Guide Pratique de la Navigation en Voilier à Bora Bora et Exploration des Bolongs de Casamance

La navigation en voilier représente une aventure unique, mêlant technique maritime, découverte culturelle et respect de l’environnement. Entre les eaux turquoises de la Polynésie française et les réseaux complexes de mangrove en Afrique de l’Ouest, chaque escale impose ses propres défis et ses règles de conduite. Ce guide détaille les spécificités de ces deux destinations emblématiques pour tout plaisancier en quête d'évasion.

La navigation à Bora Bora : entre règlementation et respect local

Tout le monde ou presque a entendu parler de Bora Bora, de son lagon magique et de ses belles vahiné. Mais qu’en est-il réellement ? Alors oui en effet, le lagon couleur turquoise est magnifique et on peut voir, parfois, de très belles vahinés …Mais la vérité est tout de même bien différente. Premièrement, sur ce lagon magique, contrairement à la plupart des îles de Polynésie, les voiliers ne sont pas toujours les bienvenus ! C’est pourquoi la première règle lorsque vous débarquerez quelque part, sera de demander aux riverains si ça ne les dérange pas ! Ici, toutes les terres sont privées. En même temps c’est de la courtoisie de base : ) Donc si vous ne voyez personne lorsque vous débarquez sur la plage/ la terre, donnez-vous la peine de chercher les résidents afin de leur demander cette autorisation, le grand nombre de passages de touristes (pas toujours courtois) les rend plus susceptibles qu’ailleurs.

Organisation des mouillages et accès

La règlementation sur les mouillages dans le lagon est en train de changer. L’Arrêté n° 2442 CM du 22112018 encadre cette activité. Juste après avoir franchi la passe de Bora Bora, il n’y en a qu’une, vous pouvez voir sur votre droite, à tribord : ) , un grand motu. Ou plutôt (géologiquement parlant) une ancienne partie du volcan d’origine de l’île. Ici se trouve la première zone de corps morts, gérée par la société BBMS (Bora Bora Mooring service). Vous pouvez les utiliser au prix d’un tarif qui vous sera donné à votre arrivée (ils sont variables selon la saison). Il n’y a à priori plus le droit de jeter l’ancre. On peut contempler ici de très beaux couchers de soleil sur l’île de Maupiti et les fonds sous-marins sont très variés.

Les corps morts en place sont ceux qui appartenaient avant au “Maikai Marina and Yacht Club”, actuellement fermé, ils ne sont pas vraiment dans la zone officielle qui serait plus au fond de la baie, mais sont apparemment autorisés. Ici aussi vous pouvez trouver une grande zone de corps morts disponibles pour les voiliers de passage. Toutefois, le Yacht Club en face ne fait pas parti de BBMS. Le mouillage est agréable (jolis fonds sous-marins proches des côtes), coucher de soleil sur la passe, plutôt bien abrité et proche de la ville de Vaitape.

Il existe également des zones non gérées par BBMS, donc gratuites pour le moment, mais elles présentent peu d'intérêt. On ne sait pas pourquoi cette zone a été sélectionnée comme zone de mouillage pour les voiliers, elle a très peu d’intérêt et est assez peu abritée des vents dominants. Là encore, on ne sait pas trop pourquoi ils l’ont choisi puisqu’elle n’est pas bien abritée par vent fort, quel que soit le sens d’où il vient. De plus il n’y a aucun accès à terre pratique à proximité. Son seul avantage est d’être assez proche d’un endroit où on peut voir des raies mantas.

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Découverte de la faune marine

Pour accéder à la dernière zone de corps morts gérés par BBMS, il faut faire le tour de l’île par le nord. Le tour complet de l’île n’est pas possible en voilier, il n’y a pas assez d’eau au sud (vers Matira). C’est un endroit plutôt tranquille (pour Bora Bora). Attention ! Bora Bora est l’île la plus touristique de la Polynésie. De plus, elle est destinée au tourisme de luxe.

Lorsque vous arrivez par la mer de Raiatea, à 0,8 mille nautique de la passe vous verrez du côté de la barrière de corail plusieurs petites bouées. Ne les prenez pas avec votre voilier elles ne sont pas faites pour ça. Même en annexe il vaut mieux éviter, elles sont destinées aux bateaux/pirogues de prestataires locaux. Beaucoup pratiquent le shark feeding, c’est pourquoi les requins restent dans ce secteur. En arrivant sur Bora si vous vous êtes arrêté à la baie de Toopua, c’est juste à côté de vous.

Au nord de l’île, une fois l’aéroport laissé sur votre bâbord, juste après avoir passé les deux bouées latérales bâbord et tribord, vous verrez sur votre tribord quelques bouées. Du côté d’Anau (côte Est). C’est l’endroit où on peut les voir le plus fréquemment. Cette zone se situe entre une pointe de l’île et un platier de corail. Le fond, entièrement corallien, remonte et forme un couloir passant d’une vingtaine de mètres à 8/10 m de profondeur. Les raies se promènent le long du tombant, car cette structure sous-marine créer une remontée de plancton dont elles se nourrissent.

Petite astuce: si vous ne voulez pas plonger pour rien : regardez si les bateaux des tours d’explorations s’arrêtent là-bas plus de 5 minutes. S’ils repartent rapidement c’est qu’elles ne sont pas là. Pour les voir ou plutôt en voir plusieurs en même temps, il vous faudra faire le tour de l’île et aller tout au sud. Là vous arrivez dans la zone la plus belle de l’île, car il y a 2/3m d’eau turquoise à peu près partout. En face de la pointe du motu Fanfan, dans la petite veine d’eau plus profonde, vous verrez si vous avez de la chance un groupe de raie léopards qui nage dans les 4/5m d’eau. Celles-là, c’est facile de les voir en ayant de bons yeux… elles se trouvent dans toutes les eaux peu profondes et sablonneuses. On voit comme des taches grises qui se déplacent. Beaucoup moins rapide et farouche que les raies léopards, elles nous laissent malgré tout sur place si on les effraie.

Petite astuce : certaines activités nautiques font du feeding. C’est pourquoi si vous voyez des bateaux avec des personnes dans l’eau jusqu’à la taille et des oiseaux au-dessus, c’est qu’il doit y avoir de nombreuses raies tout autour. Vous pouvez attendre que les bateaux partent et aller y faire un tour. Il se situe dans le sud de l’île, à côté d’un motu (îlot) entre 1,5 et 3 mètres d’eau. On peut y découvrir énormément de poissons de toutes les couleurs. Ils viennent vous voir et nagent tout autour de vous. Il y a également une murène dans la zone qui est très familière des prestataires de service.

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Activités et vie locale à Bora Bora

Ce lagon est un des plus grands des îles sous le vent. On peut donc y trouver une grande variété d’activités nautiques, avec des prix variés, et des bateaux tout autant. Certaines sont restées dans le plus ou moins traditionnel. Ils utilisent des pirogues à balancier peintes avec des motifs polynésiens. Les pilotes chantent en jouant du ukulele tout en barrant leur bateau avec les pieds. Leur seul vêtement est un paréo en mode string et leur peau toute bronzée… D’autres par contre sont juste des salons flottants, avec musique d’ambiance et coupe de champagne, sur fond de coucher de soleil.

La majorité des tour-opérateurs vous proposeront un tour de l’île sur le lagon. Il comprendra divers arrêts sur des spots de snorkeling intéressants (ceux mentionnés plus tôt généralement). Ainsi que sur des motus pour manger le midi si vous y allez pour la journée complète. Le prix variera principalement selon le type de bateau et si vous voulez faire votre tour en privé ou en partagé… Parmi tous ces prestataires, nous citerons seulement “Vitamin Sea Bora Bora” qui fait partie des tours haut de gamme, sur catamaran F40.

Durant tout le mois de juillet, vous aurez droit à des festivités ! Comme presque partout en Polynésie, le mois de juillet est consacré aux fêtes du Heiva. Il s’agit de concours de danses, chants et musique polynésienne, en soirée. Dans la journée ils organisent également des défis sportifs (porteur de pierre ou des fruits …). Celui de Bora Bora est probablement le plus beau après celui de Tahiti. De plus, ce qui est particulièrement remarquable sur une île où tout se paie, vous pouvez assister aux représentations gratuitement. Ce qui n’est pas le cas sur la plupart des autres îles.

Vous verrez aussi autour de la place des “baraques” comme ils disent ici, faites en bois avec des toitures en feuilles de niau. Un concours de la plus belle baraque est organisé, c’est pourquoi elles sont plutôt bien décorées. Et tout le monde y met du sien!

Plages et randonnées dans l'archipel

La plage Matira est la plus grande plage de Bora Bora. Il faut savoir qu’ici, avec la barrière de corail qui nous protège de la houle extérieure, le ressac ne vient pas jusqu’à l’île, sauf par très forte houle. Les plages ne sont donc pas courantes sur les îles, on les retrouve plus sur les motus. La plage Matira est régulièrement entretenue, on y ramène le sable retiré par la mer :-). Elle est propre (Bora Bora est très fière de son pavillon bleu) et d’accès libre. Il est facile de s’y baigner avec des enfants. De nombreux snacks la bordent.

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Côté randonnée il y en a quelques-unes qui sont intéressantes, mais elles ne sont pas balisées. De plus, la majorité des randonnées passent par des terrains privés. C’est pourquoi il est généralement conseillé de faire appel à un guide. Si vous faites le tour de l’île par la terre, vous pouvez voir du côté d’Anau un des 8 canons abandonnés par les Américains après la guerre.

Si vous voulez passer la journée tranquillement sur la plage d’un motu c’est là qu’il faut aller! Bon évidemment il faut payer, puisque c’est privé et aménagé. Il y a différents tarifs avec ou sans navette et avec ou sans repas. Quand on arrive d’un voilier, la navette est rarement nécessaire 🙂. Pour ce qui est du repas, leur ma’a Tahiti (repas local comprenant poisson cru, poulet fafa, poe …) est plutôt bon compte tenu du prix. Et manger sur une table les pieds dans l’eau avec la vue sur la montagne…ça reste vraiment sympa. On a également accès aux installations (toilettes, balançoire …).

Immersion dans les bolongs de Casamance

Après avoir quitté le village de Djilapao, la navigation vers la rive sud du fleuve Casamance au Sénégal offre une expérience bien différente de la Polynésie. Le moteur démarre au quart de tour pour quitter Djilapao. 5 h de navigation pour aller jusqu’à Pointe Saint Georges. Nous n’avons réussi à pêcher qu’une sterne (oiseau marin), qui s’est sortie de cette mauvaise posture toute seule. La ligne remballée pour éviter d’autres drames ornithologiques, Tass se transforme en bateau-taxi, prenant en remorque deux petites pirogues qui se rendaient à leur campement de pêche. Bien qu’enfumés par nos gaz d’échappement, nos quatre pêcheurs ont le sourire jusqu’aux oreilles, notre passage providentiel leur épargnant quelques heures de fatigue à la rame.

Nous mouillons devant le village. Le vent se lève dans l’après-midi, et, avec la marée descendante, le clapot rend le mouillage inconfortable et le débarquement en annexe très humide. Nous aurons la mauvaise surprise de retrouver Tass, à demi-échoué sur la plage quand nous rentrerons de notre soirée chez Gigi et Clara, qui ont un petit campement dans le village. Fort heureusement, nous réussissons à nous déséchouer et à mouiller un peu plus loin.

Le lendemain, contre toute attente, nous trouvons un acquéreur pour notre frigo. Les nouveaux réservoirs d’eau nous ont contraint à désinstaller le frigo qui ne trouve plus sa place à l’intérieur du bateau. 90 000 CFA (135 €) pour notre frigo, une grosse somme pour le Sénégal, mais le chef du village nous sort la liasse de billets sans difficulté : incroyable !

Les labyrinthes de la mangrove

Nous continuons notre route vers Carabane. Ismaël, le neveu du chef de Pointe Saint Georges, se joint à nous pour ce bout de route. Située à l’embouchure du fleuve, cette île est l’ancienne capitale de la Casamance, un joli village bordé d’une belle plage. Les ruines de la « cathédrale », l’ancien cimetière et quelques grosses bâtisses sont les derniers vestiges du passé colonial de l’île.

Après quatre jours très agréables passés à Carabane, nous nous enfonçons dans la mangrove et ses bolongs, destination l’Île de Ehidje. Partis comme des fleurs sans carte de la région et sur la base des seuls souvenirs des navigations en pirogue de Jérémie, nous y allons à tâtons pour trouver notre chemin. Il n’est pas évident de deviner où se trouve le chenal, les bolongs sont pleins de méandres, et l’endroit le plus profond n’est pas toujours celui le plus à l’extérieur du virage. Avec nos 2m de tirant d’eau, notre bulbe fera quelques beaux plantés dans la vase.

Ehidje, l’Île des Féticheurs. Les bolongs ont des allures de labyrinthe : ils se ressemblent tous et, avec leurs méandres, impossible de deviner où ils vous amènent. En quittant nos amis les militaires (qui contrôlent tout le trafic fluvial), nous nous perdons, hésitons et finalement rebroussons chemin. Il est trop tard pour espérer trouver Ehidje avant la tombée de la nuit. Nous mouillons donc au milieu du bolong d’Elinkine, sans savoir que nous sommes en fait juste en face de notre destination. Une petite heure de navigation le lendemain et nous arrivons à Ehidje.

Constitué de neuf cases, ce village a été fondé il y a cinq générations par un guerrier malien, grand féticheur. L’île est dite sacrée, car elle refuse ses morts, les corps remontant à la surface après avoir été ensevelis. Le cimetière se trouve donc sur l’île voisine. L’animisme y est encore très présent et, pour un non-initié aux fétiches, il faut être attentif à ce que l’on fait ou photographie pour ne pas commettre d’impair. L’animisme des Diolas n’est pas polythéiste, ils croient en un seul dieu, Atemit, « Maître de l’Univers », à qui ils ne peuvent s’adresser que par l’intermédiaire des fétiches, habités par les âmes des ancêtres.

Nous nous lierons d’amitié avec Médard, un jeune enseignant du village. Il aura à cœur de nous faire découvrir son île, ses coutumes, ses habitants, et aussi de nous guider pour ne pas trop troubler la quiétude des fétiches. Une douce harmonie règne dans ce village. L’île n’a pas de cachet particulier, mais le bien être et l’équilibre de cette petite communauté sont particulièrement perceptibles.

La gestion des imprévus en navigation fluviale

Les bolongs de Casamance imposent une vigilance constante, notamment lors des manœuvres de mouillage en présence de courants. Lorsque nous passons devant le check-point d’Elinkine, les militaires nous demandent à nouveau de nous arrêter et, cette fois-ci, ils ne sont pas décidés à mettre leur bateau à l’eau. Nous devons mouiller, mais cette histoire a bien failli se finir par une petite fortune de mer (ou fortune de bolong ?).

Avec un vent contre le courant, Tass évite n’importe comment et notre mouillage s’enroule autour du bulbe de la quille. Impossible de remonter l’ancre, et nous commençons à déraper lentement vers la berge. Pas le temps de mettre le moteur sur l’annexe pour faire pivoter le bateau, nous larguons le mouillage avec un pare-battage, dans l’espoir de nous dégager. Raté, nous sommes toujours prisonniers du mouillage et à moins de quatre mètres de la berge. Dernière chance : envoyer le moteur en marche arrière, en suppliant les saints fétiches de ne pas embobiner le bout du mouillage autour de notre hélice. Ouf, il était moins une, nous avons bien failli nous planter sur la plage !

Échanges culturels et réalités locales

Au-delà de la technique pure, l’escale en Casamance est une immersion humaine. À Pointe-Saint-Georges, nous discutons avec un militaire qui a participé au défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées. En regardant des photos du défilé de l’armée sénégalaise sur internet, je constate que c’est une image très fringante qui est envoyée à l’étranger, pas exactement le reflet de la réalité du terrain : aucune paire de tongs, ni de méduses dans les rangs, pas de débraillés, ni d’avachis ! On raille un peu cette nonchalance au sein de l’armée, mais on préfère largement cette attitude décontractée et, somme toute, bon enfant, à la rigueur martiale, implacable et parfois inquiétante de certains militaires dans d’autres pays.

Jérémie procède au raccordement de notre frigo 12V à l’installation solaire de Pierre, le chef du village. N’allez pas vous imaginer un palace, c’est une simple maison traditionnelle en « banco », avec un toit en paille. Pas de fioriture, ni d’excès de confort, le mystère s’épaissit pour nous : comment Pierre a-t-il pu sortir 90 000 CFA aussi vite de sa poche ?… Installation réussie, nous trinquons une bière fraîche à la main pour nous féliciter de cette bonne opération.

Un petit tour dans ce village d’une centaine de personnes, et nous retrouvons Djambar, l’ancien trimaran de Jérémie. Acheté à Dakar en 2004, Jérémie avait embarqué Maodo dans une folle aventure : Dakar-Casamance en trimaran ! Après 30h en mer, l’entrée en Casamance a sûrement été vécue par Maodo, qui n’est pas marin, comme une arrivée en terre promise. En piteux état, le bateau est maintenant à l’abandon sur la plage, attendant qu’un nouveau propriétaire se retrousse les manches pour lui redonner un peu d’allure.

La navigation sur voilier traditionnel

L’expérience de la grande plaisance, comme à bord du Belem, offre un contraste saisissant avec la navigation autonome. L’expérience prime sur la destination. Les équipiers de quart sont réquisitionnés pour hisser haut une bonne partie des voiles. Je suis à mon poste : du passavant au spardeck, je hale de concert avec l’équipage sur les drisses, les bras et les écoutes. Des manœuvres longues - 30 à 40 minutes - mais pas laborieuses. Le temps est au beau et l’esprit de corps nous donne des forces.

Il en faut notamment pour hisser les vergues volantes (la plus lourde pèse 1,5 t.) et les frottements sont légion dans le gréement courant. A défaut de roulements bien huilés, c’est l’huile de coude qui est de mise ! La voilure est établie et nous courons vers le large, cap à l’ouest-sud-ouest. Les matelots sont désormais en stand-by. Certains découvrent la Bretagne vue du large, ses îles et la magie des dauphins qui sautent à l’étrave.

Pour moi, le gars de la petite plaisance, je découvre l’esprit et la force d’un équipage jetant toutes ses forces pour la bonne marche du navire. C’est Adèle, jeune gabier professionnel, qui nous résume l’esprit du poste d’équipage. « Le job (des marins) est que tout aille bien pour le navire, pour les stagiaires. Ce n’est que du positif. C’est chronophage, fatigant, notamment l’enchaînement des navigations sans temps de repos, mais on est mieux ici qu’à la pêche ! »

La dunette reste, avec la timonerie, l’espace solennel du bord, le centre névralgique du commandement. On y entre généralement à pas feutrés, mais on peut y prendre une véritable leçon de navigation : courants, marées, renverses, etc. On touche au mythe. Trêve de rêverie, il faut apprivoiser l’inertie de ce long et lourd voilier pour maintenir le cap. D’autant qu’à la timonerie, on ne tolère que quelques degrés d’écart à la route.

La baie du Sine Saloum : un écosystème fragile

Au sud de Dakar, entre Joal-Fadiouth et la frontière gambienne, la baie du Sine Saloum s’ouvre comme un monde à part, à la croisée de l’Atlantique et des fleuves intérieurs. Classée réserve de biosphère par l’UNESCO, elle offre un décor saisissant de mangroves, d’îles sableuses, de bolongs (chenaux) et de villages sérères posés sur l’eau. Ici, la navigation ne se fait pas au large, mais au cœur d’un labyrinthe naturel, dans le silence des eaux saumâtres et au rythme lent des marées.

Le Sine Saloum n’est pas une baie au sens classique : c’est un réseau immense de bras de mer, de fleuves et de chenaux qui pénètrent profondément dans les terres. À son embouchure, l’océan Atlantique cède la place à un dédale de bolongs bordés de palétuviers, où l’eau douce se mêle au sel des marées. La navigation y est possible sur plusieurs dizaines de milles, depuis l’océan jusqu’aux îles de Mar Lodj, Ndangane ou Foundiougne.

Les tirants d’eau doivent être modérés (moins de 2 m), les fonds sont souvent vaseux, avec de nombreuses zones peu profondes, mais les bolongs principaux restent accessibles en voilier dériveur, en catamaran ou en bateau moteur léger. La cartographie reste partielle, mais les navigateurs aguerris ou guidés peuvent explorer cette zone sans difficulté. Le mouillage s’effectue à l’ancre dans les bolongs ou face aux villages, avec une excellente tenue dans la vase. Les courants de marée sont modérés, et la navigation y est paisible.

Classée réserve de biosphère et parc national, la région du Sine Saloum abrite l’une des plus grandes mangroves d’Afrique de l’Ouest. On y croise des centaines d’espèces d’oiseaux : pélicans, aigrettes, ibis, sternes, balbuzards… ainsi qu’une faune marine dense : poissons, huîtres de palétuviers, crabes violonistes, dauphins et lamantins dans les zones les plus reculées.

L’escale dans le Sine Saloum n’est jamais technique. Il n’y a ni quai, ni borne électrique, ni capitainerie. Tout se fait à la main, à l’ancre, à l’instinct et avec l’aide des habitants. On descend en annexe jusqu’au village, on amarre à une racine, on se signale, et l’accueil se fait avec le sourire. Chaque arrêt est une immersion : on entend le tam-tam le soir, on partage un poisson braisé, on traverse à pied un banc de sable à marée basse.

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