Avengers: Endgame – Anatomie d'un Phénomène Cinématographique et Son Héritage Critique

Après onze ans à nous faire rêver, l'aboutissement est enfin arrivé, et quelle conclusion ! "Avengers: Endgame", 22ème film du "Marvel Cinematic Universe" et chapitre ultime d’une saga étendue sur plus de dix ans et une vingtaine de films, représente tout à la fois. Ce film est une réussite spectaculaire, un sketch parfois risible, un rêve de gosse, le plaisir geek absolu. C’est du jamais vu, de l’incroyable, du grandiose. Mais aussi du ridicule, de l’énervant, de l’incohérent, selon les critiques. Le long-métrage des frères Joe Russo et Anthony Russo est la suite directe de "Avengers 3, Infinity War" qui nous avait laissé sur un cliffhanger de dingue avec Thanos qui a réussi son plan d’exterminer la moitié des êtres vivants dans l’univers. Il clôt une série de films, et il est donc préférable de voir ceux qui le précèdent, surtout "Infinity War", car l’intrigue est directement à sa suite et nous montrera vraiment beaucoup de personnages.

Le projet lancé par Marvel était fou et sans précédent : reproduire l’univers alambiqué des comics mais au cinéma. Comment faire inter-croiser des vingtaines de personnages et des intrigues pendant des années tout en gardant une certaine cohérence ? Marvel a réussi son pari au prix d’un formatage épuisant et d’une majorité de films médiocres ou simplement très moyens. Les opus "Avengers" sont ceux qui réunissent tous les personnages, offrent les plus beaux moments de la franchise et nous font avancer au fur et à mesure vers le dénouement final. L'année dernière, le troisième segment "Avengers: Infinity War" écrasait tout sur son passage et entamait le début de la fin. Thanos, ultime antagoniste, claquait des doigts, faisant disparaître la moitié des êtres vivants de l’univers. Pour la première fois de leur histoire, les Avengers perdaient leur combat. L’ambition du long-métrage était titanesque, l’exécution remarquable et efficace. La barre d'attente ne pouvait qu'être haute pour "Endgame". Le film des frères Joe Russo et Anthony Russo, avec environ trois heures pour y parvenir, reprend peu de temps après la fin d’"Infinity War". Il redouble d'efforts pour offrir une conclusion épique et digne de ce nom à la bataille contre Thanos, et il se présente comme un cadeau à tous les fans.

La Tragédie Post-Snap et la Quête de Réparation

La grande guerre contre Thanos, qui s'est finie à un point critique dans "Infinity War", n'est pas totalement achevée. Les super-héros restant (Thor, Captain America, Rocket, Hulk, Captain Marvel, Ant-Man, Black Widow, Hawkeye et Iron Man) décident de se réunir pour essayer de trouver une solution afin de rétablir la situation et anéantir une bonne fois pour toutes Thanos. Thanos a réussi son plan d’exterminer la moitié des êtres vivants dans l’univers, tuant au passage une grande partie des super-héros du groupe des Avengers.

"Avengers: Endgame" insiste sur le désespoir des survivants dès la scène d’introduction, comme pour remuer le couteau dans la plaie laissée par "Infinity War" dans le cœur des fans. L’enjeu est alors simple et clair : sauver les disparus, et sauver le MCU. Le film reprend donc tout de suite après ces événements avec les Avengers encore en vie qui vont tenter de trouver une solution pour rétablir la situation et tuer définitivement Thanos. Ce dernier opus d’Avengers est surprenant. On a beaucoup de moments calmes, de discussions assez longues, parfois trop, où l’humain prime sur le héros toute la première partie du film. Cela tranche complètement avec "Infinity War" qui était sous tension permanente, mais c'est un parti pris intéressant, qui change. Mais du coup, le film peut démarrer lentement pour certains.

Après une introduction, le scénario fait une ellipse de cinq ans. On retrouve nos héros désabusés, qui tentent tant bien que mal de se remettre de la disparition de la moitié des êtres vivants. Un Captain America dans un groupe de parole, Black Widow qui tente de faire survivre l’esprit des Avengers dans le monde. Le rythme est lent, certainement pour mieux montrer le désespoir de nos héros. C’est une situation assez inhabituelle dans les films Marvel et voir les personnages dans cet état est plutôt intéressant. La première partie très intimiste et réussie se concentre avec justesse sur la psychologie des survivants traumatisés du fameux claquement de doigts de Thanos. Les héros ont à la fois perdu des êtres chers, leur statut de justicier, et portent la culpabilité due à leur échec. Thor n’a pas supporté sa défaite, il ne supporte pas d’entendre le nom de Thanos. Si on ne peut pas vraiment dire que les femmes sont nombreuses chez les Avengers, on va nous offrir principalement deux héroïnes qui vont se montrer particulièrement fortes avec Black Widow, Natasha qui va offrir sa vie pour faire gagner ses amis, et Capitaine Marvel qui est vraiment la plus puissante de tous. Iron Man est vraiment mal, il discute avec ses compagnons super-héros, il est désespéré, se sent avoir été abandonné, n’a pas réussi à jouer son rôle de héros, il culpabilise de n’avoir pas pu sauver le jeune Peter Parker. On voit que la défaite est une grande souffrance et que cela fait du bien de reprendre le combat en espérant vaincre.

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Le Voyage Temporel: Clins d'Œil et Conséquences

Dans la première partie du film, les Avengers vont tenter de trouver une solution pour empêcher Thanos d’exterminer la moitié de l’humanité. Et pour cela, ils vont finir par trouver la solution qu’il faut remonter le temps et empêcher donc Thanos de s’emparer des pierres d’infinités qui lui permettront d’exécuter son plan d’extermination. Cette deuxième partie est franchement beaucoup plus intéressante. Les histoires de voyages dans le temps sont très appréciées, surtout que cela nous emmène sur un terrain inédit que le M.C.U n’avait pas encore vraiment exploité (mis à part un peu dans "Docteur Strange"). Les Avengers vont donc voyager dans le temps à différentes époques pour empêcher Thanos de s’emparer des pierres d’infinités. Ils vont retourner dans des époques qu’on avait vues dans les films précédents comme le moment où Loki attaque New York à la fin du premier "Avengers". J’ai bien aimé revoir des scènes des précédents films vues sous un angle différent, un peu à la "Retour vers le futur 2". Le film se permet de revisiter son passé, récompense nostalgiques pour les fans d'une myriade d'auto-références à une décennie de fidélité.

Le voyage dans le temps soulève inévitablement la question de comment influencer le passé sans chambouler le présent. Le film nous fait vivre le voyage à remonter le temps, avec une séquence pleine d’humour qui présente beaucoup de films qui utilisent le voyage dans le temps. On nous montre des héros qui retrouvent leurs parents, ou leurs doubles dans des moments vus dans d’anciens films. Il y aura forcément plein de problèmes et paradoxes temporels, les fans vont s’en donner à cœur joie. Scott Lang va tenter le voyage dans le temps, mais cela ne fonctionne pas, il devient enfant, vieux, bébé, on craint pour sa vie. Paradoxe temporel, Captain America se retrouve face à lui-même, ils se combattent, tombent de haut.

Cependant, cette partie du film est sujette à des critiques. Censé ouvrir la porte à une aventure inédite et excitante, le voyage temporel donne lieu à une suite de scènes parallèles et déconnectées, traitées beaucoup trop rapidement, et sans réel obstacle pour créer du suspense. Ce dernier espoir pour sauver l’univers prend alors des airs de petit jeu pas bien grave, constamment ramené à terre par l’humour sous sa pire forme. Il y a bien des images, clins d’œil et éclats de fan service calibrés pour satisfaire le public, mais cette partie ne décolle jamais, et n’a pas d’ampleur, dans l’action comme dans l’émotion. Au lieu de s’additionner pour démultiplier les enjeux et la tension, ces flashbacks magiques se suivent pour ressembler finalement à un enchaînement de petits sketches. C’est potentiellement drôle pour le fan averti, mais désespérément facile et sans conséquence dans la plupart des cas. En plus de soulever quelques questions de cohérence, qui s’ajoutent à de nombreuses et grossières facilités d’écriture, l’explication totalement bêtasse du retour d’Ant-Man est un exemple. Les héros trouvent les pierres un peu trop facilement, sans réelle grande difficulté.

Les Arcs Narratifs des Personnages: Entre Gloire et Déception

Le traitement des personnages dans "Endgame" est l'un des aspects les plus débattus. Certains ont droit à des conclusions remarquables, tandis que d'autres subissent des transformations inattendues ou sont sous-exploités.

Les Adieux aux Icônes:Les arcs de Tony Stark et de Captain America sont extrêmement réussis, au détriment de certains personnages. Pour Tony Stark, le film soulève dès le départ son impossibilité à ranger l’armure au placard et par-dessus tout sa condition intrinsèque de sauveur de l’humanité. Sa mort en tant que martyr est donc une fin tout à fait logique avec le personnage. Vivant, et même à la retraite, il n’aurait jamais arrêté d’être un héros. Il était déjà prêt à se sacrifier dans le premier "Avengers" évacuant un missile nucléaire de la portée de la Terre. Quant à Captain America, on est encore face à une fin plutôt cohérente. Réveillé à l’aube de la Bataille de New York après avoir vécu la Seconde Guerre Mondiale, le personnage n’a jamais cessé d’être un soldat en guerre nostalgique de son idylle passée. Il quitte les Avengers pour avoir un couple, ce qui représente une fin satisfaisante pour lui.

Hawkeye (Clint Barton) et la Veuve noire (Black Widow) obtiennent des conclusions plutôt satisfaisantes. Clint Barton, qui s’amuse avec sa famille, va soudainement les perdre tous, suite à ce qu’a fait Thanos. On voyait bien le lien privilégié qu’il avait avec sa fille. Hawkeye et Black Widow doivent faire un choix, l’un d’entre eux doit mourir pour que l’autre obtienne une des pierres. Ils veulent chacun offrir leur vie, pensant que l’autre a plus le mérite de vivre. On les verra tenter de sauver l’autre, puis un des héros va finir par lâcher la main laissant tomber l’autre dans le vide, c’est plutôt dur et poignant. Le sacrifice de Black Widow est l'un des moments les plus émouvants du film. Le premier se réunit avec sa famille et semble raccrocher définitivement son arc.

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Les Transformations Controversées:Ce que je regrette le plus est la façon dont le personnage de Thor est traité, devenu ici couard, stupide voire gamin. Comment peut-on passer d'un dieu charismatique, iconique et imposant à une sorte de bête de foire pittoresque et lâche ? On retrouve Thor risible et obèse qui boit des bières en jouant aux jeux vidéo. Des changements qui risquent de ne pas plaire à tout le monde. Certains trouvent que cela apporte une bonne touche comique au film, d'autres que cela "bousille le personnage". Thor est relégué à un joueur de Fortnite obèse et alcoolique. Le Thor version obèse est un interminable gag traîné jusqu’au climax, qui occupe le premier plan de beaucoup de scènes (gênantes) pour finalement être quasiment zappé dans l’action. Cela est d’autant plus surprenant que le dieu nordique était absolument fantastique dans l’opus précédent réalisé par les mêmes cinéastes. "Endgame" conclut le travail de déconstruction du personnage mythologique entamé par "Thor: Ragnarok".

On sent que les scénaristes ne savent plus trop quoi faire d’Hulk. Alors qu’on avait laissé un Bruce Banner avant l’ellipse en conflit avec Hulk qui ne voulait plus apparaître, on le retrouve tout d’un coup en fusion avec lui. Les muscles d’Hulk plus l’intelligence de Banner donnent "Professeur Hulk" pour les connaisseurs des comics. L’explication est que Banner voit désormais Hulk comme le "remède" et plus la "maladie". Il s’est alors exposé à des rayons gamma pour fusionner. Scénaristiquement cela a permis à un personnage de pouvoir utiliser le Gant de l’Infini sans en mourir, car la consistance d’Hulk est la plus résistante de tous les Avengers. Mais beaucoup sont peu fans du nouveau Hulk, jugeant que cela "casse vraiment le personnage". Hulk est encore pire que dans les précédents films. Banner a honte de voir l’ancienne violence de Hulk, et pour passer inaperçu il doit jouer au violent ce qu’il n’arrive pas vraiment à jouer de façon crédible. Le géant vert surpuissant ne devient qu’un prétexte à vannes lourdingues.

Le personnage le plus sous-traité des Avengers est Captain Marvel. On nous l’avait vendu comme la plus forte des Avengers et on l’attendait au tournant, surtout après son film solo. Au final, Captain Marvel est beaucoup trop effacée dans le film. Elle est présente au début pour sauver Iron Man et Nebula, puis disparaît pour une raison, certes, compréhensible (elle doit aider les autres planètes victimes de Thanos) mais qui ressemble fortement à une facilité scénaristique. Son duel avec Thanos était également très attendu, et il fut lui aussi décevant puisque beaucoup trop court. Elle est encore une fois figurante de luxe.

Les Rôles Secondaires en Lumière:Le personnage de Nebula est particulièrement mis en valeur dans le film. C’est même l’un des personnages qui restent le plus longtemps à l’écran ! C’est une surprise puisque Nebula reste un personnage secondaire. Son importance dans "Endgame" est prépondérante. C’est elle au début qui révèle où est Thanos. Par la suite, c’est son double du passé qui permet à Thanos et à son armée de venir dans le présent. L’importance d’Ant-Man est considérable dans le film puisque c’est grâce à lui et au monde quantique que le voyage dans le temps est possible. Cependant, une fois ramené dans la bande, Scott Lang est comme Hulk, cantonné à faire des blagues. On passera également sur une autre grosse facilité scénaristique qui le concerne.

La Déchéance de Thanos:Le Thanos du présent se fait tuer dès le début du film par Thor après que Nebula ait révélé où il se cachait suite à sa disparition à la fin de "Infinity War". Le Thanos du passé est bien moins intéressant. La psychologie du personnage a été complètement déconstruite dans "Endgame". Dans "Infinity War", Thanos imposait un véritable dilemme psychologique et social. Sa quête pour récupérer les pierres d’infinités rendait le film haletant, intense. Le personnage tenait le film à lui tout seul. Dans "Endgame" on n’a plus que son côté guerrier qui ressort. Thanos est rétrogradé au rang de vulgaire bad guy. Antagoniste mélancolique et étonnamment charismatique dans "Avengers: Infinity War", il devient un ennemi nettement plus générique et grandiloquent ici.

Le Grand Final: Spectacle, Émotion et Quelques Écueils

La troisième et dernière partie du film nous emmène vers la bataille finale démentielle. Après une victoire arrachée de justesse, Thanos croyait pouvoir couler des jours paisibles. C'était sans compter sur l'ego des Avengers. L’armée de Thanos apparaît, des centaines de combattants monstrueux, on craint que tout soit perdu. La grosse baston va commencer. Le combat final contre Thanos est d’une grande brutalité et des moments de surprises arrivent à nous faire sursauter de notre siège. Thor, Captain America et Iron Man vont en direction de Thanos qui semble les attendre tranquillement assis, et ils se font rétamer. Thor risque de se retrouver le poitrail ouvert et Captain America qui met beaucoup d’énergie dans le combat finit quand même avec son bouclier bien fracassé, et la tête ensanglantée. Les tirs allaient blesser les héros, on les voit en mauvaise posture, mais avec l’intervention de Captain Marvel qui détruit le vaisseau principal de Thanos, ils reprennent de l’espoir. En nous montrant l’arrivée des héros que l’on pensait disparus à jamais, on reprend de l’espoir et on se met à apprécier ce gros moment de combat et de coups dans la tête.

Le spectacle est assuré dans la deuxième moitié, avec notamment un bouquet final d’une générosité certaine qui offre une poignée d’images spectaculaires et iconiques (dont une réplique exaltante). Et si la direction artistique est moins variée et riche que dans "Avengers: Infinity War", et que les CGI restent l’outil principal de l’action, l’affrontement final souffre moins que bien d’autres films du MCU de cette overdose. Le travail sur les arrière-plans, les couleurs et les décors est plus maîtrisé, et nuance cette impression de gros tas de virtuel mal assemblé. La bataille de fin la plus grandiose du cinéma est au rendez-vous tout comme une émotion transcendante. Ce film comporte certes quelques détails qui pourront déplaire à certains mais son scénario plus qu’incroyable permet de rattraper largement certaines erreurs. La dernière heure est un grand spectacle comme jamais on en a vu.

Lorsque les Avengers ont récupéré toutes les pierres d’infinités du passé, Hulk peut alors enfiler le gant et claquer des doigts pour ressusciter tout le monde. La bataille possède plusieurs moments très sympas. Mais le pire est à venir, puisque Thanos est rétrogradé au rang de vulgaire bad guy. La manière dont quantité de personnages sont traités dans l’histoire et sortis au moment opportun comme des jokers, ou des obligations presque contractuelles, témoigne d’un problème de gestion parfois énorme. Pour beaucoup, c’est de la figuration de luxe à peine satisfaisante. L’harmonie d’"Avengers: Infinity War", qui permettait à presque tous les héros d’avoir un moment de gloire ou au moins de caractérisation, est bien loin. C’est particulièrement grotesque et minable pour Captain Marvel, qui s’en va très vite, puis réapparaît par magie dans le climax - pour rien, au fond.

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Même après le combat, les réalisateurs trouvent encore le temps de nous émouvoir par des adieux de certains personnages qui vont vraiment nous manquer. Deux super-héros ne vont pas se relever de cet épisode final dont le plus emblématique Iron Man. Le film évite l'écueil des comics où personne ne meurt, où rien ne change jamais, où le temps semble ne pas passer. Finalement, il n’y en aura que deux qui vont véritablement décéder, mais on nous montre bien que la mort ce n’est pas facile à vivre. Le long-métrage est une lettre d’adieux aux fans inconditionnels, aux cyniques qui ont vu tous les films, aux enfants devenus adultes.

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