Le 1er avril est sans doute la seule date de l’année où la méfiance est une vertu et où l’absurde devient la norme. Cette journée particulière, connue sous le nom de poisson d’avril, ou « April Fool’s Day » en anglais, tombe toujours le 1er avril. C’est une occasion où l'on plaisante, on rit, et on fait des farces, une tradition célébrée dans de nombreuses cultures à travers le monde. Mais pourquoi cette date précise a-t-elle été choisie pour les canulars ? Et pourquoi associe-t-on le poisson à cette journée ? L'origine exacte de cette coutume est débattue, mais plusieurs théories fascinantes tentent d’expliquer les racines de cette journée dédiée aux farces, qui daterait du Moyen Âge dans plusieurs pays de l’Europe du Nord. Loin d'être récente, cette tradition invite à une plongée historique pour en saisir toute la richesse.
Les Origines Complexes du Poisson d'Avril : Entre Réforme Calendaire et Symbolique du Poisson
Plusieurs théories essaient d’expliquer les origines du poisson d’avril, dont la tradition de faire des farces existe depuis longtemps. L’hypothèse la plus populaire, et la plus célèbre en France, explique la date du 1er avril par la réforme calendaire du XVIe siècle. En effet, depuis le 7e siècle, l’Europe du Moyen Âge suivait le calendrier julien, introduit par Jules César en 46 av. J.-C. Dans ce cadre, l’année commençait à des dates variées selon les régions et les villes européennes, comme Noël, le 1er mars ou le 25 mars, correspondant selon le calendrier julien au Jour de l'an. Le 25 mars notamment était associé à la fête de l'Annonciation à Marie avec la tradition de s'échanger des étrennes. En France, l'année civile débutait à différentes dates selon les provinces, mais dans celles où elle commençait le 25 mars, il était courant de prolonger les fêtes mariales jusqu'au 1er avril. C’est le roi Charles IX qui, par l'Édit de Roussillon en 1564, a décidé que l'année débuterait désormais le 1er janvier. Ce changement avait l’avantage non seulement d’uniformiser la date à laquelle commençait l’année, mais encore il corrigeait une erreur de calcul de l’ancien calendrier julien.
Selon la légende, l'information s'est diffusée lentement, et de nombreuses personnes eurent des difficultés à s'adapter au nouveau calendrier, tandis que d'autres n'étaient pas au courant du changement ou refusaient de l'adopter, continuant à célébrer le Nouvel An au début du mois d’avril. Ces "retardataires" du Nouvel An auraient ainsi été moqués. Pour se moquer d'eux, certains profitèrent de l’occasion pour leur raconter des histoires drôles et leur remettre de faux poissons correspondant à la fin du Carême. Ainsi serait né le fameux poisson d’avril, le jour des fous, le jour de ceux qui n’acceptent pas la réalité ou la voient autrement. Vingt ans plus tard, le pape Grégoire XIII promulgue le nouveau calendrier en 1582, généralisant cette mesure à l’ensemble des pays chrétiens.
Parallèlement à cette explication calendaire, une autre théorie relie la coutume du poisson d'avril à la période du Carême chrétien. Cette période de jeûne et d’abstinence de quarante jours, en référence aux quarante jours de jeûne de Jésus-Christ dans le désert, tombe souvent au mois d'avril. À cette période de l’année, la viande était souvent interdite, mais le poisson autorisé, ce qui en faisait un aliment de première importance. Une première explication relie donc le poisson d'avril à la Pâques qui marque la fin du jeûne du Carême, le poisson prenant une place alimentaire essentielle à cette période. De plus, la date du 1er avril tombant en pleine période de Carême, où la consommation de viande était proscrite, le poisson devenait l’aliment principal.
D'autres hypothèses, parfois moins probables, enrichissent la compréhension des origines de cette tradition. Les Romains, de leur côté, célébraient la déesse Vénus, née, selon la mythologie, de l’écume de la mer au mois d’avril. Certains avancent également une origine liée au signe zodiacal des Poissons, qui s'étend de la fin du mois de février à la fin du mois de mars. Une autre explication possible, mais moins probable, serait la déformation du mot « passion » en « poisson », renvoyant à la passion du Christ et à son renvoi « d’Anne à Caïphe, de Caïphe à Pilate, de Pilate à Hérode, et d’Hérode à Pilate ».
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L'usage de donner un poisson comme farce pourrait également être lié à la pêche. Une explication fait allusion à l’usage, courant dans plusieurs pays, d’ouvrir la saison de pêche le 1er avril, ou au contraire, dans d'autres, de la suspendre afin de respecter la période de reproduction. Pour se moquer un peu des pêcheurs, que les poissons peu nombreux à cette époque de l’année boudaient, on leur accrochait un vrai poisson dans le dos. Pour faire un cadeau aux pêcheurs, et pour se moquer un peu d'eux car la pêche était soit trop facile (abondance le jour d'ouverture), soit infructueuse (jour de suspension), on leur offrait un hareng. C'est alors qu'une habitude populaire se serait installée : on accrochait subrepticement un vrai poisson dans le dos des gens. Comme les habits étaient plus larges à l'époque, les victimes ne s'en apercevaient pas tout de suite, de sorte que le poisson devenait de plus en plus gluant et puant. Ainsi serait né le goût de faire ce jour-là des petits cadeaux pour rire, des plaisanteries ou des mystifications. Une autre histoire de pêche, celle-ci de la Bibliothèque du Congrès américain, viendrait du fait que, contrairement à l’hypothèse précédente, les poissons se reproduisent généralement au printemps, devenant par le fait même plus abondants et plus affamés et, par conséquent, plus faciles à attraper en avril.
La locution « poisson d'avril » est attestée au XVe siècle : sa plus ancienne occurrence connue se trouve dans le Doctrinal du temps présent de Pierre Michault, daté de 1466 ; elle y désigne un « entremetteur, intermédiaire, jeune garçon chargé de porter les lettres d'amour de son maître »[3]. Cet emploi est confirmé par le Livre de la Deablerie d'Eloy d'Amerval, daté de 1507-1508[3]. Son emploi pour désigner une « tromperie, mystification traditionnelle du 1er avril » n'est attesté qu'au XVIIe siècle : sa plus ancienne occurrence connue se trouve dans La Vie de Charles V, duc de Lorraine, de Jean de Labrune, daté de 1691[3]. L’expression « poisson d’avril » trouve également sa première mention dans un poème flamand de 1561 écrit par Eduard de Dene. Ces attestations historiques soulignent l'évolution de la signification de cette expression au fil des siècles.
Les Traditions et Coutumes Internationales du 1er Avril
La façon de célébrer le 1er avril varie considérablement d'une région à l'autre, bien que l'esprit de farce et de légèreté reste universel. En France, en Belgique, en Italie et dans les régions francophones de Suisse, la tradition consiste à coller un poisson en papier dans le dos des autres sans qu’ils s’en aperçoivent, avant de s’exclamer « Poisson d’avril ! ». Les petits Français aiment bricoler et colorier les poissons qu’ils tenteront de coller dans le dos de leurs camarades sans qu’ils s’en aperçoivent. La coutume voulait, au moment de la réforme calendaire, qu’on fasse des farces ou qu’on se déguise comme quelqu’un d’autre pendant le carnaval ; pour se moquer des uns et des autres, des gens à l’esprit un tantinet farceur leur auraient raconté des histoires drôles en leur collant de faux poissons sur le dos.
Dans le Royaume-Uni et aux États-Unis, on parle de l’« April Fool’s Day ». En Angleterre et aux États-Unis, la coutume veut que l’on joue des tours à ses amis après quoi on crie « April Fool ! ». Quant aux Écossais, ils apprécient tellement cette fête qu’ils l’étalent sur deux jours. En Écosse, les festivités durent effectivement deux jours. La journée du 1er avril correspond au « Huntigowk Day » (« gowk » signifiant « sot ») et la coutume veut qu’on fasse des farces à ses amis. Le premier jour est appelé « Gowkie Day », faisant référence au coucou, symbole du fou, et est dédié aux plaisanteries. Au Portugal et au Brésil, à l’égal des Écossais, on célèbre la fête pendant deux jours également.
D’autres pays ont des traditions plus spécifiques. Chose curieuse, le tour le plus commun au Mexique consiste à emprunter un objet à un ami et à le remplacer par des bonbons et un petit mot indiquant à l’ami qu’il s’est fait avoir. Il existe d'ailleurs en Espagne et en Amérique Latine une fête comparable, qui tombe cependant le 28 décembre. C’est le « jour des Saints Innocents » (día de los santos inocentes ou día de los inocentes) ou « massacre des Innocents », qui commémore le massacre des enfants de Bethléem de moins de deux ans ordonné par Hérode (selon l'évangile de Matthieu 2-16). Croisé avec des rites païens comme la fête des Fous, il est devenu le jour des plaisanteries et des canulars, à la manière du premier avril.
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En Grèce, le 1er avril, appelé « protos aprilis », prend une dimension superstitieuse, voire quasi-spirituelle. On dit que le farceur dont la plaisanterie fonctionne aura de la chance pendant toute l’année. En Inde, dans le cadre de la fête de Holi, il est coutumier de se faire des plaisanteries, notamment en essayant de s'asperger mutuellement de couleurs. Cette fête a lieu généralement en mars, au début du printemps, et partage cet esprit de jovialité et de facétie.
Une règle commune à beaucoup de ces célébrations est celle du timing : traditionnellement, les blagues s’arrêtent à midi. Après cette heure, il n'est plus de bon ton de faire des blagues, et le célèbre cri "Poisson d'avril!" marque la fin de la période où l'on peut jouer des tours.
L'Art du Canular Médiatique et Publicitaire à Travers les Âges
Le 1er avril n'est pas seulement l'apanage des enfants ou des amis ; les médias aussi font des plaisanteries ce jour-là. Cependant, leurs « canulars » sont souvent beaucoup plus élaborés, jouant sur la crédulité du public avec des histoires insolites, parfois relayées par des titres de presse ou des reportages vidéo. Ce jour-là, les médias diffusent de fausses histoires insolites et on se joue des tours. Il est donc important de faire attention à ce que l'on lira dans les journaux, à ce que l'on verra à la télévision ou sur Internet. À l’ère des fake news, le défi pour les médias et les marques est de rester drôle sans être malveillant, de surprendre et d'amuser sans créer de confusion ou de fausses informations dommageables.
De nombreux canulars célèbres ont marqué l'histoire du 1er avril, montrant la créativité et l'ingéniosité dont peuvent faire preuve les farceurs. En 1957, la BBC a diffusé un reportage sur la récolte des spaghettis dans des arbres en Suisse. Des milliers de gens ont appelé par la suite pour savoir comment en planter, témoignant de l'efficacité de cette farce. Plus tard, en 1998, Burger King a publié une publicité pour le « Left-Handed Whopper », un burger spécialement conçu pour les gauchers, avec les ingrédients pivotés de 180°. Ce canular a également suscité de nombreuses réactions et interrogations. En 2008, la BBC a de nouveau frappé avec une vidéo montrant des manchots volants quittant l’Antarctique pour migrer vers l’Amazonie, une image mémorable qui a dupé de nombreux spectateurs. Un canular historique remonte même à 1857, avec un bon pour assister au « lavage des lions » annuel à la Tour de Londres, à la date du mercredi 1er avril.
Plus récemment, les canulars continuent d'évoluer avec l'actualité et les préoccupations contemporaines. La Régie autonome des transports parisiens, la RATP, a annoncé une "première mondiale", se réjouissant de sa toute nouvelle compagnie "100 % électrique", promettant des "trajets courts" via sa "classe debout : une nouvelle façon de voyager, pratique et optimisée". Pour finir de convaincre ceux qui ne l'étaient pas encore, la RATP a sorti un argument de choc : l'arrêt sur demande, du jamais vu dans l'aéronautique, tout en expliquant que tout avait été pensé, y compris des feux tricolores à l'aéroport pour la sécurité des voyageurs comme des campeurs.
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Dans le domaine politique, l'ancien maire de Grenoble, Éric Piolle, a décidé de passer aux aveux après les élections municipales, déclarant : "Vous aviez raison. Après douze ans de mandat, je peux enfin vous le dire : oui, j’habite à Coublevie". Connu pour se déplacer en bicyclette, il a ajouté que, chaque matin, il descend à Grenoble "en Porsche Cayenne, avant de déplier mon vélo pour rejoindre la mairie", un parfait exemple de canular jouant sur l'image publique.
Le Gouverneur militaire de Paris, Loïc Mizon, a également contribué à la tradition en annonçant sur X (anciennement Twitter) une "incroyable découverte" : lors de travaux dans la cour d'honneur des Invalides, un "squelette complet de dinosaure, dans un état de conservation remarquable, a été exhumé puis reconstitué". Il a précisé qu'il serait "prochainement exposé au grand public, dans un lieu qui reste à déterminer", suscitant l'étonnement.
Dans le monde du spectacle, Fabien Roussel a annoncé à la fin d'une interview sur France Inter que Céline Dion se produirait le 9 mai prochain, en showcase, place du Colonel-Fabien, à Paris, où se trouve le siège du Parti communiste français, pour ceux qui n'auraient pas réussi à trouver un billet pour la voir en résidence à La Défense Arena. Benjamin Duhamel est resté coi quelques secondes, avant de comprendre la supercherie. Radio Nova a également mené un canular concernant Michel Sardou, prétendant qu'à la suite d'un signalement effectué auprès de l'Arcom, la station avait décidé de mettre en œuvre "une mesure conservatoire de rééquilibrage éditoriale". Rapidement après la mise en ligne, le JDD a fait écho de cette information, indiquant que l'interprète des "Lacs du Connemara" - hymne des soirées d'écoles de commerce - avait fait "plier Radio Nova". Le Journal Du Dimanche s'est fait piéger par un poisson d’avril de Radio Nova, et a dû supprimer son tweet et corriger son article, affirmant que la station était "finalement revenue sur ses déclarations", illustrant bien la réactivité nécessaire face aux canulars médiatiques du 1er avril.