Le monde du nautisme traverse une mutation technologique majeure. Le credo de la jeune startup Lorientaise, « l’avenir appartient aux bateaux qui volent », a de quoi attiser la curiosité des utilisateurs de semi-rigides et des journalistes qui en parlent. Cela tombe bien puisque SEAir nous a donné rendez-vous sur la Seine pour une prise de contact avec le Zodiac Pro 5.5 doté du fameux système de foils qu’elle a développé, d’abord pour un voilier monocoque de course au large (Mini Transat 6,50 m), puis pour ce semi-rigide. Avec cette technologie, l’objectif avoué de SEair pour les semi-rigides est triple : réduire la consommation des moteurs, augmenter la vitesse, rendre la navigation plus confortable.
La genèse du Flying Rib
C’est un Zodiac Pro 5.5 qui a servi de base au premier proto mis au point par SEair. Lorsque le bateau est à quai, vu de profil, rien ou presque apparaît de sa spécificité. Si l’on s’approche avec une vue du cockpit, on constate comme deux « tunnels » qui convergent vers la console de pilotage, réduisant de manière significative l’espace libre sur le plancher, obligeant à enjamber pour passer de part et d’autre du poste de pilotage. C’est dans ces « tunnels » que coulissent les fameux foils. À ces deux appendices en fibres de carbone (rigidité et économie de poids), est associé un troisième « plan porteur », sous la forme d’un aileron fixé sur la plaque anti-cavitation du moteur hors-bord, en l’occurrence un Yamaha F115B, repeint en noir et badgé SEair. Cet aileron est fixe, mais son incidence peut être modifiée par l’intermédiaire du réglage du trim. Grâce à l’utilisation de la fibre de carbone, le poids additionnel du système SEair représente un surpoids de 40 kg, soit globalement moins de 10 % de plus que le poids du Zodiac (sans moteur).
Le 12 juillet 2017, SEAir a mis à l'eau un Zodiac 5.50 légèrement modifié : un semi-rigide qui intègre des foils et qui navigue au-dessus de l'eau. Ce n'est pas le premier bateau à moteur naviguant ainsi, mais en équipant un Zodiac 5.50, SEAir veut montrer que l'on peut sustenter un bateau à moteur de « Monsieur tout le monde ». Pour équiper ce semi-rigide, ils ont respecté un cahier des charges simple : le bateau doit garder toutes ses caractéristiques de semi-rigide. Il doit pouvoir beacher, pouvoir être mis à couple contre un quai ou un ponton, et pouvoir être sorti de l'eau sur une remorque.
Ingénierie et intégration technique
Un foil est installé sous la coque. Il a la forme du V et s'intègre parfaitement sous le redan et les boudins. Cette forme de foil a été une contrainte supplémentaire, mais ça vole. Le foil monte et descend dans un puits au centre de la coque. La motorisation est standard. Volontairement, ils ont choisi un moteur du marché, optant juste pour un arbre ultra long boulonné de façon classique sur le tableau arrière.
Le chantier lorientais SEAir, dont le Zodiac 550 sur foils faisait la couverture de Moteur Boat, poursuit son développement avec un semi-rigide de 8 mètres, le Flying Tender 80. Il vole environ 20 cm au-dessus de l’eau. L’assiette est régulée par le trim du moteur et par les servomoteurs agissant sur les deux foils avant. L’aménagement est personnalisable. Un Flying Yacht 100 de 10 mètres est aussi en préparation, dont le prototype navigue déjà, mais il s’agit d’une coque rigide. Cette fois, les foils ne sont pas rétractables, mais se replient comme les portes papillon d’une Mercedes 300 SL, si bien que ces appendices ne sont jamais dans le passage.
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Une bonne nouvelle est l’apparition du système d’asservissement des réglages de foils par moteurs électro-mécaniques à boîtier multiaxial. Des capteurs électroniques communiqueront avec eux pour opérer en temps réel les réglages optimaux, afin que la stabilité de vol ne soit pas altérée par l’état de la mer ou un pilotage manquant de précision.
Performances et comportement en navigation
Le pilotage et les sensations qui en découlent s’avèrent très différents de ceux d’un semi-rigide conventionnel. L’impression d’instabilité est assez importante le temps de trouver le bon réglage des foils, que ce soit en latéral ou en longitudinal, ce dernier étant en étroite relation avec celui du trim. Concernant ce dernier, l’aileron porteur fixé en bas de l’embase décuple les effets du réglage. Il convient donc de faire preuve de doigté sur le bouton. Une fois stabilisé, le Flying Rib vole, la quille à quelques centimètres au-dessus de l’eau (les flotteurs sont à environ 30 cm au-dessus), en douceur.
L’impression de vitesse est plutôt inférieure à ce qu’elle est à bord du Zodiac sans foils, car la sensation de glisse sur ces minces appendices est plus discrète qu’avec une carène au contact de l’élément liquide. Du coup, le niveau sonore généré par le contact de l’eau est inférieur. Cela peut être agréable lorsque le clapot est agressif. Avec 36,5 nœuds en pointe, le Flying Rib n’a pas à rougir face au Pro 5.5 sans foils, lequel lui rend 2,5 nœuds. En accélération aussi, il fait mieux avec 2’’8 au déjaugeage et 4’’2 de 0 à 20 nœuds, contre 3’’8 et 4’’7.
Quant à la consommation, le meilleur rendement enregistré sur le Flying Rib est de 1,86 mille par litre à 3 500 tr/min, contre 1,29 au même régime pour le Zodiac conventionnel. Quel que soit le régime moteur, le Flying Rib génère un meilleur rendement. Aux allures de croisière, l’avantage est conséquent, avec de belles économies d’essence à la clé. SEAir promet une vitesse moyenne supérieure de 20 à 35 %, et une économie de carburant de l’ordre de 25 à 50 %, selon les bateaux et les conditions.
Polyvalence et usages du Flying Tender
Le Flying Tender semi-rigide de SEAir est un bateau volant qui permet de naviguer à plat. Il permet de s’affranchir des chocs et embruns tout en offrant des sensations de glisse incomparables. Sans modifier les avantages du semi-rigide, ce bateau est simple à piloter. Il est léger et facile à manipuler. Il peut accueillir de 6 à 8 personnes. La motorisation conseillée est de 250 cv pour une vitesse de décollage de 17 nœuds. C’est un bateau pour la promenade touristique de longue durée, tender super-yacht, ou usage intensif. Une version plus petite peut accueillir de 4 personnes avec une motorisation conseillée de 80 à 115 cv pour une vitesse de décollage de 15 nœuds. La sobriété des versions « Comfort » offre tous les avantages des Flying Tender avec la rétractabilité automatique par bouton de série, ainsi que l’assistance électronique. La gamme « Premium » répond quant à elle aux plus grandes exigences, complétant la base « Comfort » avec un finition de haut standing, incluant GPS couleur, enceintes HF et LEDs.
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