Arnaud Boissières : Un marin au long cours entre résilience et performance

Genèse d’une passion : de Bordeaux au bassin d’Arcachon

Natif de Bordeaux, Arnaud Boissières, surnommé affectueusement « Cali », voit naître sa passion pour la voile dans le bassin d’Arcachon. Ce cadre naturel, bercé par les marées et l’influence océanique, a forgé le caractère d'un homme pour qui la mer est devenue plus qu'un simple terrain de jeu : un véritable destin. Très tôt, le jeune homme s’imprègne de la culture maritime girondine. Ce n’est pourtant pas une simple fascination pour les bateaux qui va ancrer sa vocation, mais un événement charnière de sa vie personnelle. Adolescent, Arnaud Boissières est confronté à la maladie ; rescapé d’une leucémie, il puise dans cette épreuve une résilience hors du commun. C’est son père qui, l’extrayant de sa chambre d’hôpital, l’emmène admirer le départ du premier Vendée Globe en 1989. Ce coup de foudre visuel, marqué par le poster dédicacé de Titouan Lamazou, premier vainqueur de l’épreuve, scelle son engagement. Le garçon qui observait les horizons depuis le quai devient, au fil des années, l’homme qui dompte les océans.

Cet apprentissage se construit progressivement : il débute en First Class 8 avec ses amis, puis multiplie les convoyages et les navigations aux côtés de figures illustres de la voile française, tels qu’Yves Parlier et Olivier de Kersauson. Ces expériences formatrices, conjuguées à ses participations aux Mini-Transat de 1999 et 2001, forgent le marin que l’on connaît aujourd’hui. Cali, devenu un visage familier sur les pontons, est un petit bonhomme au sourire espiègle qui a su, par sa persévérance, se faire adopter par les Sables d’Olonne, son port d’attache et véritable capitale mondiale de la course au large en solitaire.

Le Vendée Globe comme fil conducteur d’une carrière

La carrière de skipper d’Arnaud Boissières prend son envol officiel en 2005 lorsqu’il est sacré vainqueur de la Route de l’Équateur en 50 pieds Open. Cette victoire est le déclic qui propulse le navigateur vers son ambition ultime : le Vendée Globe. Depuis 2008, Cali est une figure incontournable du tour du monde en solitaire, sans assistance et sans escale. Son palmarès est singulier et impressionnant : il est l’unique skipper à avoir terminé cinq Vendée Globe consécutifs. Ce « finisher » hors pair, qui n’a jamais abandonné, a su transformer une passion dévorante en un quart de siècle de carrière dédié à la haute mer.

Le Vendée Globe, avec ses 40 000 kilomètres de périple, représente le défi ultime. Comme le souligne Arnaud Boissières dans sa biographie « Marin du Vendée », pour un marin « peu importe le nombre d’éditions, faire un Vendée Globe devrait être obligatoire ». À bord de ses Imoca, Cali a traversé tous les océans, gérant les difficultés techniques et les moments de doute inhérents à la vie en mer. Durant l’édition 2020-2021, il a franchi la ligne d’arrivée le 10 février 2021 après 94 jours, 18 heures, 36 minutes et 6 secondes de course, se classant 15e. Ces chiffres ne sont pas seulement des statistiques : ils témoignent d’une expertise technique et d’une capacité à maintenir un bateau opérationnel malgré les conditions extrêmes.

L’exigence technique et la rigueur du haut niveau

La navigation de haut niveau repose sur une équation complexe où la performance du bateau, le budget et le savoir-faire humain sont indissociables. Arnaud Boissières a su s’entourer d’experts pour optimiser ses machines. Le Groupe Institut de Soudure, par exemple, accompagne Cali depuis plus de cinq ans sur ses différents IMOCA. Ce travail de l’ombre est crucial pour la sécurité : du « Bateau des métiers » avant la transat Jacques Vabre en 2015 à l’Imoca La Mie Câline - Artisans Artipôle, de nombreux contrôles non destructifs ont été effectués sur le mât, les safrans, la bôme ou la coque, incluant l’analyse de la rupture du vérin hydraulique de quille pendulaire. Ces interventions techniques permettent de garantir la fiabilité du voilier dans les conditions impitoyables de l'océan Indien ou du grand Sud.

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La gestion du bateau est aussi une affaire de trajectoire et de stratégie. Dans les mers du Sud, le marin raconte : « L’indien ne laisse pas de répit ! On est au contact avec mon groupe. Avant l’Indien, j’étais plutôt à l’avant de ce groupe, désormais je suis plutôt derrière mais ça donne une bonne dynamique d’être entouré. On regarde les pointages, les trajectoires des autres… ça donne du rythme. » Cette lecture fine de la course est complétée par une attention constante au matériel : « Depuis deux jours, j’avais du mal à faire avancer mon bateau, je regardais la quille, les safrans, et pourtant tout allait bien. La mer n’était pas belle, il y avait du courant aussi. J’étais un peu chafouin ! ». Cette lucidité, alliée à une capacité d'analyse technique, est ce qui distingue les grands navigateurs.

Le défi du sponsoring et la mutation professionnelle du skipper

Si la poésie de l’océan domine le récit de la course au large, la réalité économique reste le moteur indispensable de tout projet. Arnaud Boissières n’élude jamais cette question. Un bateau neuf coûte aujourd’hui huit millions d’euros, une somme qu’il juge déconnectée du quotidien. Pour financer son projet, le skipper a dû endosser un rôle qu’il n’imaginait pas à ses débuts : celui de « commercial ». « Mon premier Vendée Globe en 2008, je ne me voyais pas du tout aller vers les entreprises. Ça ne m’intéressait pas plus que ça. » Cependant, avec le temps, il a appris à apprécier ce travail de terrain : « Ça m’amuse de discuter de vive voix, d’expliquer ce qu’est un partenariat, ce qu’on peut construire ensemble, le retour sur investissement… Moi qui n’ai jamais fait d’école de commerce ! ».

Cette évolution professionnelle marque un tournant dans sa carrière. Après dix ans de collaboration fidèle et historique avec La Mie Câline, une enseigne vendéenne de renom, Arnaud Boissières a ouvert un nouveau chapitre en hissant les couleurs d’April Marine. Ce partenaire majeur, filiale du groupe APRIL spécialisée dans l’assurance et le financement de bateaux de plaisance, accompagne le skipper depuis sept ans déjà. Ce changement de partenaire principal s'inscrit dans une quête de dynamisme et de montée en puissance pour le prochain Vendée Globe. La structure de son projet repose désormais sur un collectif de partenaires, Cali restant activement en recherche d’un co-partenaire d’envergure pour boucler son budget, estimé autour de 1,2 à 1,3 million d’euros. Pour favoriser cette adhésion, il propose des packages accessibles entre 30 000 et 50 000 euros, une stratégie qui lui permet de fédérer un réseau élargi d’entreprises partageant les valeurs de respect, de compétence et de solidarité.

Engagement personnel et transmission : l’autre facette de Cali

Au-delà de la compétition, l’engagement d’Arnaud Boissières se traduit par une volonté de partager son expérience. Il est engagé auprès de l’Institut Bergonié, le Centre de lutte contre le cancer de Nouvelle-Aquitaine, établissement où il a lui-même été soigné dans sa jeunesse. Ce lien avec l’institution est le reflet d’une personnalité marquée par l’altruisme. Cette dimension humaine se retrouve également dans son rapport aux autres marins. Lorsqu’il évoque le démâtage de Pip Hare, il témoigne d'une réelle empathie : « J’ai appris le démâtage de Pip cette nuit. J’espère qu’elle va bien. Pip c’est une fille géniale, toujours souriante, toujours la patate. »

Cette capacité à créer du lien s'est également illustrée lors de collaborations avec des agences spécialisées, comme Simone & Nelson, pour l'organisation de conférences inspirantes. Ces interventions, réalisées auprès d'équipes d'entreprise, permettent au skipper de transmettre son vécu, sa gestion du risque et ses méthodes de préparation. À travers ces échanges, les auditeurs perçoivent la sérénité et le sérieux d'un homme qui, malgré les sollicitations et les enjeux sportifs, conserve une simplicité et une authenticité rares. Son parcours professionnel, de la classe Mini 6.50 jusqu’aux Imoca dotés de grands foils, est une leçon de persévérance et d’adaptation.

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