Guide Pratique du Remorquage d'un Catamaran en Mer : Préparer, Agir, Sécuriser

Le printemps est le début de la saison, et le début de la saison est le moment où les travaux sur le bateau sont à nouveau repoussés. Sur l'eau, les vieux diesels mal entretenus tombent alors en panne à tour de bras. Mais indépendamment de cette accumulation, personne n'est à l'abri d'avoir besoin d'une ligne étrangère, que ce soit dans le calme plat ou après un échouage, sans parler du pire. De même, chacun peut rapidement se retrouver dans la situation de proposer une aide au remorquage, comme cela doit aller de soi, tant que le remorqueur ne se met pas en danger, dans l'esprit des bonnes pratiques de navigation. Qu'il s'agisse d'un monocoque ou d'un catamaran, les principes fondamentaux du remorquage en mer restent les mêmes, bien que les spécificités structurelles d'un catamaran puissent offrir des avantages ou nécessiter des adaptations dans le choix des points d'ancrage et la gestion des forces.

Les Scénarios Courants et l'Importance de la Préparation

Remorquer un bateau ou se faire remorquer est une situation très fréquente en pleine saison, si l’on en croit les capitaines de port et la SNSM. Tout plaisancier est amené un jour ou l’autre à se trouver dans la situation du remorqueur ou du remorqué. À chaque fois ou presque, c’est une panne qui aurait facilement pu être évitée. Les causes sont multiples : panne d’essence ou avarie du moteur sont des classiques. L’autre scénario, c’est le bateau qui a passé une bonne partie de la journée au mouillage avec le réfrigérateur allumé, la musique et éventuellement la climatisation, épuisant ainsi ses batteries. Un troisième cas, encore pire et particulièrement courant avec les bateaux de location, est celui où le chef de bord n’a pas mis le coupe-circuit ou n’a pas mis la commande au point mort et n’arrive pas à démarrer. Au moment de la prise en main, le loueur va mettre en garde le client mais, dans l’excitation du moment, le message n’est pas toujours entendu ou retenu.

Face à ces situations, la préparation est la clé. Un conseil à mémoriser : toujours avoir à bord un bout de remorquage, en Nylon tressé comme les bouts d’amarrage classiques. Ce cordage doit être robuste et suffisamment long pour les diverses configurations de remorquage. En outre, une connaissance approfondie des techniques de remorquage est primordiale pour assurer la sécurité de tous et l'efficacité de l'opération.

La Sécurité Avant Tout : Principes Fondamentaux du Remorquage

Le remorquage en général, mais surtout dans des conditions difficiles, n'est pas une activité sans danger. Un hauban qui se brise ou des ferrures qui s'arrachent peuvent blesser des personnes, c'est pourquoi seules les personnes absolument nécessaires devraient se trouver sur le pont. Personne ne devrait se trouver dans la zone potentiellement dangereuse, comme par exemple à la proue, où la remorque pourrait brutalement se tendre ou se rompre. Si l'on fait attention à cela, on s'aperçoit vite qu'avec quelques astuces, comme des signes de la main, la communication est plus facile, même en cas de stress, et que les malentendus et les dangers peuvent être réduits. La prudence est également de mise lors du passage du palan et de la communication avec le véhicule de remorquage - pour les deux parties ! Les signaux manuels aident à une coordination fluide et essentielle.

Il est essentiel d'évaluer les risques et les compétences de l'équipage sur les deux bateaux avant de se lancer dans un remorquage. Les conditions ne sont pas toujours aussi clémentes que lors de nos exemples photographiques. En cas de mer agitée, de grandes forces s'appliquent à tous les mouvements du bateau - éviter les éraflures ou les collisions avec le véhicule de remorquage en repoussant le bateau à la force du corps est inutile et met la vie en danger ! Mais normalement, il n'est pas nécessaire de s'approcher aussi près du bateau incapable de manœuvrer.

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Préparation de l'Assemblage de la Remorque : Le Matériel et les Points d'Ancrage

La première étape cruciale pour un remorquage réussi est la préparation adéquate du matériel et l'identification des points d'ancrage solides. Les sauveteurs de la DGzRS remettent en général leur propre palan, dans lequel est déjà épissé un hameçon avec deux yeux. Il ne reste plus qu'à les placer sur les deux taquets d'avant et le remorquage peut commencer. Cette méthode présente plusieurs avantages : le palan est conçu à cet effet et non pas n'importe quelle vieille ligne. Grâce à la fixation simple, même les membres d'équipage stressés ou paniqués ne sont guère dépassés. Mais avec cette méthode, toute la tension repose uniquement sur les taquets, ce qui peut entraîner un arrachement, surtout par mer agitée et en cas de forte pression. De plus, le cordage ne peut pas être relâché sous tension. Une alternative consiste à placer un œil autour du mât (en cas de mâts traversants) si ce point est jugé suffisamment robuste et dégagé pour supporter la charge.

Pour un catamaran, qui possède une structure plus large et souvent deux coques séparées, l'identification de points d'ancrage robustes est primordiale. Les taquets sont des points évidents, mais leur capacité à supporter des charges importantes doit être vérifiée, surtout en cas de fortes tensions. Pour la proue d'un catamaran, l'utilisation d'une patte-d'oie est souvent la solution la plus sûre et la plus efficace pour répartir l'effort de traction. Cette patte-d'oie, formée d'un bout reliant les deux taquets avant ou des points d'amarrage solides sur chaque coque, permet de centrer la traction et de prévenir la déformation ou l'arrachement d'un seul point d'ancrage. Un anneau d'étrave, s'il est présent et accessible, pourrait être tentant, mais la manœuvre pour y passer le bout de remorquage est souvent compliquée et il est parfois difficile à atteindre. Une bitte d’amarrage avant, si elle est conçue pour des charges importantes, offre un excellent point d’ancrage et favorise le maintien du bateau dans l’axe de traction. Il est essentiel de faire attention à ne pas déformer le balcon avant quand la remorque se met en tension, car ces structures ne sont généralement pas conçues pour des efforts de traction aussi importants.

Choix et Caractéristiques de la Ligne de Remorquage

La barre de remorquage doit être aussi longue que possible, cinq fois la longueur du bateau étant considérée comme optimale. Une longueur de 30 à 40 mètres n’est pas délirante, car elle permet d’avoir de la marge en fonction des conditions météo et du poids du remorqué. Le fait de relier deux bouts assure également que la remorque soit suffisamment longue. En outre, elle doit être dotée d'un grand nombre d'étirements afin d'amortir les fortes pressions. L'effet de ressort augmente avec la longueur. Le Nylon tressé, comme celui des bouts d’amarrage classiques, est un excellent choix en raison de son élasticité.

Pour amortir les à-coups, la longueur est cruciale. La tension présente dans le bout sera un indicateur pour juger si la remorque n’est pas assez grande. Une remorque trop courte peut générer des chocs importants entre les deux bateaux, augmentant les risques de dommages. On peut aussi considérer d'autres moyens d'amortissement. Par exemple, certains plaisanciers suggèrent de lester la remorque avec une ancre flottante ou des aussières spécifiques pour stabiliser le bateau remorqué et limiter les chocs. Cependant, il faut être vigilant à ne pas perdre cette ancre en mer et à ce que cela ne crée pas d'autres problèmes. Penser à bien signaler la remorque avec un objet de couleur en son milieu (par exemple un gilet de sauvetage) est également une excellente pratique, afin qu’elle soit bien visible pour les autres bateaux et les jet-skis, évitant ainsi les collisions.

Connexion de la Remorque sur le Bateau Remorqueur

Du côté du remorqueur, afin de répartir l’effort de traction sur deux points, il faut former une patte-d’oie, un Y, partant des deux taquets arrière. Cette disposition est préférable à l'utilisation d'un seul taquet pour répartir les efforts. Elle empêchera le bout de raguer sur le moteur, dans le cas d’une motorisation hors-bord. Réaliser une patte-d’oie sur les taquets arrière reste la meilleure solution pour réussir son remorquage. Au milieu de cette patte-d'oie, il convient de faire un nœud en huit qui sert de boucle d’attache à la remorque. Puis de passer le bout de remorquage dans cette boucle et de faire un nœud de chaise bien ample, pour qu’il soit facile à défaire le moment venu.

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Pour la patte-d’oie, faire un noeud en huit au centre du bout utilisé pour relier les deux taquets arrière. Avec le bout de remorquage (souvent représenté en bleu dans les schémas), faire un noeud de chaise qui passe dans la boucle de la patte-d’oie. Cette boucle facile à nouer reste aisée à défaire malgré les tensions importantes dues au remorquage. Il est préférable de frapper le bout sur les taquets du remorqueur avant d’effectuer le lancer. Faire deux boucles assure le bon déroulement du bout au moment de le jeter au bateau. Ici, le lancement est effectué avec la main droite ; la main gauche suit le mouvement. Lover ensuite le bout de remorquage pour le lancer au bateau remorqué, tout en faisant attention à ne pas emmêler le bout dans l’hélice. Certains bouts de remorquage sont lestés par une pomme de touline qui permet de lancer loin vers le bateau ayant besoin d’assistance.

Le nœud de taquet bien réalisé a l’avantage de tenir la tension et de se défaire facilement. Prenez garde à bien tourner les amarres sur les taquets pour éviter que l’aussière ne tire à faux.

Connexion de la Remorque sur le Bateau Remorqué (Catamaran)

Du point de vue du remorqué, l’idéal est, ici encore, de préparer un bout reliant les deux taquets avant pour faire une patte-d’oie. Pour un catamaran, cette patte-d'oie avant sera généralement plus large et pourrait nécessiter des points d'ancrage sur chaque coque, ou des taquets solidement fixés sur le balcon avant ou la poutre de liaison. Le principe reste de répartir la charge de manière équilibrée sur la proue du navire. L'utilisation d'une remorque qui se bifurque en deux bouts, arrivant par exemple jusqu'aux winchs des écoutes de génois, peut être une solution efficace sur un catamaran, car ce sont souvent des points très solides conçus pour des charges importantes. Cette configuration permet d'absorber la traction sur des points structurellement résistants.

Il faut ensuite y fixer la remorque principale. Le bateau remorqué doit avoir le safran bien droit (barre à zéro) pour rester dans l’axe du remorqueur. La question de savoir si l'on ne peut pas rester à la barre se pose. Dans cette situation, bloquer la barre au centre est généralement la meilleure option pour assurer la stabilité du cap. Mettre quelques degrés sur un côté pourrait entraîner le bateau à dériver de sa trajectoire. Laisser la barre libre de bouger est risqué car elle pourrait se mettre en travers et rendre le bateau instable. Quid de l'éventuelle utilisation d'un pilote automatique ? Si le pilote peut maintenir un cap stable et que la consommation d'énergie est gérable, il peut être envisagé, mais la prudence recommande une surveillance humaine constante, prête à intervenir à tout moment.

Certains se posent la question de dispositifs de stabilisation à l'arrière, comme des aussières ou petites ancres flottantes. Bien que cela puisse aider à stabiliser la trajectoire du bateau remorqué, cela ajoute de la complexité et des éléments supplémentaires à gérer dans une situation déjà délicate. La priorité doit rester la sécurité et la simplicité de la manœuvre.

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Gestion de la Longueur et de la Vitesse de Remorquage en Fonction des Conditions

Dans une mer agitée, la longueur doit être réglée de manière à ce que les deux bateaux se trouvent dans la même partie d'un système de vagues. C'est un aspect crucial pour minimiser les chocs.

  • Dans la situation A (voir illustration conceptuelle), la ligne est trop courte, le remorqueur "descendant" tire constamment le yacht "en amont".
  • Dans la situation B, la ligne est trop longue, cela entraînerait une remontée constante.
  • Si les deux bateaux montent ou descendent une vague en même temps (C), la bonne distance est réglée.

La vitesse de remorquage doit être adaptée au bateau remorqué. Si celui-ci n'est pas en mesure de planer, il ne faut pas le remorquer plus vite que sa vitesse de coque théorique. Il faut conserver une vitesse basse pour remorquer, entre 3 et 8 noeuds maximum selon l’état de la mer. Un timonier avec 50 chevaux peut parfaitement remorquer un voilier de 5 tonnes par mer belle, mais la vitesse doit être ajustée avec précision. Il ne faut pas hésiter à mettre de la distance entre les deux bateaux pour amortir les à-coups et bien lover le bout avant de le jeter au bateau assisté.

Le travail ne s'arrête pas à la remise et à la fixation du palan. La prudence est également de mise lors du passage du palan et de la communication avec le véhicule de remorquage - pour les deux parties ! Les signaux manuels aident à une coordination efficace et à la sécurité de l'ensemble de l'opération.

Le Cas Particulier du Remorquage à Couple : Avantages et Inconvénients

Un cas particulier est celui du remorquage à couple. Dans l’absolu, ce n’est pas une bonne idée, car l’ensemble est moins manœuvrant et, surtout, la moindre vague risque de créer un choc entre les bateaux et de provoquer des dommages potentiels. Le remorquage à couple est déconseillé dans la plupart des situations.

Cependant, c’est parfois la seule option, notamment quand le bateau tracté a une avarie de barre. Erwan Le Canderff nous a raconté une situation où le voilier pris en remorque avait une avarie de barre. Le safran était bloqué d’un côté. Impossible dès lors de garder le bateau dans l’axe en le tractant de manière classique. Le canot SNSM a donc pris le voilier à couple. Les "experts", comme le Salvamento, remorquent des bateaux de toutes tailles en les serrant à couple, peut-être précisément pour des avaries de gouvernail ou des manœuvres complexes dans des zones restreintes.

Dans cette situation spécifique, il faut installer bon nombre de défenses entre les bateaux pour amortir les chocs et éventuellement mettre une garde montante et une descendante pour limiter les mouvements de cisaillement entre les deux coques. Pour un catamaran, la largeur intrinsèque des coques rend le remorquage à couple plus complexe à gérer en termes de placement des défenses et de la dynamique de l'ensemble, mais le principe de stabilisation et de protection contre les chocs reste le même. La manœuvrabilité de l'ensemble est fortement réduite, et il est crucial de n'employer cette technique qu'en dernier recours, en étant parfaitement conscient des risques encourus.

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