Mariquita, la Légende des Flots : Un Retour Éclatant et Une Nouvelle Ère en Bretagne

Dans la rade de Brest, son nouveau port d’attache, et en mer d’Iroise, on peut croiser une légende : Mariquita. Ce voilier absolument sublime, un magnifique plan William Fife construit en 1911, reprend vie sous un pavillon français et breton. Son arrivée à Brest marque un tournant significatif pour le monde du yachting classique, insufflant une nouvelle dynamique à cette région emblématique de la navigation. C'est un bateau d'histoire, classé au patrimoine maritime, et très connu des Anglo-Saxons, dont la présence en Bretagne est une source de grande fierté. Le rêve de son propriétaire, Benoît Couturier, riche entrepreneur français, est de faire revenir ces yachts classiques en Bretagne, une ambition qui se concrétise avec l'installation de Mariquita au port du Château depuis le mois de mai 2021, après des travaux essentiels à Concarneau chez le chantier JFA.

Une Présence Remarquée en Rade de Brest et en Mer d'Iroise

La rade de Brest, un plan d'eau réputé pour ses qualités uniques, est devenue le théâtre des premières navigations et de la phase d'optimisation de Mariquita. Skippé par le finistérien Jacques Caraës, qui fut également directeur de course du dernier Vendée Globe, le voilier entame ainsi un nouveau chapitre de son existence maritime. Jacques Caraës prend cet été la barre du yacht classique Mariquita, dirigeant l’équipe avec l’objectif de s’approprier ce bateau très particulier. L’entraînement en vue de la Fife Regatta en 2022 se poursuit activement en rade de Brest et en mer d’Iroise pour Mariquita et son équipage. Pour l'équipage, il s'agit d'une période sans pression particulière de compétition dans l'immédiat, avec trois mois dédiés à la mise en phase avec ce bateau historique avant de viser la saison prochaine.

La rade de Brest offre un environnement idéal pour cette phase d'apprentissage et de perfectionnement. Comme l'explique Jacques Caraës, « On profite du plan d’eau de la rade de Brest qui est totalement adapté à l’optimisation de bateaux car il est fermé et la mer y est le plus souvent plate. » Cette configuration permet des manœuvres répétées et un affinement des réglages dans des conditions contrôlées, essentielles pour un voilier de cette envergure. Cependant, l'équipe ne se limite pas à ces eaux abritées. « Nous sortirons également à l’extérieur du goulet pour des parcours un peu plus longs. Pour l’essentiel la mise en performance du bateau se fera ici, » ajoute le skipper. L'objectif immédiat est de former un premier noyau dur de 7 à 10 personnes, qui sera ensuite élargi pour atteindre les performances maximales, car ce bateau nécessite pas moins de 19 équipiers lorsque 100 % des voiles sont hissées. Cette saison-ci, Mariquita restera en Bretagne, son port d'attache étant à Brest, avec un atelier de soutien à Gouesnou. C'est un retour aux sources pour un voilier qui, comme beaucoup de ses homologues classiques, naviguait le plus souvent en Méditerranée.

La fierté est palpable au sein de l'équipe et de la communauté maritime locale. Jacques Caraës exprime ce sentiment : « Je suis forcément très fier que Mariquita s’installe à Brest car ces bateaux-là sont le plus souvent en Méditerranée. Son propriétaire, Benoît Couturier, souhaite faire revenir les yachts classiques en Bretagne, c’est très important pour lui. » Cette installation est perçue non seulement comme une opportunité sportive, mais aussi comme une affirmation de l'identité maritime bretonne et de son engagement envers la préservation et la mise en valeur du patrimoine flottant. L'arrivée de Mariquita a été accueillie avec un enthousiasme général, marquant le début d'une nouvelle ère pour ce géant des mers.

Escales Mémorables et Fraternité Maritime : L'Esprit des Régates Classiques

Pour aiguiser la préparation et tester les capacités du voilier et de son équipage dans des conditions plus exigeantes, Mariquita n'est pas restée confinée à la rade. Les équipages des deux plans Fife, Mariquita et Moonbeam IV, se sont frottés aux courants et aux cailloux des îles du Ponant, en mer d'Iroise, jusqu'à l'Aber Wrac'h, lors d'une navigation côtière particulièrement pimentée. Cette expérience a été cruciale pour l'entraînement, offrant un aperçu des défis que Mariquita et son équipage pourraient rencontrer lors de futures régates.

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Jacques Caraës a décrit cette escale comme une occasion précieuse de varier les plaisirs de la navigation : « C’était une escale relativement proche pour nous, qui nous permettait de changer de zone de navigation, nous avons pu sortir de la rade de Brest et de la mer d’Iroise pour jouer avec les courants et les plateaux rocheux, et passer dans le Fromveur (le passage entre Ouessant et Molène) qui est un endroit mythique par chez nous ! » Le Fromveur est en effet un passage légendaire, connu pour ses courants puissants et ses paysages marins spectaculaires, offrant un terrain de jeu exceptionnel pour des voiliers de cette trempe. De plus, cette navigation a revêtu une dimension particulière du fait des attaches locales de l'équipage : « De plus, c’était une superbe occasion car la plupart des équipiers du bateau sont licenciés au Yacht Club des Abers. » Cette connexion locale a renforcé le sentiment d'appartenance et de communauté autour du projet Mariquita.

L'aspect sportif évident de cette navigation a été enrichi par une chaleur humaine mémorable. L'accueil réservé à Mariquita et son équipage à l'Aber Wrac'h a été un moment fort, comme en témoigne Jacques Caraës : « Le port était prêt à nous accueillir dans de bonnes conditions et nous avons eu un accueil dingue sans faire état de notre venue. Nous avons été escortés par de nombreux bateaux à notre arrivée : des côtres, des croiseurs, planches, catas et pas mal de bateaux à moteurs. L'arrivée au ponton a été incroyable, il y avait beaucoup de public, pas forcément des connaisseurs, mais des gens avides de voir ces bateaux racés qui font rêver ! » Cette effusion de joie et d'admiration illustre parfaitement l'impact et la fascination qu'exercent ces géants classiques sur le grand public, bien au-delà du cercle des passionnés de voile. Mariquita, avec son élégance intemporelle, continue de faire rêver et d'inspirer, preuve de son statut de véritable icône maritime.

L'engouement autour de Mariquita ne s'est pas limité à cette escale. D'autres voiliers de prestige ont rejoint le cotre à Brest, renforçant l'idée d'un renouveau de la voile classique en Bretagne. Les non moins célèbres Moonbeam of Fife et Moonbeam IV l'ont rejointe début juillet 2021, créant un rassemblement impressionnant de yachts classiques. Par la suite, en août 2023, la "Finistère Brest Classic" a eu lieu entre Brest et Douarnenez. À cette occasion, Mariquita et les Moonbeam ont été rejoints par trois yachts plus petits mais tout aussi légendaires : Pen Duick, Fyne et Lady Maud. Ces événements soulignent la volonté de Benoît Couturier de repositionner la Bretagne comme un épicentre majeur pour le yachting classique, offrant des occasions uniques de voir ces navires d'exception naviguer ensemble.

Mariquita, Un Chef-d'Œuvre d'Histoire et de Technique

Mariquita n'est pas seulement un voilier ; c'est une pièce maîtresse de l'histoire navale, un témoin de l'âge d'or du yachting. Son histoire commence en 1910, lorsque le capitaine Arthur K. Grand, un grand régatier de son époque, apprend le lancement d'une nouvelle classe de voiliers, baptisée 19MJI. Ces bateaux deviendront d'ailleurs les ancêtres des Class J qui régateront dès les années 30 sur la Coupe de l'America, inscrivant Mariquita dans une lignée prestigieuse et compétitive. Ce choix d'un 19MJI était motivé par plusieurs raisons, notamment la réputation de William Fife III, le père de Mariska, un cotre aurique qui avait remporté toutes les courses de son époque. L'architecte William Fife III, dont le génie a donné naissance à de nombreux chefs-d'œuvre, était à l'époque en train de finaliser la construction de Corona, dont le nom rend hommage au couronnement du roi. C'est dans ce contexte d'excellence que Mariquita a été lancé, pour un industriel écossais, en 1911 au chantier Fife de Fairlie, en Écosse, il y a plus d'un siècle.

Ce cotre à corne de 38,1 mètres de long est d'une rareté absolue : il est le dernier voilier de classe 19MJI encore en navigation. Son statut de survivant en fait un joyau inestimable du patrimoine maritime mondial. Mariquita est unanimement considéré comme l'un des voiliers les plus élégants et les plus rapides de cette magnifique flotte qu'on appelle la grande classe (Big Class). Son allure racée, ses lignes pures et sa capacité à fendre les flots avec grâce lui confèrent une prestance inégalée.

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Les caractéristiques techniques et esthétiques de Mariquita sont à la hauteur de sa légende. Son gréement est un exemple de l'ingénierie navale de son temps, avec un mât en deux parties qui confère une flexibilité et une performance remarquables. Il arbore une voile à corne et un flèche, des éléments typiques des grands cotres auriques, optimisés pour capter le vent avec une efficacité maximale. La grand-voile porte fièrement le numéro C1, un signe distinctif qui permet de le reconnaître instantanément sur l'eau et qui marque son appartenance à une lignée de compétiteurs.

L'une des particularités les plus frappantes de Mariquita est son immense bôme, mesurant 21,40 mètres de long. C'est l'une des plus grandes existantes, et sa taille est telle qu'elle touche fréquemment les vagues au portant, créant une image spectaculaire et témoignant de la puissance vélique du navire. Ses superstructures sont, quant à elles, discrètes, comprenant un petit rouf protégeant la descente et des clairevoies qui laissent filtrer la lumière naturelle à l'intérieur. Ces détails, conçus pour l'efficacité et l'élégance, contribuent à l'harmonie de ses lignes.

Pour les connaisseurs et les simples admirateurs, Mariquita se reconnaît également à d'autres éléments uniques. Une jolie annexe en acajou vernis est placée, retournée, sur le pont, permettant de l'identifier à coup sûr parmi la flotte. C'est un signe élégant et pratique qui fait partie intégrante de son charme. En revanche, l'étrave de Mariquita n'est pas décorée du fameux dragon qui caractérise la plupart des voiliers construits par Fife, une singularité qui ajoute à son caractère unique et à son identité propre. Ces détails, pris ensemble, dépeignent un voilier d'une beauté et d'une ingénierie exceptionnelles, un véritable chef-d'œuvre flottant.

La Renaissance d'une Icône : Restaurations et Entretiens

Le chemin de Mariquita vers sa gloire actuelle n'a pas été sans embûches, marqué par des périodes d'oubli et de brillantes renaissances. Redécouvert en 1991, ce monument de la voile classique a nécessité une restauration complète pour retrouver sa splendeur d'antan. Ce travail colossal a été entièrement réalisé par le chantier écossais Fairlie Restauration, successeur des chantiers Fife, garantissant ainsi une fidélité inestimable aux plans originaux de William Fife. Remis à l'eau en 2004, ce magnifique yacht a depuis lors navigué principalement en Méditerranée, participant aux régates classiques et enchantant les foules par sa prestance et sa vitesse.

En 2019, une nouvelle ère a commencé pour Mariquita avec son acquisition par Benoît Couturier, un riche entrepreneur français. Sa vision était claire : ramener cette légende en Bretagne et lui offrir une nouvelle vie sur les côtes françaises. La première étape de ce projet ambitieux fut de confier le voilier au chantier du Guip, à Brest, pour une phase initiale de restauration et de mise en état. Par la suite, après des travaux complémentaires à Concarneau, au chantier JFA, Mariquita a pris ses quartiers d'hiver et de préparation au port du Château, à Brest, à partir de mai 2021.

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L'entretien d'un yacht classique de cette envergure est une tâche minutieuse et continue, nécessitant l'expertise de nombreux artisans spécialisés. L'entretien hivernal de Mariquita, bien que de courte durée, a mobilisé une dizaine de prestataires locaux, chacun apportant son savoir-faire pour refaire une beauté au voilier de 1911 avant la période estivale. L'ensemble du gréement dormant, ainsi que les délicates garnitures en cuir, ont été méticuleusement inspectés, réparés et entretenus par Éric Cochet et son équipe d'Iroise Rigging. Leur travail est essentiel pour garantir la sécurité et la performance de la mâture.

Parallèlement, Hubert Stagnol et son chantier naval se sont attelés à une tâche d'une grande importance esthétique et fonctionnelle : examiner et vernir tous les espars en bois. Cela inclut le mât, la bôme, le tangon, le pic, le flèche, le bout-dehors, ainsi que les francs-bords et certains agencements intérieurs. Le vernissage des bois est non seulement un art, mais aussi une protection vitale contre les éléments marins. L'équipe d'Hubert Stagnol a également assuré le carénage et l'application de l'antifouling, des opérations cruciales pour maintenir la propreté de la coque et optimiser la glisse du bateau.

Enfin, le chantier JFA, après avoir accueilli Mariquita à son ponton, est intervenu pour des réparations sur quelques aménagements intérieurs et sur le système électrique, garantissant le confort et la fonctionnalité à bord. La voilerie Incidence Sails à Brest a également joué un rôle clé en inspectant l’ensemble des voiles de Mariquita et en réparant celles qui en avaient besoin. Cette coordination d'expertises locales témoigne de la richesse du savoir-faire maritime en Bretagne et de la détermination à maintenir Mariquita dans un état de navigabilité et de splendeur maximal. L'entretien de ce géant n'est pas seulement une nécessité technique, c'est aussi un hommage constant à son histoire et à son héritage.

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