L'épopée maritime de la famille Dorange : de la transmission paternelle aux records océaniques de Violette

Originaire du département de la Charente-Maritime, Violette Dorange, la plus jeune navigatrice du Vendée Globe, a marqué l'histoire de la course au large en franchissant la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne. Si la skippeuse de DeVenir a inscrit son nom dans l’histoire de la voile en participant pour la première fois de sa jeune carrière à la dixième édition du Vendée Globe, elle est aussi la fierté de toute une famille. Au départ de cette aventure, son papa, Arnaud, ne cachait pas l’envie de la retrouver après ces longs mois de solitude océanique. Violette Dorange et son papa, Arnaud au départ du Vendée Globe aux Sables-d’Olonne, formaient l'image d'une complicité forgée par des années de défis partagés sur l'eau. Cette passion, pourtant très incertaine à ses débuts, est née d'un choix familial pour devenir finalement une vocation. À l'âge de 7 ans, Violette Dorange a commencé la voile, originaire de Pont-l'Abbé-d'Arnoult, mais la navigatrice n'a pas particulièrement apprécié ses débuts, aussi surprenant que cela puisse paraître. Au tout début vraiment, pour être honnête, elle confie qu'elle n'aimait pas vraiment la voile. Inscrite par ses parents pour suivre ses frères et sœurs aînés, la jeune fille n'a pas eu le choix au départ. Cette pratique est d'abord restée un loisir avant de s'orienter vers la compétition, sous l'œil attentif d'Arnaud Dorange, qui appartient à cette race d’hommes qui refusent de choisir entre raison et passion.

Les racines charentaises et l'influence d'Arnaud Dorange

Violette Dorange naît le 17 avril 2001 à Rochefort, en Charente-Maritime. Ses parents, vétérinaires originaires de Paris, se sont établis à Pont-l'Abbé-d'Arnoult, où Violette a grandi. Avec son épouse Carole, Arnaud a quitté la région parisienne pour s'installer près de La Rochelle, une décision qui n'avait rien d'anodin car il suivait l'appel du large. D'ailleurs, quand on a conseillé à Arnaud d'être raisonnable et de commencer par l'achat d'une maison, il a préféré privilégier sa passion nautique. C'est sur les bancs d'Alfort qu'Arnaud rencontre Jean-Pierre Dick, futur quadruple vainqueur de la Transat Jacques Vabre et participant à quatre Vendée Globe. Jean-Pierre passe souvent chez les Dorange, et ces récits de mer ont sans doute contribué à donner le goût du large à Rose, Charles et Violette. Les trois enfants, en tout cas, se mettront à la voile avec succès. Charles Dorange devient quadruple champion du monde en catamaran, tandis que Rose, l'aînée, a également brillé dans le haut niveau. Violette, la benjamine, est inscrite avec sa fratrie à la Société des régates rochelaises, située à plus de 50 kilomètres de leur domicile. Son père, vétérinaire de campagne et camarade de promotion de Jean-Pierre Dick, l'emmène régulièrement voir les départs de course de ce dernier, nourrissant cet éclat particulier dans les yeux d'Arnaud dès que la conversation vire au nautisme.

Un apprentissage entre contrainte et révélation

Au tout début, la relation de Violette avec la mer est loin d'être un coup de foudre. "Je n'aimais pas vraiment la voile", avoue-t-elle en repensant à ses premières séances. Elle souhaite même arrêter, mais ses parents l'encouragent à finir son année. C'est finalement la compétition qui l'amène à apprécier ce sport. Les premières expériences remontent à son enfance, avec les critériums dans la baie de La Rochelle. Les critériums sont vraiment les courses pour les loisirs, quand on est vraiment tout petit, et ces courses d'initiation ont marqué ses débuts. Au fil des années, la voile a pris une place de plus en plus importante dans sa vie. La prise de conscience de ce que pouvait lui apporter ce sport, vers 13 ans, a été un tournant majeur. La voile pouvait lui permettre de faire plein de beaux voyages, de partir faire les championnats du monde en Argentine, et de pouvoir rencontrer plein de personnes. Ce n'est qu'au lycée qu'elle a pris la décision de s'orienter en sport-études, une étape déterminante pour en faire son métier par la suite. En parallèle de ses débuts en compétition avec le Pôle France de La Rochelle, elle intègre la section sport-études voile du lycée Jean-Dautet, confirmant son désir de voir grand.

L'ère de l'Optimist et les premières mondiales

Violette aime être la première et son parcours de pionnière commence très tôt. En mai 2016, à seulement 15 ans, elle devient la première jeune fille à traverser la Manche sur un Optimist, ce tout petit voilier de 2,30 m, en 15 heures. Cette première mondiale entre l'île de Wight et Cherbourg annonce déjà sa détermination sans faille. À son arrivée dans le port, elle a été accueillie par sa famille lors d'un reportage marquant où son père, Arnaud Dorange, et Olivier Travers, responsable de la base navale de Cherbourg, témoignaient de cet exploit. En octobre 2017, elle établit un nouveau record en franchissant le détroit de Gibraltar, toujours à bord d’un Optimist. À chaque exploit, elle pose à son père cette question : et après, qu'est-ce qu'on fait ? Associée à Camille Orion en 420, elle devient deux fois championne de France en 2016 et 2017, obtient une médaille de bronze au championnat d'Europe 2017, ainsi que plusieurs médailles aux championnats du monde jeunes à Sanya en Chine. Ces expériences fondatrices ont jalonné une carrière qui s'est construite crescendo, faisant d'elle une navigatrice aguerrie avant même sa majorité.

L'ascension vers la course au large et le circuit Figaro

Très vite, la Rochelaise se passionne pour la course au large et décide en 2018 de se lancer dans l’aventure de la Mini Transat. En 2019, à l'âge de 18 ans, elle est la plus jeune femme à prendre le départ de cette course mythique, traversant l'Atlantique en solitaire. Déterminée à progresser, Violette rejoint l'exigeant circuit Figaro dès l’année suivante. À dix-neuf ans, elle devient la plus jeune femme à participer à la Solitaire du Figaro en 2020. Pendant trois saisons consécutives, elle participe à cette épreuve, véritable laboratoire d’apprentissage pour les skippers en quête du Vendée Globe, obtenant notamment une remarquable 10e place en 2022. Son projet de vie parvient alors à concilier ses études d’ingénieur et l’exigence de sa passion. En 2023, à la fin de son master 1, elle met en pause ses études pour se consacrer entièrement à son rêve ultime.

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La genèse du projet "DeVenir" pour le Vendée Globe

Au début de l'année 2021, Violette Dorange annonce sa participation au Vendée Globe 2024-2025. Elle souhaite monter un projet à budget raisonnable, avec un bateau fiable sans rechercher la performance absolue, afin de réaliser ce tour du monde en solitaire. Son père, Arnaud, qui adore monter des projets, met son expérience à profit pour la recherche de partenaires. Très tardivement, grâce à un collectif de partenaires, le projet est officiellement lancé le 7 août 2023. Le bateau choisi est un IMOCA plan Farr chargé d’histoire, celui avec lequel Jean Le Cam a déjà bouclé cinq tours du monde, anciennement "Yes We Cam !". Le bateau est remis à l'eau sous le nom de DeVenir, en référence à ses initiales. Malgré un budget limité et une expérience encore courte sur ces grandes machines, Violette se distingue rapidement. Aux côtés de son co-skipper Damien Guillou, elle termine 13e du Défi Azimut et 21e de la Transat Jacques-Vabre. En décembre 2023, en terminant 23e du Retour à la Base, elle devient la plus jeune navigatrice de 22 ans à traverser l'océan Atlantique en solo à la barre d'un IMOCA. Sa participation à The Transat CIC en mai 2024 achève de la qualifier officiellement pour l'Everest des mers.

L'immersion dans le Vendée Globe et les défis techniques

Le 10 novembre 2024, Violette Dorange prend le départ du Vendée Globe comme benjamine de la course à l'âge de 23 ans. Son ambition est claire : apprendre, progresser et aller au bout. Durant la course, elle séduit par son profil authentique, mais l'aventure est loin d’être un long fleuve tranquille. Elle doit faire face à des choix stratégiques complexes, de la météo aux stratégies de sommeil, sans oublier les moments d'hallucination qui pimentent l'aventure. Au passage du Cap Horn, elle se retrouve face à un dilemme : des conditions météo extrêmes rendent le passage trop dangereux. Plutôt que de prendre des risques inconsidérés, elle choisit la prudence et décide de temporiser. Ce choix lui coûte cher en termes de classement, mais souligne sa maturité de marin. Tout au long du parcours, elle affronte plusieurs avaries, l’obligeant à grimper en haut de son mât à plusieurs reprises. Ces moments d’une intensité extrême, où elle puise dans ses ressources physiques et mentales, forcent le respect de ses pairs et de sa famille restée à terre.

Le regard d'Arnaud Dorange : l'angoisse et la fierté d'un père

Pendant plus de 90 jours, Arnaud Dorange a vécu la course de sa fille de manière intense. Il regardait la cartographie à peu près toutes les 4 heures, sauf la nuit, période surveillée par son épouse qui se réveillait à 3 heures du matin. Arnaud décrit des moments de grâce, où Violette téléphonait un dimanche après-midi, rayonnante de bonheur après avoir vu des choses merveilleuses. Mais il y eut aussi des moments beaucoup plus tendus, notamment lors du passage du cap de Bonne-Espérance où une grosse dépression avec 50 nœuds de vent barrait la route. "Pendant une semaine on a les épaules qui remontent, on est complètement figé", explique-t-il. Le moment le plus stressant fut la seconde ascension en haut du mât. Violette n'avait plus la grand-voile, risquant de heurter le mât en cas de balancement. L'opération a duré deux heures et demie, une attente interminable qui a même inquiété le boat capitaine et la direction de course. Pour Arnaud, voir sa fille s'épanouir ainsi est le plus beau cadeau : "On leur a donné des racines et des ailes, et puis ils s'envolent. Ces oiseaux, qui font leur tour du monde, je trouve ça magnifique."

Un phénomène médiatique et populaire sans précédent

Durant la course, Violette Dorange a atteint le million d'abonnés sur les réseaux sociaux. Cette stratégie de communication, mise en place avec David Lupion, visait à transmettre, expliquer les choses et vulgariser la voile pour les enfants. Sa fraîcheur et sa nature authentique ont créé un véritable engouement. De nombreuses écoles suivaient le projet, et Arnaud Dorange raconte avec émotion avoir entendu une maman dire à sa petite-fille : "si tu n'es pas sage, tu n'iras pas voir Violette demain". À son arrivée aux Sables-d’Olonne, une véritable marée humaine l'attendait. L'entrée dans le chenal fut incroyable, avec une foule aussi nombreuse qu'au départ. Violette n’est plus seulement une jeune navigatrice prometteuse, elle est devenue une star de la course au large. Son père reste cependant serein quant à sa stabilité : "Violette nous a dit qu'on devait la surveiller de près. Je pense qu'elle a les pieds sur terre, elle est stable, c'est un pilier. Ce n'est pas fabriqué. Ce n'est pas un jeu, elle ne surjoue rien."

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