Dans un monde de plus en plus conscient des enjeux écologiques et de la nécessité de préserver les ressources naturelles, la volonté de réduire l’impact environnemental de toute activité humaine est maintenant un acquis assez important. Cette prise de conscience collective, alimentée par des décennies de recherche scientifique et par l'observation des changements climatiques, s'est imposée comme une priorité incontournable pour les sociétés modernes à travers le globe. Les secteurs traditionnellement ancrés dans l'exploitation des ressources naturelles, tels que la pêche, se trouvent particulièrement interpellés par cette profonde transformation des mentalités et par l'évolution des exigences réglementaires. Il devient impératif d'innover et d'explorer de nouvelles voies pour concilier les impératifs économiques et sociaux propres à l'activité de pêche avec le respect des écosystèmes marins fragiles. La transition vers des pratiques plus durables n'est désormais plus une simple option, mais une nécessité stratégique engageant l'ensemble des acteurs, des décideurs politiques aux professionnels du secteur. C'est dans ce contexte stimulant que se développent des initiatives ambitieuses visant à repenser en profondeur les méthodes de travail, notamment en mer, où l'empreinte carbone des navires de pêche représente un défi environnemental majeur. La recherche de solutions alternatives à la propulsion thermique dominante, longtemps standard de l'industrie, devient alors un axe de développement privilégié pour de nombreux projets pionniers qui dessinent l'avenir de la pêche.
L'Impératif de Durabilité et la Reconsidération des Pratiques de Pêche
La quête d'une plus grande durabilité environnementale s'est profondément enracinée dans le secteur de la pêche, incitant à une réévaluation des méthodes traditionnelles et à l'adoption de technologies plus écologiques. Dans la pêche artisanale, cela se traduit en particulier par la réduction de la consommation d’énergie fossile et par la réduction de l’émission de la pollution par des gaz nocifs et à effet de serre. Cette orientation est motivée par la nécessité de répondre aux objectifs de développement durable et de minimiser l'empreinte écologique des activités maritimes. La dépendance aux carburants fossiles non seulement contribue aux émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, mais elle expose également les pêcheurs à la volatilité des prix du pétrole, menaçant ainsi la viabilité économique de leurs entreprises. L'évolution des mentalités et la pression exercée par les consommateurs, de plus en plus soucieux de l'origine et de l'impact environnemental des produits de la mer, renforcent cette dynamique. Les professionnels du secteur sont encouragés à explorer des solutions innovantes, inspirées parfois de savoir-faire ancestraux, afin de concilier rentabilité économique et responsabilité écologique. La recherche de moyens de propulsion alternatifs, tels que la voile, resurgit ainsi comme une voie prometteuse pour l'avenir de la pêche, offrant des perspectives de réduction significative des coûts opérationnels tout en participant activement à la protection de l'environnement marin. Il s'agit de repenser l'intégralité de la chaîne de valeur, depuis la conception des navires jusqu'aux techniques de capture, pour instaurer un modèle de pêche véritablement durable et respectueux des écosystèmes océaniques pour les générations futures.
Le Projet VoileEnPêche : Une Voile Auxiliaire Antiroulis et ses Innovations Techniques
Face à ces enjeux cruciaux, des initiatives concrètes émergent pour proposer des solutions innovantes. Dans ce contexte, le projet VoileEnPêche se proposait de tester une voile auxiliaire antiroulis. Cette approche vise à intégrer la puissance du vent pour assister les navires de pêche, réduisant ainsi leur dépendance aux moteurs thermiques. L'idée n'est pas nouvelle, mais sa réactualisation s'inscrit dans une démarche technologique avancée. Historiquement, les tapeculs, qui remplissent à la fois le rôle de voile anti-roulis et d’aide au maintien du cap, étaient largement présents sur les bateaux de pêche français et le restent aujourd’hui encore dans d’autres pays européens. Cette tradition atteste de l'efficacité et de la pertinence de ces dispositifs pour améliorer la stabilité des navires et faciliter leur navigation, même dans des conditions difficiles.
Le projet VoileEnPêche ne se contentait pas de réintroduire une technologie ancienne ; un autre objectif était aussi de valider et de montrer l’intérêt d’une telle voile dans des conditions réelles de pêche. La validation en mer est une étape indispensable pour prouver la faisabilité et les bénéfices concrets d'une telle innovation pour les professionnels. Avant même les essais en mer, du point de vue technique et logiciel, tout est terminé et a été validé à terre. Cette phase préparatoire méticuleuse a permis de s'assurer de la robustesse et de la fiabilité des systèmes développés, garantissant ainsi un déploiement sécurisé et efficace une fois à bord des navires.
Cependant, l'intégration de nouvelles technologies dans un secteur aussi ancré dans ses pratiques que la pêche n'est pas sans difficultés. Le choix du bateau à équiper a été réalisé conjointement par le Comité des Pêches de Saint Malo et Avel Vor technologie, avec des discussions systématiques avec les armements concernés. Cette collaboration étroite est essentielle pour s'assurer que la solution proposée réponde aux besoins spécifiques des pêcheurs et qu'elle soit bien acceptée par eux. Malgré cette approche consultative, des adaptations se sont avérées nécessaires. Un deuxième armement a alors été approché et l’étude a été refaite : au lieu d’un foc à l’arrière, comme sur le premier bateau, le foc était placé à l’avant en fonction de la configuration. Ces ajustements, bien que représentant des défis initiaux, ont permis d'optimiser l'installation en fonction des caractéristiques uniques de chaque navire.
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Ces déboires traduisent en fait une sous-estimation importante de la position réelle des pêcheurs par rapport aux voiles. La culture de la pêche moderne, dominée par les moteurs, a éloigné une partie de la profession des pratiques de navigation à voile, ce qui nécessite un effort de pédagogie et de démonstration des bénéfices. Néanmoins, du point de vue technique, le projet s’est enrichi sur deux points, la simplification des automatismes et l’ergonomie de l’interface homme-machine. La recherche de la simplicité et de l'intuitivité est primordiale pour faciliter l'adoption de ces systèmes par les marins-pêcheurs. Pour les automatismes, une carte spéciale a été construite et permet des communications selon la norme NMEA 183 entre la passerelle et la voile. Cette standardisation des communications assure une intégration harmonieuse avec les autres équipements électroniques du navire et une grande fiabilité dans le contrôle de la voile. Quant à l’interface homme-machine, elle permet à l’utilisateur de faire correspondre à l’aide d’un joystick la position réelle de la voile et sa position préconisée. Cette approche offre un contrôle précis et intuitif, réduisant la charge de travail de l'équipage et optimisant l'efficacité de la voile en fonction des conditions de vent et de mer. L’installation sera effectuée dès que les Affaires Maritimes auront donné leur feu vert, après avis du Centre de Sécurité des Navires. Cette validation réglementaire est une étape indispensable pour garantir la sécurité et la conformité des navires transformés. En attendant, beaucoup de personnes attendent les résultats concrets de l’expérimentation, résultats qui seront communiqués largement, espérant que cette initiative ouvrira la voie à une adoption plus large de la voile auxiliaire dans la flotte de pêche.
Le Skravik : Pionnier de la Pêche Professionnelle à la Voile en France
Au-delà des projets de voile auxiliaire, des transformations plus radicales de navires de plaisance en bateaux de pêche professionnels à voile démontrent la faisabilité d'une pêche entièrement décarbonée. Premier voilier de pêche professionnelle homologué en France, le Skravik a entamé sa saison en mer après un parcours administratif semé d’embûches. Ce jalon historique marque une étape significative dans la transition écologique du secteur. Depuis le printemps 2025, le Skravik sillonne la rade de Brest, devenant ainsi un symbole concret d'une nouvelle ère pour la pêche. Ce voilier, qui fut autrefois un bateau de plaisance, a été transformé pour répondre aux besoins d’une pêche plus respectueuse des ressources marines. La reconversion d'un navire existant permet non seulement de capitaliser sur des coques robustes, mais aussi de réduire l'empreinte écologique liée à la construction de nouvelles unités.
Cette démarche ambitieuse est l'incarnation d'une vision personnelle et d'un engagement profond. Pour Tangi Le Bot, cette démarche s’inscrit dans une réflexion entamée dès son enfance. Lui qui a découvert la navigation sur une petite annexe baptisée du nom d’un oiseau marin rêvait de mener un jour un bateau à voile à vocation plus grande. Ce rêve, nourri par une passion pour la mer et une conscience environnementale précoce, a pris forme après ses études de biologie marine et ses premières navigations dans le cadre de missions scientifiques. Son parcours singulier de "pêcheur-biologiste" lui confère une double expertise, à la fois pragmatique et scientifique, indispensable à la réussite d'un tel projet.
Cependant, le chemin vers l'innovation est souvent parsemé d'obstacles, notamment sur le plan réglementaire. Avant de prendre la mer, le Skravik a dû franchir une série d’obstacles réglementaires. Les textes encadrant la pêche professionnelle sont en effet rédigés pour des navires à moteur thermique, ce qui a nécessité de longues négociations avec les Affaires Maritimes et le Comité des Pêches du Finistère. Adapter un cadre législatif conçu pour une technologie à une autre, fondamentalement différente, exige patience, persévérance et un dialogue constructif entre les porteurs de projet et les autorités. Ces négociations illustrent la complexité de l'introduction d'innovations disruptives dans des secteurs fortement régulés.
Le projet Skravik s'appuie sur une structure collective et participative. La structure porteuse du projet, une coopérative d’intérêt collectif, rassemble aujourd’hui 115 sociétaires. Cette large base de soutien, composée d'acteurs issus d’horizons divers, se réunissent régulièrement afin de définir les orientations futures de l’initiative. Cette gouvernance partagée assure une légitimité forte au projet et une capacité à fédérer autour d'objectifs communs. Parmi les ambitions évoquées figure celle de reproduire le modèle Skravik sur l’ensemble des façades maritimes françaises, démontrant ainsi le potentiel de duplication et de généralisation de cette approche durable.
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Les premières marées ont permis à l’équipage de mettre à l’épreuve le concept, validant la pertinence de cette approche de pêche. L'un des piliers du modèle économique du Skravik réside dans la valorisation des captures via des circuits courts. La pêche se vend directement depuis le catamaran, amarré dans le petit port du Tinduff. Ce circuit court, jugé essentiel par les fondateurs, garantit une meilleure valorisation des captures, permettant aux pêcheurs de mieux vivre de leur travail et de proposer des produits d'une fraîcheur inégalée aux consommateurs. De plus, Tangi Le Bot souligne un avantage fondamental : « Nous n’avons pas besoin de pêcher en grande quantité. » Cette approche sélective et raisonnée contraste avec les modèles de pêche industrielle et favorise une exploitation plus durable des ressources marines.
Le nom même du navire est porteur de sens. Le Skravik, dont le nom signifie « sterne » en breton, porte la symbolique d’un oiseau marin agile, choisi pour incarner la philosophie du projet. Cette légèreté et cette agilité symbolisent une pêche en harmonie avec la nature, utilisant la force du vent sans perturber excessivement le milieu marin. Fort de ce succès initial et de cette vision, dans le sillage de ce premier navire, un second catamaran baptisé Morskoul - le fou de bassan - a rejoint la flotte de la coopérative, marquant l'expansion de cette approche innovante.
La démarche du Skravik dépasse le cadre strict de la pêche. Le Skravik entend également contribuer à la sensibilisation aux enjeux marins. C'est un navire-école, un laboratoire flottant et un ambassadeur de la durabilité. Des formations sont proposées par la coopérative et des collaborations scientifiques se développent, faisant du Skravik un vecteur de connaissances et d'expériences. Enfin, derrière l’image de ce catamaran porté par les vents se dessine une volonté de repenser en profondeur le modèle économique de la pêche artisanale. Tangi Le Bot résume l'essence de cette transformation : « Sans carburant à payer ni à consommer, on peut envisager une activité plus sélective, plus durable. » Cette formule met en évidence la liberté et la résilience que procure l'autonomie énergétique, permettant aux pêcheurs de s'affranchir des contraintes liées aux coûts des combustibles fossiles et d'adopter des pratiques plus respectueuses de l'environnement.
La conversion du catamaran Skravik est un exemple concret de cette transition. Le catamaran Skravik est en cours de conversion à Plougastel, dans le Finistère, pour devenir un voilier de pêche et de recherche scientifique. Les essais en mer sont prévus en janvier, étape cruciale pour valider les modifications et les performances du navire. L’objectif de Charles Caby, vice-président de l’association Skravik expéditions, et Tangi Le Bot, salarié, est de transformer ce catamaran en bateau de pêche à la voile pour les arts dormants et en navire pour des missions scientifiques. Cette double vocation souligne la polyvalence et l'ambition du projet. Des biologistes bretons épaulés par Michel Desjoyeaux et Roland Jourdain viennent de transformer un catamaran à voile de 10 mètres en navire de pêche à vocation locale, durable et raisonnable. Les essais à la mer ont commencé, marquant le début d'une nouvelle aventure pour ces pionniers.
C’est au cœur de la rade de Brest qu’est né et que se développe ce projet Skravik autour d’un « pêcheur-biologiste », Tangi le Bot, et d’une association désormais composée d’une vingtaine d’adhérents lucides et convaincus. Cette convergence d'expertises et d'engagements est la force motrice du projet. C’est en 2017 que naît l’association Skravik Expéditions, posant les fondations formelles de cette initiative. Au départ, il s’agit de réexpérimenter le voilier comme un outil de travail à destination de différents métiers : la pêche artisanale, l’expertise environnementale et enfin, appuyer la recherche scientifique. Tangi Le Bot, docteur en biologie marine, souhaite aller plus loin, explorant les limites et les possibilités de la propulsion éolienne pour des applications diverses. Accompagné par le chantier Kaïros de Roland Jourdain, et par Mer Forte, l’entreprise d’ingénierie fondée par Michel Desjoyeaux, Skravik crée un prototype de catamaran pour son projet sur la base d’un catamaran à voile racheté d’occasion. Cette collaboration avec des figures emblématiques de la course au large apporte une expertise technique de pointe et une crédibilité indéniable au projet.
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Ce projet est également une réponse directe aux défis économiques rencontrés par les professionnels de la mer. « Ce projet, c’est une façon pour nous de créer notre emploi », explique Charles Caby, vice-président de l’association et lui aussi marin professionnel. Il illustre la capacité d'innovation à générer de nouvelles opportunités professionnelles dans un secteur en mutation. Le voilier de 10 mètres vient d’être mis à l’eau pour aller tester plusieurs méthodes de pêche en mer. Ces techniques leur ont notamment été partagées par les anciens pêcheurs locaux, sceptiques face au projet, mais curieux, témoignant d'une ouverture d'esprit et d'une volonté d'apprendre des nouvelles générations, tout en s'appuyant sur le savoir-faire traditionnel. Le prototype Skravik 1 est le fer de lance de cette expérimentation.
Avec ce projet, Tangi Le Bot et les autres membres de l’association souhaitent apporter leur vision du monde et défendent une certaine idée de la pêche. La dimension écologique y est centrale, se manifestant dans chaque aspect de leur démarche. Charles Caby établit un parallèle historique éloquent : « Au XXe siècle, on défendait un modèle d’agriculture intensif, aujourd’hui il y a un retour aux techniques anciennes », analyse le vice-président. Pour lui, cette prise de conscience peut aussi s’ouvrir à la pêche, signifiant une réappropriation de pratiques plus respectueuses et moins énergivores. En mer, inspiré par le savoir-faire des anciens, Skravik posera des casiers, des lignes ou des petits filets, privilégiant les arts dormants, techniques de pêche passives et sélectives. Ainsi, Skravik veut prouver qu’un retour à la pêche à la voile, écologique et durable, est possible. Au-delà du concept et de l’expérimentation, les marins scientifiques espèrent montrer qu’« une alternative, inspirée par les méthodes anciennes, est faisable ». Cette démonstration est cruciale pour convaincre l'ensemble de la profession et les pouvoirs publics. Dans le futur, l’association aimerait créer un second prototype, plus grand, pour des campagnes au large, étendant ainsi le champ d'action et l'impact de leur modèle.
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