbucci, 1986), dans lequel Bud Spencer jouait seul, le poussa vers la télévision. Le duo tenta de se reformer une dernière fois à l’occasion de Petit papa baston (réalisé par Terence Hill en 1994), le dernier film dans lequel le célèbre duo joua ensemble, mais l’échec commercial fut malheureusement au rendez-vous. Néanmoins, l'impact du tandem Bud Spencer et Terence Hill a marqué des générations de téléspectateurs, et pour beaucoup, Bud Spencer restera le truculent acteur de western spaghetti et l’inséparable acolyte de Terence Hill, son "meilleur ami" comme l'a commenté un Terence Hill sous le choc, ayant "perdu son meilleur ami." De 1967 à 1994, ils ont distribué les coups de poings dans une vingtaine de films, allant du western spaghetti à la comédie policière, créant un héritage cinématographique unique.
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Au-delà des Poings : Carrière Solo et Multiples Facettes d'un Homme aux Talents Variés
En dehors de sa fructueuse collaboration avec Terence Hill, Bud Spencer, de son vrai nom Carlo Pedersoli, a mené une carrière en solo diversifiée, explorant non seulement d'autres rôles au cinéma et à la télévision, mais également une multitude de passions et d'entreprises qui témoignent de sa personnalité hors du commun.
Sur le grand écran, il a continué à travailler, notamment avec Thierry Lhermitte dans Ange ou démon d'Enzo Barboni en 1990. Après son passage à la télévision suite aux succès mitigés au cinéma, il connut un renouveau de popularité grâce à la série télévisée Extralarge. Entre 1991 et 1993, il incarna un détective charismatique avec son adjoint dans 13 épisodes dont le script avait été écrit par son propre fils, Giuseppe, et la réalisation effectuée par Michael Winslow. Cette série fut un succès, prouvant sa capacité à captiver le public même sans son comparse habituel. On le retrouva par la suite dans un registre inattendu, un pur film d’auteur en 2003, En chantant derrière les paravents, réalisé par Ermanno Olmi. Plus tard, en 2009, il joua dans le film allemand intitulé Killing is my business, honey.
Mais la vie de Bud Spencer ne se limitait pas aux plateaux de tournage. C'était un homme aux multiples talents et passions.
Aviateur et Entrepreneur Aérien
Sa passion pour les airs était particulièrement prononcée. Après le tournage de Maintenant, on l’appelle Plata en 1972, Bud Spencer, homme d'affaires et sportif, s'est lancé un nouveau défi en décrochant son brevet de pilote de jet et d’hélicoptère. Cette nouvelle compétence n'était pas un simple hobby ; elle le conduisit à créer sa propre entreprise de transport aérien, Mistral Air, en 1984. Bien qu'il se soit depuis désengagé de cette société, celle-ci est toujours en activité et opère en tant que filiale de la Poste italienne, témoignant de sa vision entrepreneuriale durable.
Auteur-Compositeur-Interprète
Moins connue du grand public, la facette musicale de Carlo Pedersoli est tout aussi intéressante. Au début des années 1960, sous son vrai nom, il écrivit et chanta deux chansons pour enfants. Une fois sa carrière d’acteur lancée, il enregistra d’autres morceaux qui furent commercialisés, même s'ils ne révolutionnèrent pas la musique. Il possédait également des talents de parolier, écrivant plusieurs textes de chansons pour d’autres interprètes, toujours crédité en tant que Carlo Pedersoli. Une incursion plus récente dans le monde de la musique eut lieu avec la sortie de son album Futtetenne (« Fous-t’en » en napolitain), composé de chansons interprétées en napolitain, en italien ou en français, dont le titre J’aime Paris.
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