Biarritz : Entre l'Héritage Mythique du Surf et les Dangers Actuels des Vagues

Biarritz, souvent désignée comme le berceau du surf en France et même en Europe, a vu naître une culture océanique unique, forgée par des pionniers dès la fin des années 50. La discipline, arrivée à la faveur d’un tournage sur la Côte des Basques, a attisé la curiosité de quelques jeunes locaux qui jouèrent les pionniers, et depuis, cette pratique s’est largement diffusée sur la côte basque jusqu’à devenir un véritable art de vivre. Aujourd'hui, alors que le surf fait son entrée aux Jeux Olympiques, Biarritz continue d'attirer des passionnés du monde entier, offrant six plages aux caractéristiques différentes permettant de répondre aux envies de tous les niveaux. Cependant, l'engouement croissant pour ce sport aquatique s'accompagne d'une série de défis, de pièges et de dangers, tant naturels qu'humains, qui exigent une vigilance constante et une compréhension approfondie de l'environnement maritime. L'évolution du surf, de sa genèse contre-culturelle à sa popularisation contemporaine, révèle une dualité fascinante entre liberté et rigueur, passion et prudence.

L'Épopée Contre-Culturelle du Surf Biarrot : Des Pionniers aux Dérives

Les années 1980 ont marqué une période charnière pour le surf à Biarritz, incarnée par une "bande de barjes", la "Biarritz Surf Gang". Six potes passionnés sur la grande plage de Biarritz, ils se distinguaient parmi tous les meilleurs Européens. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont eux. À cette époque, quand ils montent sur tous les podiums, le surf est encore un petit sport, loin des projecteurs actuels : pas de spectateurs, pas d'argent. On campait quand on allait en compétition, et les jeunes Français aux cheveux longs qui traînaient sur la plage n'étaient pas forcément bien perçus. Cette bande, caractérisée par son esprit "totalement ingérable", vivait le surf comme une soif d’absolu et de sensations pures, une manière de refuser le système qui pouvait mener au haut des tableaux de compétitions ou bien directement en prison.

Michel Laronde, cuisinier, faisait partie de ces figures emblématiques. Pionnier du surf de gros, il est notamment le premier Européen à avoir surfé la désormais célébrissime vague des Jaws à Hawaï. Il se souvient de l'esprit de l'époque, affirmant : "On allait en compétition pour faire la fête. On mettait la remise des prix à l'envers. On foutait le bordel." Cette atmosphère était également influencée par une "anglo-saxonne américaine" qui est venue sur la côte basque. Du coup, tout ce qui était super bon faisait rêver. Il y avait des Volkswagen, des shorts et des tee-shirts à la mode, des cheveux longs. Ils passaient l'hiver au Maroc qui ramenait des produits. Quand on commençait à introduire un peu tout ça dans le mode de vie à Biarritz, il y a eu une évolution au niveau des produits dans lesquels pas mal sont tombés. Michel Laronde reconnaît que cela a été une période un peu critique, marquée par les dérives de l'alcool, de la drogue, et les dangers des addictions qui ont abîmé des vies.

Ces parcours méconnus ont été révélés au grand public grâce à un documentaire qui a vu le jour car les deux réalisateurs, Nathan Curren (le fils du champion du monde Tom Curren) et Pierre Denoyelle (le neveu de Michel Laronde), ont un jour découvert deux heures d'images inédites tournées en Super 8 dans les années 1980. Elles montraient ces surfeurs de la Grande Plage de Biarritz partout dans le monde. Pour le plus grand plaisir des protagonistes, le film évoque avec honnêteté ces dérives, ces vies abîmées, mais aussi la force des liens. Michel Laronde a partagé quelques scènes de la fin du documentaire : "On était tous plus ou moins séparés les uns des autres. Et grâce au film, on s'est rapprochés. Et on s'est remis à faire du surf ensemble. Donc à la fin du film, on se retrouve à faire une petite session avec nos 50 ans et plus… C'était chouette". Ce super docu, drôle et touchant à la fois pour les passionnés de surf, offre un beau retour sur 25 ans d'une bande de potes qui ne vivait que pour cette houle. Malgré des hauts et des bas, tout se rattachait au surf.

Biarritz continue de célébrer cet héritage. Créée en 1984, la Biarritz Pays Basque Maider Arosteguy est la plus ancienne compétition de surf en Europe. Le surf à Biarritz n'est pas seulement une tradition sportive, mais aussi une composante essentielle de l'identité locale, attirant des talents comme Thomas, vacataire à l’Office de Tourisme, également surfeur hors pair et champion de France de para surf, qui a participé à deux reprises aux Championnats du monde de para surf en Californie.

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Les Pièges Naturels et les Dangers Imprévus des Plages Biarrotes

Malgré son attrait et sa richesse culturelle, le surf à Biarritz, comme tout sport aquatique, présente un certain nombre de risques. Ces dangers sont accentués par la fréquentation croissante des spots et la force imprévisible de l'océan Atlantique. Une grosse frayeur a notamment marqué le littoral le samedi 30 septembre 2023, à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), lorsqu'une quarantaine de surfeurs, dont des enfants et des familles, se sont retrouvés en difficulté. Piégés par la marée montante, ils ont été projetés contre les rochers. Une opération de sauvetage a été lancée, évitant des blessures graves. Un secouriste a témoigné que c’était assez impressionnant. Avec des vagues de 1 m 20 et un coefficient de 113, de nombreux surfeurs s’étaient précipités dans l’eau pour ne pas rater « la marée de l’année », un spectacle aussi beau que dangereux.

Les sauveteurs ont rapidement appelé des renforts et dû faire appel à un jet-ski de la ville ainsi qu’à l’hélicoptère de la gendarmerie. Les pompiers ont également dépêché deux autres jet-skis pour aider. Le chef des plages a rappelé que les surfeurs étaient avertis des dangers grâce à des panneaux et des messages de prévention, un dispositif qui sera maintenu. La préfecture avait d'ailleurs appelé à la plus grande vigilance dès le vendredi précédent. Il faut savoir que la marée ne remonte pas linéairement, ce qui rend la situation particulièrement délicate. Lors de la marée haute, la sortie, plus que l’entrée, a tendance à piéger les surfeurs qui, trop fatigués par la session, préfèrent prendre le risque de passer un escalier matraqué par les vagues que de partir vers la Villa Belza pour emprunter l’escalier métallique prévu à cet effet.

Les courants marins peuvent être très forts à Biarritz, en particulier autour de la Côte des Basques et d’autres plages de surf populaires. Ces courants peuvent emporter les surfeurs loin de la plage et rendre difficile le retour à la côte. Le souci, ce n’est pas la taille des vagues mais sa capacité à tenir sous l’eau ou à être ballotté par le courant sans paniquer. Les zones sans vagues sont souvent celles de fort courant, un phénomène connu sous le nom de baïne, une piscine naturelle formée par la houle et les courants. Il est déterminant de ne pas surestimer les conditions de surf pour ne pas se retrouver en difficulté. De plus, certains spots de surf à Biarritz ont des fonds rocheux, ce qui peut présenter un risque de blessure, surtout en cas de chute.

Bien que rare, il y a un risque d’interaction avec la faune marine, y compris les méduses, des poissons « vive » avec une épine dorsale épineuse près des rochers et, très rarement, les requins. Cependant, le danger le plus fondamental de la pratique du surf, comme tous les sports aquatiques, est le risque de noyade. Pour minimiser ce risque, plusieurs éléments sont essentiels. Savoir nager semble évident, mais c’est indispensable. Connaître les conditions de l’océan avant de se mettre à l’eau est primordial ; cela inclut de comprendre les courants, les marées et la météo. Respecter ses limites, c'est-à-dire ne pas tenter de surfer des vagues ou des conditions qui dépassent son niveau de compétence, est également crucial. Enfin, connaître les gestes de secours, savoir comment signaler un problème et comment réagir en cas de problème, peut sauver des vies.

L'Érosion du Code du Surfeur face à la Démocratisation du Sport

Le surf ne cesse de se démocratiser et d'attirer de plus en plus d'adeptes, mais cette popularité a un revers : les spots ne sont pas extensibles. Biarritz est un spot de surf très populaire et peut devenir très fréquenté, surtout en été, ce qui augmente le risque de collisions avec d’autres surfeurs. On doit partager une ressource limitée, les vagues, et accessible à tous, ce qui conduit parfois à des injures, voire à des bagarres. Et vu qu'il y a de plus en plus de surfeurs, pour les plus expérimentés, ça devient mission impossible de rappeler les règles, ils sont moins écoutés que par le passé.

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Un maître-nageur sauveteur, présent sur la Grande Plage depuis neuf ans, constate qu'il doit aller secourir de plus en plus de surfeurs blessés par la planche d'un autre. Il observe un nombre croissant de débutants qui ne connaissent pas forcément les règles élémentaires de ce sport. Ces novices surfent parfois dans les zones de baignade et pourraient blesser des baigneurs, en les percutant avec leur planche, ou en les coupant avec l'aileron. Les incidents entre surfeurs sont encore plus importants et représentent même la majorité des problèmes traités au poste de secours. Quand certains chutent, leur planche peut aller jusqu'à six, sept mètres autour d'eux selon la longueur du câble qui les relie à leur surf. Ils peuvent blesser des voisins, et ensuite, il faut régler les responsabilités pour la réparation du matériel, etc. Laisser une planche à la dérive peut mettre les autres en danger.

Jules, 15 ans, ayant quatre ans de pratique, en a fait les frais : "J'ai eu une entorse aux cervicales", témoigne-t-il. "J'ai voulu passer derrière une vague, quelqu'un n'avait pas compris le principe de la priorité. Il m'est arrivé dessus, et je me suis pris son genou dans la tête. Je suis tombé K.O. dans l'eau. Les maîtres-nageurs ont dû venir me secourir. La plage a dû être fermée le temps que l'hélicoptère m'emmène à l'hôpital !" Cet incident n'est pas rare. Pierre, un surfeur historique de la Grande Plage, garde encore la trace d'une planche d'un autre surfeur prise sur la tête, ayant nécessité six points de suture. La règle la plus importante, de l'avis des habitués rencontrés, est la priorité : seul le surfeur le plus proche du déferlement de la vague, de là où elle s'enroule et se brise, peut la prendre. Les autres doivent attendre leur tour. Mais certains grillent la priorité, et plusieurs surfeurs se retrouvent sur la même vague.

Le respect des autres surfeurs et des personnes dans l’eau est primordial pour garantir la sécurité de tous. Chaque surfeur doit veiller à ne pas gêner les autres dans l’eau. Il est essentiel de toujours garder le contrôle de sa planche de surf et de la tenir à deux mains sans la lâcher quand une vague arrive. Respecter les zones de baignade, souvent séparées des zones de surf pour la sécurité de tous, est également une règle fondamentale.

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