Naviguer le long des côtes marocaines en voilier représente une aventure fascinante, mais qui exige une préparation rigoureuse et une compréhension fine des conditions locales. Que vous soyez en route pour une circumnavigation ou en croisière côtière, le Maroc offre des paysages captivants et une culture riche, tout en posant des défis techniques singuliers. Ce guide explore les réalités de la navigation dans cette zone, en s'appuyant sur les expériences vécues par les plaisanciers sur le terrain.
La réalité de la navigation au Maroc : Entre défis et découvertes
Le Maroc est un pays génial, mais assez dangereux d'un point de vue navigation. Pour ceux qui voudraient naviguer au Maroc, il faut savoir que la plupart des ports n'ont rien pour les bateaux à voile, si ce n'est Rabat, Mohammedia (dans une moindre mesure) ou Agadir. Pour le reste, comme Tanger, Casablanca ou Essaouira, votre joli voilier sera mis dans un coin du port à l'arrache complète, ce qui entraîne souvent des dommages matériels importants, comme la perte d'amarres par raguage.
De nombreux ports sont encore en construction ou inadaptés aux voiliers étrangers. Dans la plupart des escales, vous vous retrouverez au milieu des bateaux de pêche, sans infrastructure prévue pour la plaisance. Il est fréquent que des navigateurs préfèrent effectuer la traversée directe Tanger-Canaries sans arrêt au Maroc, bien que le pays vaille le détour pour ses richesses culturelles.
État des lieux des infrastructures portuaires
La côte marocaine présente des disparités majeures selon le port choisi. Une mise à jour non exhaustive, de Tanger à Agadir, permet de mieux cerner les options disponibles :
- Rabat : La marina est géniale et ultra sécurisée. Cependant, vous êtes totalement dépendant de la houle pour entrer ou sortir. Des déferlantes peuvent se former entre les digues d'entrée, ce qui rend la manœuvre périlleuse, surtout avec un moteur de faible puissance dans des vagues importantes.
- Essaouira et Safi : Ces ports peuvent servir de refuge, mais il faut faire vraiment attention au bateau. À Essaouira par exemple, des conditions météo difficiles (vents violents) peuvent endommager les installations, comme des pontons qui se décrochent ou des collisions avec des remorqueurs beaucoup plus imposants que votre voilier.
- Agadir : La marina est très belle, toute neuve, et constitue une excellente base pour rayonner dans le sud marocain. Les formalités d'entrée y sont souvent minimalistes et souriantes. Les tarifs sont attractifs, notamment pour les catamarans qui paient au mètre linéaire. On y trouve des services de manutention comme le travel-lift, bien que les installations électriques et d'eau puissent paraître anarchiques.
- Nador (Atalayoun / MarchicaMed) : Il est recommandé d'être prudent concernant le tirant d'eau dans la lagune. En 2014, l'absence d'autorité portuaire pour les entrées et sorties rendait l'escale juridiquement complexe. Il est souvent préférable d'opter pour Melilla.
- Ports nationaux (autres) : Les tarifs sont parfois basés sur ceux des cargos, ce qui n'est pas avantageux pour les plaisanciers. De plus, l'appontement à des quais élevés, les odeurs de poisson et l'absence d'eau ou d'électricité font de ces escales des arrêts de nécessité uniquement.
Conseils administratifs et logistiques
La navigation au Maroc est marquée par une bureaucratie omniprésente. Pour une sortie en mer, même à la journée, il est souvent nécessaire de procéder à une sortie de territoire formelle, suivie d'une réentrée à votre retour. Les criques sont généralement interdites au mouillage.
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Il est impératif de se munir d'un équipement autonome : un long câble électrique (environ 40 mètres) et un long tuyau d'eau sont indispensables, car les points de raccordement ne sont pas toujours à proximité immédiate. Pour l'entretien, si vous prévoyez une escale longue, il est judicieux d'utiliser des outils comme des applications spécialisées (ex: Izysea) pour identifier les professionnels locaux capables d'intervenir sur votre gréement ou moteur.
La planification du grand voyage : Au-delà du Maroc
Si le Maroc est une étape, beaucoup de navigateurs l'intègrent dans un projet plus vaste de tour du monde en catamaran. La réussite d'une telle entreprise ne repose pas sur une exigence sportive extrême comme le Vendée Globe, mais sur une planification intelligente des routes en fonction des alizés.
Comprendre les alizés et la météo
Le meilleur itinéraire autour du monde en catamaran est celui où le vent souffle dans la direction de votre route, avec la mer de l'arrière. En suivant une route au sud des anticyclones dans l'hémisphère nord et au nord de ceux-ci dans l'hémisphère sud, on bénéficie des alizés. Toutefois, la planification doit impérativement éviter la saison des cyclones dans les deux hémisphères.
Itinéraires clés après le Maroc
- Vers les Canaries : C'est une traversée idéale pour s'accoutumer au grand large sans risquer de pièges météo majeurs.
- Traversée de l'Atlantique : Depuis les Canaries ou le Cap-Vert, le cap vers les Antilles ou le Brésil demande de choisir entre la rapidité et la découverte de zones comme la Guyane française.
- Le Pacifique : Des Galapagos aux Marquises, puis vers Tahiti et les Fidji, le Pacifique demande une gestion fine du temps. La saisonnalité est ici le maître mot : il faut éviter la saison des cyclones qui commence en novembre-décembre.
- L'Océan Indien : Le choix entre le passage par le nord (Sri Lanka, Maldives, mer Rouge) ou le sud (Afrique du Sud) dépend de votre tolérance au risque et de votre calendrier. Le passage par l'Afrique du Sud, bien que techniquement exigeant en raison des courants comme celui des Aiguilles, offre des souvenirs inoubliables.
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