Le cinéma français a produit des personnages iconiques, mais rares sont ceux qui ont marqué l’imaginaire collectif avec autant d’insolence et de décalage que Brice Agostini. Brice de Nice, c'est l'histoire d'un grand gosse de 30 ans qui refuse de grandir, et préférerait rester jeune et faire du surf toute la vie, poursuivant son rêve ultime de chevaucher la plus grande vague. Ce personnage, incarné par Jean Dujardin, est devenu un véritable phénomène culturel. Il est né de l'imagination de l'acteur, d'abord en solo, puis en tant que membre de la troupe de comiques les « Nous Ç Nous » dans les années 1990. Apparu pour la première fois aux yeux du grand public dans un sketch télévisé sur M6 en 1995, le personnage de Brice a spontanément plu. Au fil des sketches des « Nous Ç Nous », il a eu le temps de mûrir avant d'échapper à son propre créateur puisque de nombreux sites ont éclos, consacrés au surfeur-frimeur-qui-ne-sait-pas-nager, avec "fan art", courts-métrages amateurs et, bien sûr, diffusion des vidéos d'origine qui ne passaient plus à la télévision depuis longtemps.
L'univers esthétique et psychologique de Brice
La couleur jaune définit donc le personnage dès les premières images. Puis nous découvrons Brice dans son environnement familier : sa chambre. Et c’est à ce moment-là que l’on peut commencer à voir que les objets qui l’entourent sont également assortis : les murs, d’inspiration asiatique, jaune pâle (plutôt qu’écru), et la cassette sur laquelle il s’est enregistré jaune. Albert Einstein était connu, entre autres choses, pour maintenir une constance dans son style vestimentaire. Cela lui permettait d’éviter de perdre une énergie précieuse dans le choix de la couleur de ses chaussettes. Énergie qu’il pouvait mieux mettre au service de sa créativité. Brice, lui, utilise cette uniformité pour affirmer une identité surfacique.
À Nice, Brice Agostini mène la belle vie. Il est fan du film Point Break, en particulier de son personnage principal Bodhi, joué par Patrick Swayze. Aucune vague à Nice ne permet de surfer. Son passe-temps est d'organiser des soirées festives assez « sélect », appelées « Yellow », où il participe à des joutes verbales dont le perdant (toujours son adversaire qu'il "casse") bascule dans la piscine. Ce qui caractérise souvent les personnes faisant partie d’une majorité est leur absence profonde de personnalité, ainsi que l’illusion de croire qu’elles sont uniques. Brice Agostini s’imagine comme étant représentatif de sa ville, comme s’il n’y avait que lui. Tout d’abord, Brice est né avec une cuillère en argent grâce aux malversations de son père. Il n’a connu que la vie facile. « Moi c’est différent, j’suis né dans le luxe, c'est mon élément… ».
Le basculement vers la réalité : l'épreuve initiatique
La vie de Brice se déroule dans l'insouciance, jusqu'au jour où son père, qui blanchit de l'argent pour la mafia sicilienne, est arrêté. Ses biens sont saisis par la police et la domestique de maison est contrainte de démissionner. Brice, qui n'a jamais travaillé, se retrouve sans un sou, perd brutalement ses amis et découvre la vie. C’est là que la réalité s’abat sur Brice alors que son père est dépossédé de ses biens, et par extension lui-même également. Et pour se ressaisir, il trouve un travail, mais son comportement est évidemment inadapté à la situation. Il s’essaie à un emploi de serveur dans un restaurant, mais se fait renvoyer au bout d’une journée après avoir inondé la cuisine.
Pendant sa fuite, il rencontre Marius Lacaille (Clovis Cornillac), un marginal souffrant de difficultés à s'exprimer. Marius apprend qu'il y a une compétition de surf à Hossegor, avec 100 000 $ de prix, montant suffisant pour se payer une opération des pieds, les siens ressemblant à de gros pouces sans autres orteils. À l’hôpital, il rencontre Marius Lacaille, souffrant de déficience mentale. « T’es un mutant ? ». Marius apprend qu’une compétition de surf a lieu à Hossegor, avec un prize money de 100 000 $. Alors il propose à Brice de gagner et de se partager les gains. Malheureusement, Brice n’a jamais vraiment surfé de sa vie bien qu’il se balade en permanence avec sa planche.
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L'expérience des Landes et la confrontation à l'échec
La majorité des scènes de plages dans le film sera tournée à Hossegor dans les Landes. C'est ici que Brice, interprété par Jean Dujardin, rencontre Igor, joué par Bruno Salomone, pour la première fois. « T’es qui toi ? T’es qui la ? Tequila. Brice, Brice de Nice. » La plage de la Gravière, située au nord de la station balnéaire de Biscarosse, est l’un des spots phares pour le surf sur la côte sauvage. Cette plage a également été le lieu de tournage de scènes emblématiques du film Brice de Nice. À Hossegor, la concurrence est rude : il y a Igor d’Hossegor, le maître des lieux, mais aussi Jibé du Tibet, Babacar de Dakar, Loïc du Croisic, Arnaud de Lacanau et Nikos de Mykonos.
Brice devient rapidement populaire dans le milieu, la veille de la compétition, et est largement désigné favori. Mais le jour venu, Brice n’ayant jamais surfé sur de vraies vagues, échoue lamentablement en manquant de se noyer à l’entrée de l’eau sous le regard hilare de tout le public. « Non. Ok j’ai complètement la honte. Ça fait vingt ans que je me prends pour un surfer. (…) Tu sais Brice, faut pas confondre ‘rêver sa vie’ et ‘vivre ses rêves’. » Marius oublie ses rêves d’opération. Il est tombé amoureux de Jeanne (Élodie Bouchez) qui a des oreilles difformes. Brice se rend compte qu’il doit sortir de sa vie de rêve pour vivre dans la réalité.
La transformation de Brice et l'héritage du film
De retour à Nice, Brice travaille au nettoyage de plages. Et à présent qu’il a accepté son destin, la vague vient et il peut en profiter. Lorsqu’un mur d’eau gigantesque apparait au loin, Brice s’empare de sa planche pour affronter cette vague monstrueuse. Ce retour à Nice pourrait lui être salutaire. Il a enfin l’occasion d’apprendre à exister en retrait. Lorsque le rêve de sa vie apparait enfin, il a le courage de l’affronter - sans que personne ne le voit. Malheureusement, Alice l’attend déjà sur la plage.
Le personnage de Brice est devenu une référence culturelle durable. Que celle qui n'a jamais sorti un "J't'ai cassé" entre 2004 et 2006 nous jette la première pierre. De la maternelle au lycée, tous les moins de 18 ans (et les autres aussi, parfois), ont utilisé la phrase rendue culte. Les blagues de Brice de Nice ne volent pas très haut, certes, mais elles sont aussi efficaces que celles que l'on trouve dans les Carambar®. Potaches, un peu crasses… Brice de Nice, c'est aussi une chanson devenue culte : Le casse de Brice. Le Casse de Brice est une reprise musicale de la chanson originale de George Benson, Give Me the Night, sortie en 1980, qui est reprise par Jean Dujardin pour le film.
Analyse des lieux et dimension technique
Passionnés de surf, de plages somptueuses, de paysages grandioses ou de cinéma ? Le film a été en partie tourné en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur mais une autre partie a été tournée en Nouvelle-Aquitaine. La Nouvelle-Aquitaine, région la plus étendue de France, compte 12 départements. Biscarosse, une station balnéaire célèbre pour ses spots de surf, se trouve dans les Landes. Les magnifiques plages de Biscarosse ont notamment été utilisées comme décor dans le premier film Brice de Nice. Le conseil des Ciné Voyageuses : Biscarrosse-Plage s’étend sur 15 km le long d’une magnifique forêt, proposant plus de 100 km de pistes cyclables pour des balades à pied ou à vélo.
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Les premières scènes de plage dans Brice de Nice ont été tournées sur les plages de Nice, bien entendu ! En effet, la plage où Brice attend la "vague parfaite" s’appelle la Plage des Bains Militaires, une plage de galets située tout près du Port de Nice. Pour se prêter parfaitement au personnage de surfeur qu’il incarne, Jean Dujardin a dû suivre une préparation physique de 6 heures par semaine durant 5 mois. Dans le scénario originel, il devait y avoir une scène avec un énorme raz-de-marée. Le film est rentable, très rentable même. Les recettes ont rapporté presque 6 fois plus que ce que le film a coûté. En effet, Brice de Nice a récolté plus de 28 millions d’euros avec ses 4,5 millions d’entrées, alors qu’il n’en a coûté "que" 5,33 millions à produire.
Évolution du personnage à travers les époques
Douze ans après la sortie du premier film, Brice de Nice est de retour dans un troisième volet (le 2, il l'a cassé). L'acteur Jean Dujardin a donné naissance au déjanté (et presque culte) Brice, le surfeur décoloré aux répliques cinglantes mais aux rêves empreints de poésie. J’avais vu Brice de Nice à l’époque de sa sortie et donc plus ou moins dans la cible du film : adolescente et peu éduquée de la culture cinématographique. Pour avoir revu ce film il y a quelque temps, je suis à présent mitigée sur la qualité de celui-ci. L’histoire est assez classique, voire bêtifiante, et le personnage de Brice horripilant pour tout adulte qui a un jour ou l’autre rencontré une difficulté dans sa vie.
Tout le film est centré sur le personnage principal : Brice. Il s’entoure donc de la foule pour se sentir moins seul. « J’te fascine hein ? Plus d’argent, plus d’ami… plus que lui - c’est à dire rien. » L’ironie réside dans le fait que Brice se croit être un surfeur sous prétexte qu’il en a l’attirail, et que ce rôle le positionne en haut de la pyramide sociale. Brice n’a tellement pas de personnalité qu’il ne sait rien faire d’autre que casser les autres, ce qui lui donne l’impression d’avoir un semblant de consistance. Pourtant, dans son nouvel emploi en tant que ramasseur d’ordures, Brice est humble et travaille. Et à présent qu’il a accepté son destin, la vague vient et il peut en profiter. Alice, Brice, Marius et Jeanne font le tour du monde ensemble.
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