Le monde du surf, qu'il soit pratiqué sur les vagues emblématiques de Biarritz ou dans les eaux plus périlleuses de La Réunion, est un univers de passion, de communauté et d'une connexion profonde avec l'océan. Cependant, cette passion n'est pas sans risques, et la pratique de ce sport est parfois assombrie par des incidents tragiques, des tensions locales ou des défis environnementaux majeurs. De la gestion de l'afflux de surfeurs sur des spots limités aux menaces prédatrices dans certaines régions, la sécurité des pratiquants et la pérennité de l'activité sont des préoccupations constantes. Cet article explore les différentes facettes de ces défis, en s'attardant sur des événements récents et des discussions fondamentales qui animent la communauté surf, particulièrement à Biarritz et en regard des expériences dramatiques vécues à La Réunion.
La Côte Basque sous le signe des incidents : entre drames, "localisme" et enjeux de cohabitation
Biarritz, reconnue comme l'un des meilleurs spots de surf, attire aujourd'hui les surfeurs du monde entier et s'impose comme l'incontournable capitale du Surf en Europe. La ville a obtenu en octobre 2015 le label Ville de surf - 3 étoiles - sur un barème qui en comporte 3 - décerné par la Fédération française de Surf. La culture surf est partout à Biarritz, en témoignent la Cité de l’Océan, le nombre de surf shops et de loueurs de planches. Biarritz est aussi un haut lieu du surf art, accueillant artistes peintres, musiciens et créateurs. Les spots comme La Côte des Basques, La Milady, ou Marbella, avec sa gauche capricieuse et aléatoire et la présence d’un fort courant, sont des lieux de prédilection pour les adeptes. Biarritz Surf TV, la web TV de Biarritz, offre un accès gratuit toute l'année aux images de la Côte Basque en Euskadi.
Pourtant, même dans ce cadre idyllique, des drames et des tensions viennent rappeler les risques inhérents à la pratique du surf et les défis de la cohabitation. C'est ainsi qu'un jeune surfeur de 26 ans a été retrouvé mort un mardi soir, peu après 21h30, au niveau de la plage de la Côte des Basques à Biarritz, dans les Pyrénées-Atlantiques. Il était en arrêt cardiorespiratoire dans l’eau. Selon France 3 Nouvelle-Aquitaine, les pompiers sont intervenus sur cette plage très fréquentée par les surfeurs. La victime a été sortie de l’eau par les sauveteurs côtiers de la caserne d’Anglet. Malgré sa prise en charge par les secours qui ont tenté une réanimation cardiopulmonaire, le jeune homme n’a pas survécu. Pour l’heure, les raisons de sa mort sont inconnues et une enquête de police a été ouverte pour tenter de les déterminer. Un autre drame similaire a été rapporté, concernant également un surfeur de 26 ans décédé ce mardi soir à Biarritz, son corps retrouvé à côté de sa planche dans le secteur de la Côte des Basques.
Au-delà des accidents, des tensions peuvent également survenir, illustrant ce que certains appellent le « localisme ». Un incident particulièrement révélateur s'est produit sur la plage de Marbella. Un surfeur a donné un coup de tête à un autre surfeur qui venait découvrir ce spot de surf, encore authentique à Biarritz. Le 19 janvier, Noé, un étudiant de 20 ans, est arrivé en voiture avec son frère de 18 ans sur la plage de Marbella, à Biarritz, pour aller surfer. Ils sont arrivés sur l’impasse de Marbella, mais des barrières Vauban bloquaient le passage pour accéder à la plage. Le plus jeune frère est sorti de la voiture et a soulevé la barrière mobile pour ouvrir le passage, afin d’aller observer les vagues depuis leur véhicule, en cette matinée hivernale. Deux hommes, arrivés du bout de l’impasse, ont alors déboulé très énervés et ont invectivé les deux jeunes, leur demandant de ne pas toucher la barrière. Le cadet l'a reposée. S'en est suivie une violente altercation entre Noé et l’un des deux hommes, âgés d’une quarantaine d’années. Ce dernier a asséné un violent coup de tête à l’étudiant, lui cassant le nez. L’agresseur a pris la fuite avant d'être interpellé et convoqué en audience. Pour la partie civile, représentée par Me France Deiss, avocate, cette affaire est symptomatique du « localisme » au Pays basque. Elle dénonce un « pur localisme de surf », affirmant qu'il n’y a rien d’autre qui explique une telle violence. Selon elle, les deux frères ont simplement voulu accéder à la plage, mais sont tombés sur des « irréductibles de Marbella ». Elle a souligné que « ces locaux s’approprient le domaine public. Ils veulent tellement défendre Marbella que cela a dépassé les limites. Ils ont du mal à supporter que des surfeurs d’autres spots viennent chez eux. Ils mettent les barrières où ils veulent, cela renforce le fait qu’ils se sentent chez eux, alors que c’est une voie publique. »
La défense, en revanche, a présenté une version différente des faits, où le quadragénaire n'aurait pas été l'agresseur, mais la victime. Me Jon Bertizberea a assuré que « les deux frères lui sont tombés dessus. L’aîné a essayé de lui mettre un coup de tête, mais s’est cassé le nez sur le haut de son crâne. » L'avocat a également déclaré être gêné par ces accusations de localisme et d’irréductibles. Il a rappelé que son client a sauvé une trentaine de personnes de la noyade ces dernières années, dont six touristes cet été encore à Marbella, et a été félicité par la mairie, servant plus le tourisme qu'il ne le dessert, et que « chacun peut venir surfer ici ». Malgré ces arguments, le tribunal a condamné l’agresseur à une amende de 500 euros avec sursis, et à verser 5 000 euros pour le préjudice et les frais de justice.
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Le Code du Surfeur à Biarritz : entre prévention, affluence et défis d'application
Face à l'affluence grandissante sur les spots, la sécurité et la cohabitation entre surfeurs sont devenues des enjeux majeurs à Biarritz. Pour y remédier, trois panneaux en forme de planche de surf ont été installés depuis le 24 juillet devant trois des principales entrées de la Grande Plage de Biarritz : de part et d'autre du Casino, et près de l'Hôtel du Palais. Ces trois planches d'information en bois, à destination des adeptes, rappellent les règles de base à respecter, inscrites en sept règles élémentaires en français, en basque et en anglais (avec un QR code permettant l'accès à d'autres langues), et illustrées par des images. Parmi ces règles figurent l'importance de connaître son niveau avant d'aller à l'eau, de rester en-dehors de la zone de baignade, de ne pas couper la trajectoire d'un autre surfeur déjà sur une vague, et de toujours passer derrière lui.
La règle la plus importante, de l'avis des habitués rencontrés, est celle de la priorité. Seul le surfeur le plus proche du déferlement de la vague, de là où elle s'enroule et se brise, peut la prendre. Les autres doivent attendre leur tour. Cependant, certains "grillent" la priorité, et plusieurs surfeurs se retrouvent sur la même vague, entraînant des incidents. Jules, 15 ans, qui pratique le surf depuis quatre ans, en témoigne : « J'ai eu une entorse aux cervicales. J'ai voulu passer derrière une vague, quelqu'un n'avait pas compris le principe de la priorité. Il m'est arrivé dessus, et je me suis pris son genou dans la tête. Je suis tombé K.O. dans l'eau. Les maîtres-nageurs ont dû venir me secourir. La plage a dû être fermée le temps que l'hélicoptère m'emmène à l'hôpital ! »
Cet incident n'est pas rare. Le surf ne cesse de se démocratiser et d'attirer de plus en plus d'adeptes. Bruno Claverie, président de l'association Grande Plage Surf Club, qui a participé à l'élaboration des trois planches pédagogiques installées par la mairie, explique que « les spots ne sont pas extensibles, comme ici. On doit partager une ressource limitée, les vagues, et accessible à tous. » Cette situation mène parfois à des injures, voire à des bagarres. Il constate qu'avec l'augmentation du nombre de surfeurs, pour les plus expérimentés, « ça devient mission impossible de rappeler les règles. Ils sont moins écoutés que par le passé. » Un maître-nageur sauveteur, en poste sur la Grande Plage depuis neuf ans, observe un nombre croissant de débutants qui ne connaissent pas forcément les règles élémentaires de ce sport. Ces débutants « surfent dans les zones de baignade et pourraient blesser des baigneurs, en les percutant avec leur planche, ou en les coupant avec l'aileron » en dessous de celles-ci. Les incidents entre surfeurs sont encore plus importants et représentent même la majorité des problèmes traités au poste de secours, indique le maître-nageur : « Quand certains chutent, leur planche peut aller jusqu'à six, sept mètres autour d'eux selon la longueur du câble qui les relie à leur surf. Ils peuvent blesser des voisins. Et ensuite, il faut régler les responsabilités, pour la réparation du matériel etc. »
Malgré ces enjeux, l'efficacité des panneaux est questionnée. Le MNS espère que les premiers concernés vont consulter les planches pédagogiques installées le long de la Grande Plage. Cependant, plusieurs surfeurs expérimentés rencontrés par ICI Pays Basque avouent être passés à côté sans y prêter attention. Hippolyte, 21 ans, confie : « Honnêtement, je n'ai pas lu le Code du surfeur. Je n'ai pas pris le temps de les regarder. » Mais il estime, comme son ami à ses côtés, également surfeur, que les planches sont « très bien placées, aux entrées de la plage. » Elles leur servent aussi de piqûre de rappel : « Cela fait 12 ans que je pratique, et j'avais un peu oublié le principe de crier la direction que l'on prend, droite ou gauche, quand on décide de surfer une vague. »
L'absence de sanctions à l'encontre des contrevenants est une autre limite. La conseillère municipale de Biarritz déléguée au surf le reconnaît : « les surfeurs expérimentés connaissent les règles, mais certains les enfreindront quand même parce qu'ils en ont marre d'être trop nombreux sur le spot. A un moment donné, ils foncent, sans se préoccuper des autres. » Bruno Claverie, co-auteur des planches pédagogiques, estime que ces planches sont un « moyen partiel » de sensibiliser à la bonne pratique du surf et que « d'autres actions peuvent être menées. » La mairie de Biarritz prévoit d'installer des planches similaires sur toutes les autres plages de la ville, dont la Côte des Basques, très prisée par les adeptes, au printemps prochain. Elle promet aussi de donner aux clubs de surf et aux loueurs de planches des prospectus rappelant le Code du surfeur, charge à eux de les distribuer ensuite à leurs clients. Renaud Fabier, surfeur depuis plus de 50 ans sur la Grande Plage de Biarritz et président de l'association Local Grande Plage Miarritze, salue la distribution prochaine de ces flyers, surtout auprès des loueurs, mais veut aller plus loin. Il plaide pour la création de zones de niveau, avec les débutants d'un côté, et notamment ceux qui louent leurs planches, et les plus expérimentés de l'autre. Il observe les dérives des surfeurs, « la plupart débutants » selon lui et Pierre, autre surfeur historique de la Grande Plage, depuis le local de leur association. Pierre garde encore la trace d'une planche d'un autre surfeur, prise sur la tête, ayant nécessité six points de suture. Lui est persuadé que « les seuls qui vont lire ces planches d'information sont les débutants, mais certains louent des planches, prennent pas de cours et ne maîtrisent rien. Ils ne seront pas en capacité d'appliquer les règles de base, une fois dans l'eau. Donc ces planches ne sont pas très utiles selon moi. » Géraldine Verget, de son côté, balaie cette proposition, rétorquant qu'« instaurer des zones de niveau serait attentatoire aux libertés, et contraire à l'esprit même du surf. »
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La Réunion face à la crise des requins : un drame persistant et ses profondes répercussions
Alors que Biarritz navigue entre les défis de la cohabitation et de la sécurité des pratiquants, l'Île de La Réunion a été confrontée à une crise d'une toute autre ampleur, celle des attaques de requins, qui a profondément marqué la communauté surf locale et internationale. Le 12 avril 2015, Elio Canestri, un jeune espoir du surf Réunionnais de 13 ans, est décédé des suites de l’attaque d’un requin bouledogue sur l’île de La Réunion. Son père, Giovanni Canestri, a rappelé dans un vibrant hommage à son fils, pendant les Championnats de France de Surf à Biarritz, que « Le requin n’est pas chez lui sur l’Ile de La Réunion ». Elio faisait partie du Pôle Espoirs, avait été champion régional en catégorie benjamins et faisait partie de l’équipe de La Réunion pour les Championnats de France. Il a été attaqué après avoir pris une vague, dans une situation où il était seul et isolé du groupe. La Fédération Française de Surf (FFS) a trouvé inacceptable le fait que l’on puisse considérer Elio responsable de cet accident.
Cette attaque tragique n'était malheureusement pas un cas isolé. Il s’agissait de la 16e attaque de requins à La Réunion depuis 2011, et de la 7e mortelle, touchant cinq surfeurs et deux baigneurs, avec trois autres ayant causé de graves mutilations. C’était également la deuxième attaque mortelle cette année-là. Deux mois auparavant, le 14 février, une jeune femme de 20 ans avait été mortellement attaquée par un requin tigre alors qu’elle se baignait à quelques mètres du rivage à l’Etang-Salé. La dernière attaque sur un surfeur avant celle d’Elio remontait au 22 juillet 2014, sur le spot de Saint-Leu. Toutes ces attaques sont concentrées sur une bande de 30 km sur la Côte Ouest de La Réunion, une zone pourtant épargnée jusqu’en 2011. Les deux espèces impliquées dans ces attaques sont le requin bouledogue et le requin tigre.
En quatre ans, les attaques de requins ont eu de lourdes répercussions sur la pratique du surf à La Réunion. Avant la série d’attaques qui a débuté en février 2011, La Réunion comptait 17 écoles de surf. Le tourisme a également souffert, avec 30 000 touristes en moins en 2013.
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