Pendant des siècles, les lacs et les forêts de France ont été enveloppés de mystères, de légendes et de traditions fascinantes, où les fées jouent un rôle central. Ces récits, transmis de génération en génération, continuent de captiver l'imagination et de façonner l'identité culturelle de certaines régions. Cet article explore l'univers enchanteur des fées du lac, en mettant en lumière les légendes les plus populaires et les traditions qui y sont associées.
Brocéliande et ses Mystères
Il y a trente ou quarante ans, il fallait beaucoup d’imagination pour sillonner les bois et la lande que l’on appelait encore forêt de Paimpont et voir, dans trois pierres levées, le tombeau de Merlin ou dans une petite mare sale la fontaine de jouvence. Il fallait aussi beaucoup de persévérance pour les découvrir. Aujourd’hui, il suffit de se laisser porter.
Le Centre de l'Imaginaire Arthurien
Le Centre de l’imaginaire arthurien, créé en 1988 par Claudine Glot, est passé par là. D’avril à la Toussaint, l’association prend ses quartiers d’été dans le château de Comper, à côté de Concoret, dans le Morbihan. C’est au pied de cette bâtisse que Merlin construisit le château de cristal destiné à Viviane, c’est sous les eaux du lac jouxtant la propriété qu’il l’enfouit pour le dissimuler aux yeux de tous.
Animations et Expositions
Cette année, l’exposition « Autour de la Table ronde : d’Excalibur au Graal », proposée par le château de Comper, s’est considérablement enrichie et modernisée. Parents et enfants y trouveront matière à rêver. Toute la famille découvrira les origines troubles de Merlin, la lignée prestigieuse du roi Arthur, le rôle des fées de Brocéliande, la salle de la Table ronde et bien d’autres scènes reconstituées avec des mannequins de cire.
Les petits pourront, à leur hauteur, toucher de la peau de chevalier (armure), de la peau de fée (satin), de la peau de dragon, et bien d’autres… Les grands liront les hauts faits des chevaliers, qui ont contribué à la légende de la Table ronde. Excalibur en 3D, la mise en scène des dernières heures du roi Arthur, la naissance de la légende filmée à 360 degrés, l’imagination est en marche. En sortant du château, n’hésitez pas à aller écouter les conteurs ou à discuter avec les libraires qui sont des spécialistes du sujet.
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Exploration de Brocéliande
Avant de partir à l’aventure sur les chemins de Brocéliande à la recherche de l’hôtié de Viviane ou du tombeau de Merlin, mieux vaut réclamer une carte à l’office intercommunal de tourisme de Paimpont. Tout à côté de la sublime abbaye du XIIIe siècle, la Porte des secrets, héritière de l’ancien office de tourisme, a été inaugurée en 2012. Accueil des visiteurs, offre généreuse de documentation, boutique-librairie et, beaucoup plus original, un très beau parcours scénographique d’une heure au cours duquel, de pièce en pièce, on suit Pierre, garde forestier, à travers un périple dans Brocéliande. On y découvre la faune, la flore et bien sûr les monuments légendaires. Belle mise en appétit !
Pour l’exploration des lieux, on peut demander une randonnée guidée et contée. La plus complète, « Il était une fois Brocéliande », dure trois heures et demie. On peut aussi se lancer par soi-même, la signalétique est efficace et les textes sont de qualité. Ce qui semble aller de soi n’a pourtant rien eu d’évident.
Le Tourisme de Brocéliande
Des années durant, les panneaux étaient systématiquement retirés. Parmi les irréductibles opposants au tourisme, on trouvait aussi bien des jeunes soucieux de préserver les mystères de la forêt que des agriculteurs jaloux de leur tranquillité. « Leurs mentalités ont changé lorsque le tourisme de Brocéliande a commencé à employer leurs enfants. Ils ont compris l’utilité de développer une alternative à une agriculture qui n’était pas florissante », explique Claudine Glot, qui contribue grandement à l’ancrage des légendes en ces lieux. Historienne, elle veille à rester au plus près des faits. « Dès le XVe siècle, on trouve, dans un document commandé par Guy de Laval, une description précise de la vie de la forêt dont le nom était Brécilien, laquelle correspond très exactement au cadastre de Brocéliande telle que décrite dans les histoires. À cheval sur deux départements, la forêt de Brocéliande a mis un peu de temps à trouver son organisation. Aujourd’hui, un portail Internet commun aux offices de tourisme de l’Ille-et-Vilaine et du Morbihan, intitulé Destination Brocéliande, est en place. Une confrérie de guides se constitue.
Sites Emblématiques de Brocéliande
À partir de Paimpont (Ille-et-Vilaine), on partira à la recherche de l’hôtié de Viviane, site mégalithique, dans lequel la fée est censée retenir pour l’éternité son cher Merlin. C’est pourquoi le tombeau de Merlin, situé non loin de là, ne saurait abriter le corps de l’enchanteur. Il est, en revanche, un lieu de recueillement pour beaucoup qui y déposent en masse les mots exprimant leurs espoirs et leurs prières. À partir de Tréhorenteuc (Morbihan), où se trouve l’étonnante église du Graal - dont les vitraux, réalisés à la commande de l’abbé Gillard, réunissent dans un même langage les mystères du Saint Graal et la passion du Christ -, on peut découvrir la beauté du Val sans retour. Fief de la fée Morgane, c’est là qu’elle découvrit son amant, le chevalier Guyomar, dans les bras d’une autre femme et transforma le couple en pierres.
Le rocher des faux amants est toujours visible, et le Val sans retour a été longtemps redouté car il emprisonnait à jamais les cœurs infidèles. L’enchantement fut levé par Lancelot. On peut, aujourd’hui, parcourir la lande rose sans craindre d’y demeurer prisonnier. Et ainsi rentrer chez soi, heureux d’avoir si bien allié une soif de nature avec une si belle légende.
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Le Lac à la Dame : Un Écrin de Mystères dans le Jura
Le Jura, avec ses paysages vallonnés et ses forêts denses, abrite également des lieux empreints de légendes. Le Lac à la Dame, situé près de Foncine-le-Bas, est un petit lac poissonneux de deux ou trois hectares et profond d’à peine 15 mètres. Sur sa rive nord se trouve un petit hameau, à l’extrémité ouest les Monnets, et à l’autre extrémité une seule maison proche d’un petit pont qui donne passage au Seigne, ruisselet, qui s’en va rejoindre la Saine par Grataloup, au bas de Malvaux.
Histoire et Propriété du Lac
Outre la route qui le relie à Foncine le bas par les Fumey et à Fort du Plasne, ce hameau est proche d’un chemin forestier menant à la Vie du Four puis à Entre deux Monts. Ce chemin était encore très fréquenté en 1925. On sait par Jean-Baptiste Munier, que le 19 décembre 1735, le sieur Marmet, avocat au parlement, ancien mayeur de Salins, procureur général de M. le comte de Watteville seigneur de Château-Vilain, Foncine et autres lieux, passa acte d’assensement du lac de Foncine le bas dit le lac à la Dame par le sieur Etienne-François Jeannin, horloger. Le prix de cet assensement fut payé au moyen de la construction de la sonnerie d’une horloge posée au Château-Vilain et d’un cens annuel de trois sols … Rousset nous apprend d’autre part que vers 1850, le lac à la Dame appartenait à M. Guérillot, ancien seigneur de la Chaux des Crotenay. A la fin du 19eme siècle, on trouve au hameau, dit tantôt "lac à la dame", tantôt "vers le lac", de nombreux Michoudet et quelques Jacquet et Blondeau.
La Légende de la Dame du Lac
Selon Jean-Baptiste Munier, à la source de la Saine, une jeune fille se serait précipitée dans le gouffre, et son ombre reviendrait faire des apparitions dans nos parages solitaires. C’est la Naïade ou la fée de la source. Mais elle n’est pas seule dans le pays. Or, dit M. Monnier dans l’annuaire de 1848, ces particularités nous renseignent sur une époque de transition du culte des Gals, au nouveau culte romain elles nous portent à considérer la Dame de fons Sène, comme une druidesse ou comme un oracle attaché d’abord au culte de la source; puis converti au christianisme, à l’époque où l’évangile prévalut au fond de nos montagnes, dernier refuge des druides. La dame du lac s'est promenée un peu partout dans le canton des Planches.
Le "Jura Français" a publié en 1978 un charmant "Conte pour une veillée" de Cl. "L'ancien village gaulois (il l'avait baptisé la Clairière Bleue), s'est effacé dans la poussière du temps mais la Sainte Fontaine est toujours là. Une rivière en coule toujours. On l'a nommée la Saine. Les anciens disaient jadis qu'une Dame Blanche, d'une merveilleuse beauté s'élançait parfois de la vasque de la fontaine et s'en allait cueillir des fleurs qu'elle répandait sur l'eau pure. Bienheureux ceux qui ont vu la jeune fille, car c'est un signe de bonheur en amour. Certains ont vu un beau cavalier à la cape blanche arriver et emporter la belle Dame par dessus la forêt et s'enfoncer dans le Maldru après avoir fait trois fois le tour de la Tioulette.
L'Oratoire à Pardon et les Loups-Garous
Jean-Baptiste Munier rapporte une histoire qui se passe entre Fort du Plasne et Foncine le bas, c’est à dire, pourquoi pas à la Grange à la Dame. Entre le territoire de Fort du Plasne et celui de Foncine le Bas était un oratoire appelé oratoire à pardon. C’était un lieu d’asile comme la croix de Miséricorde à Arlay. D’où vinrent les premiers habitants de Fort du Plasne ? La tradition populaire nous l’apprend.
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A la limite septentrionale du territoire de Fort du Plasne existait avant 1793, l’oratoire à pardon que tous les vieillards assurent avoir été un lieu d’asile, auquel avaient recours les individus qui, s’étant brouillés avec la justice, ne voulaient avoir affaire qu’à la miséricorde de Dieu. Les seigneurs établissaient de ces lieux privilégiés dans les contrées où ils désiraient attirer les colons pour défricher les déserts et les peupler de sujets. Il est bien à présumer que l’oratoire à pardon dût son établissement à des considération temporelles et politiques.
Nous nous garderions bien cependant de prendre pour une famille de réfugiés de ce genre, la petite population qui s’est groupée près de là et qui est connue de tout le monde sous le nom emprunté de "famille du pardon". L’enceinte, privilégiée était circonscrite; il s’en suit que, lorsque le transfuge en sortait, rentrant dans la condition commune, il avait aussitôt à rendre compte de ses actions antérieures; ce n’était qu’à la faveur d’un déguisement que notre homme parvenait à se tirer d’affaire; et dès lors, rien de plus simple que de s’affubler des peaux de bêtes fauves. Voilà l’histoire des loups-garous de nos montagnes.
Les loups-garous du Maréchet, hameau de Fort du Plasne, le plus voisin de l’oratoire à pardon, sont célèbres dans tous les contes des veillées. On pourrait se demander si ce malheureux n’était pas un habitant du Maréchet ou de Sous le Mont-Noir. Selon le manuscrit de Buchet en 1810, on croyait anciennement que les gens de cette région étaient pour la plupart des sorciers, et que tous les soirs ils se rendaient dans les forêts, au lieu-dit de la Bajuette, pour se divertir et conférer avec le diable.
La Grange à la Dame : Entre Réalité et Légende
"AU XIIème siècle, le Haut-Jura sortait de ces périodes tragiques qui, de calamités en désastres anéantissaient en quelques mois toutes les populations pré-installées. Ils étaient 43, originaires de Savoie ou des plaines suisses, en quête de lieux favorables pour installer leurs communautés. On leur accorda à chacun un "voisinal", coin de terre sur lequel ils pourraient bâtir leur maison et pratiquer une culture de subsistance. On connaît leurs noms. Certains y ont attaché leurs patronymes. L'ancêtre de la Grange à la Dame portait un nom singulier, Martin GAUSET.
"Vers le Lac", au Nord-Ouest du lac, est devenu "la Grange à la Dame", sa mise en valeur dépendant d'une grange, "le mont à la chèvre". On dit que c'est vers le sommet de ce mont, quarante mètres au-dessus du lac, que sorciers et sorcières rencontraient leur satanique maître. Olivier Bisiaux, qui a grandi à la Grange à la Dame et qui s’est expatrié dans la Haute Garonne, se souvient d’un climat rude et des habitants qui sont un peu à son image.
Le froid isole les familles; les terres et le bétail alimentent les querelles ancestrales. L’un menace de son fusil son voisin chaque fois qu’avec ses vaches, il passe devant chez lui. Un autre se serait débattu au milieu du lac pendant une heure et serait mort noyé sans que personne ne l’entende ni le voit. Une dame paranoïaque, appelée la Chique, avait peur qu’on la tue. Elle se promenait en calèche avec son mari installé derrière et armé d’un fusil. Après sa mort on a raconté qu’une horloge fonctionna pendant un an sans que personne ne vienne la remonter. Il semblerait que son fantôme continue à hanter les lieux.
Tragédies et Anecdotes
Plus grave : le 16 juillet 1876, cinq jeunes filles, toutes originaires des villages voisins, s'embarquèrent sur un frêle esquif. Le bateau, trop lourdement chargé, chavira au milieu de la nappe. L'endroit semble décidément propice à la noyade : le 1er janvier 1879, Joseph Guy est retrouvé mort dans la rivière, près du Lac à la Dame. Le 11 février 1871, c'est François Joseph Blondeau qui se noie à son tour dans le lac.
Et, bien plus pire, comme on disait, mais pas très certain : un couple avait adopté une règle de sélection génétique bien particulière. La femme était enceinte chaque année. Les garçons qui venaient au monde avaient droit à la vie. La première fille aussi; elle serait utile dès sa sixième année. Les filles suivantes étaient soumises à un simple exercice. Le père les portait à hauteur de la chéneau du toit. Celles qui faisaient le geste de s’accrocher à ce cheneau étaient sauvées; elles sauraient garder l'argent à la maison, les autres tombaient et étaient abandonnées aux renards.
Ne parlons pas de la Carcasse qui des Voigneurs descendait à Foncine le bas par la Grand-Vie, ni du Tord cou qui avait sa fouilla près de la Vie du Four. Le Lac à la Dame n’est tout de même pas aussi noir que ça. Rousset écrit, vers 1850 qu’il était très poissonneux. Numa Magnin a promené la Bique dans ces chemins.
Gargantua et la Création du Lac
Ne parlons pas de Gargantua. On sait qu’après avoir tari la source du Drouvenant près d’Uxelle (Il avait dû déplacer un rocher, devenu le rocher à Gargantua, pour pouvoir assouvir sa soif), il avait dû, en arrivant à Fort du Plasne, satisfaire un besoin naturel. Posant un pied sur le Mont à la chèvre et l’autre sans doute sur les Voigneurs, il avait créé le lac dont il est question. Peut-être le champ baptisé la Campène est-il une empreinte de ce pied de Garguantua. Il est situé sur le flan du Mont à la Chèvre.
La Campène et les Foins
François venait chaque année y faucher sa dernière voiture de foin. Un tout petit champ au milieu des bois et des noisetiers. On y accédait par la Grand-Vie et les Fumey puis par un chemin pentu et perdu sous des buissons d’épines. Entre les foins et la moisson - car on moissonnait encore à cette époque - il y avait quelques jours de calme. François s’assurait que le beau temps serait là. Il ne voulait pas risquer de devoir aller encucher le soir puis rétendre le lendemain. Pour cela il avait bien un baromètre mais il se fiait davantage au vent.
De bonne heure il chargeait sur le baria : faux, fourches, râteaux, perche à foin, corde, chasse-mouches et le panier à casse-croute avec deux bouteilles de limonade (fabrication maison et enveloppées dans un sac de jute pour rester fraîches) … Il attelait la Poulette et s’installait sur le bord du baria après avoir placé un sac sous ses fesses. A l'arrivée, François jetait un oeil au terrain puis saisissait sa faux qu’il avait enchaplée (battue avec un marteau spécial pour l'aiguiser) la veille. Il faisait des andains bien droits, allait chercher l’herbe jusque sous les buissons. Les gamins étendaient, tournaient, puis retournaient le foin fauché. Et surtout courraient aux alentours à la recherche des fruits sauvages : noisettes, fraises des bois, framboises, …
Vers midi la Margot arrivait à pied. Elle avait attaché les vaches qui avaient fuit les tavins en bezillant. Elle apportait un gâteau, reste de la fête et une thermos de café. Aussitôt le repas terminé, elle faisait ses cinq minutes quotidiennes (un somme), puis en ratelant, distribuait conseils et reproches. Vers cinq heures on andainait, on râtelait encore puis on chargeait. François était sur la voiture; il rangeait le foin que la Margot lui tendait au bout de sa fourche. Il faisait ça "au carré", comme un paquetage à la caserne. Enfin on perchait, on peignait, pour que le foin ne se perde pas dans les épines du chemin de retour.
La Margot s’assurait que rien n’était oublié, que le champ était bien râtelé et la voiture bien peignée. Et elle pressait le départ car il fallait, en arrivant à la ferme, boire le jus et traire les vaches. Tout le monde grimpait sur le foin bien rangé. Les gamins avaient ramassé quelques fleurs des champs et ils fixaient ce bouquet au haut du fréti. François restait à pied, près du cheval jusqu’à une petite pente du chemin, car là il fallait serrer la mécanique pour que la voiture ne s’emballe pas. Puis il reprenait sa place les guides en mains. Les foins étaient finis …
Tout cela se passait au siècle dernier, à une époque où même la Kiwa n'existait pas. Il y avait bien la galère; ce lourd râteau en fer de deux mètres de large qu’il fallait tirer. Mais on ne l’amenait pas à la Campène. Heureusement ! Les petits râteaux étaient plus légers et la Margot les maniait adroitement. On ne fauche plus à la Campène. On ne fauche plus à la main et les outils modernes ne daignent pas s’abaisser à de si petits travaux. En 1930 Il y avait à Foncine une vingtaine de cultivateurs et François n’avait jamais trop de foin. Et surtout, il n’aurait pas voulu laisser un coin de terre en friche.
Le Noyer Maudit du Château de Ripaille
Après la légende de la Mer de Glace ou de celle du Pont du Diable, il existe un récit qui a fait frissonner des générations et qui continue de captiver l’imagination : le mystérieux noyer du château de Ripaille. Le château de Ripaille est un ancien manoir, un haut lieu historique, culturel et même viticole de Haute-Savoie.
L'Histoire du Batelier et de l'Homme en Noir
Autrefois, à une époque lointaine, des bateliers courageux naviguaient sur les eaux mouvementées pour conduire les gens entre Thonon et Lausanne. Par une soirée pluvieuse, alors que les vagues se fracassaient contre les rochers et que la lune jouait à cache-cache avec les nuages, un batelier venait d’amarrer sa barque à Lausanne après sa journée de travail. Soudain, un homme, dont la carrure imposante se détachait à peine dans l’obscurité, arriva. L’homme, vêtu d’un large manteau sombre dont la capuche cachait le visage, portait une grosse malle en bois.
Le batelier refusa d’abord, prétextant qu’il était trop tard pour une telle traversée. Mais, l’homme en noir insista fermement : “Non ! Si tu effectues cette traversée pour moi, je te récompenserai grassement“. La promesse d’une telle rémunération fit changer d’avis le batelier, qui accepta malgré les conditions. Il aida alors l’homme mystérieux à embarquer et tenta de charger le coffre en bois, extrêmement lourd. Après plusieurs essais, il réussit enfin à installer le coffre au milieu de la barque, pour maintenir l’équilibre et ne pas la faire chavirer.
Piqué par la curiosité, le batelier demanda à l’homme pourquoi son coffre était si lourd. L’homme révéla alors qu’il était rempli de diamants, nombreux et d’une pureté exceptionnelle. Il se vanta d’être l’homme le plus riche du monde et exprima son intention de présenter ses richesses dans les cours royales d’Europe.
Le Vol et la Malédiction
Soudainement, dans une manœuvre, le batelier fit tanguer la barque, projetant l’homme dans les eaux du lac agitées et sombres. Il prit, évidemment, bien soin de ne pas faire chavirer le coffre ! Ignorant les cris de détresse de l’homme en train de se noyer, le batelier, sans hésiter, poursuivit sa route. Peu de temps après, le batelier atteignit le port de Ripaille. Avec précaution, il sortit le coffre de la barque et l’ouvrit pour y découvrir le trésor : des centaines de diamants, chacun plus gros que le poing. Il glissa le plus petit de ces joyaux dans sa poche et décida de cacher le reste de son butin pour plus tard. Il avait l’endroit parfait en tête : la vieille tour du château de Ripaille, à moitié en ruine et abandonnée.
Dans le silence de la tour du château, le batelier ne put trouver le repos. Brusquement réveillé, il vit apparaitre devant lui la tête du diable, furieux de s’être fait voler son trésor. Le diable, dans un accès de colère, maudit le batelier : “Tu m’as volé ! Tu ne profiteras pas de ton crime : changé en noyer, tu seras noyé comme moi ! Cette valise est pleine de diamants et pour ton supplice, chaque année, à minuit, la même nuit, les fruits que tu porteras se transformeront en diamants. Je reviendrai les cueillir moi-même et ne te laisserai que de vulgaire noix !” hurla-t-il.
Dans sa colère, le diable saisit le batelier et, avec une force surhumaine, le sortit du château pour le planter dans le sol ! Sous le regard furieux du diable, le batelier se métamorphosa lentement en arbre, en noyer pour être précis, qui prit racine juste devant la tour du château. Une fois sa vengeance accomplie, le diable disparut, s’enfonçant calmement dans les eaux profondes du lac.
Selon la légende, on raconte toujours que chaque année, à la date anniversaire de cette malédiction, un phénomène étrange se produit sur le lac. Les eaux se déchaînent, contraignant les bateliers à rester à quai. À la tombée de la nuit, le diable émerge des profondeurs et disperse les nuages d’un revers de la main. Sous le clair de lune, les noix de l’arbre maudit se métamorphosent en diamants.